‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 137 sur 203 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Du sublime.

Ila e seul moyen de se former une idée du mot sublime, c'est de se rappeler des morceaux cites comme tels par les Longin, les*^ Despréaux et la plupart des rhéteurs. Ce. qu'il y a de commun dans Fimpression qu excitent en nous ces morceaux divers, est ce qui constitue le sublime. Pour en mieux connaître Ja nature, je disr tinguerai deux sortes de sublîxne, l'un d'image, l'wtre de sentiment.

Du sublime des images»

A quelle espèce de sensation donne-l-on le nom de sublime? A la plus forte, lorsqu'elle n'est pas, comme je l'ai déjà dit , portée jusqu'au terme de la douleur. Quel sentiment produit en nous cette sensation ? celui de la crainte : la crainte est fille de la douleur; elle nous en rappelle l'idée. Pourquoi cette idée fait-elle sur nous la plus forte impression ? c'est que l'excès de la douleur excite en nous un sentiment plus vif que l'excès du plaisir : c'est qu'il n'en est point dont la vivacité soit comparable à celle des douleurs éprouvées dans le supplice d'un Ravaillac ou d'un Damien. De toutes les passions , la crainte est la plus forte; aussi le sublime est-il toujours l'effet du sentiment d'une terreur

commencée.

Mais les faits sont-ils d'accord avec cette opinion? Pour nous en assurer, examinons, entre les divers objets de la nature , quels sont ceux dont la vue nous parait s.ublime. Ce sont les profondeurs des cieux , l'immensité des mers , les éruptions des volcans , etc. Tome IL 2g

4id DE l'aoMMC.

P*oix natt rîmprcssion vive qu'excitent en^nous ces grands objets? des grandes forces qu'ils annoncent dans la nature, et de la comparaison involontaire que nous faisons de ces forces avec notre faiblesse. A cette vue , Ton se sent saisi d'un certain respect qui suppose toujours len nous un sentiment d'une crainte et d'une terreur commencée.

Par qudle raison , en effet , doiinai*fe le nom de su*blime.au tableau où Jules Romain peint le combat des géaw, et le reAisai-je à celui où i'Albane peint les jeui des amours? Serau>»il plus facile de peindre une grice qu'«in géant , et de colorier le tableau de }a toiieite de Vénus, que celui du champ de bataille dea Titans? Non : mais, lorsque I'Albane me transporte à la toilette de la déesse, rien n'y réveille le sentiment du respect et de la terreur; je n'y vois que les objets gracieux, et donne, en conséquence , le nom d'agréable à l'impression qu'ils font sur moi.

Au contraire^ lorsque Jules Romain me transporte aux lieux où les fils de la terre entassent Ossa sur iPélion; frappé de la grandçur de ce spectacle, je compare malgré moi ma force à celle de ces géans. Convaincu alors de ma faiblesse , f éprouve une espèce de terreur secrète, et je .donne. le nom de sublime à l'impression de craiute que fait sur moi ce tableau.

Dans la tragédie des Ëuménides, par quel art Eschyle et son décorateur firent-ils une si vive impression sur les Grecs? en leur présentant un spectacle et des décorations effrayantes. Cette impression fut peut-être horrible pour quelques-uns, parée qu'elle fut portée jusqu^au terme, de la douleur : mais cette même ini' pression adoucie eût été généralement reconnue pouf sublime. En image , le sublime supposé donc toujours j

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te sentiment tTune terreur commencée (i)^ et ne peut être le produit d'un autre sentiment (2).

Lorsque Dieu dit : que la lumière soit^ la lumière fut ; cette'image est sublime. Quel tableau que celui de l'univers tout à coup lire du néant par la lupaière! Une telle image doit inspirer la crainte > parce qu'^elle s'as* socie nécessairement dans notre mémoire à l'idée de l'Être créateur d'un tel prodige, et qu'alors , saisi mal^gré soi d'un respect craintif pour l'auteur de la lumière , on éprouve le sentia»ent d'une terreur conunencée.

