DE M. LE COMTE DE*** A HELVÉTIUS
J'ai reçu la leHre dont vous m'avez honoré : ma sensî* bilité répond au respect que je vous dois ; j'en serais bien plus charmé encore, si je n'y trouvais des éloges que je ne puis mériter. Peut-être, monsieur, quelque homme mal informé vous a-t-il fait de moi un portrait qui ne me ressemble pas; peut-être m'a-t-il cru plus puissant et plus capable d'effectuer ce que vous attendez de moi. Je veux vous en faire un de moi-même, et vous donner une idée auparavant de notre état, par rapport aux sciences et aux arts. Pierre I*', après
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atôir crée ou réformé tout , n'-a pas été suivi , après sa mort, en plusieurs parties de ses vues et sages instituâons. Les sciences et les arts ont pris naissance du temps de ce grand homme : nous avions d'habiles gens en plusieurs genres. Lès artistes qui avaient faitlear apprentissage en Italie pouvaient passer pour de très -bons maîtres, et faisaient honneur à notre nation. Le peu de soin qu'on prit après d'encourager ceux-ci , et plus encore la négligence d'en former d'autres, étouffa le germe de tout ce qui venait d'éclore , et fit évanouir àe^ si belles espérances. Dans la suite des temps , les premiers postes de l'empire étant occupés par d€# étran-gers, ceux-ci, soit que naturellement ils fussent pea portés à faire fleurir les sciences et les arts dans un pays^ étranger, soit qu'ils eussent en vue des objets qui ne leur laissèrent point le temps de penser et d'agir avec le zèle des patriotes, sont restés dans une parfaite inaction à cet égard. Cette négligence dans l'institution de la jeunesse ( excepté l'École militaire ou le corps des cadets, créé en 1760, de six cents gentilshommes , qui a produit tant de bons officiers), a arrêté en quelque manière les progrès des sciences et des arts. Voilà c^ qui a fait que le noble désir de s'instruire en tout a été rallenti dans plusieurs de mes compatriotes. Un intervalle aussi fôcbeux pour nous a fait croire injustement à quelques étrangers, que notre nation n'est pas capable de produire des hommes tels qu'ils devraient, être : préjugé d'autant plus grand , qu'il faut du temps pour le détruire. Sa majesté impériale , marcbafit sur les traces de Pierre-le-Grand , a fondé l'université de Moscou , et l'Académie des Arts de Saint-Pétersboui^ , > desquels j'ai l'honneur d'être chef: Voilà , monsieur , deux parties seulement dans lesquelles je pourrai rendre service à ma patrie, si mes lumières répondaient à mon sèle. Je me sens encouragé par vos conseils : je le serai
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encope plus si vous me les cootumesK. Votoe UlUne pour nxM est UB recueil d'iiistru0lH>iis« Vboaneot et Yaw^n^ lage de votre oooBaisssiQce et de celle de ifoelqnes m^ Ites savaBS ^ partîcfUièrenieBt de M. de Voltaire j qvâ se cesse poîiic de sse o^mUer des manques^de son ami^ lié , me flattent au^lessiis de toute expressîoB. Qiie je serais beqrem ^ WÊ /am a i eu r, de mériter votre esdme! Le suffrage d'vn homme tel que wons m^est bien plus gio« FÎeux quece que nous tenons do caprice de la fortune. Je t9elieff9t touîoorsde mettre tos sages conseils à profit.^ Je gagne à tons égards à YOUne counaîssanee ; ^019» ne iae|ires4e la mienne qu'une reoonnaissanee sans bomes^jomte à radmîratîcm a^ec laqueMe j*ai i^honnenr d^ètre, ^e.
Saint-Péte r sbooig , ce 3j Ivôllet 1761.
ITHELYÉTIUS A HUME.
LiomsQi/E j'ai rendu hommage ^ monsieur ^ k la supériorité de votre génie et de vos lumièrei, j'ai joint ma voix a oeBe de tous mes ccmeiftojfens , et je suis tres^flatté que vous ayes bien voulu la distinguer. Votre nem honore mon livre , et je l'aurais cité plus souvent si la sévérité du censeur me l'eût permis.
Depuis dix mois je suis l'objet de la haine et de la perseqption des dévols, et fai malheureusement appris à mes dépc»s comlnen ces messiem*s de la cour éibérée soet implacables dans leors vengeaniees. Mais quelque mal qu'ils m'aient fiât, j'en suis lùen dédomncagé si vous aeoordei quelque estime à l'ouvrage , et quelque amitié à l'auteur.
