‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 83 sur 203 · Tome IL ig · texte numérisé non relu

Tome IL ig

ago I>E L HOMME.

Dans la première de ces citations , Rousseau croît ^e c*est à rorganisation que nous devons nos vices, nos passions, et par conséquent nos caractères.

Dans la seconde , au contraire , il croit (et je le crois comme lui) qu'on naît sans vices , parce qu'on naît sans idées; mais par la même «aison, on naît aussi sans vertus. Si le vice est étranges à la nature de rhomme, la vertu lui doit être pareillement étrangère : Tun et l'autre ne sont et ne peuvent être que des acquisitions (i). C'est pourquoi l'on est censé ne pouvoir pécher qu'à sept ans, parce qu'a vanf. cet âge on n'a encore aucune idée précise du juste et de l'injuste , ni aucune connaissance de ses. devoirs envers les honunes.

IIP Proposition. Rousseau dit^ page 4^, tome II de V Emile : « Que le sentiment de la justice est inné )>dans le coeur de l'homme;» il répète, page 65 du même volume , « qu'il est au fond des âmes un principe » de vertu et de justice. »

IV* Proposition. Il dit, page 6, tome Ildel'J^mifc: « La voix intérieure de la vertu ne se fait point entendre » au pauvre (3), qui ne songe qu'à se nourrir. »Il ajoute,

(i) Rousseau , page 4i6 , tome I de V Emile , après avoir dit un mot de l'origine des passions , ajoute : « Sur ce principe il est aisé de voir » comment on peut diriger au bien ou au mal toutes les passions des » enfans et des hommes. » Mais s'il est possible de diriger au bien ou au mal les passions des enfans , il est donc possible de changer leur caractère.

(q) ce La voix intérieure de la vertu , dit Rousseau , ne se fait point a entendre au pauvre. » Get auteur range apparemment, les incrédules dans la classe des pauvres, lorsqu'il ajoute, page 127, tome II de V Emile •• « tXn incrédule souhaite que tout l'univers soit dans la » misère pour s'épargner la moindre peine et se procurer le moindre » plaisir. » Rousseau est incrédule , et je ne l'accuse pas d'un pareil souhait. Voltaire n'est. pas bigot, et c'est cependant lui qui prit en main la défense de l'innocente famille des Calas, qui leur ouvrit sa bourse , quifpacrifia eu sollicitations un temps pour lui toujours si

Î>réeieax, et qui protégea seul la veuve et les orphelins, oppripiés, orsque l'Église et les magistrats les abandonnaient. Rousseau n'au-

SECTIOU V, CtfAPITBE I. agi

peuple a peuxi'idées de ee 4ui est' beau et bonj!> névè,y> et conclut , page 80 ^ lome I ibid^, « quV » vant l'âge de raison , Thomme fitit le bien et te maj

j> sans le connaître. ». «

On voit que si dans la, troisième de ces proposi-: lions, Rousseau croit l'idée de^la vertu innée, îl la croit acquise dans la quatrième > et il â raison. Ce n'est qu'une parfaite législation qui donBemit à tous les hommes une idée parftite de la^ertu,*et qui les nécessiterait à l'honnêteté.

Tous seraient justes, si le ciel eAt, dès le birceau, grave dans touS les coiurs les vrais principes de la législation j il ne l'a point ^ait.

Le eiel a donc voulu que les hommes dussent à leur uDiéditauon Texcellenoe de leurs lois ; que la coa-: naissancQ. de ces lois fût rme acquisition et le pro^ 4uit du génie perfectionsé par le * temps et l'expérience. En effet, dirais -je à Rousseau, s'il était un sentiment inné de justice et.de vertu , ce sentiment, comme celui de la douleulruBt du plaisir physiques, serait commun à tous les hommes , au pauvre comme au riche, au peuple comme ai} grand, et l'homme distinguerai v à tout âge le hmn du mal (r)* '

