‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 10 sur 203 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

De Téducation âe F adolescence»

C'est au sortir du coH^ge , c'est à notre entrée dans le monde, que commence l'éducation de l'adolescence. Elle est moins la même, elle est plus variée que celle de l'enfance, mais plus dépendaTite du hasard, et sans doute plus importante. L'homme alors est assiégé par tm plus grand nombre de sensations : tout ce qui l'environne le frappe ^ et le frappe vivement.

'vas

SECTIO» I , CHAPXTIE VII. iî

, C'est ésa$ Vàgt <m certaines passions s'évseillênt , «[iie ions les objets de la natane agissent et pèsent le plus' fortement sur lui. C'est «lors qo'il reçoit finstrnctîim la plus efficace, que ses goàts «t son earsctire se fixent, et qu'enfin , plus libre et plus, loi-méme , les passion» allumées ckns3on cœor détenDiiiient ses habitudes. ^eV souvent-toute \9l conduite de sa vie.

Dans les enÊrna, la difierenoe de l'esprit: et du caractère, n'est pas toujours extrêmement senaïUe.' Ooqppesda même genre d'études, soumis à Je même regle^ à la qiéme discipKno, et d'atUenrs s^ns passions^/: leur extérieur est^imez le même. Le germe dont le dé» Teloppen)€D| doit tiiettre an joar taat de di^rei^ec» dans leors goûts, ou n'est point encore ibrmé, ou est encore impenceptible.

« Je compare deux enftns à dent homines assis sur un mémetevire, mais dans une direction différente. Qu'ils se lèvent et suivent en marchant la direction dans laquelle ils se trouvent j, il* s'éloigneront însensilileôient et se perdrooi bientôt de vue, à moins qu'en changeant de nouveau leur direction , quelque acci^ dent ne les rapproche*

La ressemblance à^s énfans est dans les collèges l'effet de la contrainte. En sortent-ils : la contrainte cesse. Alors commence , comme je l'ai dit , la seconde édu-cation de l'homme x éducation d'antant plus soumise au hasard, qu*en entrant dans le monde, l'adolesceitt se trouve au milieu d'un plus graud nombre d'objets. Or, plus les objets environnans sont multipliés et variés, moins le père ou le maître peut s'assurer du résultat de leur impression , moins l'un et l'autre ont de part à l'éducation d'un jeune homme.*

Les nouveaux et principaux instituteurs de Tadoles* cent sont la forme du gouvernement sous laquelle il

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vit, et les mœurs que celte forme de gouvernement donne à une nation*. Maîtres et disciples, tout est

' soumis à ces instituteurs : ce sont les principaux , cependant ce ne sont pas les seuls de la jeunesse. Au nombre' de ces instituteurs , je compte encore le rang qu'un jeune homme occupe dans le monde: , son état

. d'indigence ou de richesse, les sociétés dans lesquelles il se lie (i), enfin ses amis, ses lectures et ses. maîtresses. Or, c'est du hasard qu'il tient son état d'opulence on de pauvreté : le hasard préside aux choix de sea; sociétés (2) , de ses amis, de ses lectures et de ses maîtresses. Il nomme donc la plupart de ses insti— tuteurs. De plus, c'est le hasard qui , le plaçant dans telles ou telles positions, allume, éteint ou modifie ses goûts et ses passions, et qui par conséquent a la plus grande part à la formation même de son caractère. Le caractère est dans l'homme l'effet immédiat de ses

(i) Cherche-t-on la compagnis^ des hommes instruits, vit -on habituellement avec ses supérieurs en esprit, on s^éclaire : c^e^t, me disait un jour un auteur célèbre , an désir que j'eus toujours de. m'entretenir avec de teb hommes , que je dois ipes faibles talens.

