LETTRE PREMIERE
V ous me direz , monsieur et' cher ami , que j'ai été bien long à rendre VMspriu Binbin répond qu'eu cela il croit ressembler à bien du monde , et que ce doiti être à qui le rendra ^e plus tard qu'il pourra/ 6iiibi*n nerie cessante , je Favoue^ j'ai gardé long-temps le beau livre que vous avez eu la bonté ^e me prêter âaos me fixer de terme pour vous le rendre. C'est que j.e. Failu et relu très-attentivement; et vous^oncëvez biett que si c'était un grand plaisir pour mon esprit ^ ce ne pouvait manquer d'être une terrible fatigue pour d'aussi mauvais yeux que les wiens. Je vous en remercie comme d'un bienfait très-réel. J'en ai été affecté le plus agréablement ^du monde. Judiciaire, géme, logique ^ élô« quence, érudition grave et riante, tout y brille, y abonde , y triompbe. Mais ce n'est pas en deux o\\ trois mots vagues comme ceux-là que se peut louer quelque cbose d'aussi haut, d'aussi vaste et d'aussi profond. L'éloge devrait être du même volume que le livre,, et je n'ai ici que l'espace d'une missive. En un mot^j^ l'ai lu deux fois, et le relirais trois et quatre tout de suite, si mon oculiste ne me le défendait* J!ai entendu des gens y reprocber la fréquence des simili-*, tudeis et des comparaisons : qu'on en ôte une seujie, jci
(i} Cette lettre, sens date et sans^ diâi^sse, est de Têailéé <yii 1<f Livre de l'Esprit parut. Quoique troovée dans les papiers d'Hel«vétîus , il ne parait pas qu'elle ait été adressée à lui-mêine , mai9 à quelque ami commuù (Tabbé de La Roche) qui avait prêté le Livré de l'£spritk\okiMre,
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la réclamerai , n y en ayant ppint qui ne soît aussi juste qu'heureuse, et qui ne prouve une des belles et vives imaginations que je connaisse, tout familiers que me soieAt Homère et Bergerac, mes deux héros. Pour peindre l'ouvrage en entier , texte et ^otes, en un trait de plume, on peut représenter le texte comme un grand plat de mets exquis, et les notes, comme les guirlandes de fleurs qui le couronnent. L'auteur a souffert des persécutions , et cela ne devait pas manquer. Vaut-on mieux que les autres impunément dans la carrière du bel esprit ? et d'ailleurs , rechercher des vérités et les découvrir, ne fut-ce pas de tout temps chercher et trouver des ennemis? Il y a trop d'honnêtes gens intéressés au mensonge pour qu'on leur échappe. Faux citoyens, faux amis, faux sages, et, pis que tout cela^ faux dévots, (|Matré espèces de menteurs incarnés qui, dès qu'il y va du leii^r , nieraient l'existence des quatre élémens dont ils fouissent. Ainsi, quand on veut s'approcher ou partir du but, je veui dire du vrai, il faut passer absolument à travers ces piques-là. On m'a parlé^ d'une rétractation ; je n'y sens rien que d'honorable à qui l'a faite ; honneur et gloire au persécuté, dans ces sortes de tyrannie; cacasangue et mauluhec aux persécuteurs! Le plus loyal, le plus courtois, le plus brave et le plus franc des derniers chevaliers gaulois, François V^, à Madrid,. sous la coupe du plus fort, signa tout ce qu'on voulut. Si ceux qui l'y forçaient diss^ient dans leur cœur i;^ victisï celui qui signait avait le'droît de dire dans le sien vœ victoril j'ai été le plus vaillant; sortons d'affaires , et le temps fera voir après qui a tort ou droit. Dites- moi, quand le pauvre Galilée aurait dit aux RR. PP. Dominicains, j'ai mentir la, sainte inquisition en eut-elle été plus glorieuse, et lui moins avancé? Ne restait-il pas un témoin qulnasarde encore tous les jours ces beaux juges , le soleil ? Je n'ai
RELATIVES AtJ LIVRE DE l'eSPRIT. 187
p^xA qu'tin mot à dire pour encourager notre aimable philosophe à dormir^ comme je crois qu'il fait déjà, sur l'une et l'autre oreille. Une rétractation, bien autrement piquante et bien plus formelle que ceIleH:i , puis^ que ce fut de vive voix et en pleine chaire, fait une des belles anecdotes de la vie du plus sage et du plus aimé des beaux génies du siècle passé, de l'archevêque de Cambrai. Je connais des gens qui, d'indignation de cette violence, ne donneraient pas trois sous de l'estampe de Bossuet, que les curieux payent quatre louis. Résultat : l'orage est passé, l'ouvrage reste et restera à jamais , pour la gloire et la justification de son illustre auteur, à qui tous les gens de bien s'intéressent; et non pas à ce maussade moraliste de Genève , qui vient d'écrire à notre d'Âlembert^ et de dire de si belles injures au gouvernement , au royaume , et nommément à nos pauvres comédiens, qui n'étaient pas déjà, selon lui, assez à plaindre d'éire exc6mmu«niés de notre sainte Église; il veut qu'ils le soient encore de celle de Genève. Je ne sais s'il y a fou qui le vatille dans les litanies de maître François: }'en doute; car ils n'ont là chacun qu'une épithète, et il en faudrait vingt pour désigner celui-ci.
