‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 51 sur 74 · Tome Uh · texte numérisé non relu

Tome Uh

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ces dennierB temps qui ne l'aient été précisément pott% avohr •établi dans leurs ouvrages des principes .£ivo-^ raMes aux magistrats. Le clergé l'a bien vu : aussi n'a- XÀk pas manqué y par scm cri ordinaire d'impiété et d'irréligion, de sonner l'alarme , et de vous engager k persécuter les meilleurs amis que vous ayez dans le public. JSe vpus jr trompez pas : un écrivain eélèbre a de nom*^ breuK partisans; il n'a même de célébrité que pour avoir eDaéigné-aqx hommes des vérités qui les touchent ou qw les Battent. C'est d'après ces vérités qn on le fuge, «et-non diaprés vos arrétsw Que gagnez-vous en le con» damnant? Vous prêtez vos armes aux prêtres, dont voua augmentez le crédit. Sans vous en (aire des amis , vous ai:^mentez le nomlnre de vos ennemis de tous les {Kirliaans de l'écrivain (fae vous cherchez à persécuter;

Il j ailong4emps qu'il est démontré que ce ne sont que les hietÈS de la terre que' recherche le clergé en prêchant les biens do ciel. Tout homme de génie op» poié à ses prétentions en doit être nécessair^uent per-* aéculéL Soyez^n le protecteur; établissez autant quHI est en Vons le droit naturel de la tolérance ; c est fe moyen de ruiner la puissance rivale dn clergé : vous nuAltifdierez le nombre de vos partisans, parce que tous les hmnmes attachés à des opinions quelconques sau* ront que voua seub les empêchez d'être persécutés. Ils ne verront en vous qtie des protecteurs , et des protec^ teors que divinise le aèle que ehaque secte a pour ses aemimensl

Que le parlement se souvienne toujotirs qu'il n'est rien aans le public ; que èe n'est que par la protection du publie qu il peut oontrebalancer^le pouvoir de ses ennemis. Le progrès des lumières Tafibiblit de jotxr en îoar ; et» si vous savea profiter des drconstances, vou^ feveerez vos rivam à n'être qu'utiles, et à r»oncer ant

intrigues, l^es jésuites eux-m^nes cesserait de vooa

Jioncc t de

BiVERS£i. aSg

doiniOT de Tombrage* Vous rendres inuliles t^us lei j

pt^s que ces moines dangereux tendent aux gens de \

bien et aux hommes de gënie.

La libertë de la presse sera toujours à Payant^é du parlement, quand il se montrera le proteeteuMié des gens de lettres et des citoyens. Si vocv négKgez ces maximes, on peut prédire que dans peu le parlement sera le mépris des grands par sa faiblesse^ et celui des petits par des prétentions ridicules qu'il né pourra faire Taloir.

Votre amitié, monsieur, m'a permis ces réflexions ; le zèle pour un corps que je crois utile à Tétat me les a suggérées. La persécution qu'il à voulu me faire essuyer ne m'empécbe pas de voir ses véritables intérêts : je les crois étroitement liés avec la gloire du souverain et le bien de ses peu|||s.

lyHELVÉTItrS A. MOHTÉSQUIEU,'

<âttr Bon manuscrit de l'JEsprît des Lois (i).

J 'ai neki jusqu'à trois fois, mon dier préskient, le tna«< imscril qne^ vous m'avez feît communiquer. VourfWaiWez' vivement intéressé pour cet ouvrage à La BrMe. Je n%n coimaissais pas l'ensemble^ Je ne sais si (nos tètes ft*an-« »

(i) On a imprimé dans plusieurs papiers publibs qn^Hetvétfius , Icnrs du'gdînd succès de V Esprit 4es ùAs , en avait témoigné !^ sttrprise h quélques-ups de ses amis intimes. Totci le fait , ta qu*on le tient dUelvéthis, Il était Pami du président de Montesquieu, et pas^ ' satt beaucoup de temps avec lui dans sa terre de La fii^e , pendant ' ses tonrofées -dé fermier-général. Dfind leurs conversations philosophiques f le président comsminiquait k son ami ses travaux sur'

