‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 21 sur 74 · ÉPITRE SUR LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

ÉPITRE SUR LA SUPERSTITION

Dans tout empiré ^ un corps^ quelque soit 9^ sagesse^ Vers sa profire grandeur tend et marche sans cesse. Sous le prétexte vain de riniérêt dès dieux , C'est le sien que chérit ce corps ambitieux.

Dans ses hardis projets, constant, invariable, A ses membres il prêté un appui redoutable.

Par de sévères lois n est- il point contenu , Il marche sourdement au pouvoir absolul

Qui peut armer pour lui la publique ignorance Des princes outragés ne craint point la vengeance. Qua-t-il à redouter des magistrats, des lois? L'interprète des dieux est auniessus des rois. Lui seul de la vertu peut distitiguer le vice ; Lui seul devient alors juge de la justice :

A ce titre il a droit de commander à tous.

Pour conserver te droit dont il était jaloux , Pour les tenir soumis à son dur esclavage, De la raison en eux il proscrivit l'usage , Voulut que, dédaignant son impuissant appui,, Ils ne pussent jamais être instruits que par lui. La terre en ce moment se couvrit de ténèbres; Le Fanatisme, né sur des tombes funèbres^ Dans le temple des dieux par l'Erreur allaité, A reçu les œspecls de la Crédulité :

Le sceptre est dans ses mains un don de l'ignorance ; Sur l'univers craintif il étend sa puissance; Sa tête est dans les cieux, son pied touche aux enfers :

FAAGMENT D-UTfE EPITHE , etc. %'jZ

L'empyrée est son dais j son trône e§t l'univers.

Captif d'autant pins sur quQ moinS il pense 1 être ,

Ce monde se croit libre , en l'adoptant pour maître»

Il marche environne de foliés visions ;

Sur son front egt écrit Prince -des nations*

A Lisbonne , % Goa p c'est SQU pouvoir qui tonne p

Q\ii forme 9 uni détruit, qi;ii punit, qui paràonnt^

On le vit autrefois , au rivage africain ,

Enfermer sa victime en un brûlant airain.

Du couteau de Calchas frapper Iphigénie ,

Enterrei^ la vestale aux champs de l'Ausonie ,

Du vertueux Socrate ordonner le trépas ,

Porter partout la crainte, armer tous les états*

Mais, dîra-rt-on , le prêtre atroce et sanguinaire

Tint-il toujours en main la hache meurlrière?

Fit-il toujours couler le sang sur les autels ?

S'il parut quelquefois indulgent aux mortels.

C'est lorsqu'à l'univers il commandait en maître:

Mais sitôt* que du vrai le jour vint à paraître,

Que le sage voulut saper l'autorité

D'un empire fondé sur l'imbécillité ,

Le prêtre alors d^int cruel, impitoyable^

Armé par l'intérêt , il fut incurable.

Il ordonne le meurtre , il enrait un devoir.

Dev^t son tribunal le prince est sans pouvoir.

A son secours alors c'est en vain qu'il appelle

Cette même raison que bannit le' faux zèle :

Aux esprits éclairés en vain il a recours;

Exilés d'un état, ils le sont pour toujours.

Un roi reste entouré de sujets imbécilles,

Contre un clergé puissant défenseurs inhabile$.

Eh ! que peut-il alors, sitôt que dans un cœw

L'aveugle intolérance a porté sa fureur?

Qui peut lui résister? un mortel qu41 inspire

Sous ses drapeaux sacrés combat, triomphe, expire ;

1 74 FRAGMENT D*UNE EPITKE , etcl

Pieusement cruel , il foule sans piti^

Les droits du sang, l'amour ^ et la tendre amitié.

L'interprète des dieux commande-t-il un crime ,

U est trop obéi ^ tout devient légitime :

Aussi le sang humain, versé par les païens,

A-t-il souvent rougi le temple des chrétiens.

Nous crûmes trop longtemps, aveugles que nou$ sommes^

Qu!on honorait le ciel en massacrant les hommes;

Qu'on pouvait sur l'autel d'un Dieu de charité

Sanctifier la haine et l'inhumanité.

Déjà , pour se venger du sénat d'Angleterre , Garnet a comprimé des foudres sous la terre.

A-t-on saisi ce monstre, est-il prêt à périr. Incendiaire à Londre , à Rome il est martyr.

EPtTRE

DE

Voltaire a helvétius (o

De la modération en tout/ dans Tétude, dans Fambition, dans les

plaisirs.

