‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 13 sur 74 · CHANT TROISIEME. TOI · texte numérisé non relu

CHANT TROISIEME. TOI

Pour rivaux il aura tous ses concitoyens.

Vers des monts escarpés à ces mots elle avance^ Sur leur cime je vois le Doute, le Silence, * La Méditation à Tœil perçant et vif, La sage Ëtpérience au regard attentif: . ' -

Ensemble ils a8suraient.{)ar des travaux immenses ^ Les nouveaux fondemens du palais des science : Ils y portaient déjà le jour des vérités. t

Ces monts par des mortels seraient*ils habités? QucTyois-jek leur sommet? Des sages, reprit-elle. ' Us s'abreuvent ici dune joiç^immorlelle; "

A leur puissante voix la nature obéit; « ; "' *

Son voile est transparent à tceâi de leur esprit ; '' D'un pasîfc ont franchi la i>orne qui sépare ' '

Le vrai le plus commun d'un v^ai fin et plus rare; Dans les secrets du ciel leurs yeux ont su percer j Des effets k leur cause ardente à s'élancer , ' ' ;

Leur raison a détruit le règne des prestiges; ',' ; A leut^ sages regards il n'est plus de prodiges : • ' ' Semblables à des dieux ^ ils ont pesé les airs. Mesuré leur hauteur, cintré notre univers^'. y '

A d'uniformes lois asservi la nature. : *

Danslaf variété que forme sa parure, '

Dans l'abime des eaux., sur les monts, dans les cieufx. Que de secrets profonds ne s'offirent qu'à leurs yeux I

L'un examine ici quelles forces puissantes Suspendent dans l'éther ces étoiles errantias : Comment, eh débrouillant l'immobile chaos, L'attraction rompit les chaînes du repos.

Cet autre a rallumé les flambeaux de 4a vie; De la rapide mort la course est ralentie ; L'art émousse déjà le tranchant de sa fatft.

Et le temps est plus lent à ereuser les tombeaux.

Pliisdioin , reconnais-tu ces âmes courageuses Qui fendirent du nord les cmdes paresseus^^

i.e^ ftols <{ui^ souleva et, durcû» par le^ vwls^ Suri^em.^^iir les mers eu rochers trawpMem?

l>ans ces tristes climals où Içor gloire se fonde ^ Sur un axe plus court, i^.suspçn4eqt.li( monde*. Que leurs vastes |rav^ui^ ^^ons^i^t mon esprit ! Je seijis^ fm'à leur 9^ot mp^.âpe^ s'^grandil.

Ici î^pouf rai. donc ^{i^r j^ nature , Percer de ses secrets la pi^ç^fondeur ol>3Ciire!., . : Je pourra^ ,499^c ep£Î9 rçi^çpptref? le bonhenri Neus^é^jç.qu^un seul goût,. UfiyMitfità^ :

Un doute cepen4ai?|t ix»^:Sa^t et a^'^|$Qllt>k{^ L'erreur ^st de qps niap?L I^so^j^ik^ inépui^ki; . plie s'ou^içç. 1JUI ^ccès.daps ^ pl^s» grwdl esprit .x ! . C est l'onde ((ui p^ftpm el..fi|ti^ e^ s''^tit>4pili^^

On la vit auttrefo^ çll^^Zr 1^ Roi?^ii|s, eoi Ortor.^ Subjuguer da&S; Zfénou^ et çharns&^F dws hwçrèois^. Le plus sage e§t tr^mp^; : spm^^çt la vanil^ . Doit mêler. jde& eAnjai^ k ^ Sélif\ps^ , •

Mais Desi^çtes m^emj^nd : J'ai, 9^ dit-il ^ inot-même.> Ma rché les j^lkX couvert^ dA band^^^ du sysièine ^ . Remplacé ps^ l'çrreuif liç^ efr^ur^ d'uA anci^ , * Bâti mon univers sm; Ie$. d^briç du siepa^ ' '

Doîs-je m'eti affliger? JS'prrai, maj3 comme un sagQ; Et,î'/»idQ<V¥>in(Sîn)ar<{]u« Téîcijieil par mon Bdufi'age.

il,%i^t> dit MaIlelMrHWb0> en faire ici l'aveu; L'on ne vit rien, en moi <]ua9d jç vis tout efi Dieu. . : Si je n'étinq^ai que 4?:.&M^es l^wiànes,.