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çaises éeront assez mures pour en saisir Içs grande» I^eautés :,p.our moi, elles me ravissent. J admire réten^ due du génie qui les a créées^ et la profondeur des re* cherches auxquelles il a fallu vous livrer pour faire sortii^rla lumière de ce fatras de lois barbares dont j'ai toujours cru qu il y avait si peu de profit à tirer pour l'instruction et le bonheur des hommes. Je vous vois . comice |e héros de Milton , pataugeant au tnilieu du chaQS^ sortir victorieux des ténèbres. Nous allons élre^ grâce à vous, bien instruits de l'esprit des législations grecqjies^ .romaines, vandales et visigothes; nous connaîtrons le dédale tortueux au travers dqquel l'esprit humain s'est traîné pour civiliser quelques malheureux peuples opprimés p^r des tyrans ou des charlatans religieux. .Vous nous dites : .voilà le monde comme il s'est gouverné, et comme il se gouverne encore. Vous lui prêtez souvent une raison et une sagmse qui n'est au

t Esprit desLois. Il lui fit ensuite passer le manuscrit avant de renvoyer à rimpression. Helvétius , qui aimait Fauteur autant que la vérité ', fut affligé , en lisant cet ouvrage , d'y retrouver des opinions qu'il avait combattues de vive voix et par lettres ; qu*il croyait d'autant plus dangereuses qu'elles aUaieot être consacrée^ tm maximes

jnoaestie naiureiic , ci »uu «ttuniiiiMuix puui ji auicur UC5 ijcures per^ saneSf lui inspirant de la défiance pour son propre jugement, il priatMobtesquIofi dt permettre qu'il communiquât son manuscrit 'à un ^uni' çpminuB ,. à Saurin ,. auteur de Sptwtacus, espi:it^ solide et profond ^ quç Voj^s deux estimaient comme l'homme le plus vrai et le juge le plus impartial. Saurin fut d'u même avis qu'Hèlvétîus. Quand l'^mvragiusat paruy et qu'ils jen' virent le prodigieux succès , sans changer d^opinion , ils se turent j en respectant le jugement du public et la gloire «de leur ami, . , • . „ ,. , , ^

Gomme, queVjiies idées ^e Monte^uieu ont servi depuis k forfcifier de gra^d^ préjugés , et que des passions particulières \es ont érigées en principes-pratiques , il est utile iie faire connaître, les jiigeriiejas que. les amis ^e I^Ipntesquieu lui. adressaient à lui-méjDfie .: c!estpour cette xsnsôn. que nous ,puI)lÀons qette lettre à Montçsquieu j^ et, I^ iuiyante , adressée par Helvétius à Saurin. , ■ ,

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fond que la vôtre ^ et dont il sera bien surpris que vous lui lassiez les honneurs.

< Vous composez avec les préjugés, comme un jeune homme entrant dans le monde en use avec les vieilles femmes qui ont encore des prélehtions, et auprès desquelles il ne veut qu*être poli et paraître bien élevé; Mais aussi ne les flattez-vous pôs trop? Passe pour les pt^e^res. Eh faisant leur part de gâteau à ces cerbères de FEgHse , vous les faites taire sur votre religion ; sur le resté, ils ne vous entendront pas. Nos robins ne sont en état ni de vous lire ni de vous juger. Quant aux aristocrates et à nos despotes de tout genre, s'ils vous entendent, ils ne doivent pas trop vous en vouloir; c'est le reproche que j'ai toujours fait à vos principes. Souvenez-vouà qu'en lesdiscutant à La Brède je convenais qu'ils s'appliquaient ^à l'état actuel; mais qu'un écrivain qui voulait être utile aux hoioames devait plus s'occuper de maximçs' vraies dans un meilleur ordre de choses à venir, que de Consacrer celles qui sont dangereuses, du moment qtie le préjugé s'en empare pour s'en servir et les perpétuer. • Employer la philosophie à leur donner de l'importance, c'est faire prendre à l'esprit humain une mardie rétrograde ,< et éterniser des abus que Tintérét et la mauvaise -foi ne sont que trop habiles à faire valoir. L'idée de la •perfection amuse nos contemporains; mais elle instruit la .jeunesse, et sert à la postérité. Si nos neveux ont Je «sens commun, je doute qu'ils s'accommodent dé nos «principes de gouvernement, et qu'ils adaptent à des «c^onstitutions , sans doute meilleures que fes nôtres, vos balances compliquées de pouvoirs intermédiaires. Les rois eux-mêmes, s'ils s'éclairent sur leurs vrais irntérêts (et pourquoi ne s'en aviseraient-ils pas?), chercheront, en se débarrassant de ces pouvoirs, à faire plus .sûrement leur bonheur et celui de leurs* sujets, r En Europe, aujourd'hui la moin; foi^lée^des quatre

jMmmm^aaam^m^mjm.-Mu^'^n^st^^^mmr^mmimg^mm

; parties du monde ^ qu'est un souverain alors que toutes

les soi^rces des revenus publics se soi^t égarées dans les cent mille canaux de la féodalité qui les détourne sans cesse à son profit? La moitié de la nation s^enrîchii de

