‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 27 sur 203 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Point d'iniéréty point de comparaison des objets entre eux.

1 ou<T£ comparaison des objets entre eux. suppose attenlion : toute attention suppose peine , et toute peine un motif pour se la donner. S'il était un homme sans désir 9 et qu'un tel homme pût exister , il ne cornparerait point les corps entre eux; il ne prononcerait aucun jugement. Mais dans cette supposition/ il pourrait.encore juger l'impression immédiate des objets sur lui : oui V lorsque cette impression serait forte. Sa force, devenue un motif d'attention , emporterait avec

ijr

88 DE l'homme.

l'homme. Or, dire qu'un mode ou une manièref^ n'est point un corps, ou n'a point d'étendue, ^r^ ,%^ plus clair; mais faire de ce mode un être , et ni^ ^-v ^^ être spirituel, rien, selon moi, de plus absui\^ \ ^'. '

Quoi de plus vague encore que le mot cri. "^ -^ * « que ce terme collectif rappelle à mon esprj \ \ % ' nette et déterminée , il faut que je lapplîq? h un assassinat, ou à quelque action parei' mes n'ont inventé ces sortes de mots que muniqu'er plus facilement ou du moin* tement leurs idées. Je suppose qu'on r où l'on ne veuille admettre que dés hon s'éviter la peine de transcrire le long elles actions qui doivent en exclure, oi mot, qu'on doit bannir tout homme crime. Mais de quelle idée nette ce alors représentatif? d'aucune. Ce destiné à rappeler au souvenir df tions nuisibles dont ses membi coupables, l'avertit seulement d'i Ce mot, enfin, n'est propremei.

îfiière plus courte et plus abrège rattention de la société.

Aussi, dans la suppositior les peines dues au crime, je claires et précises , il faud -successivement à ma mén rens forfaits que l'homme ttiinasse lesquels de ces ^ À la société , et que je ] ne serait , comme je V nonce des sensations lu hleaux de ces crimes.

Toute idée quelco lyse, se réduire ton*

-.eje i ra pper

> résille sans

•1 ait de )à vue:

:^ qoe ma main ;

sauver mes yeux.

n pareil ciw, le même

■HiUent d'habîtade est st

»., JK^ain devant les yeux

r^^Wi^ et du raîsonniement

^V>» ^^ ^® sensations de

flsau^. ]^t notçe attention ,

TION n> CIBAMTBE VI. gt

^ en nous ni consdenc») iiisoa««

^v^ aV^ ^'^) plu» fortes $00 1^ pcmr

'-'^, '^'3^^..; V/, /'' **ui8 blessé. J^ pour*-

'"«. ''^ A ' f ^^ ' le ma blessure.

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J œil îin|tttet

^lis-jc peintre?

frappe. Suis- je

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il n'est point de dë^

\m mon œil perçant Bè

lies passions qui , conceii^

a sur œnains objets , me

âiisceptible dès sensations les

vissent aussi contre toute autre

oiam^ jaloux^ ambitieux, ioqtidet;

situation de mon âme, je traverse les

^aiais des souTerains ^ en vain suis -je

les noyons réfléchis des marbres y des sta«*

tableailx qui jis'envtroffineflit; il fent , 'pour

r 99(ion attention , qu'un objet inconnu ^ nou*-

, et tout à coup offert à mes yeus , £isse sur moi

c imprlessxon vivcv Faute de cette impression , jis

aanctfae sans voir, sans entendre, et sans oanscience

des sensations que j'éprouve.

hs^ Qomraii^y si^ dans fe calme des dé^rs, jje patvN

cBe on jmffmmani* Il n'en soraît MnfMâoit était fioUe ; il a'aarait alors ni ni âoitreBÎr de» pi|yjiini q[a*eU» aurait Gn bamme est ganiuj— i^ d'oa» kfiaité «Pobftfs ; il muftiiiimcnt affecse cFone infiakë dbs aelttalioBs r il porte donc 11110 infinité de jv^pemen», màs il les ports à san insn. Pbttrc|iioî? C'eal <{«e la nature de ses juge Mena suit celle de ses aenaatioiis» Ne iantHeOes anr ib ^'one trace It^ère, c&êée awntôt ^pam acitie : ks jng^mens portés anr ce» aortes de aenaatîoiis sont de la a^me eapèce : il n'ei a point de eonaeicfifse. Il n'est point dlioauiBe en effet qnî , sanss'en apercefoûr ^ as fesie tons ks jears nne ii^finité de raianainimena donc li n'a pes de conacienoe. Je prends pomr exemple ceux êfsi pruèdent presçne tons fes nHMxfenMBS r<pkieff de notre corps.

LonHfne, dans on ballet, Tnatris Cik phHât nan cabriole i|n'nn entrechat; kvsfne, dans la safle d'annesy ifoté line pintôt la tierce que h qunrte^ il SkMy s'il n'est point d'effet sans csune y qne Vestr» et Hoté'y soient déterminés par nn raôsonnement trop rapide pour être , si je Fose dire , aperça. Tel est celui que je Élis y lorsque j'oppose ma Boaîn an eerps prêt à frapper mon œil. Il se réduit à peu près à ceci :

L'expéri^ice m'apprend ^œ ma main résiste sans douleur au choc d'un corps qui me primerait de là vue : mes jeux d'aiUenrs w acmt plus checs que ma main ; )e dois done exposer ma main pom* SMrrer mes yeux.