7ous les hommes sont-ils également frappés de cette grande image ? Non : parce que tous ne se la représentent pas aussi vivement. Si c'est du connu qu'on s'élève à l'inconnu pour concevoir toute la grandeur de celle image > qu'on se rappelle celle d'une nuit profonde, lorsque les orages amoncelés en redoublent l'obscurité I lorsque la foudre^ allumée par les vents , déchire le flanc des nuages , et qu'à la lueur répétée et fugitive des éclairs , on voit les mers , les flottes , les plaines, les forêts, les montagnes , les paysages et l'univers entier, à chaque instant disparaître et se reproduire.

S'il n'est point d'homme auquel ce speciade n*en impose, quelle impression n'eut donc point éprouvé celui qui , n'ayant point enoore d'idées de la lumière , l'eût vue pour la première fois dcMiner la forme et les couleurs à l'univers (5) ! Quelle admiration pour l'astre

- (i) Quelles sont ies espèces de coates dont rhomme , la femme et Fenfànt sont le plus avides ? ceux de voleurs et de revenans. Ces contes effîraient j îls produisent en eux le sentiment d'ttae terreur commeocée , et ce sentiment est celui qui fait sur eux Timpressioi) la plus vive.

(3) fin général , si les sauvages font plus d'offirandes au tUeu méchant qu'au dieu bon , c'est que l'homme craint isnoere plus k douleur qu'il n'aime le plaisii\

(3) Quelque belle que soit cette image en elle-même , fe conviens avec Despréaux qu'elle doit encore une partie de sa i>eauté h la

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produclçur de ces merveilles , et quel respect craintif pour l'être qui Taurait créé !

Les grandes images , celles qui supposent de grandes forces dans la nature j sont donc les seules sublimes ^ les seules qui nous inspirent le sentiment du respect, et par conséquent celui d'une terreur commencée. Telles sont celles d'Homère , lorsqi^e, pour donner une grande idée de la puissance.des dieux , il dit :

Autant qu^un homtoe assis au rivage des mers ,

Voit d^un roc élevé d'espace ds^ns les ai^s , . , >

Autatit des immortels les coursiers intrépides

^n franchissent d'un saut.

Telle est cette autre image du même poète :

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furies Pluton sort de son trône \ il pâlit , il s'écrie \ Il a peur que ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour, Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fassp voir du St jx Ja rive désolée , v .

«Ne découvre aux vivans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.

Si le nom de sublime est pareillement donhe, aux fières compositions du hardi Milton ^ c'est que ses images ; toujours grandes, excitent en npus le même sentiment.

brièveté de son expression.' Plus l'expression est courte , plus une image excite en nous de surprise. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. Tout le sens delà phrase se développe h ce dernier mçt fut. Or, sa prononciation , presque aussi rs^ide que les effets de la bimièi^e, présente à l'instant le plus grand tableau que l'homme puisse concevoir.

Qu'on eût , dit à ce sujet Despréaux , délayé cette même image dans une plus longue phrase , telle que celle-ci : « Le Souverain » maître de toutes choses commande à la lumière de se former , et , » en même temps , ce merveilleux ouvrage nommé lumière se trouve » formé ) » il est évident que cette .grande image n'eût point lait sur noiis le même effet. Pourquoi ? c'est que la brièveté de l'expression, en excitant en nous une sensation subite et moins prévue , ajoute à ^'impression du plus étoauaut dies tableaux.

En physique , le grand annonce de gratides forces ; et de grandes forces nous nécessitent au respect : c'est^ en ce genre ^ ce qui constitue le sublime.

Du sublime de sentiment.

] Le moi de Médée y l'exclamation d'Ajax , le qu'il mourût Ae Corneille, le serment des sept chefs devant Thèbes , sont par les rhéteurs unanimement cités comme sublimes , et j'en conclus que, si dans le physique c'est à la grandeur et à la force des images , c'est dans le moral à la grandeur et à la force des caractères qu'on donne pareillement le nom àe.suhlime. Ce ,n'e$t point Tircis aux pieds de sa maitresse , mais Scévola la main sur un brasier , qui m'inspire un respect toujours mêlé de quelque crainte. Tout, grand caractère produira toujours le sentiment d'une terreur commencée.