I la misère de l'autre; la noblesse insolente cabale ^ et le

monarqufe qu elle flatte en est lui-même opprimé sa^s

■ qu'il s'en doute. L'histoire bien méditée en est une

leçon perpétuelle. Un roi se crée des ordres intermédiaires; il$ sont bientôt ses maîtres ^ et les tyrans de son peuple. Comment contiendraient-ils le despotisme? ils* n'aiment que l'anarchie ppur eux , et ne sont jaloux que de leurs privilèges , toujours opposés aux droits naturels de ceux qu'ils oppriment.

Je vous l'ai dit, je vous le répète, mon cher ami; .vos combinaisons de pouvoir ne font que séparer et compliquer les intérêts individuels au lieu de les unir. JL'exemple du gouvernement anglais vous a séduit. Je .suis bien loin de penser que cette constitution soit par* faite. J'aurais trop à vous dire sur ce sujeU Attendons^ comme disait Locke au roi Guillaume, que des revers éclatans, qui auront leur cause dans le vice de cette constitution^ nous aient fait sentir ses dangers; que la corruption , devenue nécessaire pour vaincre, la force d'inertie de la chambre haute , soit établie par les mi— nistres dans les communes, et ne fasse plus rougir personne ; alors on verra le danger d'un équilibre qu'il .faudra rompre sans cesse pour accélérer ou retarder les mouvemens d'une machine si compliquée, f^n effets n'est«il pas arrivé de nos joui^ qu'il a falhi des -impôts pour sou&oyer des parlemens qui donnent an roi le droit de lever â^ impots sur le peuple?

. La liberté même dont la nation anglaise jouit, est<«lle Jiien daDs les principes de cette constitution plutôt que dans deux ou trois bonnes lois qui n'en dépendent pas p

b ^ue tes ,Fraufais pourraient ae donner ^ et qui aeules

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rendraient peut«étre leur gouvernemenl plus support* table ? Nou& sommes encore loin d'y prétendre. Nos prêtres sont trop lamitiqUes et nos nobles trop i^o* rans pour devenir citoyens, et sentir les avantages qu'ils gagneraient à Tétre, à former une nation« Chacuin sait qu il est esclave^ mais vit dans Tespëranee d'être aou^ despote à son tour. «

Un roi est aussi esclave de ses maîtresses » de ses favoris, et de ses ministres. S'il se (Sche « le coup de pied qu^n reçoivent ses courtisans se rend et se propage jusqu'au dernier goujat» Voilà, f imagine , dans un gou^ vernement^ le seul emploi auquel peuvent servir les intermédiaires. Dans un pays gouverné par les fantaisies d'un chef, ces intermédiaires qui fasi^i^ent cberchent encore à le tromper ^ à f empêcher d'entendre les vœux et les plaintes du peuple sur les abus dont eux seuls profitant. Est-ce le peuple qui sq plaint que l'on trouve dangereijx? non , c'est celui qu'on n'écoute pak Dans ce cas, les seules personnes à craindre dans une nation « sont celles qui l'empêchent d'être écoutée. Le mal est à son comble quand lé souverain, malgré les flatteriea des intermédiaires, est forcé d'entendre les cris de son peuple arrivés jusqu'à lui. S'il n'y remédie prpmpte^ ment,, la chute de f empire est prochaine. Il peut être averti trop tard que ses eourtisans l'ont trompé. -

Vous voyez que par intermédiaires j'isatends kf membres de cette vaste aristocratie de nobles et de prêtres, dont la tête repose à Versailles, qui usurpe et multiplie à son gré presque toutes les fonctions du pouvoir par le seul privilège de la naissance, sans droit, sans •talent, sans mérite, et retient dans sa dépendance jusqu'au souverain, qu'elle sait faire vouloir et changer de ministre selon qu'il convient à ses intérêts.