(3) Les jésuites offraient un exemple frappant du pouvoir de l'éducation. Si leur ordre a produit peu d'hommes de génie dans les arts et les sciences j s'ils n'ont point eu de Newton en physique , de Racine dans le tragique, d'Huyghens en astronomie, dé Pott en chimie, de Locke , de Bacon , de Voltaire , de La Fontaine , etc. , ce n'est pas que ce3 religieux ne se recrutassent parmi les écoliers de leurs col-, léges qui annonçaient le plus de génie. On sait d'ailleurs que les jésuites , dans le silence de leurs maisons , n'étaient distt'aits de leurs études par aucun soin , que leur genre de vie , enfin , était le plus favorable à l'acquisition des talens. Pourquoi donc ont-ils donné si peu d'hommes illustres k l'Europe ? c'est qu'entouré de fanatiques et de superstitieux, un jésuite n'osait penser que d'après ses supérieurs : c'estque, d'ailleurs, forcé de s'appliquer qudques années k l'étude des casuistes et de la théologie, cette étude répugne k la saine raison et doit la corrompre en lui. Gomment conserver sur les bancs ua esprit |ust? ? Thabitude de le sophistiquer le fausse.]

SECTION I, CHAPITRE VH. a5

passions, et ses passions souvent l'effet imioediat des situations où il se trouve.

Les caractères les plus irancbés sont ^elquefois lepro* duit d'une infinité de petits accidens ; c est d'une infi« niié de fils de chanvre que se composent les plus gros ca* blés (i)« Il n'est point de changement cjue le èasard ne puisse occasionner /dans le caractère d'un homme. Mais pourquoi ces changemens s'opèrai t-ils presque toujours à son insu? c'est que t pour les apercevoir , il faudrait qu'il portât sur lui-même l'ceil le plus sévère et le plus observateur. Or, le pldiÂr, la frivolité, l'ambition, la pauvreté , «te. , le détournent également de cette ob-* servation : tout le distrait de lui-même. On a d'^iU^tirs tant de respect pour sol, tant de vénération pour .sa conduite, on la regarde comme le produit de réflexions si^ sages. et si profondes, qu'on s'en permet rarement l'examen. L'orgueil s'y refuse, et l'on obéit à l'orgueil.

Le hasard a^donc sur notre éducation une influence nécessaire et considérable. Lés événemens de notre vie sont souvent le produit des plus petits hasards. Je sais

(i) Si tous les Savoyards ont , à certains égards , le même carac'tère , cVst que le hasard les place dans des dispositions ii peu près semblables, et que tous reçoivent à peu près la même éducation. Pourquoi tous sont-ils voyageurs? c'est qu'il faut de l'ai^gent pour vivre , et qu'ils n'en ont point chez eux. Pourquoi sont-ils laborieux ? c'est que tous sont indîgens ; c'est .que , sans secours et sans protaction dans le pays où ils se transplantent, ils y ont faim, et que le pain ne s'acquiert -que par le travail. Pourquoi soat->ils fidèles et actifs ? c'est que , pour être employés de. préférence aux nationaux, il faut qu'ils les surpassent en activité et fidélité. Pour quelle raison enfin sont-ils tous ^conomes ? c'est qu'attachés , comme tou$ les hommes , à leur pays natal , ils en yrtent gueux pour y rentrer liches ^ et y vivre des é^rgnes qu'ils auront faites. Supposons donc qu.'on eÀt le j^us grand intérêt d'inspirer à un jeune homme leç vertus du Savoyard : que faire ? le placer dans la même position j confier quelque temps son éducation au malheur et à l'indigence. Le besoin ^ la nécessité sont» de tous lai instituteurs , les seuls dont les leçons açiept toujours écoutées^ et les conseils toujours efficaces. .

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que eet aveti répugne à notre vanité. Elle suppose fou« jours de grandes causes à des effets qu'elle regarde Gon^tie grands. C'est ponr détruire les iUusicms de Tor* gueîl^ qu'empruntant le seoours des faites je prouverai que c'est aux plus petits aceidens que les citoyens les plus illuAres ont été quelquefois redevables de leurs talens. D'où je conclurai que le hasard agissant, de U même manière sur tons les hommes , si ses effets sur les esprits ordinaires sont moin3 remarqués , c'est uni*» quement parce que ces sortes d'esprits sont moins re** marquables.

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