Tome IL
Il en est de même des vérités les plus clàirlîs de la morale. La plus évidente, cVst qa'en fait de crimfe^ la panition doit être personnelle , et 4|iie je ne dois pas être pendu ponr le vol ooramis par mon voimi. Gependunt <|iie de théoio^tas soutiennent encore que Dieu punit dans les hommes actuels le péelié de leur premier père (i)!
Pour cacher l'absurdité de ce raisonnement , ils ajoutent que la justice d en-haut n'est pas celle de rbomme. Mais» si la justice du ciel est la vraie (2); et que cette justice ne soit pas celle de la terre, Thomme vit doncdans l'ignorance de la justice. Il ne sait donc jamais si l'action qu'il croit équitable n'est point injuste , si le
iprande qu'un pied ; je le vois. Tout fait dont je puis ainsi constater Fexistence par mes sens est donc évident pour moi. AÏais Test-il également pour ceux qui ne sont pas h portée de s^en assurer par )e même térècngnage ^ Non. D'oà je conclus qu'une proposition généralement évidente n'est autre chose qu'un fait dont t6us les hommes peuvent également et à chaque instant vérifier l'existence.
Que deux corps et deux corps Tassent quatre corps , cette proposition est évidente pour tous les hommes , parce que to^s peuvent k chaque instant en constater la vérité : mais qu'il y att dans les écuries du roi de Siam un éléphant haut de vingt-quatre pieds, ce fait , évident pour tous eeux qui l'auront vu , ne le seraient ni pour moi ni pour ceux qui ne l'auroient pas mesuré. Cette ptroposition ne peut donc être citée ni eoaime évidente ni même comme vraî^mblable .11 est en effet plus raisonnable dépenser que dix témoins de ce fait , ou se sont trompés, ou Tont .exagéré , ou qu'enfin ils ont menti , qu'il n'est rarisotatrable de droh^è k l'existence d'tto éléphant d'unfe hauteur douUe de veile des aixtres.
(i) Pourquoi, disait un m^jonnaire à un lettré chinois, uatlmettez-vous qu'un destin aveugle ? C'est , répondit-il , que nous ne pensons pas qu'un être intelligent puisse être injuste , et puisse puïiir 'dans un nohveau-né le «rimé commis fï y a six mille w^s par Adam son pèi*e* Votre piété stupidefatt de Orau oa iâtre iutei%eat et injuste j la nôtre, plus écli^irée , en. fait un 'aveugle destin.
(2) La justice du ciel fut toujours un mystère. L'Église pensait autrefois gufi , dans les duels ou ks batailles , Dieu âe raugta^t toujours du côté de l'offensé. ^Qirpérîenee a démenti l^Église.On sdil que, dans les GorobBt8particuli^ra« le ciel est toujours du côté du f^^^
SECTION IX y CHAPITRE # XV. 53 1
vo) et l'aâsâftânat ne sont point des vertus (i). Que dé^ viennent aloi*s les principes de la loi naturelle et de la morale ? Comment s'assnrer de leur justesse et distinguer l'honnête bomme du scélérat ?
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CHAl^ITRE XVL
L'intérêt fait estime*' én^ soi jusifu'à la cruauté qu'on
déteste dans les autres.
TouTçs les nations de l'Europe considèrent avec horreur ces prêtres de Carihage dont la barbarie enfermait des enfans vivans dans la statue brûlante de Saturne ou de Moloch. Point d'Espagnol cependant qui ne respecte la même cruauté en lui et dans ses inquisiteurs. A quelle cause attrilmer cette contradiction ? à la vénération que l'Espagnol conçoit dés l'enfance pour les moines. Il faudrait y pour le défaire de ce respect d'hafbitude , qu'3 pensât f qu'il consultât sa raison ^ qu'il s'exposât à la fois à la fatigue de l'attention et à la haine de ce même moine. L'Espagnol est donc forcé , ppr le double intérêt de la craitile et de la parère, de révérer dans le dominicain la barbarie qu'il déteste dans le prêtre du Mexique.
On me dira sans doute que la différence des çuk^
fort et dû plus' adi^oit ^ et , dans les combats généraux , éa côté àks meilieur^S troUpeg et du plud jhafoile généraL '
(i) P«u de phUoso{^e9 ont nié Texistenoe d'usr dieu: pbylsîqM. «t II est une cause de ce qui est , et cette cause est'inconnue, » Qu*qn lui donne le nom de dieu ou tout autre , qu'importe ? Les disputes à ce sujet ne sont que des. disputes de mots. Il n'en e^f paj ainsi du •di«a moral. Uo{^6sition xjui s'est toujours trouvée «ntre la juitiee de la terre et celle du ci^ en a souvent fait nier l'existence. D'aUleurs , a-t-on dit , qu'est-ce que la morale ? le rectieil des convçntioQS que les besoins réciproques des nommes les ont nécessités de contracter eiilr«.«ttx. Or> oommetit §m^ un dieu de l'ijtuvre d«s homme» ?
53a m: l'homme. ^
change Fessence des choses , et que la cruauté abonn-nable dans une religion est respectable dans lautre. Je ne répondrai point à cette absurdité ; j'observerai seulement que le même intérêt qui^ par exemple , fait aimer et respecter d<ins un pays la cruauté que Ton hait dans les autres , doit , à d'autres égaixis, fasciner encore les yeux de ma raison , quand je m'eiagère le mépris dû à certains vices.
L'avare en est un exemple. L'avare se contente-t-il de ne rien donner , et d'épargner le sien ; ne se porte-t-il d'ailleurs à aucune injustice : de tous les vicieux , c'est petit-être celui qui nuit le moins à la société : le mal qu'il fait n'est proprement que l'omission du bien qu'il pourrait faire.
De tous les vices , si l'avarice est le plus généralement détesté, c'est l'effet d'une avidité commune à presque tous les hommes; c'est qu'on hait celui dont on ne peut rien attendre. Ce sont les avares avides qui décrient les avares sordides.