CHANT PREMIER
Assiégé de li^ouls, n'est quua séjour d'horfieor; Quand Iç plaisir s'^enfuit , en y^in on le rappelle. La flamme de l'amour ne peut être ét^rpelle.
C'est en vain c[u un instant sa faveur jLe séduit ; Le transport l'accompagne , et le d^oûf le suit.
Hébé fuit à Fin^nt. Déjà sur ces ))ocages Borée au front peîgeux rassemble le^ nuages; Et , sur un char obscur transporté par les vents. Le (îroid Hiyer détruit le palais du Printemps. De son rameau flétri la feuille est détachée , L'onde se consolide • et l'herbe desséchée Implore , mais en vain , le dieu brillant du joujr- Sur le trône où régnaient la Mollesse e^ l'Âmouty Que Yois-je? c'est l'Ennui, monstre qpi se dévore, Qui se fuit en tout lieu , se retrouve et s'abhorre. Le front environné d'nn rameau de cyprès.
Il voit auprès de lui , poussant de vains regrets. Les amans malheureux qu'auci^n transport n'enflampie Sonder sifec efjTroi le vide de leur âme.
Déjà rinfii*mîté, les yeux éteints et creux.
Le corps moitié courbé sur un bâton noueux , A de l'âge caduc hâté le lent outrage.
Et de son doigt d'airain sillbnné leur visage. Us invoquant la Mort, espoir du malheureux; Et la trop lente Mort se refiise à leurs vœux.
Ici, je le vois trop, le bonheur n'est qu'une ombre; C'est l'éclair fugitif au sein d'une nuit soml^rç. Sybarite, pourquoi ces regrets impuissans?
Quoi ! les plaisirs passés sont tes malheurs présent !
Il pouvait être heureux, répliqua la Sagesse. » Que l'amour de plaisirs eut semé sa jeunesse! L'amour ^st pn .présent die la diyinité , . - L'image de l'exc^ de s^ félicité- •
Il pouvait en jouir; m^is il devait, en sage, ^ • Se ménager d^ Iqv» des plaisirs de tout âge.
Que lui servent , helas ! ces regrets superflus ? L'inutile remords n'est (ju'un malheur de plus.
Mais s'il est des instans où , plein de sa tendresse ', Un amant en voudrait éterniser l'ivresse , En fut-il un jamais oh, libre de désir , L'ambitieux voulût s'arrêter pour jouir?
La grandeur qu'il obtient toujours porte avec elle L'impatient espoir d'une grandeur nouvelle.
De cet espoir rempli naît un désir nouveau; Et d'espoir en espoir il arrive au tombeau.
 ces mots^ entraîné par la main qui me guide , Je me sens transporté dans une plaine aride.
Là s'élèvent des monts couverts de toutes parts De débris et de morts confusément épars.
Leur croupe ravagée et leurs superbes faîtes Sont frappés de la foudre et battus des tempêtes.
Quel effroi me saisit ! quels cris tumultueux ! Par quel espoir guidé sur ces monts orageux Ce héros tente-t-il d'escalader leurs cîmes ? • Quel est ce roc altier environné d'abîmes Qui sort d'entre ces monts et monte jusqu'aux cieux?
O mortel , c'est ici que les ambitieux , Étouffant le remords et sa voix importune , Viennent à prix d'honneur conquérir la fortune , Revêtir leur orgueil de ces biens apparens , De ces titres pompeux qu'idolâtrent les grands, De ces bandeaux sacrés, de ce pouvoir suprême , Fantôme du bonheur, et non le bonheur même.
Au pied de ce rocher, sur ces débris épars.
Tu vois l'ambition porter des yeux hagards.
Ce monstre errant sans cesse aux bords de ces abîmes, Rongé par les chagrins , escorté par les crimes , Troublé par le présent, rarement y peut voir L'avenir embelli des rayons de l'espoir :
La crainte prévoyante, à travers les ténèbres ,
CHANT TOEMIEH. 87
Le lui montre éclairé par des lueurs funèkres» Il se hait^ il se fuit : souvent 1 pour le punir. Le ciel lui rend présens tous les maux à venir.
-O folle Ambition , ^ursuivaît la Sagesse , Déjà gronde sur toi la foudre vengeresse.
Lorsque la Trahison , la Fourbe et les Fureurs Ont aplani pour toi la route- des grandeurs.
Au, trône où «tu t'assieds , tu portes les alarmes ; J'y vois ton voile d*or inondé de tes larmes.
Elle dit y et j'entends sur ces monts caverneux L'Ambition pousser des hurlemens affreux.
Avec un bruit pareil au long bruit du toûnerre • Ses cris sont répétés aux deux bouts de là terre. Tous les ambitieux accourant à sa voi.x , Par trois chemins divers s'avancent à la fois* Les premiers^ précédés de la pâle Épouvante , , Le bras ensanglanté , la tête menaçante , Marchent en décochant les flèthes du trépas.
La Désolation se roule sur leurs pas ; ^Esclavage les suit^ traînant ses lourdes chaînes, Et conjurant la Mort de terminer ses peines.
Cette plaine à tes yeux présente les guerriers Que la victoire a ceints de coupables lauriers. . FJéaux du monde entier , ses maux sont leur ouvrage. Mais^quels tristes accens I quel effroi ! quel ravage I De palais , de hameaux et de moissons couverts , Lea»champs à leur aspect se changent en déserts. Ici, vois la Terreur, à l'œil fixe, au teint blême, Qui fait, s'aifête, écoule, et s'effraie elle-même. Plus loin, c'est la Fureur, la froide Cruauté, Qui de leurs pieds d'airain foulent l'Humanité ; L'aveugle Désespoir, qui, nourri pour la guerre, . Le bras nu, l'œil troublé, court, combat et s'enferre.
