‹ Œuvres complètes d'Helvétius (volume 2)Chapitre 91 sur 203 · Tome IL ai · texte numérisé non relu

Tome IL ai

33a l>c l'houme.

Hîppocrale et les Boerhaave; la guerre As^ns les Cesari les Feuquière et les MontécucuUi; le droit civil dans les Domat; enfin la politique et la morale dans des historiens tels que les Tacite, les Hume, les Polybe, les Machiavel ? Pourquoi , non content de mépriser les lettres, Rousseau semble-t-îl insinuer que rhomme, vertueux, de sa nature , doit ses vices à ses connaissances? a Peu m'importe, dit Julie (page 5o3, tome. II de I» VHéloUe), que mon fils soit savant : il me suffit qu'il jf> soit sage et bon. » Mais les sciences rendent^elles le lûtoyen vicieux ? l'ignorant est-il le meilleur (i) et le plus sage des hommes ? Si l'espèce de probité néces^ saire pour n'être pas pendu exige peu de lumières, en est-il ainsi d'une probité fine et délicate? Quelle con<naissance des devoirs patriotiques cette probité ne suppose-t^lle pas? Parmi les stupides, j'ai vu des hommes bpn9 f mais en petit nombre. J'ai vu beaucoup d'hut*jtr^$, et peu qui renfermassent des perles. On n'a point observé que les peuples les plus ignorans fussent tou^ jours les plus b^ir^UK ^ 1^ plus doiu ^t les plus ver->tueux (;î).

Au nord de l'Amérique, une guerre inhumaine arme perpétuellement les ignorans sauvages les uns contre les autres. Ces sauvages, cruels dans leurs combats, sont plus cruels encore dans leurs triomphes. Quel traitement attendent leurs prisonniers? la mort dans des supplices abominables. La paix , le calumet en main , a-t-çlle suspendu 1^ fureur de deux peuples sauvages^

(i) I^ connaissance et la méfiance des hommes sont » dit-on , inséparables. UhQnime n*e%^ do»c pas aussi bon que le prétend Julie.

(a) Moins on a de lunùères , plus on devient personnel. J'entends une petite maîtresse pousser les bauUi cris : quelle ep ^t la cause? est-ce Je choix d'un mauvais général ou Tenregistremeot d^un édit onéreux au peuple ? non , c'est la mort de son chat ou de sou oiseau. Plus on est ignorant , moins on aperçoit de rapport entre le bonheur national et ie sien.

SÈCïioii V, CHÀPtTRE vnt- 3ti3

quelles violences n'exercent-ils pas souvent dans leurs propres peuplades? combien de fois a -t- on vu le meurtre , la cruauté , la perfidie , encourages par Tim^ punité ( I ) , y marcher le front levé ?

Par quelle raison en effet Thomme stupide des bois serait«-il plus vertueux que l'homme éclairé des villes ? Partout le& honunes naissent avec les mêmes besoins et le même désir de les satisfaire : ils sont les mêmes au berceau; et s'ils diffèrent entre eux, c'est lorsqu'il entrent plus avant dans la carrière de la vie.

Les besoins, dira-t-on, d'un peuple sauvage se ré-» duisent aux seuls besoins physiques; ils sont en petit nombre : ceux d'une nation policée , au contraire , sont immenses. Peu d'hommes y sont exposés aux ri^eurs r

de, la faim; mais que de goûts et de désirs n'ont -ila pas à satisfaire ! et dans cette multiplicité de goùls , que - de germes de querelles , de discussions et de vices ! Oui : mais aussi que de lois et de police pour les ré« primer !

Au reste, les grands crimes ne sont pas toujours Feffet de la multitude de nos désirs. Ce ne sont pas les passions multipliées, mais les passions fortes, qui sont fécondes en for&its. Plus j'ai de désirs et de goûts ^ moins ils sont ardens : ce sont des torrens d'autant moins gonflés et dangereux dans leur cours, qu'ils se partagent en plus de rameaux. Une passion forte est une passion solitaire qui concentre tous nos désirs en un seul point. Telles sont souvent en nous les passions produites par des besoins physiques.

Deux nations sans arts et sans agriculture sdnt-elles quelquefois exposées au tourment de la faim : dans cette faim, quel principe d'activité! Point de lac pois^

(I) Chez certains sauvages , l'ivresse attire le respect. Qui se dit ivre est déclaré prophète ; et, comme ceux des 3ui&, il peut irapuuément assassiner.

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