Et si LockjSi a fl^^i Vi^^. ]|$uriers éphânèrèSj^ Instruit par mjBs erreurs., il m'a pu devancer : C'est par l'erreur qu'au 'vrai Vhpmmé peut s'avanoer. Si je me suis trompé, s^ uk^ rai^n e^cjav^ Des préjugés 4u temps, ne^ pujb bifîser l'QUtrstve^ Pardo]W(e, 4 vérité:; qviaQ^ j''<^A r^cqa la kd ^ . Je ne t'offensais pa^ijele^ prenais pour toi^ •

Il dit : et j'^j^ngoift pbji^kuifô) d'eutte les 5dges.^

CHIVT T&OISliME. Y03

Qui mêlent «n rîanl aoui des épais! feailhgcs ^ Les.voUlpi^ de»9en6 auxfdaisîrsderqsprit. ^^ Qael est sotis ces benpebux leidieu qui les o^BdtfitK L'Amour a-tril quitlé les bosquets d'IdaËe Voxkv ^lea arîdess moniB <m se platt tTtanie? * ' ' ' '^ ' ' Les sagesTOiiidraîeiit»*iLse bannir de ces Meux? ^

Non : mais y dil la Sagèise^ ils sont dans Fâge<.faeiiveux Où ]^ -dieu de l'amour les br^ àe ses ftammés :' Doivent-ils 9 chastes fous, le&«leîndreeh)ieiirs'àme87 Ma main ^>|relaça dans le sacshé ; vallon ,:

Le myrte de Vénus aur lai^rters d'ApoUon* ^ L'Amour est un des dieux à qui je reifdsjbouBOge:''/ C'est le tyran d'un £do il mais i^'CSclaved'qn isage; ^ ' Il donne à l'un des fers , à l'autre des plaijiîrs. : ' Ici , des sens , du cœur, mattrisant les d^sird y ^ L'heureux Âx&cré&Di, guidé paria Sagesse^ Des rotses 'du plaisir colore sa mattrçsse*^

Dévoile s^ .beautés y et célèbre l'Amoxir). ' ;Ç'^ .• Chapitre voluptueux, il règne en cesé)0Îir:i m '^•r ^ u Jouisses des beaux jours que le printemps fiiittlialtrè^ » La fleur à peine éclose est prête à disparattre. > < ' ' ' ' » En vosxcBurs, nous dit-il, que l'heureux sou^nîr » D'un plaisir qui s'éleint y rallume un désiK 4i » Causez avec Zenon , dansez avec les Grâces. > * ^ » Puisse l'Amour folâtre , empnçssé sur vos t^acef^ » De son ivnesse en nous prolonger le» instaiisii » Voyez ce papillon, au retour du printemps y m )) Comme il voltige autour' d'oiie rose nouvelle , » Se balancé dans l'air, suspend» sur son aile, » Contemple (juelque temps sa forme etr ses couleurs^ )) Et vole sur son sein pour ravir ses faveurs. ' ij Ainsi learsque l'aurore , éclairant rhémisipbère ^ )) Vient rendre à la beauté le don heureux de plaire, y) Ce papillon c'est moi , la rose c'est Doris. » Admirant de son sein l'incarnat et les lis>

ik •«

^^4 ' ^^ BozmEUfi; *

)) Mon avide regard contemple avec ivresse -

» Son beau copps a^rondi^des makis de là Mollesfâe.

» Nêtpiiîs-;)e du désîr modérer les fureurs? *

» Je vole entre ses brasc^t ravis ses faveurs»

» Dans l'excès dUi plaisir' nos'âixt^' semblent croître, -

» S'unir, se. pénétrer, et^neA^raner qu'un' être.

». Mowons et renaissons' sur l'autel des am<$ttrs.<>>

PeuiEr4u,.\dii9-je^ ô Sagesse, écouter ces 'discours ? * ' Des fausses voluptés tel serdit le langage;^ Non, ce n'est point icila^denieuré^du' sag^ ;' * = * Et le remords.toujours aielQ dansnotre sein- « Au jiectastdu.pimsir le ppiaon du chagrin. .k. .

L'Ennui-, i.qui dans tout lieu poursuit le sybarite > N'entre point > repritrelie, au séjour que j'babtie; Et, quan,d la jouissance atùédjit ses désirs, *>

Le sage en d'autres lieuii cherche d'autre? plaisirs. Apprends de moi qu'un goût, alors qu'il est.unique, Se change en passion, et devient tyrannique; ' Que lai. variétâf rend vif un plaisir doux.

I^fir homme a-^t-ril en soi rassemblé plusieurs goûts : S'il en perd un ^ sa perte est pour lui moins sensible.

En j^h(»vantces:mots, un pouvoir invùnciUe M'a déjà traniporté près d'un vaste palais.