Lorsque Nérine dit à Médée :

Votre peuple vous bait ) votre époux est san» foi : Contre tant d^ennemiç , que vous reste-il ? — Moi.

Ce moi étonne : il suppose , de la part de Mérfée , tant de confiance dans la force de son art et surtput de son caractère, que, frappé de son audace, le spectateur est , à ce moi, saisi d'un certain degré de respect et de terreur.

. Tel est l'effet produit par la confiance qu'Ajax a dans sa force et son courage, lorsqu'il s'écrie :

Grand Dieu ! rends^nous le jour, et combats contre nous.

Une telle confiance en impose aux plus intrépides.

liC qu'il mourût du vieil Horace excite en nous la même impression. Un homme dont la passion pour l'honneur et pour Rome est exaltée au point de compter pour rien lavie d'un fils qu'il aime ^ est à redouter. *

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produciçup de ces merveilles , et quel respect craintif pour l'être qui Taurait créé !

Les grandes images , celles qui supposent de grandes forces dans la nature , sont donc les seules sublimes , les seules qui nous inspirent le sentiment du respect , et par conséquent celui d'une terreur commencée. Telles sont celles d'Homère , lorsque , pour donner une grande idée de la puissance. des dieux , il dit :

Autant qu^un homtoe assis au rivage des mers ,

Voit d^un roc élevé d'espace dafus les ai^s, »

Autatit des immortels les coursiers intrépides

^n franchissent d'un saut.

Telle est cette autre image du même poète :

L'enfer s'émeut au bruît de Neptune en furies Pluton sort de son trône ; il pâlit , il s'écrie ^ Il a peur que. ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour. Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fasse voir du StjxJa rive désolée, '

«Ne découvre aux v^vans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.

Si le nom de sublime est pareillement donhé^ aux fières compositions du hardi Milton > c'est que ses images, toujours grandes, excitent en nous le même sentiment.

brièveté de son expression; Plus l'expression est courte , plus une image excite en nous de surprise. Dieu dit que la lumière soit , et^ la lumière fut. Tout le sens delà phrase se développe à ce dernier mçt fut. Or, sa prononciation , presque aussi rapide que les effets de la lumièi^e, présente à l'instant le plus grand tableau que l'homme puisse concevoir.

Qu'on eût , dit à ce sujet Desprédux , délayé cette même image dans une plus longue phrase , telle que celle-ci : « Le Souverain y> maître de toutes choses commande à la lumière de se former , et , » en même temps , ce merveilleux ouvrage nommé lumière se trouve » formé ; » il est évident que cette grande iniage n'eût point fait sur nous le même effet. Pourquoi ? c'est que la brièveté de l'expression, en excitant ejn nous une sensation subite et moins prévue , ajoute à ^'impressiQn du plus étonuaat d«â tableaux.

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En physique , le grand annonce de graTides forces ; et de grandes forces nous nécessitent au respect : c'est^ en ce genre ^ ce qui constitue le sublime.

Du sublime de sentiment.

) Le moi de Médëe , lexclamation d-Ajax , le qu'il mourût àe Corneille^ le serment des sept chefs devant Thèbes , sont par les rhéteurs * unanimement cités comme sublimes , et j'en conclus que, si dans le physique c'est à la grandeur et à la force des images , c'est dans le moral à la grandeur et à la force des caractères qu'on donne pareillement le nom de. sublime. Ce n'e$t point Tircis aux pieds de sa maîtresse , mais Scévola la main sur un brasier , qui m'inspire un respect toujours mêlé de quelque crainte, Tput. grand caractère produira toujours le sentiment d'une terreur commencée.

Lorsque Nérine dit à Médée :

Votre peuple vous bait ^ votre époux est sans foi : Contre tant d^ennemis , que vous reste-il ? — Moi.

Ce moi étonne : il suppose , de la part de Mêéée , tant de confiance dans la force de son art et surtout de son caractère^ 4^^^ frappé de son audace, le spectateur est , à ce moi, saisi d'un certain degré de respect et de terreur.

