COULEURS
Je ne connais que deux sortes de douleurs , la douleuv actuelle et la douleur de prévoyance. Je meurs de faiii) ; j'éprouve une douleur actuelle. Je prévois que je mourrai bientôt de fàim; j'éprouve une douleur de prévoyance , dont l'impression est d'autant plus ibrie que cette douleur doit être plus prochaine et plus vive. Le criminel qui marche à 1 ecbafaud n'éprouve encore aucun tourment ; mais la prévoyance qui lui rend son supplice présent, le commence (i).
HE MO RDS.
Le remords n'est que la prévoyance des peines physiques auxquelles le crime nous expose. Le remords est par conséquent en nous l'effet de la sensibilité physique. Je frissonne à l'aspect des feux, des roues, des fouets, qu'allume, courbe et tresse, au Tartare, l'imagi-
que les richesses , être regardée comme un pouvoir ou un inojen de se soustraire à des peines et de se procurer des plaisirs.
VoiU comme, d'une infîiiité de sentimens divers, se forme le sentiment total de plaisir qu'où éprouve dans l'exercice Je la bienfaisance.
yen a! dit asseï pour fournir k l'homme d'esprit le moyen de décomposer pareillement toute autre espèce de plaisir réputé intellectuel, et de le r.-tppejer à de pures sensations.
(t) Nul doute que la prévoyance ne nous fasse , dans ces aflieuz nomens , éprouver une sensation physiquement douloureuse. Qu'estce que la prévoyance? un effet de la mémoire. Or, le propre de la mémoire est de mettre , jusqu'à un certain point , les organes dans la contraction oii les mettra plus fortement le supplice. Il est donc évident que toutes les peines et les plaisirs réputés intérieurs , sont autant de sensations physiques, et qu'on ne peut entendre par ces mots d'intérieurs ou A'exlérieurs que les impressions excitées ou par la mémoire, ou par la présence même des objets.
g6 INE l'homme.
Hadoadtt peînire ou du poète. Un homme est-il sam crainte t est -il au-dessus des lots, c'est sans repentir qu'il commet l'action malhonnête qui lui est utile ^ pourvu néanmoins qu'il n'ait point encore contracté d'habitude vertueuse. Cette habitude prise, on n'en change point sans éprouver un malaise et une inquiétude secrète à laquelle on donne encore le nom de remords. L'expérience nous apprend que toute action qui ne nous expose nî aux peines légales, ni à celle du déshonneur (i), est en général une action toujours exécutée sans remords. Solon et Platon aimaient les femmes et même les jeunes gens, et l'avouaient (2). Le vol n'était point puni à Sparte , et les Lacédémoniens volaient sans remords. Les princes d'Orient peuvent impunément charger leurs sujets d'impôts, et ils les eu accablent. L'inquisiteur peut impunément brûler quiconque ne pense pas comme lui sur certains points métaphysiques : et c'est sans remords qu'il venge, par des tourmens affreux, l'offense légère que fait à sa vanité la contradiction d'un juif ou d'un incrédule. Les remords doivent donc leur existence à la crainte du supplice on de la honte , toujours réductible , comme je l'ai déjà dît, à une peine physique.
(i) Si le déshonneur ou le mépris des hommes nous est insupportable , c'est qu'il nous présage d^s malheurs ; c'est que le déshonoré est en partie privé des avantages attachés à la réunion des hommes en société y c'est que le mépris annonce peu d'empressement de leur part à nous obliger 5 c'est qu'il nous présente l'avenir ppmme vide de plaisirs j et rempli de peines , qui toutes sont réductibles à des peines physiques.
(2) Les Gaulois étaient autrefois divisés en une infinité de clubs ou sociétés particulières. Ces sociétés étaient composées d'une douzaine de ménages dont les fçmmes étaient en commun. L'on vivait avec elles sans remords : mais on n'eût osé aimer une femme d'un autre club : ta loi le défendait , et le remords commence oii l'impunité cesse.