‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 167 sur 203 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

L'intérêt persuade aux grands qu'ils sont d^une espèce

différente des autres hommes.

Admet-on un premier homme : tous sont de la même maison, d'une famille également ancienne; tous, par conséquent , sont nobles.

Qui refuserait le titre de gentilhomme à celui qui , par des extraits levés sur les registres de circoncisions el de baptêmes , prouverait une descendance en ligne directe depuis Abraham jusqu'à lui? Ce n'est donc que la conservation ou la perte de ces extraits qui distingue le noble du roturier.

Mais le grand se croît-il réellement d'une race supérieure à celle du bourgeois , el le souverain d'une espèce différente de celle du duc, dti comte, etc.? Pourquoi non ? J'ai vu des hommes pas plus sorciers que moi se dire et se croire sorciers jusque sur l'écha-* faud. Mille procédures justifient ce fait. Il en est qui se croiéht nés heureuit, et qui s'indignent lorsque la fortune les abandonne un moment. Ce sentiment est en eux Feffetdu succès constant de leurs premières entreprises : d'après ce succès , ils ont dû prendre leur bonheur pour un effçt, et leur étoile pour la cause de eet effet (i). Si telle est l'humanité, faut-il s'étonner

. (I) Deux faits arrivent-ils toujours ensemble ; on suppose une d^pcodance nécessaire entre eux. On donne k l'un le nom de cau3e, » Fautre celui d'effet.

SECTION IX, CHAPITRE XIX. oSg

que' des grands, gâtes par les hommage journaliers rendus à leurs ridiesses et à leurs dignités , se croient é^une raoe particulière (i)?

Cependant ils reconnaissent Adam pour le père commun des homqaes : oui ; mais sans en être entièrement convaincus. Leu^s . gestes f leurs discours , leurs regards f tout dément en eux cet aveu ; et tous sont jpersuadfiS qu'eux et le prince ont, sur le peuple bour* geois , le droit du fermier sur s^ bestiaux.

Je ne fais point ici la satire des grands (2) , çiais «elle de l'bomme. Le boui^e^is rend à son valet tout le mépris que lé puissant a pour lui.

Qu'on ne soit point surpris de troui/^er Fbomme sujet à tant d'illusions (3); ce qui serait vraiment surprenant^ c'est qu'il se refusât aux erreurs qui flattent sa vanité.

k *««/«•/»>«>% tx^^^^*'^^

Page 1