CHAPITRÉ IX
X>es gQuyemefoens»
hi toute vérité morale n^est qu'un moyen d'acerattre ou d^ assurer le bonheur du plus grand nombre, et si
(I) Un législateur prudent fait tQuJQurs proposer poc quel(|ae écrîvaîn célèbre les loi$ nouvelles qu'il veut, établir* Ces bis sont-ellesi 80US le nom de-cet auteur quelque temps exposées à la critique publique ; si on les ptge bonnes et qu^on. les reconnaisse pour teljes., on les reçoit sans nurniure.
(a) Un mijoBStre laitril un« loi ; un philosophe découvre-t-il une vérité; jjUsqu^à ce qye l'utilité de cette loi et de cette vérité soit avouée y tou&- deux sont eo butte à Tenviaet à la sottise. Leur sort cependant esttrèsiwiliôiirent : le ministre ,,arn»é delà puissance, n'est exposé, qu'à dç& raiUepî^sj maift k phâosophe-, sans pouvoir » Test à des persécutions.
5l3 DE l'hOBUIE.
t objet de tout gouvernement est lafélicUê jmbKque , point de vérité morale dont la publication ne soit déâra^ ble (i). Toute 4iversité d^opinions à ce sujet tient à la signification incertaine du mot gouvernement. I^u est-ce qu'un gouvernement? t assemblage de lois ou de con" mentions faites entre les citoyens d'une même nation. Or, ces lois et conventions sont ou contraires ou conformes à rintérét général. U n'est donc que deux formes de gouvernement , l'une bonne , l'autre mauvaise ; c est à ces deux espèces que je les réduis toutes. Or,' dans l'assemblage des conventions qui les constitue » dire qu'on ne peut changei^ les lois nuisibles à la nation , que de telles lois sont sacrées , qu'elles ne peuvent être légitimement réformées^ c'est dire qu'on ne peut changer le régime contraire à sa santé; qu'afQîgé d'une plaie , c'est un crime de la nettoyer , qu'il faut la laisser toiïàber en gangrène (^2).
Au reste, si tout gouvernement, de quelque nature qu'il soit, ne peut se proposer d'autre objet que le
(i) On entend vanter tous les jour^ rexcellence de certains établissemeos étrangers; maii ces établiisseniens , àjoute-t-on , ne sont pas compatibles avec telle forme de gouvernement. Si ce fait est Frai dans quelques cas particuliers , il est faux dans la plupart. La p]:pcédure criminelle anglaise est-elle la plus propre à protéger l'innocence \ pourquoi le» l^rfuiiçais, -leS; Allemands .et les Italiens ne Tadoptent-ils pas ?
(a) Les princes changent journellement les lois du commerce, celles qui règlent la perception des droits et des impôts ; ils peuvent doiïc changer égalen^ent toute loi contraire au bien public. Trajan croit-il le. gouvernement républicain préférable au monarchique ; il offre de changer la forme du gouvernement \ il ofire la liberté aux Romains, et la leur aurait rendue s*ils eussent voulu Faceepter. Une telle action mérite sans doute de grands éloges '{ elle a frappé l'univers d'admiration. Mais est-elle aussi surnatureQe qu'on Tima' gîne? ne' sent-on pas qu'en brisant les ièrs des Romains, Trajan conservait la plus grande 'autorité sur un peuple aflBranchi par sa générosité^ qu'il eût alors tenu de l'amour et de la reconnaissance presque tout le pouvoir qu'il devait à la force de ses armées?
SECTION IX, CHAPITRE ÎX» ,5l3
bonheur dû plus grand nombre de citoyens , tout ù9 qui tend à les rendre heureux ne peut être contraire à sa constitution (i). Celui-là seul doit s'opposer à toute réforme utile à l'état^ qui fonde sa grandeur sur Favi''lissement de ses compatriotes^ sur le malheur de ses semblables , et qui veut usurper sur eux< un pouvoir arbitraire. Quant au citoyen honnête , à l'homme ami deJa vérité et de sa patrie, il ne peut avoir d'intérêt contraire à l'intérêt national. Est-on heureux du bour heur de l'empire et glorieux de sa gloire; on désire en secret la correction de tous les abus. On sait qu'on n'anéantit point une science lorsqu'on la perfi^ctionne^ et qu'on ne détruit point un gouvernement lorsqu'on ^ réforme*
Supposons qu'en Portugal l'on respectât davantage la propriété des biens > de la vie et de la liberté des sujets; le gouvernement en serait-il ' moins ztionar*
(i) n n'est qu'une chose vraiment contraire k toute espèce de constitution, c'est le malheur des peuples. Leur comraande-t-oa 4 on n'a pas droit de leur nuire. Un prince contracte-t-il sciemment un traité désavantageux à sa nation , il excède son pouvoir ; il se rend coupable envers elle.
