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Je ne sais si Richelieu avait un caractère aussi élevé qu'on la dit ; il n'entendait rien au moins à l'administration intérieure. Une âme ardente et de grands projets au dehors, joints à de grandes forces, donneront toujours des succès et de la réputation. Les projets même qu'il suivit étaient ceux de Henri IV. Toutes les fois qu'on placera à la tête d'une nation une âme ardente, occupée de suite d'un projet, on sera étonné de ses succès. Voyez ce qu'a fait Frédéric II, avec de moindres moyens.
Sans doute il faut des recherches scrupuleuses sur les faits qui servent de base aux jugemens : mais à quoi bon tant de règles, de restrictions,' d'extensions, qui fent un art de la raison même, ou, pour parler plus exactement, qui mettent la chicane à la place du bon sens? à quoi sert cette multitude de lois qu'aucun homme ne peut savoir, et qui décident de là fortune et du repos des citoyens? en sorte que, sans le savoir , et même en croyant suivre les lumières de la raison , on se trouve exposé à violer des lois qu'on n^a pu reconnaître.
C'est une chose incroyable, et pourtant vraie, qu'on révolte les hommes en leur proposant de revenir a Iiéi simple nature. Dites à des Français que toutes les sortes de distinctions sur la nature des biens qui sont admises
dans les tribunaux dé leurs pays sont ridicules^ et qu'il ne doit y avoir que des biens libres; que toule^ les lois doivent tendre à conserver la propriété de ces biens : ils ont peine à vous entendre; et leurs têtes sont si pleines de fiefs, de seigneuries, de cens et rentes, de lods e tventes, de quint et requint, qu'ils imaginent qu'on leur propose d'anéantir la monarchie en rendant les biens libres. Ils oublient qu'on a fait des change— mens pareils , et qu'on a rendu service à l'état. Ainsi , quand on a affranchi les serfs, quel inconvénient y aurait-il à affranchir les biens? On détruirait au moins la moitié des procès ; on favoriserait le commerce des biens; on soulagerait les cultivateurs ruinés par les droits seigneuriaux ; on éteindrait les haines des familles nobles; on rendrait l'état plus riche; et chacun , occupé de son bien sans inquiétude, l'améliorerait avec sécurité.
Il serait à souhaiter que les juges prissent la manière des arbitres , en ce sens que la discussion des faits , et même de la loi quand elle n'est pas assez précise, s<^ fit publiquement ; que chacun dit son avis , et les raisotis de son avis. Mais je trouve ridicule qu'en se rapproche par simple voie de conciliation. Si la persuasion n'en est pas le principe , on peut céder de ses droits par le simple désir de la paix ; mais on ne peut céder les droits d'un autre , les droits de la vérité , par la vaine et sotte raison qu'il faut se rapprocher de l'avis du plus grand nombre. Cela n'est bien ni dans la république ni ailleurs.
Je trouve un grand inconvénient dans la formule romaine , parce que je trouve que rarement les faits sont assez simples pour comporter un jugement général et tranchant tout à la fois. U y a des modifications ; et il
ET REFLEXIONS. 3a r
fiiut les énoncer : c'est comme dans les disputes où Ton dit à son adversaire ^ répondez nettement oui ou non; et le plus souvent on ne doit répondre ni Tun ni l'autre pour répondre nettement j même en supposant les lois aussi simples qu'elles peuvent et doivent Tétre f même en supposant une démocratie très-bien organisée. Le peuple en corps ne peut ni ne doit être juge des affaires particulières, tant civiles que criminelles : il n'a ni le temps, ni la patience, m les connaissances, ni l'équité nécessaires. On peut absolument éclairer le peuple sur ses vrais intérêts ; mais comment éclairer une multitude sur des choses auxquelles elle ne prend aucun intérêt ?
La vertu d'une femm >quoi qu'en puissent dire de petits philosophes , consiste dans le respect pour soi* même et l'amour de la chasteté. Sans doute l'incontinence publiqi e est l'excès de la corruption dans une femme, mais ce n'est jamais un vice national. Ce n'est jamais, dans l'état le plus corrompu, que le petit et trèspetit nombre qui se voue à l'incontinence publique , à prendre ce mot dans le \ens naturel. La perte de la vertu précède toujours l'incuntinence publique , et n'en est pas toujours suivie. Une HUe qui a un amant ^ une femme même qui en a un , sont encore loin d'être des femmes perdues, si elles n'ont d'autre guide que l'amour et la véritable tendres- La corruption des femmes consiste, à parler correctement, à n'avoir d'autre motif dans leurs faiblesses que l'amoNr et la recherche du plaisir, sans que le goût personne y influe. Celle qui a été entratnée par une foule de sentimens vers l'objet de son amour, celle qui a aimé long -temps avant de penser au but de l'amour, celle qui n'a cédé aux désirs de son amant que parce que Famour dominait son Tome IIL 21
âme avant d'agir sur ses sens, peut être coupable, mais n'est point une femme perdue : die aura manqué aux lois de la société^ mais elle n'a point violé celles de la pudeur : elle est assurément bien loin de l'incontinence publiqne.
Les bons législateurs n'exigent point une certaine gravité de mœurs ; ils se bornent à établir, par des lois indirectes, la pureté des mœurs; et cela est plus aisé qu'on ne croit. Avec cette gravité de mœurs, la société domestique est dure, impérieuse, tyrannique; et ce n'est pas là le but d'une bonne législation , car ce n'est pas le but de la nature. Que si l'où me demande comment on établit la pureté des mœurs par des lois indirectes, je réponds que c'est en favorisant les mariages et le divorce , en rendant les successions égales entre frères et sœurs, les charges non héréditaires, et surtout par l'institution nationale bien éclairée.
Combien chez les Romains il résultait d'inconvéniens du tribunal domestique! t<». la moitié du genre humain était en quelque façon esclave ; a*», l'arbitraire était introduit, non - seulement dans la punition des crimes , xnais encore dans l'estimation ; 3"*. les enfans étaient amenés par degrés à n'honorer que le père , parce qu'il avait seul une vraie autorité; 4"*- les femmes n'étaient plus regardées comme les compagnes de leurs maris ; et dès lors on ôtait à la nature un des plus puissans ressorts pour adoucir les mœurs des hommes.
Je n'aime point à voir les lois, et moins encore un tribunal domestique et arbitraire , décider de ce qu'on se doit à soi-même : c'est l'éducation seule qui doit nous en instruire. On ne ^oit être puni qu'autant que l'on manque aux autres : si l'on ne manque qu'à soi , on sera puni par les suites nécessaires de ses fautes.
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' L'âdultè'fe soumis à une accusation publique est It^ délire de la législation. Le mari ou la femme out droit, de se séparer en pareil cas ^ parce que la séparation est faite par l'ajdullère mêmCi Mais à quoi Servent les punitions en ce genre? le crime est si difficile à prouver , et quand il devient commun , il échappe si aisément à la punition y il cesse si facilement d'être regardé comme un crime > et enfin t^ crime, est tellement fait pour Tombre et le silence , qu'autant vAit ne pas le rechercher : il suffit de laisser la liberté du divorce.