Je finirai , moii cher président , par vous avouer que je n'ai jamais bien compris les subtiles distinctions sans

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cesse répétées sur les différentes formes de gouverne-* ment. Je n'en connais que de deux espèces ; les bons et les mauvais : les bons, qiii sont encore à faire ; les mauvais, dont tout l'art est, par différens moyens , de faire passer l'argent de la partie gouvernée dans la bourse de la partie gouvernante. Ce que les anciens gouvernemena^ravissaient par la guerre, nos modernes Tolitiennent plus sûrement par la fiscalité ,* c'est la seule différence de ces moyens qui en forme les variétés. Je' crois cependant à la possibilité d'un bon gouvernement, où , la liberté et la propriété du peuple respectées, on verrait l'intérêt général résulter, sans toutes vos balances, de l'intérêt particulier. Ce serait une machine simple, dont les ressorts, aisés à diriger, n'exigeraient pas ce grand appareil de rouages et de <9bntrepoids si difficiles à remonter par les gens malhabiles qiii se mêlent le plus souvent de gouverner. Ils veulent tout faire , et agir sur nous commf sur une matière morte et inanimée qu'ils façonnent à leur gré, sank consulter ni nos vplontés , ni nos vrais intérêts ; ce qui décèle leur sottise et leur ignorance. Après cela, ils s'étonnent que l'excès des abus en provoque la réforme f ils s'en prennent à tout, plutôt qu'à leur malitdresse, du mouvement trop rapide que les lumières de l'opinion publique impriment aux affaires. J'ose le prédire, nous touchons à celte époque.

BIVEflSES- J265

LETTRE D'HELVÉTÎUS a m. saurin,

Sur le manuscrit de l'Esprit des Lois.

J'ai éjcrit , mon cher Saurin , comme nous en étions convenus, au président, sur l'impression que vous avait faite son manuscrit, ainsi qu à moi. J'ai enveloppé mon jugement dans tous les égards de l'intérêt et de l'ami-* tié. Soyez <ranquille, nos avis ne l'ont point blessé. II aime dans ses amis la franchise qu'il met avec eux. Il souffre vélontiers lés discussions , y répond par des saillies, et change rarement d'opinion. la n'ai pas cru p en lui exposant les nôtres, qu'elles notifieraient les siennes; mais nous n'avons pas pu dire ;

Cur ego amicwn

Offendam in nugis ? hœ nugœ séria ducent In màla derisum semel, exceptumque sinistré.

Quoiqu'il en coûte, il faut être sincère avec ses amis. Quand le jour de la vérité luit et détrompe Tataour- ' propre , il ne faut pas qu'ils puissent nous reprocher d'avoir été moins sévères que le public.

Je vous envoie sa réponse, puisque vous ne pouvez pas^ me venir chercher à la campagne. Vous la trou« verez telle que je l'avais prévue. Vous verrez qu'il avait besoin d'un système pour rallier toutes ses idées , et que, ne voulant rien perdre de tout ce qu'il avait pensé , écrit ou imaginé depuis sa jeunesse , selon les dispositions particulières où il s'est trouvé , il a dû s'arrêter à celui qui contrarierait le moins les opinions reçues. Avec le genre d'esprit de Montaigne, il a conservé ses préjugés d'homme de robe et de* gentilhomme : c'est

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la source de toutes ses erreurs. Son beau génie FaYait éleyé dans sa jeunesse jusqu'aui Lettres persanes : plus âgé y il semble s'être repenti d'avoir donné ce prétexte e lenvie de Quire à son ambition* U s^est plus occupe à justifier les idées reçues , que du soin dcn établir de nouvelles et de plus utiles. Sa manière est éblouissante. C'est avec le plus grand art du génie q«'il a formé l'alliage des vérités et des préjugés. Beaucoup de nos philosophes pourront l'admirer comme un chef* d'œuvre^ Ces matières sont neuves pour tons les esprits ; et moins je lui vois de contradicteurs et de bons juges , plus je crains qu'il ne nons égare pour long^temps.