Lorsque la guerre s'est déclarée enti^ les deux na-»
iHKMf fmuisf doêsein d'aller en Angleterre pour y pa»w ser ' quelipies mots avec des* Atigkiîs de m^tainî^; iaàln-> tenant que vous voulez bien m'bonorer de votre ânai-* ti^> vou^ ne doutes pas queledéâîr d'y voir un tioiaiBie que f'admire., ne m'y conduise dès que la pain n^e le^ permettra*
L^o^Àetioft que ^^"ous me faites dffiE^s vo|re^lettre me perlktt très-bonne; et, s'il est perffiîa d^jurcr tn^^ner^ magktri^ o'est sûrement d'après vous : aussi suje prée à eo|>vomr de «nion erreur. iHimàgîne eepexîdant qu# IWiinepnblîqùe eonçue pour un talent ou une sciente^ doit 4tre Feifet oorabiné^ et de IHiiilM dont' ce uton^ est; au puldfè> et de 'la diffieuhë d^ exceller r dKifteulté que nous ne poufvons mesiarer^ on quelque genre qoei oe loit^ que par le grand nombre des entreprise» cem-«> paré 2ffBt pel4t homone de^ SB^oès;^ Bn eSei^ sHIn^est peint dSdée's int^éès, qui nous aurait fiôt natire Fidée de l'estime pour iin te) takm, si ce n'est Fint^rét? (expression que je prends dtna le sens le pltui étendu ^ puisque j'entends par ce 'n»9t< depuis le plue inyperoep^ tible jusqu'au plus fort degré dé plaisir et de douleur;) Si toutes les* natiome ont pour M. Hfyove la- plus- hamer estime ^ é'est cpie ses ouvrages spn« un bienAik pe«ip rbamanité^ et que chaque natK;>» s intérêt dV^timer cekii qui Pédaire. Le plaisir è* la douleur , et par oonséquent Tintéréi^ doivent donc être les-invemeurs de' toutes nos idées , et tout «y d^il? génératemient rsp-' porter, puisque l'ennui même et la curio^it^ aetrou^ ventaV>i^ compris sous ces noms de plaisir et de douleur. En parlant de là , voyez et jugez si j'ai tort ou raison; je m'en rapporte entièrement à vous. A l'égard de l'amitié, il me parait que la cause pour laquelle nous aimons ncftre ami peut être plus ou moins claire à noire esprit, selon que nous avons plus ou moins f contracté l'habitude de nous étudier nous-mêmes, mais
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ment attachés. Plusieurs auraient été vous rejoindre à Edimbourg^ sans rembarras dé la vente dé leurs l>iéns; car rien ne se vand ; -toutes les bourses sont fermées. Point de circulation , parce que personne n'est sûr de ne pas mourir dé ftifen.
Conservez-moi votre amitié : je la mérite par l'estime ti la vénération que j'ai pour voire génie et pôar voti'e teraolère.
J'ai Thom^eur dTéife, etc. •
D'HELYÉTtUS A L'ABJBË CBAUVELIlf ,
Je vous remercie > monsieur YAltié , dtfts liomés ^uè vous m'aves témoignées pendant mon séjour à Pbris > et de riotérét que vous avez bien vouin prendre À mon affaire^ Vous n'ignorez pas s^ns doute qu'on m'a dé-« n&^lc& à la Sorbonne ^ et que cette dénonciàiion est remise au i^' octobre. Je ne sais quelle suite elle peut avoir^ et si Ton peot éviter que la ftorbonne aille plus loin* Je m'en rapporte à vous sur tout eela< Je vous observemi cependant que nous croyions^ vous et moi > oettë affiiire assoupie ^ et qu'il md ^mble qu'elle ne l'est point du tout i on m'a même assuré que M. lé Dttupbin «était prévenu contre nioi au p6int de n'en jamais revenir. Vous êtes à portée de savoir oe qui en est. Mandez-le moi «ans me flatter^ afin qoe je puisse en oonséqiience prendre un parti convenable. J'ai peur qu'en me faisant signer ma rétractation on ne m'ait tendu un piège, et qu'on n'ait eu dessein de nte mettre (dans le tas de ne pouvoir nier mon livre , suppo^ qu'on , voulut' me faire des affaires au parlementa
Là haîiie tl^ologiqu^ a passé ^n p^ô^^fbe > «( je seii qu'elie^esi aussi adroite qu'implacaMe. Vous voyez quelle ééi ma Confiance eki voué : je ïxe erams pas i|u'el^ soit trahie.
SECONDE LETTRE
D'HELVÉTIUS A UABBÉ CHAtVELÎN.
MoNSi