Vois ces fiers conquérans , ces superbes Romains , So\is le poids de Içur gloire oppresser les humains ;
8S LE BONHBlfR.
Vois leurs pa( destmcteor» marqués pér le .earoagr , ^ ' Les remparts enflammés éclairant leuf passage^ ^^ Les temples àe la Paix tombaot à leurs regards. Et les Arts éperdus fuyant de tcMItçs paris.
Tels sont donc les mortels dont I0 terre en silence Adore 1^ décrets, révère la puissance I Partout on leur construit des tombeaux fastueux , D'un pouvoir qui n'est plus mcmumeos orgueilleux; On les élève au ciel, l'univers les admire :
Avec ses destructeurs 4 est ainsi qu'il conspire p - Et qu'en déifiant les (ureot^ des héros L'homn^e les enoourage a des primes noaveaiiz. O toi , d'un dbx hooneur imprudesiment avide , Qui dans les champs de Mars consacres l'homicide , O mortel , puisses-tu mesurer désormais L'hérolsipe de$ rois au bonheur des sujets !
Mais, plus loin « qaette feule-, humble en sa contenanee^ Par des see tiers obficursf jusqu'à ces monts s'avance, Et veut, en affectant le mépris des grandeurs, Par ce mépris loi^^méme arriver aux honneurs ! Quel monstre les conduit! la sombre Hypocrisie, Aux crimes y à la honte, «ix remords endurcie. Qui se )Ouant de DtcK feint de le respecter.
Qui dans tous ses forfaits ose enoor l'attester, *
Pour marcher au pouvoir rampe dans la potissière^ * Et cache son orgueil sous la cendre et k kaire» Des aveogies mortels ce monstre respecté , •
Règne par l'imposture et la sUi|^idité , Par la crainte d'un Dieu qu'en lacrec il blbaphcme , Par la créduhté qui s aveugle elfe-fuéme. Il guide sur ces monts d'antres andiitieux :
Implacable en sa haine, il écarte loin d'eux La:lendre Chanté, qui, brûlant d'un saint aèle. Rend anx humains f amour qiae les dàettx ont poixr eHe. De tpuftés les vertits aélé pefsécMUetir,
CKÀIIT fAEWBVR. 89
La paix est sur son front, fo guerre est dai^s son cœur : Avec horreur le ciel > ^t le voit et 1 écoute.
Mais détourne la ype, et vois, par cette route, Su&ce même rpcher gmvir ce courtisun , - Au palais 4Vn visir eamélédn Rangeant , Qui 7 rampant à la cour, dédaigneux à la ville, Perfide à ses amis, à Tétat innlile , Et fier du joug des roi^ ^'i|' por(e a?eç orgueil , Attend à leur lever sot^ bo&heur d'un coup d'oeil.
Que le boubeur souvent est loin du rang suprêiiie ! Vois ce roi sans son fa$te# et seul a^^ec lui-même ; Le Remosds inquiet 1 effraie et le poursuit, S'enferme en ses rideaux , ^t le rqng^ en sp^ lit. .
Cependant, jus<|u'au pied de la roche &tale.
Où gronde le tonnerre^ où la fortune étale Ces titres, ces honneurs, si chers aux préjugés. Tons les ambitieux s'étaient déjà rangés.
Prêts à l'escalader, ils s'avancent en foule; La terre sous leurs pas mugit, tremble , s'écroule : L'un échappe au danger et gravit sur les mon(s , L'autre tombe englouti dans des gouffres profonds. ^ Je vois briller l'acier dans ces mains meurtrières ; Les Séjàns orgueilleux frappés par les Tibères; Les Aarons à leurs pieds renverser les Dalhans; Les Ba jazets tomber aux fers des Tamerlans.
Dans mon cœur détrompé tout portait l*?pouvante, L'effroi glaçait mes sens, quand, de sa main puissante, L'inconstante déesse, un bandeau sur les yeux ,. Saisissant au hasard un de ces orgueilleux, Elle-même le place au plus haut de son trône. C'est là que sous le dais l'ambitieux s'étonne , Se plaint d'être à ce terme où son cœur doit sentir Le malheur imprévu d'exister sans désir. Eh quoi! dit-il, frappé de terreurs légitimes,. Consumé de remords allumés par mes crimes,
go LE BONHETR. CHAKT PREMIER.
Eniourç d'ennemis prêts à me déchirer , J'aurai donc tout à perdre et rien à désirer !
Oui : ces ambitieux à qui l'on rend hommage-. Sages aux yeux du fou , sont fous aux yeux du sa^. Il TOUS dira qu'un grand n'est rien sans la vertu ; Que, de quelque splendeur qu'un Dieu l'ait revêtu , Il n'est à ses regards qu'un léger météore Qui brille de l'éclat du feu qui le dévore.
Grand , accablé d'ennuis , affaissé sous leur poids , Tu souffres chaque instant les maux que tu prévois : Je fuis de tes tourmens le spectacle funeste. Sagesse, arrache-moi d'un lieu que je déteste. La terre s'ouvre alors , la mer monte et mugit , L'Ambition s'envole, et le mont s'engloutit.
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