.Tel est l'effet produit par la confiance qu'Ajax a dans sa force et son courage, lorsqu'il s'écrie :

Grand Dieu ! rends^nous le jour, et combats contre nous.

Une telle confiance en impose aux plus intrépides.

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produciçur de ces merveilles , et quel respect craintif pour l'être qui l'aurait créé !

Les grandes images , celles qui supposent de grandes forces dans la nature , sont donc les seules sublimes , les seules qui nous inspirent le sentiment du respect, et par conséquent celui d'une terreur commencée. Telles sont celles d'Homère y lorsqi^e , pour domier une grande idée de la puissance. des dieux , il dit :

Autant qu^un homtoe assis au rivage des mers ,

Voit d'un roc élevé d'espace d^ns les ai^s , . . «

Autant des immortels les coursiers intrépides

^n franchissent d'un saut.

Telle est cette autre image du même poète :

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie : Pluton sort de son trône ; il pâlit , il s'écrie ; ^ Il a peur que, ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour, Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fasse voir du StjxJa rive désolée, ^ .

•Ne découvre aux vivans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.

Si le nom de sublime est pareillement donh^ aux fières compositions du hardi Milton , c'est que ses images, toujours grandes, excitent en nous le même sentiment.

brièveté de son expression; Plus l'expression est courte , plus une image excite en nous de surprise. Dieu dit que la lumière soitj et la lumière fut. Tout le sens delà phrase se développe h ce dernier mçt fut. Or, sa prononciation , presque aussi rapide que les effets de la lumièi^e, présente à l'instant le plus grand tableau que l'homme puisse concevoir.

Qu'on «ût , dit k ce sujet Despréaux , délayé cette même image dans une plus longue phrase , telle que celle-ci : « Le Souverain » maître de toutes choses commande à la lumière de se former, et, y» en même temps , ce merveilleux ouvrage nommé lumière se trouve » formé ; » il est évident que cette grande image n'eût point feit sur nous le même effet. Pourquoi ? c'est que la brièveté de l'expression, en excitant en nous une sensation subite et moins prévue , ajoute à ^'impression da plus étonjomit des tableaux.

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En physique , le grand annonce de graTides forces ; et de grandes forces nous nécessitent au respect : c'est ^ en ce genre ^ ce qui constitue le sublime.

Du sublime de sentiment.

) Le moi de Médée , l'exclamation d'Ajax , le quHl mourût de Corneille, le serment des sept cbe& devant Thèbes , sont par les rhéteurs - unanimement cités comme sublimes , et j'en conclus que, si dans le phy*sique c'est à la grandeur et à la force des images , c'est dans le moral à la grandeur et à la force des caractères qu'on donne pareillement le nom de sublime. Ce n'est point Tircis aux pieds de sa maitresse , naais Scévola la main sur un brasier , qui m'inspire un respect toujours mêlé de quelque crainte, Tput. grand caractère produira toujours le sentiment d'une terreur commencée.

Lorsque Nérine dit à Médée :

Votre peuple vous bait \ votre époux est sans foi : Contre tant d'ennemis , que vous reste-il ? — Moi.

Ce moi étonne : il suppose , de la part de Mêûée , tant de confiance dans la force de son art et surtout de son caractère, que, frappé de son audace, le spectateur est , à ce moi, saisi d'un certain degré de respect et de terreur.

. Tel est l'effet produit par la confiance qu Ajax a dans sa force et son courage, lorsqu'il s'écrie :

Grand Dieu ! rends-nous le jour, et combats contre nous.

Une telle confiance en impose aux plus intrépides.

liC qu'il mourût du vieil Horace excite en nous la même impression. Un homme dont la passion pour Thonneur et pour Rome est exaltée au point de compter pour rien la.vie d'un fils qu'il aime , est à redouter. •

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produclçur de ces merveilles , et quel respect craintif pour l'être qui l'aurait créé I

Les grandes images , celles qui supposent de grandes forces dans la nature , sont donc les seules sublimes , les seules qui nous inspirent le sentiment du respect , et par conséquent celui d'une terreur commencée. Telles sont celles d'Homère , lorsqi^e , pour donner une grande idée de la puissance.des dieux » il dit :

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JEn franchissent d'un saut.

