CHAPITRE XVI
De la loi de continuité. , .
Idée, image, sentiment; il faut ^ dans un livre, que tout se prépare et s'amène.
Une image fausse en. elle-même me déplaît. Que^ sur la sm*face des mers , un peintre dessine un parterre de roses fces deux imagés incohérentes , hors de nature, me sont désagréables. Mon imagination ne sait ou atta*^ cher la racine de ces roses , et ne devine point quelle force. en soutient la tige.
Mais une image vraie en elle-même me déplaît encore lorsqu'elle n'est point en sa place, que rien ne l'atnène- et ne la prépare. On ne se rappelle pas assez souvent que', dans les bons ouvrages , presque toutes les beautés sont locales. Je prends pour exemple une succession rapide de tableaux vrais et divers. En général , une telle succession est agréable comme excitant en nous des sensations vives. Cependant, pour produire cet effet-, il faut encore qu'elle soit adroitement. prépa-f rée. J'aime à passer avec Isis ou la vache lo des climats brûlés de la Torride , à ces antres , à ces rochers de glaces que le soleil frappe d'un jour oblique. Mais le
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contraste de ees images ne produirait pas sur moi d'impression vive, si le poète, en m'anaonçant toute la puissaiice et la jalousie de Junon , nt m eût d^à préparé h ces changemens subits de tableaux.
Qu'on applique aux sentimens ce que je dis des images. Pour qu ils fassent au théâtre une forte ioipression f il faut qu'ils soient amenés et préparé&avec art; que ceux dont j'éckauflS? un personnage ne puissent absolument convenir qu'a la position où je le mets, qu'à la passion dont je l'anime (i).
Faute d*une exacte conformité entre cette position et les sentimens de mon héros , ces sentimens devien-
(0 Peu de poètes traenques connalsseot rhommc ; peu d'entre eux oat assez étudié les diverses passions pouf leur faire toujours parler leur propre langue. Chacune d'elles cependant a la sienne. S'agit-il de détourner un homme d'une 'action dangereuse et imprudente ? l'humanité se charge -t-elle de lui donner un conseil k ce sujet ? elle ménage sa vanité , lui montre la venté , mais sous les expressions les moins offîmsantes ; elle adoucit enfin , par le ton et le geste, ce que cette vérité a de trop amer. La dureté la dit crûment ; la malignité la dît de la manière la plus humiKante j l'orgueil conunande imp^ieusetaeut : il est soura à toute représentatiou : il veut qu'on lui obéFsse sans examen. La raison discute avec cet homme la sagesse de son action , éeoute sa répcmse , et la soumet au juganent de Tintéressé.
L'ami plein de tendresse pour son ami ^ le contredit à regret. Ne le persuade^ vil pas ? il a recours aux larmes et à la prière ^ le conjure , par le lien sacré qui unit son honheur au sien , de ne point ft>xposer au danger de cette action. L'amour prend un autre ton ^ ft » pour combattre la résolution de son amant , la maîtresse n'allègue d'autre motif que sa volonté et sen amour. L'amant résiste-t-il, elle s'abaisse enfin à raisonner. Mais la raison n'est jamais que la dernière ressource de l'amour.
On peut donc , à la différente manière de donner le même conseil , distinguer l'espèce de caractère ou de passion qui le dicte. Jffais la fourberie a-t-elle une langue particulière? Non : aussi le fourbe emprunte- 1 il tantôt celle de l'amitié, et se reconnatt-il à la différence qu'on remarque entre le sentiment dont il 6e dit affecté et celui qu'il doit avoir. Étodie-t-on la. langue des passions ti des caractère difiërens ? on trouve souvent les tragiques en déûiut. Il en est peu qui ,. faisant parler telle passion, n'emprunte quelquefois le langage d'un autre.
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p&^t faux; ei le spectateur, n'en trouvant point en loi le germe , éprouve Une sensation d'autant moins vive qu'elle est plus conAise.
Passons du sentiment aux idées. Âi-je une vérité neuve à, présenter au public? cette vérité, presque tou^ jours trop écartée pour Je commun des hommes, n'est d'abord aperçue que du plus petit nombre d'entre eux. Si je veux qu'elle les affecte généralement , il faut que , d'avance , je prépare les esprits à cette vérité , que je les y élève par degré , et la leur montre enfin sous im point de vue distinct et précb. Mais suffit-il , à cet effei^ de déduire cette vérité d'un fait ou principe simple ? ijl faut à la netteté de l'idée joindre encore la clarté de l'expression. C'est à cette espèce de clarté que se rapportent presque toutes les règles du style.