Il n'est personne qni te fasse, en pareil cas, le même msomsement ; mais œ raisonnement d'bahitnde est st raptde , qn'on a pltctot mis la main derant ks jeux ^l'on ne s'est aperçn et de l'action et dn raîsonnfemeM dont cetle action esc l'effet. Or , qne de sensations de la nature de ocs raisonnemens habituels ! Que de sen«sations Êiâbles qui , ne fixant potnt not^ «Itentiott ,

SECTION lî, CHAMTBE VI. pi

ne peuvent fMHxluiré en nous ni conscieiioo^ nisoa'^ venir !

Il e§t de» moment ou le» pins forles sont^ pour ainsi dire ^ nulles. Je me bats : je 6UÎs blessé. Je pour* suis le combat y et tte m aperçois pas de ina blessure. Pourquoi ? c'est que l'amour de ma conservation , la colère» le mouvement donné à mon sailg, me rendant insensible au coup qui ^ dakis tout autre moment ^ e&t fixé toute moâ aUenlion* Il ^st^ au contraire^ des nio«* mens oit j'ai connaissance des sensations les plus légères; c'est lorsque des passions» telles que la crainte» l'amour de la gloire» l'avarice^ reavie, etc. » coocentrent tout notre esprit sur un objet» Suis-^ conjuré? il n'est point; de geace > àé rejgard ^ qui échappe â Tceil inquiet et soupçonneux de meà èomplice$« Suû^ peintre ? tout effet singulier de lumière me frappe. Suis*- je joaillier? il n'est poiilt de tache dans un diamant «cpae je n'aperçoive* Sui»-je etavieux? il n'etft point de dé>* &ut dans ton grand bonune qpe nnài œil perçant né decouyr^^ Au reste » ces mêmes passions qui , eonceii*trant toute mou atteniâon sur certains objets, tM rendent» à cet égat-d» susceptible des tensalions les plus fines y m'endurcissent aussi contre toute autre espèce de sei^sations.

Que je sois amant , faloux , ambitieux » ioqaîet ; si y dans cette situation de mon âme , je traverse les magnifiques paiaîs des souverains » en vain suis «-je frappé par les rayons réfléchis des marbres, des sia'* tues, des tableaux qui jdi'enviroînneBt; il feut, 'pour réveiller mon attention , qu'un objet inconnu , nou*veau f et tout à coup offert k mes yeux , fisse sur moi une impression vive. Faute de cette impressioii , je mapohe sans voir, sans entendre, et sans conscience des sensations que j'éprouve.

An comraine, si» dans le i^me des déârs, je jpaî^

ga DE L^HOMME.

coars ces mêmes palais , sensible alors à todtes les beautés dont Fart et la nature les embellissent , mon âme^ ouverte à toutes les impressions , se partagera entre toutes celles qu'elle reçoit. Je ne serai pas , kh vérité, doué y comme Famant et Fambitieux, de cette vue aiguë et perçante qu'ils portent sur tout ce qui les intéresse; je n'apercevrai point , comme eux , ce qui n'est, pour ainsi dire, visible qu'aux yeux des passions» Je serai moins .finement , mais plus généralement sensible.

Qu'un homme du monde et qu'un botaniste se promènent le long d'un canal ombragé de chênes antiques et bordé d'arbustes et de fleurs odorantes; le premier, uniquement frappé de la limpidité des eaux , de la vétusté des chênes, de la variété des aH)ustes, de l'odeur suave des fleurs, n'aura pas les yeux du botaniste pour observer les ressemblances et les différences qu'ont entre eux ces fleurs et ces arbustes. Sans intérêt pour les remarquer , il sera sans attention pour les aperce* voir. Il recevra des sensations; il portera des juge* mens , et n'en aura point de conscience. C'est le botaniste jaloux de la réputation , le botaniste scrupuleux observateur de ces fleurs et de ces arbustes divers , qui seul peut se rendre attentif aux différentes, sensations qu'il en éprouve, et aux divers jugemens qu'il en porte.

Au reste , si la conscience ou la non-conscience de telles impressions ne change point leur nature , il est donc vrai , comme je l'ai dit plus haut , que toutes nos sensations emportent avec elles un jugement dont l'existence ignorée, lorsqu'elles n'ont pas fixé notre attention , n'en est cependant pas moins réelle. .

Il résulte de ce Chapitre, que tous les jugemens occasionnés par la comparaison des objets entre eux, supposent en nous intérêt de les comparer. Or, cet ia*

lérél;, néôessaîremeat fondé sur. Taifiour de notre bonheur, ne peut être que l'effet de la sensibilité physique, puisque toutes nos peines et nos plaisirs y prennent leur source. Cette question examinée , f en condural que la douleur et le plaisir physique sont le principe ignoré de toutes les actions des hommes (i).

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