SUR LE PLAISIR
De milj^e astres épars Dieu maintenant l'accord y
Y porte la chaleur, la force et le ressort.
Pour premier habitant de ce monde visible
Sa main a créé Thomme; il natt^ il est sensible;; -
Il connaît le plaisir et ressent ]a douleur,
Et déjà Tamour-propre a germé dans son Cœur.
Cet amour, en tout temps armé pour sa défense y
Même dans son berceau protège son enfance;
Et, contre tout danger devenu son appui.
Dans sa décrépitude il veille «icor sur lui.
Je dois à cet amour ma joie et ma tristesse.
Mes craintes , mes fureurs ,vmes talens , ma sagesse. En tout temps cet amour, allumant mes désirs. Me fait fuir la douleur et chercher les plaisirs.
Parmi ceux que je goûte, il en est un supr^e : Tout autre à son aspect disparait de lui-même. Comme un spectre léger fuit à l'aspect du jour; Et ce plaisir suprême est celui de l'amour.
Ses feux brûlent Adam; il voit Eve, l'admire > L'aimé , l'embrasse , et cède au charme qui l'attire. Il est père : ses 61s se nourrissent degjiands.. Dans des antres profonds et creusés par le ternps. L'un de l'autre d'abord éèartés sur la terre. Sans or et sans besoins, ils ont vécu sans guerre. Victimes ou vainqueurs des ours et des lions. Rois ensemble et sujets dan& de vastes cantons , Us suivent tous l'instinct de la simple nature. Leur nombre enfin s'accroît; la terre, sans culture, Déjà ne fournit plus d'assez riches présens Pour sauver de la faim ses nombreux habitans. L'art vient à leur secours : il a fouillé la mine; Il en tire le fer, il le fond, il l'afBne.
Ce métal sur l'enclume est en soc façonné; Attelé sous le joug, le bœuf marche incliné.
Le besoin , le plaisir, sources de l'industrie^
î68 iJ^ÎTRE
Ont féconde la plaine^ émaillë la prairie^
Embelli les jardins, et paré nos guérets
Des couleurs de Vertumne et des frtoiis de Paies. '
La vigne croît, s'élève, et verdit tes niontagtleè;
Les épis ondoyans jaunissent l€<s baûapâgâes;
Et le travail enfin de toutes tes saisons
Pe h^ stérile terre arrache des moissôf».
Mais des premiers mortels lorsque la raté entière D'une course rapide achevait sa carrière^ Lorsque enfin, par tes ans entraînée aut tofkbealit. Elle eut cédé la terre à des mortels nouveau^ , Un nouvel art apprit à l'active avarice A partager le champ qui d'épis se hérisse. *
L'homme s'en tetidit mattre ; il l'appela son bien : Cen alors qu'on cotinut et lé tien et te mieh ; Et que la terré, entre eux partage&tit ses riéhessés. N'offrit plus Àiix humains «es communes tergesses.
Un fossé large et creux ettfertiie leur enclos. C'est là qne. Se livrant aux dout:eurs du repos. Ils vivent quelque temps dans une paix pi^ofonde. Mais qu'il dut évte court ce temps si cher au monde! Dans les hàhieaux déjà je vois le fort s'armer : Il veut, le fer en moin, recueillir sans semer. • De sa coupable audace osant tout se promettre, Aux plus rudes travaux son orgueil vieht toumetlre Le faible, qui réclamé en vain l'appui des dieux.
Thémis, dit-on, alors remonta dans léS cieux. La tert^ en ce moment est livrée bu pillage.
Nulle propriété qu'on ne doive au carnage.
Le vainqueur, insensible an cri de la raison , Ravit à son voisin sa femme et sa moisson.
Des Paris ont partout allumé sur la terre Au flambeau de l'amour le flambeau dé la gueri*e; Et l'univers entier ne présente à mes yeux Que des vouves en pleurs et des maisons en feux.
