CHAPITRE PREMIER
De la dificuhé de tracer un bon plan de législatton.
Peu d'hommes célèbres ont écrit sur la moi^ale et la législation. Quelle est la cause de leur silence ? Serait-ce la grandeur y l'importance du sujet, le grand nombre d'idées, enfin l'étendue d'esprit nécessaire pour le bien traiter? Non : leur silence est l'effet de l'indifférence du public pour ces sortes d'ouvrages.
En ce genre , un excellent écrit ^ regardé tout au plus comme le rêve d'un homme de bien , devient le germe de mille discussions, la source de mille disputes que l'ignorance des uns et la mauvaise foi des autres rendent interminables. Quel mépris n'affiche-t-on pas' pour un ouvrage dont l'utilité éloignée est toujours traitée de chimère platonicienne I
Dans tout pays policé et déjà soumis à certaines lois, à certaines mœurs, à certains préjugés, un bon plan de législation , presque toujours incompatible avec une infinité d'intérêts personnels, d'abus établis et de plans déjà adoptés , paraîtra donc toujours ridicule. En démontrât-on Texcellence, elle serait long-temps contestée.
Cependant si , jaloux d'éclairer les nations sur l'objet important de leur bonheur, un homme de génie essayait de résoudre le problème compliqué d'une excellente
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législa^n , son ppemier soin doil être de le amplifier^ et de lé rédutre à deux propositions.
L'objet de la première serait la découverte des ]pn propres à rendre les hcxnmes le plus hçureux possible p à leur procurer par conséquent tous les amusemens et les plaisirs compatibles avec le bien public/
L'objet de la seconde senâit lard^ouTerte des moyenf par lesqiié^ on peut faife insensiblement passer tm peuple de Tétat de malheur qu'^l éprouve à l'état de bonheur dont il peut jouir-
Pour résoudre la preiaiére de ces propositions, fl faudrait prendre exemple sur les géomètres. Leur pro» p^^'-t^on^in probième compliqué de mécanique , que font-ils? Ils le simplifient^ ils calculent la vitesse des corps en mouvement, sans égard à leiir densité > à la résistance des fluides envir(uu|ans , au frdtt«ment des autres corps^ elc, w
Il faudrait donc, pour résoudre la première partie du problème d^une excellente législation , n'avoir pa«» reillement égard, ni à la résistance de^ préjugési, ni att frottement de^ intérêts contraires et persomieis', m aux moeurs, ni aux lois, hi nux usages déjà établis. Il faudrait se regarder comme le fondateun d^un' ordre religieux, qui, dictant sa règle monastique, n'a point égard aux habitudes , aux préjugés de ses sujets futurs.
Il n'en serait pas ainsi Vie la seconde partie de ce même problème. Ce n*est pas diaprés seà seules conceptions , maïs d'après la çonnaîssanpe des lois et des mœurs actuelles d'un peuple , qu'on peut déterminer les moj^ns. de changer peu à peu ce^ mêmes mmnr^f ces mêmes lois, et par desdegré^ insensibles faire passer un peuple de sa législation actuelle à la meilleure possible.
Une différence essentielle et remarquable entre ces deux proposiiiona^, c'est que, la première une fois ré&àr
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lue, sa solution (satif quelques dîffépences occasionnées par la position particulière d'un pays) eM générale et la même pour tous les peuples.
' Ail contfiaîre, la solution de la seconde doit être différante, selon la forme différente de chiKjue état*' On sent que les gouvernémens turc^ suisse^ espagnol ou portugais doivent nécessairement se trouver à- dés- distances plus ou mdins inég^es d'une pafrfaite ié|^ làtion.
S'il ne faut que du génie pour résoudre là première fie ces propositions 9 pour répondre la seeoode il faut au génie joindre la connaissance des mœurs et des prin-^^ ci pales lois du peuple dont on veut insensiblémimt changer la législation. « .t-i
' "En général, pour bien traiter une pareille question , il est nécessaire d'avoir (^moins sommàirëinent étudié les coutumes et les pr^l^és des peuple» de tous les sîèeles et de tous les pays. On ne persuade les hommes que 'par/les frits; on he les instruit que par des exemples. Celui qui se refuse au meilleur raisonnement 'se ir^id au fait souvent le plus équivoque. . . Alais cesf faits acquis , quelles seraient les questions dont, l'examen pourrait donner la solution dju pro*^ blême de la meilleure législation ? Je citerai celles qui se présentent les premières à mon esprit J