Ses abords sont couverts par un nuage épais ; On n'aperçoit au loin que ruines antiques ; Des déj^ris entassés en forment les portiques, Et ce palais, fameux par son antiquité.

Est bât^ par la Fable et par la Vérité. > Là , les crayons en main, la muse de Fhistoire 'Éternise des ^morts ou la honte ou la gloire^ . Le sage la consulte , et , d'un œil curieux , Voit cojnment l'amour-propre , en tous temps, ext tous lieux^ Père unique et commun des vertus et des crimes, Creusa de nos malheurs et combla les abîmes;, Forma des citoyens , les soumit à des rois ; * . .

CHANT tROISIEME. io5

Fit, rompit^ resserra le nœud sacré des lois; Éteignit, ralluma les flamj)eaux de la guerre , Et mut diversement tous les fils de la terre. Des antiques .Romains l'autre observant les mœurs. Et leur férocHté', germe de leurs grandeurs.

Voit chez eux aux vertus succéder la richesse, Toit ce peuple vainqtieui* vaincu par la mollesse > Et son tr^ne , construit du* trône de cent rois , S'écrouler tout à coup affaissé soiis son poids. Quelques-uns, moins aniis 'd'une étude profonde , Parcouraient" d'uti coup d'œil loUs les siècles du mondé ^ Qui, seiftblables aux flots l'ufi sur l'autre roulans. Paraissaient s'abîmer dans le igotiffre du temps. Et, dans-ïeur cours rapide, « etatrattier et déttuire Les arts, les lois, les mœurs',* lés rois et leur empire. Hélas ! disait l'un d'eux , tout passé et se détruit :• Hâtons-nous de jouir, tbut nous en avertit. ' • Homme insen^ ! pourquoi j si les mains éternelles Aux siècles comme aux jours ènt attaché des ailes. Pourquoi fiiîr lêS' plaisirs, t'épuîsér en projets. Et poursuivre des biens que ttx n'atteins jamais?"

Que mon âme, lui dis-jef, est surprise et ravie ! S'il est beau d'observer> sur les môhts d'tJranie , Les ressorts employés pour mouvoir l'univers. De nombrer les soleils suspeiîdu's dans les airs. De voir, de ealculer quelle force les guide, Les fait flotter épars dans l'océan du- vide ; Comment^ des vastes cieux peuplant la profondeur, Tant d'astres différens de^forme et de grandeur. Jetés comme au hasard dans cet esjpace imnlense. Par la loi de Newton s'y tiennent en balancée ; Est- il moins beau de voir *quels ressorts éternels Et quel agent' commun meuvent tous les mortels; De dévoiler des temps l'bl^ourité profonde , D'obsèfver l^mour-propre aux premiers temps du monde;

|06 hlR BOIV1IEF1I. .

De le voir, en nos cœurs créer h$ pamom^' : .^ * . . Éclairer les humaÎDas, former les nation^; . - Contre l'outrage ici déchaîner la yQngeaIloe.^. Là contre l'assassin çnirassep I9 prujdkp^^ Et forger de sa main }a balance dfs lois y «f

La chaîne de l'esclave et, le scçpire des^ rqb ; » De voir les nations tour à i^our sur la terre « S'illustrer par leurs lois > pai^ les arts ^ par la ^eri'e ; D'eiaminqr les moeurs dans chaque état nats^«n<t , De prévoir sa grandeur ou son abaissement ; • ' D'en découvrir la cause ^nc<)^ne imperoeptible ; Èt^ d'un œil prophéûque à qui tout est visible^ - > De se rendre présena \^s siècles à venir ? ^ .

Qu'en, qes lieux^ , ô Clio, tu m'offres de ptaisir ! Non :; jamais sur ces m^i|t$ 1^ célèbre Uxani^ A de plus grands objets ij' ^liÇTwi mon génie. Sagesse y en ce mon^ient )^ si|is deux fois beqreiUL : , J'unis 'deux goûts divers. Cepei^diaiit à oies yeux • Le temple du Bonheur n^ s'offre ppint encQr0. Sans doute un dieu J'hâte, Esvc^ en vain qa'oH l'implore? De ma félicité le ciel est-il jaloi^x ? t

Pourquoi le serait-il? Cr^ pOui* tous les goàts^ Non , tu n'es point heureux autant que.tu:pwx l'être ; Chaque instant^ À mon fils» tQQbonfaeurpçuta'a<ccroUre; Viens y il te reste encor di9s plaisirs à sentir : La carrière des arts à tes yeux va s'ouvrir. .

