‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 28 sur 203 · ACTION · texte numérisé non relu

ACTION

C'est pour se vêtir ^ pour parer sa maîtresse ou sa femme y leur procurer des amusemens , se nourrir soi et sa famille , et jouir enfin du plaisir attaché à la satisfaction des besoins physiques , que l'artisan et le paysan, pensent^ imaginent et travaillent. La sensibilité physique est donc l'unique moteur de l'homme (2). Il

(i) Ea plusieurs endroits de son Emile , Rousseau nie que la sensibilité physique soit le principe de toutes les actions de l'homme ; mais les raisons sur lesquelles il se fonde prouvent qu'il n'a pas sérieusement médité cette question.

(2) Ce qu'on appelle peine ou plaisir intellectuel , peut toujours se rapporter à quelque peine ou à quelque plaisir physique. Deux exemples seront la preuve de cette vérité.

Qui nous fait aimer jusqu'au petit jeu ? seraient-ce les sensations agréables qu'il excite en nous? Non : 01 l'aime parce qu'il, nous délivre de la peine et de l'ennui , et nous soustrait à cette absence d'impression toujours sentie comme un malaise et une douleur physique.

Qui nous fait aimer le gros jeu ? l'amour de l'argent. Qui 'nou« fait aimer l'argent ? le goût des commodités , le besoin Aes amuse-' mens , le désir de s'arracher à des peines , et de se procurer des plai-' sirs physiques. Ne peut-on pas encore aimer dans le gros jeu l'émotion qu'il produit en nous? sans doute. Mais l'émotion sentie an moment

g4 ^S LHOIfXE.

n^esi donc susceptible que de demc espèces de plaisir» et 4^ peines. L'une comprend les peines et les plaisirs

OU i« vais perdre ou gagner iniUe , dem mjlle , oit si Fon. veut, dix

mille louis , prend sa source , ou dans la crainte d^étre privé des plaisirs dont je jouis y ou dans Pespoir de coûter ceux que me procu' rerait un accroissement dans ma fortune. Cette émotion ne serait-etie pas aussi , dans quelques hommes^ Tefièt de Torgueil ? Il en est d^assez 8upeii)es pour se sentir humiliés, lorsque la fortune les abandonne, fût-ce au jeu des épingles. Mais cet orgueil est rare. D^ailleurs, ce même orgueil , comme la preuve s^en iraure dans le lii^re de VEsprit^ Ghap. Xin , Disc. III , n'est encore qu'un des effets de la sensibilité pbysique. L'amour di| j^u a donc poiir principe, ou la craiote de l'ennui , par conséquent de la douleur , ou l'espoir du plaisir phj- ^que. '

En est-il ainsi du plaisir intérieur éprouvé lorsqu'on secourt un malheureux, lorsqu'on fait un acte de libéralité? ce plaisir sans doute est très-vif. Toute action de cette espèce doit être louée de tous , parce qu'elle est utile à tous. Mais qu'est-ce qu'un homme humain ? celui pour qui le spectacle de la misère d'autrui est un spectacle douloureux. *

^é sans idée, sans vice et sans vertu, tout, jusqu'à l'bv^aaité» est dans l'homme une acquisition \ c'est à son éducation qu'il doit ce sentiment. Entre tous les divers moyens de Tinspirer, le plu^ efficace , c'est , à l'aspect (Fus malheureux , d'aceoutumep Penfent , pour ainsi dire , dès le berceau , à se demander par quel lia^ard il n'est point exposé , comme cet infortuné , aux intempéries de l'air, à la soif, à la faim', à la douleur, etc. L'enfant a-t-il contracté l'habitude de s'identifier avec les malheureux , cette habitude prî&e ,. il est d'autant plus touché de leur misère, qu'en déplorant leur sort^ c'est sur l'humanité en général , et par conséquent sur lui-n^éme en particulier , qu'il s'attendrit. Une infinité de sentimens divers se mê' lent alors à ce prernier sentiment , et de leur assemblage se compose ce sentiment total déplaisir dont jouit une âme noble, en secourant un misérable ^ sentiment qu'elle n'est pas toujours en état d'analyser.

On soulage donc les malheureux :

i<^. Pour s'arracher à la douleur physique de les voir souffrir j

2^. Pour jouir du spectacle d'une reconnaissance qui produit du moins en nous l'espoir confus d'une utilité éloignée \

3"^. JPoiu* faire un acte de puissance dont l'exercice nous est touiours* agréable, parce qu'elle rappelle à notre esprit Fimage des plaisirs attachés à cette puissance 3

4°. Parce que Fidée du bonheur s'associe toujours, dans une bonne éjlucation , avec l'idée de bienfaisance , et que cette bienfaisance , ei^ nous conciliant l'estime el l'affection des hommes , peut , ainsi

SECTION II , CHAPITRE VII. g5

physiques ; Tuulre , les peines et les plaisirs de prévoyance ou de mémoire.

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