Qui m^amène cet AUobroge Avec ses tons secs et pédans ?
De la sagesse il fait Féloge, ' Mais ce n'est qu'en grinçant des dents.
Tels sont ses crayons imprudens , Que , pour nous donner un modèle , U nous fait le portrait fidèle De lui-miéme et de son pay^, Et qu'il nous dégoûte ainsi d'elle Presque autant que de ses écrits.
Haro sur l'ennemi des hommes qui se met à la place du misanthrope de Molière , et qui prétend que c'est
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un Jean-JacquQS , et non pas ua Alceste / qui etï deva&f êive le héros. ,
Bonjour^, monsieur et cber ami» Gardez-vous bien de ne vous ressouvenir de ttioi qu^ dans vos prières*.
LETTRE n.
VOLTAIRE k HELVÉTÏUS.
, V os yers $6infol«at écrits par la tiuiti d'ApoUoD; Vous n'en aiirez pour fruit que ma reconnaimneé. Votre livre est dicté par la saine raison j Partez vite , et quittez la France .
J'aurais pourtant^ monsieur ^ cpielgnes petits ré*proches à vous faire ; mais le plus sensible > et qu'on vous a déjà fait sans doute, c'est d'avoir mis Tamitié. parmi les vilaines passions. Elle, n'était pas faite pour si mauvaise compagnie. Je suis plus affligé qu'un autre de votre tort : l'amitié , qui m'a accompagné au pied des Alpes , fait tout mon bonheur, et je désire pas« sionnément la vôtre. Je vous avoue que le sort de votre livre dégoûte d'en faire» Je m'en tiens actuellement à être seigneur de paroisse , laboureur, maçon et jardinier; cela ne fait point d'ennemis. Les poëmes épiques, les tragédies et les livres philosophiques rendent trop malheureux. Je vous embrasse, je vous aime de même, et je présente mes respects à la digne épouse d'un philosophe aimable*
A Fcmejr , pays éi Gex , 17 décembre.
RELATIVES AF LIVRfi DE L'ESPRIT. 189
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LETTRE m.
BELVÉTIUS A VOLTAIRE.
Y ouK ne douter pas (jue j[e ne vous eusse adressé un exemplaire de mon ouvrage le jour même qu'il a paruj^ si j'avais su OÙ vou^ prendre ;, mais les uns vous disaient à Manheimiy les autres à Berne ^^ et je vous attendais aux Délices pour vous, envoyer ce maudit livre qui exeSiie contre moi la pJus violente persécution. Je suis dans une de mes terres à trente lieues de Paris. Yous saurez que le livre est supprimé, que dans ce mo-; ment-<:i il ne m'est pas possible de vous en envoyer UQ exemplaire ^ parce qu'on est trop animé contre moi» et qu'on veille sur toutes m^s démarches. J'ai fait; les rétractations qu'on a voulues; mais cela n'a point paré l'oira^t ^^ gronde maintenant plus fort que ja-* mais^o Je suis dénoncé à la Soxbonne; peut-être le serai-^. a f a«seBU>Iée du clergés Je ne sais pas trop si isut pe>sQnne est en sûreté j^ et si je ne serai, pas obligé de quitter lii France. Lisez*moi donc. Rappelez-vous » eA me. lisant, ces m^ots, d'Horace : Res est sacra f miser. ^ Je souhaiterais que n^on. livi?e vous parût digne de quelque -estime. Mais^ quel ouvrage peut mériter de trouver grâce devant vous ? L'élévatîoni qui vous sépare de. tous les autres écrivains ne doit voua laisser apercevoir aucune dâfiEéi;ençe enxre eu^. Dès que je le pourrai, je vous enverrai donc mon ouvrage.^ comme un homr ms^ qu^ tout, auteur doit à son maître ; en voua conseillant cependant de relire plutôt k moindre de vos broebotres que mon î/i-^4^.
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