Tout vouloir est d'un fou; Texcés est son partage. La modération est le trësor du sage :

Il sait régler ses goûts, ses travaux, ses plaisirs , Mettre un but à sa course , un terme à ses désirs^. Nul ne peut avoir tout. L'amour de la science  guidé ta jeunesse au sortir de l'enfance ; La nature est ton livre , et tu prétends y voir Moins ce qu'on a pensé que ce qu'il faut savoir^ La raison te conduit ; avance à sa lumière ; Marche encor quelques pas; mais borne ta carrière. Au bord de l'infini ton coilrs doit s'arrêter : Là commence un abîme , il le faut respecter.

Réaumur, dont la main si savante et si, sûre  percé tant de fois la nuit de la nature , M'apprendra-t-il jamais par quels subtils ressorts L'éternel Artisan fait végéter le corps ?

Pourquoi laspic affreux , le tigre , la panthère , N'ont jamais adoucu leur cruel caractère , Et que , reconnaissant la main qui le nourrit , Le chien meurt en léchant le maître qu'il chérit? D où vient qu'avec cent pieds , qui semblent inutiles, Cet insecte tremblant traîne ses pas débiles ? Pourquoi ce ver changeant s^ bâtit un tombeau. S'enterre , et ressuscite avec un corps nouveau ; Et le front couronné , tout brillant d'étincelles ,

(i) Au sujet de son Épître sur Ir plaisir.

1^6 épîtee

S'élance dans les ^îfs ion dépjojrant ses ailes ?

Le sage Du Fay (i), {>àn»i ses plants divers.

Végétaux rasseoiblés des bouts de Tuniyers ,

Me dira-t-il pourquoi la tendre sensitive

Se flétrit soqs 99s 9n#ii|&f Ipoqieiqe et /ugii^xo^'

Pour découvrir un pçu ce qui se passe en moi , Je. m'en vais consulter te médecin du roi :

Sans doi;t^ il ftp siiit p}u3 qpe s^ doctç^ cQ^frèrçs.* Je veux savoir de lui par que^ secrets mystères Ce pain , cet aliment dans mon corps digéré , Se tpansfonpe an un lait do^ieement préparé; Comment, toujours filtré dans ses routes certaines , En longs ruisseaux de pmippre il oourt enfler mes veines ; A mon corpS'Ianguissant rend un pouvoir nouveau , Fait palpiter mon cœup^ et penser mon cerveau? Il lève au ciel les yeux , il sHneline , il s'écrie : Demandez-le à ce Dieu qqi nous donna la vie.

Courriers de la physique, Argonautes nouveaux (2). Qui franchissez lesinonts^ qui traversée les eaux, • ' • ^' Ramenez des elimats soumis aux trpis couronnes Vos perches , vos secteurs , et surtout deux Laponnes; Vous avez confirmé, dans ces lieux pleins d'ennui, Ce que Newton connut sans sortir de chez lui. Vous avez arpenté quelque faible partie Des flaAcs toujours glao^ de la terre aplatie. Dévoilez ces ressorts, qui font la pesanteur. Vous connaissez les lois qu'établit son auteur. Parlez , enseîgnez^moi comment ses mains fécondes Font tourner tant de cieux, graviter tant de mondes? Pourquoi , vers le soleil notre globe entraîné Se meut auteur de' soi $ur son àxe incliné ?

(i) Charles-François de Cwternfii Dw Fpj eut Tiiïteadapce du Jar^ . din-du-Roi, entièrement négligé avant lui. Il mourut en 1737.

{1) Maiipertuifl, Clairaut, LeMonnlcr, allèrent en ï736àTornéQ mesurer an degré du méridien, et ramenèrent deux L-^ponnes. Les trois courouues sont les armes de la Suède , à ^ui 'J'oraéo appartient.

|'>»»tr-y*«'*i w ii . > J^ """.*,

DE VOLTAIBB A HELVETIUS. Ij^

Parcourant «n douze anflr les cëlesies demeure»? '

D'où vient .que Jupiter a scn jou» die dix heures^ ?

Vous ne le sttvez points Ydire sâirmr «^^Dpa^ ...