Un monarque n'est jamais qu'au droit de ses ancêtres. Or, toute souveraineté légitime prend son origine dans l'élection et le choix libre du peuple. Il est donc évident que le magistrat suprême, quelque nom qu'on lui donne, n'est que le premier commis de. sa nation. Or, dul commis n'a droit de contracter au désavantage de ses commettans. La société même peut toujours réclamer contre ses propres engagemens , s'ils lui sont trop onéretix.
Que deux peuples concluent entre eux un traité, ils. n'ont, pomme les particuliers , d'autre objet en vue que leur bonheur, et leur avantage réciproque. Cette réciprocité d'avantages n'existe^t-«Ue plus, de ce moment le traité est nul ; l'un des deux peut le rompre. Le doit-^il? non , s'il n'en résulte pour lui qu'un dommage peu considéiiible. Il est alors plus avantageux pour lui de supporter ce petit dommage, que d'être regardé comme trop léger infracteur de ses engagemens. Or, dans les motifs mêmes qui font alors observer son traité, on aperçoit le droit qu'a toute nation de l'annuler, s'il de- ^eut entièrement destructif de son bonheur. ... . ^>
ToMK IL 33
St4 i>B l'momme.
dûque? Sopposou qaen ce pays Ton iopprimat Yin^ qnîskion et lerlwtre» de oaebet , qoicn finuiât l'nce^ mt autorité de certaines places; aorait^-en lAaiigé k iorme du gouvernement? non c on en aorait seulement corrigé les abne» Quel monarqoe vertoMs ne se prèternt point à oette réforme ! GompareH«on les rois de TEnrope a ces stnpâdes sultans de f Am> à ees vampiree qui snoent le sang de leurs sujets» et que toute oontradietion révolte ? Soupçonner son prince d'adc^ ter les principes d'un despotisme oriental, c'est lin feire rinjure la plus atroce. Un souverain édaîré ne regarda )am«s le pouvoir arbitraire , smt d'un seul tel ;qpi'îi etisle en Turquie » soit de phuieurs tel ^'il existe en Pologne, comme la constitution réelle don état. Honorer de ce titre un despotisme cruel , c'est donner le nom de gouvernement à une confédération de volenrs (i)» qui, sous la bannière d'un seid ou de plu*^ sieurs, ravagent les provinces qu'ils habitent.
Tout acte d'un pouvoir arbitraire est injuste. Un pouvoir acquis et conservé par la force (a) est un pott«
(i) Dans les pdjs despotîqocs , si le militairt sst «iléricareincBt laî et mépnaé , c^est qàb le pêi^e ae Toît dans ks bcys et Us paohas ^pie ses geôliers et ses faouiîreaHiz. Si, dm» les ré|puÛî^iies grecque et rouMiinf , le soldat, au «onliaûpey «tak aîmé et re^ecté, c'est ^^ermé contre rcunemî cmmuhb , il ii*eât point maiviié contre ses compatnotes,
(s) SnffitHl fjOL^mt suhan eonmagade en veiin d'ooe loi, poor rendre son autonté légttiatie? non. Un nsnrpotenr, par one ki etpresso, pent se déchrcr sonverain ; dîsn-t-on vingt wms afirès que son nsntpation est légitime, l^e telle opinion est absorde. NuUie sodilé, lors de son étabHssement, nV rends ni pn remeÉtit aux mains d^an bonme le ponroir de dispootr a son gré des lûenSi de la vie et de la liberté des cisayens. Toute autorité «rbdMÎfe a4 one usnrpatâon contre laquelle un psnpio pont tonjo«i«.fe«ioîr.
Lorsque les Romûns ▼oalaaint énervnr ie ceinnge d'an^pÇ'f'^* éteindre ses Inmaèrts , avilir son 4me , le retenir dans la stnritnde » «;uo idsaient-ils ? ib lui donnaient un despote^ (?est par œ loey^ qu'iU s'asservirent les Spaitialts et les Bretons* Or> Mets eon^tit»^
SECTION IX, CHAPITRE IX. ^ 5l5
voir que la force a droit de repoui»9er. Une nation » quelque nom que porte son ennemi , peut tou}ours le combattre et le détruire. «
Si l'objet des sciences de la morale et de la politique se réduit à la recher^Jie des moyens de rendre les hommes heureux f il n'est donc point en ce genre de vérités dont la connaissance puisse être dangefeuse.
Mai$ le bonheur des peiqp^les fait*il celui des sour«> verainst?