Telle est cette autre image du même poète :

L'eofer s'émeut au bruit de Neptune en furie : Pluton sort de son trône j il pâlit , il s'écrie ; ^ Il a peur que. ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour. Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fasse voir dû Styx la rive désolée , . < >Ne découvre aux v^vans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.

Si le nom de sublime est pareillement donhq aux fières compositions du hardi Milton , c'est que ses images^ toujours grandes^ excitent en nous le même sentiment.

brièveté de son expression.' Plus l'expression est courte , plus une image excite en no^s de surprise. Dieu élit que la lumière soit , et la lumière Jut, Tout le sens delà phrase se développe à ce dernier mçt Jiit, Or, sa prononciation , presque aussi rapide que les effets de la lumîèfe, présente à l'instant le plus grand tableau que l'homme puisse concevoir.

Qu'on eût , dit & ce su)et Despréaux , délayé cette même image dans une plus longue phrase , telle que celle-ci : « Le Souverain » maître de toutes choses commande à la lumière de se former , et , » en même temps , ce merveilleux ouvrage nommé lumière se trouve a» formé ; » il est évident que cette. grande image n'eût point lait sur nous le même effet. Pourquoi ? c'est que la brièveté de l'expression , en excitant en nous une sensation subite et moins prévue , ajoute k i'unpressioA du plus étouoant des tableaux.

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En physique , Je grand annonce de gratides forces ; et de grandes forces nous nécessitent au respect : c'est^ en ce genre ^ ce qui constitue le sublime.

Du sublime de sentiment»

) Le moi de Médée , l'exclamation d'Ajax , le qu'il mourût de Corneille^ le serment des sept chefs devant Thèbes , sont par les rhéteurs * unanimement cités comme sublimes , et j'en conclus que, si dans Je physique c'est à la grandeur et à la force dies images , c'est dans le moral à la grandeur et à la force des caractères qu'on donne pareillement le nom de sublime. Ce n'e^t point Tircis aux pieds de sa maitresse , niais Scévola la main sur un brasier , qui m'inspire un respect toujours méJé de quelque crainte. Tout. grand caractère produira toujours Je sentiment d'une terreur commencée.

Lorsque Nérine dît à Médée :

Votre peuple vous hait ) votre époux est sans foi : Contre tant d^ennemis , que vous reste-il ? — Moi.

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pour l'être qui l'aurait créé !

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Lorsque Nérine dit à Médée :

Tcitre peuple voiis liait y Totre époux est saaast fin r Cootre tant iTeoncmî^ , tjpe yods reste-il ? — Moi.

Ce moi étonne : il suppose , de la part de Méfiée ^ tant de confiance dans la force de son art et surtout de son caractère, 4^^> frappé de son audace, le spectateur est , à ce moi, saisi d'un certain d^ré de respect et de terreur.

Tel est l'effet produit par la confiance qu'Ajax a dans sa force et son courage, lorsqu'il s'écrie :

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produclçur de ces merveilles , et quel respect craintif pour l'être qui l'aurait créé !

Les grandes images , celles qui supposent de grandes forces dans la nature , sont donc les seules sublimes ^ les seules qui nous inspirent le sentiment du respect ^ et par conséquent celui d'une terreur commencée. Telles sont celles d'Homère, lorsqi^e, pour donner unegrande idée de la puissance^des dieux , il dit :

Autant qu^un homtoe assis au rivage des mers ,

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Autant des immortels les coursiers intrépides

JEn franchissent d'un saut.

Telle est cette autre image du même poète :

L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie: Pluton sort de son trône ; il pâlit , il s'écrie ; ^ Il a peur que ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour. Et , par le centre ouvert de la terre ébranlée , Ne fassp voir du Stjx la rive désolée , ^

'Ne découvre aux v^vans cet empire odieux Abhorré des mortels et craint même des dieux.

