‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 62 sur 74 · CLI · texte numérisé non relu

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Étudiez l'histoire : vous y verrez toutes les grandes actions , soit en bien, soit en mal , dans le passage d'un état à un autre. Ainsi, même dans la lie des siècles, la Hollande nous a offert un grand spectacle lorsqu'elle secoua le joug de Philippe II; ainsi Rome, ainsi Athènes, etc. Il faut encore observer que moins un peuple est policé , plus les vertus , comme les vices , sont franches , actives, sajivages même. C'est le jeune homme ardent et plein de force qui n'a point encore réfléchi^ en avançant en âge, il est plus modéré et moins imprudent. Ce n'est pas la petitesse de nos âmes, c'est le caractère de prudence et de réflexion , l'esprit de calcul et de prévoyance, qui nous rend plus timides; et les grands crimes nous étonnent comme les grandes vertus.

Pour établir l'égalité sur un fondement solide, il faut l'établir sur la liberté. Ce n'est pas l'égalité rigoureuse qu'il faut établir, ce sont les grandes inégalités passagères qu'il faut combattre ; car il faut que chaque homme ait droit de se servir de tous ses talens. Que &ut il faire pour obtenir le but de la presque égalité sans

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violence? Il Êiudrait, entre autres choses, ne pas régler les testamens, mais ordonner qu'il n'y en aura pas, et que tons partageront également, s'ils y ont un droit par leur naissance. — Mais c'est borner la liberté du citoyen. — Ce n'est pas moi, c'est la nature. Quand on est mort, on n'est plus libre. — Mais c'est ôter tout frein aux enfans. — Tant pis s'ils obéissent par ce motif : les pères ont tant d'autres moyens !

Je voudrais pourtant qu'il fût permis de faire des donations, parce que, tandis que je vis, je suis te maître de donner; mais il faudrait fixer bien l'âge où' l'on peut donner , parce qu'il y a un excès de jeunesse et de vieillesse , un état de maladie et de faiblesse , où le bon sens n'existe plus ou n'existe pas encore, où par conséquent l'homme n'est plus libre. Dans mie république bien ordonnée , l'excès dans ce genre n'est pas à craindre* On se marie, on a des enfans. En pareil cas les donations sont rares, ou ce sera la faute des enfans.

La plupart des républiques, tant anciennes que modernes , ne sont pas nées dans le sein de la paix , ne sont pas le fruit de la mûre raison , du sentiment vif et profond de l'égalité, moins encore de la persuasion intime que la démocratie fût le meilleur des gouvernemens. Les peuples se trouvaient opprimés, leur âme était entraînée violemment vers la liberté; ils secouaient le joug sans avoir même médité les moyens de donner une forme solide à la nouvelle constitution vers laquelle ils se précipitaient aveuglément. Les législateurs , qui sont des hommes , n'avaient point d'autres lumières que celles de leur siècle; et souvent ils avaient des passions particulières. Ceux même qui voulaient le bien avec droiture, se livraient à des vertus austères

^ ET RÉFLEXIONS. 3ig

dm n'ont pas leur source dans la- nature humaine , mais dans'une fausse idée de perfection impossible à la miit' titude ; et , com/me ils n étaient point préparés au grand' ouvrage qu'ils entreprenaient , ils faisaient des lois: pour chaque jour, chaque é?énement, et toujours avec des idées étroites de sévérité domestique.

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