‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 23 sur 74 · VOLTAIRE A HELVÉTIUS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A HELVÉTIUS

J'ai lu deux fois votre lettre, mon cher philosophe, avec une extrême sensibilité; c'est ma destinée de relire ce que vous écrivez. Mandez-moi , je vous prie, le nom du libraire qui a imprimé votre ouvrage en anglais, et comment il est intitulé; car le mot esprit, qui est équivoque chez nous, et qui peut signifier Ydme, Y entendement, n'a pas ce sens louche dans la langue anglaise. Wit signifie esprit dans le sens où nous di^pns auoir de V esprit y et understanding signifie esprit dans le sens que vous l'entendez.

Certainement votre livre ne. vous eût point attire d'ennemis en Angleterre : il n'y a ni fanatiques ni hypocrites dans ce pays-là : les Anglais n'ont que des philosophes qui nous instruisent, et des marins quir nous donnent sur les oreilles. Si nous n'avons point de marins en France, nous commençons à avoir des philosophes. Leur nombre augmente par la pérsécutiotit même. Ils n'ont qu'à être sages*> et surtout être unis y comptez qu'ils triompheront; les sots redouteront leur mépris, les gens d'esprit seront leurs disciples; la lu-, mière se répandra en France comme en Atigleten^e,' en Prusse, en Hollande, en Suisse, en Italie même; oui, en Italie : vous serez édifié de la multitude de phi-, losophes qui s'élève sourdement dans le pays de la su^ perstition. Nous ne nous soucions pas que nos labou-. reurs et nos manœuvres soient éclairés ; mais non»; voulons qqe les gens du monde le soient, et ils le* seront; c'est le plus grand bien que. nous puissions fair^ à la société; c'est le seul moyen d'adoucir les

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