Mesure l'uttitersy. et ne le connaît jpiwv *

Je vous.YÔîs dearâier» psr u» art infkiUiblis ^ . * i

Les deboF» d'un pakis & rhôtnme înnei^s^bfe |

Le9 an|^> les cotiéa saoi mampësi pir voâr «^âdl9f > « ^ |

Le dedt» à vos jeat eat fermé poor jâf»«is. '

Pourquoi doilo m*afilif;cr^ ai tua «t^Gttto itie

Ne peut percer la nuit aux! m«4 yem #ëpa^ue ? •

Je n'imifierai pcnfit oe m»)be«renx sata^f y

Qui des feui de l'Etna acrotatetir imp^^idcÀat y

Marchant sur des monoearnx de bifvme ei de rendre , I

Fut consrim^ dû feu ^'M céveircliail à compi^ndre.

ModéroQs^-Boas aortoot davus notre am^Ûlion^f Cest du cœur des Inutiainâr la grande passion. L'empesé magistrat, le financier saor^e , . La prude aux jeat àéf^My la coquette ^àfgt, Vont en poste. à 'Versaîtte essayer de» m^éptis Qu'ils revie&nen:t soudaîb rentlve e» poste à Pai^^ Les libres habitatas des rstes du P^rmesse Ont saisi quelquefois cette amorce trattresse : Platon Ta rakomfier à ki eou? de Denis :

Racine janséniste est amprès de Locifs* L'auteur TÔluptueux qwî célâva Gi^ère Prodigue au fiki d'Octaffe «n Quoens mercenaire. Moi-même^ rcnoaiçam à mes premiers desseîits ^ J'ai véctt y je Favoue ^ aitec des souverains. Mon vaisseau fit naufrage aux mers de ces Siréntés ; Leur véix flatta mes sens^ ma main porta taurs ehatnes ; On me (fit ^ je ¥Oiis aime ; et )e crus comme tm- sot y ' Qu'il était quelque idée attachée à ce tiftot. J'y fus pris.. J'asservis au v^ désir de plai^ La mâle liberté qui faèt moii' caractère ; Et perdant la raison dopt je devais m'armer, Tome JIL 12

l'jS ÉPÎTRE

J'allais m'îmaginer qu'un roi pouTait aimer.

Que je suis revenu de cette erreur grossière ! A peine de la cour j'entrai dans la carrière, Que mon âme éclairée , ouverte au repentir, . N'eut d'autre ambition que d'en pouvoir sortir. Raisonneurs, beaux esprits, et vous qui croyez Fétre, Voulez-vous vivre beureux; vivez toujours sans maître.

O vous , qui ramener dans les murs de Paris Tous les excès honteux des.nJœurs de Sibaris, Qui , plongés dans le luxe , énervés de mollesse , Nourrissez dans votre âme une éternelle ivresse , Appren^, insensés, qui cherchez le plaisir.

Et l'art de le connaître, ei celui de jouir.

Les plaisirs sont les fleurs que notre divin Mattre Daps les ronces du monde autour de nous fait naître : Chacune a sa saison , et par des soins prudens On peut en çonsterver dans l'hiver de nos ans. Mais s'il faut les cueillir, c'est d'une main légère; On flétrit aisément leur beauté passagère.

N'offrez pas à vos sens de mollesse accablés Tous les parfums de Flore à la fois exhalés.

Il ne faut point tout voir, tout sentir, tout'entendre : Qtiittons les voluptés pour savoir les reprendre; Le travail est souvent le père du plaisir.

Je plains l'homme accablé du poids de son loisir. Le bonheur est un bien que nous vend la nature» Il n'est point ici-bas de moissons sans culture : Tout veut des soins sans doute, et tout est acheté.

Regarde? Brossoret (i), de sa table entêté.

Au sortir d'un spectacle, où de tant de merveilles Le son perdu pour lui frappe en vain ses oreillesf Il se traîne à souper, plein d'un secret ennui. Cherchant en vain la joie, et fatigué de lui. Son esprit, offusqué d'une vapeur grossière,

(i) C'était ua tionseiller au parlement, riche et voluptueux.

DE VOLTAIRE A HELVétlUS.. 17^.

Jette encor quelques traits sans force et sans lumière^ Parmi les voluptés dont il croit s'enivrer.

Malheureux» il n'a pas lé temps de désirer.

jadis > trop care^ des mains, de la mollesse. Le plaisir s'endormit au sein de la paresse : La langueur l'accabla; plus de chants, plus de vers. Plus d'amour^ et l'ennui détruisait lunivers. Un Dieu, qui prit pitié de la nature humaine. Mit auprès du plaisir le -travail et, la peine. La crainte l'éveilla , l'espoir guida ses pas : ' ' , , \ *\ Ce cortégç aiijourd'hui l'accooipagne ici-bas.