Je me trouve à ces mots au milieu d'une pls^e. Dans un cercle argenté que forme l'HypoorènQ Est un bois de pahniers qui se voûte en berceaux , Et dout l'art bienfaitear a tÂssi^ Ijq^ rameau;!^. , De leurs fronts revendis descend ua fraisa ombrée ; Mille festons de fleurs suspendu» au feuiHa^ Y parfumant au loin les baleines des venta»

Quelles mains ont créé ces palais du printejBaps / ^ Pour qui toii» ces autela? quelle est eette dé^s&e?

CHA.ÎfT TROISIEME. 107

Llmagins^ûon^ répliqua la Sagesse^ Qui peut rouvrir encor les gouffres du chaos, Et produire à son gré cent univers nouveaux.

Son œil pçrce au-^elà du monde qu'elle embrasse; Elle franchit d'un saut çt le temps et l'espace. C'es( elle qui courba tous les cercles des cieux. Qui. bâtit l'empyrée f et créa tous les dieux; Qui, perfant pair l'Elna jusqu'au séjour dc^s âmes, Y creusa le Tart^re, en 9IIUII19 Ijes flammesij-. r

Puis, de là remontant à la clarté du joqr, Danset avec les Sylvains^ folâtre avec l'Amour; Au retour du printemps chante Zépbire et Flore^ Et les prés émaillés des perles (^e l'Aurore, Ici, le Jugement, à. ses côtés a^is, La domte, la dirige en ses esâorts hardis:

Aux œuvres du génie avec elle il préside.

Dans CÇ& divers bosqiiet3 où le destin te guide J'ai rassemblé les arts ; cjbacun a $e$i autels.

Et quels sont, dis-je alors, ces fortunés mortels ; Qui, dans l'art de Linus instruits par Polymnie, Par leurs sublimes clia^ts ont f^it taire l'Envie? . Ceux dont les vers hardis, maïs toujours pleins de sen$. Ont subi, soutenu les épreuves du temps.

Tu vois Lucrèce, ici, peindre ai|x regards du sage Le vrai le plus abstrait sous la plus vive ima^; Milton d'un feu solidç enfermer les, enfi^rs, Cintrer le pont qui joint l'Érèbe à l'univers; Les Priors, les Boileaux, les Popes, les Horaces, Ceindre la t^érité de l'écharpe des Grâces ; Le hardi Crébillon évoquer U terreur.

Et prêter dans ses vers, des charmes à l'horreur.

Non loin. Perse est a^sis^ enfans du seul génie^i Que mes vers, dis^t*il, pUis^ut s£ins harmonie. Je n'imiterai: point*ces rimeurs sans talens Qui, prodigues de sons, mais avares de sens^

Io8. LE BONHEUR.

D\in déluge de mots sans verve et sans idées Inondent le |>apier en phrases débordées; Et je n'allierai point, iiiibécille orateur, L'or pur des vérités au plomb vil de l'erreuri

Semblable au dieu brillant qui verse la Inmière^ Qui paraît? c'est celui dont la voix la première Fit entendre aux Français les'fiers accens de Marâ. Né pour tous lesj)Iaisirs, il chanta tous les arts. Sa main cueille à la fois le laurier et la rose, Peint les travaux d'Henri, les charmes de Monrose; Les fureurs des Cléments, les malheurs de Valois, Le monde par Newton soumis à. d'autres lois> Le rayon que Denis enfourchoit pour monture ^ Et le prisme où notre œil en sonde la nature. .« Tel on voit dans un ]ac à la fois dessiné L'objet le plus prochain et le plus éloigné, Le coteau qui l'enceint, la foret qui l'ombrage. L'herbe, le jonc, la fleur, qui borde son rivage. Et l'astre étincelant qui traverse les deux.

J'entends l'air retientir de sons harmonieux; Je reconnais Quinault : l'Amour montait sa lyre. Du dieu qui l'inspirait il étendait l'empiré ," Et dressait ses autels dans ces palais changeans , Travaux de tous les arts, plaisirs de tous les sens.

Plus loin, est l'atelier où l'heureuse peinture Toujours en l'imitant embellit la nature.

Mille groupes divers, chefe-d'œavre de son art. Du spectateur surpris arrêtent le regard :

Il a cru voir des corps : sa main ipipatiente Touche , veut s'assurer si la toile est vivante ; Et son esprit , encore incertain , curieux , Doute qiii Fa trompé du toucher ou des yeux.

Dans ce tableau hardi, je vois les mers émues S'élancer, se heurter, et retonaber'des nues. Par un nuage noir les cieux au loin couverts

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