MsAs Rousseau dit, page 66, topie II d'Emile : « sans UB principe inné de vertu , verrait>on l'homme

raît-il voulu dire autre chose , sinon que Figcrédule s'aime de préférence aux autres? Ce sentiment est commun au dévot comme k Fincrédiile : point de saint qui voulût être damné pour son voisin. Quand saint Paul a souhaité d'être ana thème ^ur ses frères , ne s'est-il point exagéré la ^noblesse de ce sentiment , et ne lui fallait-il pas quinze jours de résidence en enfer pour s'assureir de ^a vérité? <

(i) <c Tant qu* la sensibfflté de.Fhomme {Éihile, page 429, tome I) » reste bornée à son individu , il n'j^ a rien de moral dans ses actions. » Ce n'est que quand elle commence à s'étendre hocs de lui qu'il » prend d'abord ces sentimenB et ensuite ces notions du bien et du » mal qui le constituent véritablement homme. » Ce texte prouve l'ingénuité avec laquelle Rousseau se réfute lui-même.

9 juste et le cîtoyen^ honnête concourir à son pr^orlice » au bien puUic/j» Personne, repondraî-je , n'a }aiiiaift concouru h son preji'idîce au bien public. l»e hi^ros citoyen qui risqpe sa vie pqur se eonronner de gloire, pour mériter l'estime puliliqtie et pour HflViiuclûr sa pa« trie de la servitude^ crde au ^jentioienl qui lui mi le plus agréabte. Pourquoi ne trouverait- il pas i^on bonibeur dans reK«rcîi>s de la v^eriu , dans Tacqui^ûtion de JVsliine publique et des plaisirs attachés à cette estime? Par quelle raison enfin n'exposerait^il pafi'sa vie pourià p<trîe, Itrsqtie le msitelpt et le soldat , Tun a«r iner et Tau- Ire a la traqcbéey Tesposent toiu let^ joidrs pour biI écu? L'homme honnête qui senjl)le concourir à son préfiiHice au bien i^uhlic, n'obéit donc qu au sentînienc d'im in- $4iièt noble* Pourquoi Houa^au niei^it-il «joi que l'inti^^ Têt est le moteur unique et universel d«8 homipies? U en 4xmvient en miire endroÎ4a de aes anvrages. Il dit^ 4anft Y Emile : % Un homiue a haau faire seniUant ;» de pi^rer mon intérêt au aien propre , de quelque ^ ^épttonatrirtîon qu'il cqj^ffre ce roehsoipige , je suift tré»- » sur qu'il en lEait un. * Pag. s S^ \»m. i, ibid* : « Je veux^ ^ quand iiiOn élève s engage avec moi, qu'il ait toujours ^ un intérêt présent et senfitble à remplir sq|i engage^ ;> nient; et qiae^ ai }anKii5 îl y manque « oe melisonge 9 attire sur lui des maïui din'il. voie sortir de Ibrdi^ y> des choses. ^

Dans ce^te cUatjiûn ^ h Rousseau se croit d autaol plus asraré de la prcMnetse de son élève que cet élèfe a plus d'intérêt à la garder, pourquoi dire, tome I> page 1 95 de X Emile : a c^Jui qui ne lient qiife par soa 3» profit et son întérêt à sa paroh^ n^esi guère plus lie » que s'il n'avait rien promis ? #> Cet homme sans do«ite ne sera paâ lie par sa parole , mais par son intérêt. Or, ce lien en vau£ bien un autre; et Rousseau n'en, doute point , puisqu'il veut que ce soiA ïiniérét qui lie le dis*

SECTIOU ▼, CHA^PiTRE I. ^gS

ciple à.la pr^me^se. LW en est et Ton «n sefa toujours d'autant plus exa^A et fidèle observatear de sa parole ^ qu on aura plus d'iiitérêt à la tenir. Quieonqtie alors y m^V^ue est encore fixis fou <{iie mftUioiifiele.

J'avoue qu'il est rare de trouver dc^ contradietiims si palpables dans les principes du même ouvrage. Là scmle manière d expliquer ^ pkënoniène moral , c'est de convenir que Rousseaii s'est moins occupé , dans sdH Emile f dd la y^ite de ce qull dit que de ta manière de Feitpriniev» Le résultat de ces eomradiclions^ 6e9t que Içs idées ^ la î^siîce» et de la vertu soal fé^Uement acquises. «

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