CHAPITRE XXIV
Une fortune médiocre assure le bonheur du citojen»
Si Thabitude rend le travail facile, si Ton fait toujours sans peine ce que Ton fait tous les jours ^ si tout moyen d'acquérir un plaisir doit être compté parmi les plai-^ sirs , une fortune médiocre , nécessitant Fbomme au travail, ^assure d'autant plus sa félicité , que le travail remplit toujours de la manière la plus agréable l'espace de temps qui sépare un besoin satisfait d'un besoin renaissant, et par conséquent les douze et seules heures de la journée où Ton suppose le plus d'inégalité dans le bonheur des hommes.
Un gouvernement assure*t-il à ses sujets la propriété de leurs biens, de leur vie et de leur liberté; s'opposet-ilà la trop inégale répartition des richesses nationales; conserve -t -il enfin tous les citoyens dans un certain état d'aisance : il leur a fourni à tous les moyens d'être a peu près aussi heureux qu'ils le peuvent être.
Sans être égaux en richesses, en dignités, les individus peuvent donc l'être en bonheur. Mais, quelque démontrée que soit cette vérité, est-il un moyen de la persuader aux hommes? et comment les empêcher d'associer perpétuellement dans leur mémoire l'idée du bonheur à l'idée des richesses ?
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CHAPItllË XXV.
De Tdssociaiion âeÉ idées âe bonheur et dé fichesses dans
notre mémoire.
Ere tout pays où l'oû h'est assure de la propriété, fli de SCS biens, lii de sa vie, ui de sa Kbetté, k^s idées dd bonheur et de richesses doivent souvent se cottfbadre. On y a besoin de pfoteclen^s , ôl Hehesw? feît pfot^tioil. Dans tout autre, on peut s'en fbrmef des idées dis-^ linctes.
.Si des Fakirs, àFaîde d*uti catéchisme religieili , persuadent aut hommes les absurdités les plus grossièfes, par quelle raison, à Faide d'un Catéchisme itioral , ne leur pei*sUaderait-oil pas cju'ils sOflt heureul, lorsque, pourTêire, il lie leur mân(|ue que de se ctoit^ tels (x}? Cette croyatice fait partie de notre félicité. Qui se Ci^ôit infortuné lé devient. Mais peut-oti s'aveiiglef SUr éé point important ? Quels sont donc les plds grâhds eii* neniisde notre bonheur? Fignoraûce et Fetivie.
L'envie, louable dans la pr^nièfe jeunesse , taQt qu'elle pok-te le nom d'émulation, devient Une passion
(i) Deux ca«lses habituelles du malheur des hommes j d'une part, ignortihee du peu quHfaktî pour être ketttenx ; de l'autre , besoins imaginaires et désirs sans boYnes. Un négdeiant est*îl riche , il reut éU'e le plus riche de sa ville. Ua homme est-il roi , il veut être le plus puissant des rois. Ne . faudrait-il pas se rappeler quelquefois avec Montaigne qu'assis soit sur le trône soit sur un escabeau , on A' est jamais assis que sur son cul; que , si le pouvoir et les richesses sont des moyens de se rendre heureux, il ne faut pas confondre les moyens avec la chose même ^ qu'il ne faut pas acheter par trop de soins, de travaux et de dangers ce qu'on peut avoir à meilleur compte \ et qu'enfin , dans la recherche du bonheur , on ne doit pas oublier que c'est le bonheur qu'on cherche ?
SECtlON TIII5 CHAPITRE XXV. /^^g
funeste, lorsque, dans Fâge avancé, elle a repris celui d'envie.
Qui l'engendre ? f opinion fausse et «xagérée qu'on se forme du bonheur de certaines conditions. Quel moyen de détruire cette opinion ? c'est d'cclairer les hommes. C'est à la connaissance du vrai qu'il est réserva de les rendre meilleurs : elle seule peut «rouffer lietté guerre intestine qui , sourdement et 'ëteraellemelit al*^ lumée entre les citoyens de professions et de talent difierei» , divise presque tous les membres des sodiétés policées.
L'ignorance et l'enrie , en les abreurant du field^un^ haute injuste et réciproque ^ leur a trop long-teilips caché cette vérité importante : e'est^que peu de fortune, comme je l'ai pir0uvé, suffit à leur félicité (i). Qu'on ne regarde poiilt cet aiiorbè comme un lieu coittiiittti de chaire ou de collège r plus on l'approfondira, plu* on 1^ sentira la vérité.
Si la méditation de cet axiome peut persuader flé leur bonheur une infinité de gens auxquels, pouf être heureilx , il ne manque que de se croire tels ; cette vé^ rite n'est dotic point une de ces niaximes spéculatives inapplicables à la pratique.
(i) Des hommes qui, de l'état d'opulence, passent k cdui dh médiocrité , sont sens doute malheureux. Us oat , dans leur premier état , contracté des goûts qu'ils ne peuvebt satisfaire dans le second : aussi lie pèrié-je ici que des hommes qui , liés Sans fortuhe , n'ont pas d'habitudes à raincre. Peu de richesses suffisent au bosketir de ces derniers : du moins dans les pays ^ù l'opulénoe n'est pas uii titre à l'estime publique.
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