CLIX
ïl n'y a au fond qu une seule loi ; c'est la loi naturelle , qui roule toute sur un petit nombre de principes applicables à tous les objets qui intéressent l'humanité. Le droit naturel, c'est le droit qu'a chaque homme de veiller à sa propre sûreté, à la conservation de ses biens; et le premier de tous, c'est la liberté la plus éoendue, qui par là même exclut cette dernière.
Le droit divin est, pour chaque homme, la liberté d'obéir à ce qu'il c: ^it les lois de Dieu| et les autres hommes, soit rois, soit concitoyeDs, n'ont à oet égard que le droit d'empêcher qu'on ne pi^enne pour lois de Dieu des erreurs nuisibles aux autres. Tout cela n'est que le droit naturel qii'a chaque homme de penser et d'agir librement; «et l'état n'a à y voir que pour empé*cher qu'on ne nuise.
Le droit ecclésiastique, c'est le droit qu'ont les hommes de faire telles.ass^^^ir.ûpns que bon leur semble , pourvu qu'elles ne nuisent a personne ni dans sa liberté ni dans ses biens.
Le droit des gens, le droit politique, le droit civil,, elc, tout n'est que le droit qu'on a d'empêcher le mal qu'on veut nous faire, à la charge que nous n'en ferons poinl.
Quant au droit de conquête; je ne le connais pas.
s 24 PENSÉES ET REFLETIONS.
à moins qu'il ne se borne à repousser un agresseur injuste^ et à le mettre hors d^ë.ut de nous nuire, sans aller au-delà. Le droit domestique tn'est aussi inconnu^ si on le distingue du droit qu'à chaque hpnùne de cherclier son propre avantage sans nuire âUx autres. J'ajoute que je ne connais pas d'autorité paternelle distinguée de l'obligation imposée par le penchant de ^a nature , de servir de guides à ses enfans jusqu'à ce qu'ils puissent être leurs propres guider.
La sublimité de la raison humaine consiste à bien assurer le droit naturel de chaque homme , en sorte qu'il ne soit pas effacé par des droits imaginaires. Ce n'est pas en s'asservissant à des ordres -de chpses purement facdces que l'on trouvera le vrai ; on ne trouvera que le moyen de tout embrouiller.
En examinant l'iétat actuel de tous les empires, ou voit qu'il n'y en a aucun dont le domaine puisse suffire
sa dépense; que, qyand les dépense? varient sans cesse, il faut un revenu qui puisse varier comme elles. Où voit que les domaines des souverains sont toujours mal administrés , pour les frais aussi-bieii que pour le produit; que le seul revenu qui convienne est une contribution proportionnelle des biens de chaque citoyen , etc. ; et de là on conclut qu'il ne faut pas de domaine. Il est nécessaire qu'il y ait un revenu pour les dépenses communes ; mais un re\fenu et un domaine . ne sont pas des mots sytfbnymes.