Semez vos entretiens de fleurs to^ujours nouvelles, ' Je le dis aux amans, je le répète aux belles. Damon , tes sens trompeurs, et qui t'ont gouverné. T'ont promis un bonheur qu'ils ne t'ont point donné. ^ Tu crois, dans les douceurs qu'un tendre aqlo^r apprête, Soutenir de Daphné l'éternel téte-à-iéte:

Mais ce bonheur usé n'est qu'un dégoût affreux. Et vous avez besoin de vous quitter tous deux. Âhl pour vous voir toujours sans jamais vous déplaire , ., Il faut un cœur plus noble, une âme moins vulgaire. Un esprit vrai, sensé , fécond, ingénieux^ Sans humeur, sans caprice,' et surtout vertueux; . Pour les cœurs corrompus l'amitié n'est point faite.

O divine amitié I félicité parfaite! • '^

Seul mouvement de l'âme où l'excès soit permis , Change en bien tous les maux où le ciel m'a soufuis. Compagne de mes pas dans toutes mes demeures > ' Dans toutes les saisons et dans toutes les:heujres> • . • Sans toi tout homme est seul; il>peut, par tod ap^iû/ Multiplier son être et Navre dans'autruî. /• -y \

Idole d'unicœur juste-^ et pa»»i6n du sage, t ' ^' * Amitié, que ton noin couronne i cet ouvraTge! Qu'û préside à mes vers comme il règne en mon cœur I Tù m'appris à connaître, à chanter le bonheur.

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VEKS.! • .

js y B. h^ jfdkx ]>' H K Ï4 V É T lus.

AWX MARES DE MON AMï.

O" TOI qui ne petn: pïôs m*etitendre1 Ami^ qui , dans la tombe avant moi descendu,

Trahis mon espoir le plus tendre !' Quand je disais , liëlas? que f avais trop vécu , Qu'à ce malheur afR-eun? j'étais loin de tn'attendre!

O comment exprimer towt ce que J'ai perdu ?

C'est toi quij^ me cherchant au sein de l'infortune j»^

Relevas mon sort abattu, Et sus me rejpdre chère une vie importune.

Ta vertu bienfaisante égalait tes talens : '

Tendre' ami des humains , sensible à leurs misères, . Tés écrits combattaienjt Terreur et les tyrans ,

Et ta main soulageait tes frères.

L'éqo^tf^;»}^ posftçrité T>ppliw4iw «J-Vpir jjuitté Le palais de Plûtus pofMr \^ te^iple (ie$ $s^s ;

• {^t Si'épl^iiraia^ ^"^m tes. oqvi^agQS^ ,.

Les wflHrq,i*er^ ^^ $^e«w d^riçw^Xftatoté,

Faibl^ BOalagCToent de «ut douleur profonde \ Ta gloii«'dnréi« taxit que vivra le monde»

Qvie>^t Ifr -gloife. à oepW que la tombe a reçus? . Que t'importent ces pleorrdottt le toment m'inonde? O doulçur impuissante ( é i^gfre^ toperAm !

Je vis, hélafl je vis, etniôti^MM n'est plos.

• ^^ ^ ' ; Par SAiJRm / âe t Académie française.

ii:>gKM'^*^ . *<^*<> ' ^J 'i^ 'V ^ v * ^ v»i»%%%^^^w<»^^*»^M>^ %^^*^^<^^ v<^

SUR HELVETIUS.

Bii&NFAiTEUR délicat^, riche sans étalage ,

Père tendre I ami généreux^ Au sein de Topuleûce U eut les mçe^rs d^un sage ,■ Et son or lui servit à faire des heureux.

%Iaisy vers le déclin de son age^ Des \içe$ .de soil tèiiit>^ la dl^solante image . Vint le blesser d'un trait si douloureux ,

Qu'au-jilelà des rivages sombres^ Entre Platon et Lucrèce attendu , Doucement il est descendu Chercher des vertus chez les ombres.

Par DoRAT.

POUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT d'hELYÉTIUS.

Des sages d'Athène et de Rome H eot les mœnrs et la candeur; ir peignit l'homme d'après Thomme, Et la Tertu d après son cœur.

Par l'ahbe de La Roche.

L^ETTRES

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