Mais que diable veut - il nous apprendre par son Traité des Fiefs ? est-ce une matière que devait chercher à débrouiller un esprit sage et raisqnuoble? Quelle législation pefl^résulter de ce chaos barbare de lois que la force a établies , que l'ignorance a respectées, et qui s'opposeront toujours à un bon ordre de choses? Sans les conquéransquiont tout détruit, où en serions-nous avec toutes ces bigarrures d'institutions? Nous aurions donc hérité de toutes les erreurs accumulées depuis Tongine du genre humain ; elles nous gouvernepaient encore; et, devenus la propriété du plus, fort ou du plus fripon , ce serait un terrible remède que la conquête pour, nous en débarrasser* C'est cependant l'uni* que moyen , si la voix des sages se mêle a l'intérêt des puissances, pour les ériger en propriétés légitimes. Et quelles propriétés que celles d'un petit nombre , inui* siblesà tous, à ceux mêmes qui les possèdent, et qu'elle) corrompent par l'orgueil et la vanitc ! £a e&ei , si l'homme n'est heureux que par des vertus, et .par des lumièÉ*es qui en assurent le principe , quelles vertus et quels talens attendre d'un ordre d'hommes qvà fouissent de tout et peuvent prétendre à. tout dans la société par le seul privilège de leuraaissabiQe? Le traviâl <l^]a

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société ae se fera que pour eux ; toutes les places lucratives et honorables leur seront dévolues; le souverain xie gouvernera que par eux , et ne tirera des subsides (dé ses sujets que pour eux. N'est-ce pas là bouleverser toutes les idées du bon sens et de la justice V C'est cet ordre ab(Hninable qui dusse tant de beaux esprits f et dénature parmi nous tous les principes de morale publique et particulière.

L'esprit de corps nous-envahit de toutes parts. Sous le nom de corps, c'est un pouvoir qu'on érige aux dépens de la grande société. C'est par des usurpations héréditaires que nous sommes gouvernés. Sous le nom de Français, il n'existe que des corporations d'individus , et pas un citoyen qui mérite ce titre. Les philosophes eux-mêmes voudraient former des corporations : mais, s'ils flattent l'intérêt particulier aux dépens tde l!interét commun, je le prédis^ leur règne ne sera pas long. Les lumières qu'ils auront répandues éclaireront tôt ou tard les ténèbres dont ils «ivelopperont les préjugés

D'HELVÉTIUS A M. LEFEBVRE-LAROCHE, Sot k GoQttitutioii d'AttgietaTe.

Vous admirez beaucoup le gouvernement anglais, mon ami ; je suis de moitié avec vous. J'en ai dit du bien , e% ne cesserai d'en dire jusqu'à ce qu'il s'en foime un meilleur. Mais ne le jugez passur ce qu'en dit Montes» quieu. Il serait loin encore de^Ja perfection, quand le modèle existerait comme son imagination l'a embelli. Cnrieux de voir de prè» le jeu de cette madbine, je l'ai

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trouvée compliquée et bien embarrassée dans ses roua*-^ ges. Pouvait-on mieux à l'époque de sa formation ? j'en 'doute. Quand les circonstances n'auraient pas forcé de la composer des élémens que l'on avait sous la main , avait-on toutes les lumières nécessaires pour s'en approprier d'autres? On craignit de détruire entièretneut l'ancien édifice; on bâtit sur des ruines^ et l'on en étaya d'autres. C'est de ces débris disparates et mal assortis que se forma la constitution anglaise; Si l'impossibilité de mieux faire et la force de résistance qu'opposaient de grands intérêts l'ont fait adopter^ c'était déjà un grand exemple donné à l'univers de la perfectibilité des gouvernemens. La Grande-Bretagne, par sa position seule, qui donne un caractère particulier à ses habitans, en a tiré de grands avantages. Ils eussent été immenses, si sa constitution , vicieuse dans quelques-unes de ses bases , en s'améliorantpàmuiié bonne représentation, par une 'distribution mieux proportionnée de ses pouvoirs, avait empêché de germer les principes corrupteurs qui la dominent aujourd'hui. C'était alors un grand pas vers le bonheur des nations d'avoir pu forcer un roi à recon- Tiattre^ quelques droits de son peuple, à respecter sa liberté, et à ne plus lever arbitrairement les impôts» Mais tout n'était pas fait; Âpres avoir lié les mains à leur despote, et s'être donné un grand principe d'activité, les Anglais sont restés en beau chemin. Pour s'être imaginé avoir un meilleur gouvernemient que leurs voisins, ce qui n'était pas difficile, ils ont cru qu'ils n-avdiéât qu'à le laisser marcher.

* ^Plusieurs fois la prérogative royaléé tenvé de se relever, et mis leur constitution en péril. Au lieu de son- . ger 'aux remèdes, ils n'ont fait que changer de roi ou 'de ministres; ce qui n'arrive pas sans de rudfes convulsions , et sans que la fortune publique ne coure de grands risques. Leur industrie et-leur' commerce;,

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