‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 31 sur 74 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

Je vous renvoie, mon cher ami , le manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. Vous me donnez toujours les mêmes sujets d'admiration et de critique. Vous êtes le plus hardi architecte que je connaisse, et celui qui se passe le plus volontiers de ciment. Vous seriez trop au-dessus des autres , si vous vouliez faire attention combien les petites choses servent aux grandes , et à quel point elle^ sont indispensables. Je vous prie de ne les pas négliger en vers, et surtout dans ce * qui regarde votre santé : vous m'avez trop alarmé par le danger où vpusavez été. Nous avons besoiu de vous, mon cher enfant en Apollon , pour apprendre aux Français à penser un -peu vigoureusement ; mais moi j'en ai un besoin essentiel , comme d'un ami que j'aime tendrement , et dont j'attends plus de conseils dans l'occasion que je ne vous en donne ici.'

J'attends, la pièce de -M. Gresset. Je ne me presse point de donner Mahomet; je le travaille encore tous les jours. A l'égard de Pandore, je m^imaginéque cet opéra prêterait assez au musicien; mais je ne sais à qui lu donner. Il me semble que le récitatif en fait la prin^ oipale partie , et que le âavant Rameau néglige quel-*

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quefois le récitatif. M. d'Argental en est asse^ content ; mais il faut encore des coups de Urne. M. d'Ârgental est un des meilleurs juges , comme on des meilieura kommes que nous ayons; il est digne d'être votre ami^r J'ai lu ï Optique du P. CasteL Je crois qu'il était aux Petites-Maisons quand il fit cet ouvrage. U n'y en a qu'un que je puisse lui comparer, c'est le quatrième tome de Joseph Prii^at de Molière , où il donne de son crû une preuve de l'existence de Dieu , propre à faire plus d'athées que tous les livres de Spinosa. Je vous dis cela en confidence. On me parle avec éloge des détails d'une comédie de Boissy : )6 n'en croirai rien de bon que quand vous en serez content. Le janséniste Rollin con-* tinue-t-il toujours à mettre en d'autres mots ce que tant d'autres ont écrit avant lui ? et son parti préconise-t-il toujours comme un grand homme ce prolixe et inutile compilateur? A-t-on imprimé, on vend-on enfin l'ouvrage de l'abbé de Gamaches ? Il y aura sans doute un petit système de sa façon ; car il faut de$, romans aux Français. Adieu , charmant fils d'Apollon ; nous vous aimons tendrement. Ce n'est point un roman cela, c^est une mérité constante ; car nous sommes ici deux êtres très-constans.

Ce ^4, à Bruxelles.

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