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SUR LE "PBÂISIK. ^6§
La mort qui pousse au loih dés buriemeiiB terKMes, Va y pÀrcôuri Tunivei^s sou^ cent foi^mes hoiribles. Pour réprimer ces lUaia » dn vit > dans les *état5 ^ Le public intérêt etéer des magistrats* ^
Chargés de protéger la trop faible inilooénoe^ * La loi leur confia le glaive et la puissance. On jure entre leurs mains de sbutenil- leutis droiis ; Us jurent à leur toilr de maintenir* les lois»
Mais à ces vains sérmens le magistrat parjure Oublia qu'il était im droit de la nature :
Le pouvoir affermi cesèa d'être en Ses ihains L'instrument fortuné du bonheur des hum^ains. A peine indépendant^ je le Vois entreprendre D'anéantir. des lois qu'il jurait de défendre) ' Ou plutôt s'eii armer ^ pour bientôt s'hssërvir Lesflaches citoyefas qui h't>sent l'en punir* C'est alors qu'à soh front attachait la è<mfi6iin«<^ ' On 1q vit ériger son tribunal en trône.
L'amour du bien public fot un crime à ses y^eui : Qui refusa ses fers fut un séditieni.
L'uiiàvèrs eut pour rois la force et l'artifice t Us y régnent encor sous le liom de justice ; . Le criminel heureux est partout révérév Enfin y dans sôii ^albis le tyran ibassacré Expire isons les coups des sujets qu'il opprime : La force était son droite la faiblesse est son crime: Lorsque d'aucun remords un roi n'est combattu ^ Et qu'il n'admet pour loi que son ordre absolu, Tout différend alors se juge par le guerre; Tout mortel est esclave ou tyran sur la terre : Il n'est plus de vertu , d'équité , dd repos; Et l'univers moral rentra dans le chaos.
Si l'orgueil éleva le pouMoik- despotique, La crainte l'afiermit. Alors la politique , Cet art auparavant si sage en ses desseins ,
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Ce grand art d'^a^^rer le bonfaeor des binxiains^ Ne fut qiie Fart profond , mais odieux , qui fonde La grandeur des tyrans sur les malheurs du monde» L'homme adora le bras qui le tint abattu.
Et de sa servitude il fit une vertu.
Du peuple infortuné l'aveuglement extrême Sembla le dépouiller de l'amour de tui-méme»
Il parut oublier que l'espoir d'être heureux » / De l'union «publique avait formé les nœuds»
Sous le nom des vertus il méconnut les crimes»
Je vous prends à témoin , malheureuses victimes^ . Vous qui, de vos sultans flattant la cruauté. Placez l'art de régner dans l'inhumanité.
Et semMez préférer, dans vos vœux illicites.
L'art affreux des Séjans à la bonté des Tites.
Dans cette faible esquisse où mon hardi pinceau A du monde naissant crayonné le tableau, On voit que le plaisir, seul ressort de notre âme. Aux grandes actions nous meut et nous enflamme, Depuis l'esclave vil jusqu'au fier potentat; Dans chaque empire on voit comment le magistrat^ Avide du plaisir, rechercha la puissance.
Asservit tout au joug de son obéissance.
Souilla par son orgueil le temple de Thémis, Et du glaive en ses mains par les peuples remis Pour venger la vertu du puissant qui l'opprime. Il fit qn instrument de vengeance et de crime. S'en servit pour courber sous jm joug illégal L'homme libre eii naissant , et créé son égal. C'est ce même plaisir dont la seule espérance Inspire au magistrat l'amour de la puissance; Et qui, vers la grandeur fixant toujours ses yeux, Souvent d'un prêtre saint fit un ambitieux.
Pour élever la chaire , il abaisse le trône ; A la mitre bientôt asservit la couronne :
SUR LE PLAISIK.
Et, maître des esprits, ce prêtre fait des rois
Des esclaves titrés, mais rampans sous ses lois.
Qui des décrets du ciel se dit dépositaire
Peut toujours à son gré commander au vulgaire.
Sous le nuage saint qui voile les autels ^
L'adroite amliîtion se cache aux yeux mortels.
Le farouche dervis , sous la bure et la haire y
De ses vastes desseins déguise le myltère :
Il parait, occupé du chemin du salut ;
Il chercha le pouvoir; le plaisir est son bul.