Si le nom de sublime est pareillement donh^ aux fières compositions du hardi Milton , c'est que ses images^ toujours grandes^ excitent en nous le même sentiment.

brièveté de son expression; Plus l'expression est courte , plus une image excite en nous de surprise. Dieu élit que la lumière soit , et la lumière fut. Tout le sens delà phrase se développe h ce dernier mçt fut. Or, sa prononciation , presque aussi rapide que les effets de la lumièi^e, présente à l'instant le plus grand tableau que l'homme puisse concevoir.

Qu'on eût, dit k ce sujet Despréaux, délayé cette même image dans une plus longue phrase , telle que ceUé-ci : « Le Souverain » maître de toutes choses commande à la lumière de se former , et , » en même temps , ce merveilleux ouvrage nommé lumière se trouve a» formé ; » il est évident que cette grande image n'eût point feitsur nous le même effet. Pourquoi? c'est que la brièveté de l'expression, en excitant ep nous une sensation subite et moins prévue , ajoute k l'impresdign du plus étonjoiBiit des tableaux.

SECTION, vin, CHAPITRE XIV. 453

En physique , le grand annonce de grandes forces ; et de grandes forces nous nécessitent au respect : c'est^ en ce genre ^ ce qui constitue le sublime.

Du sublime de sentiment.

Le moi de Médée y l'exclamation d'A jax , le qu'il maurût de Corneille , le serment des sept chefs devant Thèbes , sont par les rhéteurs - unanimement cités comme sublimes , et j'en conclus que, si dans le phy-* sique c'est à la grandeur et à la force des images , c'est daus le moral à la grandeur et à la force des caractères qu'on donne pareillement le nom de. sublime. Ce n'est point Tircis aux pieds de sa maîtresse , mais Scévpla la main sur un brasier , qui m'inspire un respect toujours mêlé de quelque crainte. Tput. grand caractère produira toujours le sentiment d'une terreur commencée.

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Ce moi étonne : il suppose , de la part de Mééée y tant de confiance dans la force de son art et surtout de son caractère, que, frappé de son audace, le spectateur est , à ce moi y saisi d'un certain degré de respect et de terreur.

. Tel est l'effet produit par la confiance qu'Ajax a dans sa force et son courage, lorsqu'il s'écrie :

Grand Dieu ! rends-nous le jour , et combats contre nous.

Une telle confiance en impose aux plus intrépides.

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Qaant au serment des sept chefs devant Thebes/

Sur un bouclier noir sept chefs impitoyables Épouyauteut les (Menx de sennens effroyables. Près d'un taureau mourant qu'ils viennent d'^orger , Tous , la main dans le sang , purent de se venger : Us en jurent la Peur , le dieu Mars et Bellone.

tJn tel serinent annonce , de la part de ces chefs , nne vengeance <lésespérée. Mais, si cette vengeance ne doit point tomber sur le speclalenr, d*oii naît sa crainte? de l'association de certaines idées. Celle de la terreur s^associe toujours dans la mémoire à l'idée de force et de puissance. Elle s'y unit comme l'idée de reflet à ridée de sa cause.

Suis-je favori d'un roi ou d'une fée? ma tendre, nia respectueuse amitié est toujours mêlée de qnelqirc crainte ; et, dans lé bien qu'ils me font, j'aperçois toujours le mal qu'ils peuvent me faire.

Si le sentiment de la douleur est le plus vif, et si c'est à l'impression la plus vive, lorsqu'elle n'est pas trop pénible, qu'on donne le nom de sublime , il faut, comme Texpérience le prouve , que la sensation du sublime renferme toujours celle d'nne terreur commencée. C'est ce qui différencie de la manière la plus nette le sublime du beau.

* Du sublime des idées spéculatives*

Est-il quelques idées philosophiques auxquelles les rhéteurs donnent le nom de sublimes? aucune. Pourquoi ? c*est qu'en ce genre les idées les plus générales et les plus fécondes ne sont senties que du petit nombre de ceux qui peuvent en apercevoir rapidement toutes les conséquences. De telles pensées peuvent sans doute réveiller en eux un grand nombre de sensations , ébranler une longue chaîne d'idées qui , saisies aussitôt que présentées, excitent en eux de* impressions vives,

SECTION VÏH5, CHAPITKE XIV. 455

mais non de l'espèce de celles aasq(ueUe& t>n donue le nom de suhKmes* .

S'il n'est point d'atiomes géométriques cités comme sublimes par les rhéteurs, c'est qu'on ne pçut donner ce nom à des idéesi aiixquelles les ignorans ^ . et par conséquent la plupart des hommes sont insensiblea* Il est donc évident,

i"". que le beauflp ce qui fait sur la plupart de$ hommes une impression forte; :)^, que le sublime est ce qui fait sur nous une impression encore plus forte ; impression toujours mêlée d'un certain sentiment d^ respect ou de terreur commencée ; 5**. que k h^niq d'un ouvrage a pour mesure l'impression plus pu mpin^ vive qu'il fait sur eux ; 4^. que toutes les règles d^ la poétique proposées par les rhéteurs tie sont que les moyens divers d'exciter ds^ns lés homines des sesl* sations agréables ou fortes.

CHAÎPITRE XV.

De la variété et simplicité requises dans tous les ouvrages, \et surtout dans les ouvrages d'agrément.

Pourquoi déisire-t-ôn tant de Variété dans les oufvrages d'agrémens 7 c est , dit La Motte , que

L'ennui naquit un jour de Funiformité.

Des sensations monotones cessent bientôt de fairç sur nous une impression vive et agréable. Il n'est poiht de beaux objets dont^ à la longue, la contemplation ne nous lasse. Le soleil est beau; et cependant la petite fille, dans l'Oracle, s'écrie : fai tant vu k soleil! Une jolie femme est pour un jeune amant un objet encore plus

456 BE l'homme.

beaa que le soleiL Que d'amans, à la longue , s'écnent pareillement ^ y'aî tant vu ma maitresse (i) !

La haine de Tennui , le besoin de sensations agréables , nous en fait sans cesse souhaiter de nouvelles. Si Ton désire, en conséquence, et variété dans les détails , et simplicité dans son plan , c'est que les idées en sont plus nettes, plus dbtii^es, et d'autant plus propres à faire sur nous une impip|^ion vive. Les idées difficilement saisies ne sont jamais vivement senties. Un tableau est-il trop chargé de figures? le plan dun ouvrage est -il trop compliqué? il n'excite en nous qu'une impression , si je l'ose dire , énioussée et faible (2). Telle est la sensation éprouvée à la vue de ces temples gothiques que l'architecte a surcharges de sculpture. L'œil distrait et fatigué par le grand nombre des ornemens, ne s y fixe point sans recevoir une impression pénible.

Trop de sensations à la fols font confusion : leur multiplicité détruit leur effet. A grandeur égale , l'édifice le plus frappant est celui dont mon oeil saisit facilement l'ensemble , et dont chaque partie fait sur moi l'impression l^.plus nette et. )a\ plus distincte. L'architecture noble , simple et majestueuse des Grecs sera , par cette

(i) U est sans doute , agréable,. disait le président Hénault, ^c trouver sa maîtresse au rendez- vous ^ mais , lorsqu'elle n'est poiut nouvelle, il est bien plus agréable encore de s'y rendre et de ne Vy point trouver.

(a) Ije plan à^fféraclius parut d'abord trop compliqué aux gens du inonde ; il* exigeait trop d'attention de leur part. Boileau fait allu- .sioi^ à cette. U*agédie dans ces vers de son ^rt poétique.

Je me ris d'un auteur qui , lent à $'exprimer , De ce qu'il veut d'abord ne sait pas m'informer , Et qui , débrouillant mal une pénible intrigue , D'un divertissement me fait une fatigue : J'aimerais mieux encor qu'il déclinât son nom. etc

raison, toujours préférée à l'architecture légère, confuse et mal proportionnée des Goths.

Applique- 1- on aux ouvrages d'esprit ce que je dis de l'architecture , on seni-que pour faire un grand effet, il faut pareillement qu'ifaf^e développent clairement, qu'ils présentent toujours des idées nettes et distinctes. Aussi là loi de continuité dans les idées i les images et les sentimens , a-t-elle toujours été expressément recommandée par les riiéteurs.

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