Tome III
5o ESSAI. SVB LÀ VIE
Vamoyr de l'oçdre et de Thumanité. H résulte dé cet esprit que , sous le joug de plusieurs princes , dont U plupart sout despotes, le peuple u'esl point misérable. Helvétius avait alors quelque crainte d'être encore persécuté en France, Tous les princes d'Allemagne lui offraient à l'envi une retraite. Tous voulaient l'arrêter. Il fut regretté de tous- Gepen* dant, si la persécution s'était renouvelée, contre lui, l'Angleterre est le pays qu'il aurait choisi pour asile.
£n attendant, il revint en France. On y avait ' dissous rOrdre des jésuites. Cette société d'intrigans , cette cabale éternelle , à laquelle se ralliaient tous les ambitieux sans mérite, cette société fu« neste aux moenirs et aux progrès des lumières, n'avait point été proscrite par des philosophes. Ili» auraient détruit l'Ordre ;<- mais ils auraient bien traité l'es individus. Les parlemens , pour la plu* part jansénistes , avaient traité l'Ordre comme ils le devaient, et les individus avec barbarie.
Helvétius avait appris que ce jésuite qui avait abusé de sa confiance et trahi son amitié (i), ce jésuite qui lui avait fait perdre les bontés de la reiiie, et animé contre lui les tartufes de la cour, était con^ fine dans un village où il souffrait la plus extrême pauvreté. Il alla trouver un des amis de ce malheu* feux, et lui donna cinquante louis. «Portez-les, lui dit-il, au père *** , mais ne lui dites pas qu'ils vienneilt de moi. Il m'a offensé , et il serait humilié de recevoir mes secours, v
}3elvétius, clans sa retraite de Voré, s'occupait k développer , à prouver les principes du Li\fre de VEsprU.
Il avait d'abord travaillé à les justifier, à répondre
<i) Ce Jésuite est le P. Bcrthîcr , ou , suivant Collé , le P. Plêix.
ET LES OUVRAGES H^HELVl^TIUS. 5l
aux crMque» rmâid T^UTrage fut à peine fini, qua )Mcritic{aes étaient auUiéës. Renonçant à ce pro-» pt) il âifiia jiiieiix atiivre ses premières idées , et forhier uni plan gésiéi al <i'éducation. C'est le sujet âe^onJJtVre derNomàneç dont il a doni^é Im-mêm^ l-anglyse suiràntel
uéjfjiLYâE du tÀA^rt de l^ Homme (i}.
Après avoir, dans rexposition de cet ouvrage, dit un mot de son ii^ipor^nce, de l'ignorance où l'on iest des vrai^ priocipes de Téducation , enfiLo , de la s^é^t^resse de. ce sujet, et de la dif&culté de le traiter ^ îï examine ,. iSjeetion^ r% « si l'i^ducation né- » câssaij^ement différente des divers bo^me» n'est » pas la cause de cette inégalité des esprits jusqu'à » |uré6ent attrihyé^: à, Tin^galo perfectio^ des or-
L'auteur demande, à cet effet, à quel âge con^ mexice l'éduçatioçi 4e l'homme , et quels sont ses instUiuteurs.
Il voit que l'homme e^t disciple 4e tpus^les objets qui l'environnent, d^/ toutes les ppsitions où le jiiasard le [dace , eniia de* tous, lea acci^en;^ qui lui arriveat;
Que ces objets ^ ces ppsitions et ces.accidjens ne sont exactemeAt les méxqes pour personne ^ et qu'ainfii nul ne reçoit les mêmes iiisdructions;»
Que y dans la supposition impossible .c^ les bom^ mes eussent les mêmes objets sous les yciux^ ces
(i) Dans la' plupart des éditions du tivnt.de tffonime, cetf^ analyse a été placée £e la fin cl0 de LWrt , en fbrme de^ Jkéèètpltidktion ; û BOUS m jnvfivplii» aatarel^ dt la plaça* îoî »; ispfèn idalle4«> Uxre de l'esprit, puiaq^e ceUe n^t^ce est r^lfitivc tcjtpua les ouv^gesd'Helyétius : c^est cTaîIIetirs ce qu'a f^li.,Lefehyr9 La AQcIte, dani^rédl'
$a ESSAI StJR LA. YI£
objets ne les frappant point dàlns. le momeirt préets où leur àme se trouve dans la même sitsaaIÎQiii , ces objets eh conséquence n'exciteraient ppial en fum, les mêmes idées ; et qu'ainsi la prétendue unifor* mité d'instruction reçue , soit dans les collèges^ soit dans la maison paternelle , est une de ces suppositions dont l'impossibilité est prouyée, et par le fait, et par Pinâuence qu'un hasard' indépendant des maîtres a et aura toujours sur l'éducation de l'enfance et de l'adolescence. *
D'après ces données, iï corisidère l'^trémé étendue du pouvoir du hasard , et examine :
Si les hommes illustres ne lui doivent pas souvent leur goût pour tel ou teT genre d'étude, «t par conséquent leurs talens et leurs succès en ceméme genre;
Si l'on peut perfectionner^ la science de l'éducation sans resserrer les bornes de l'empire du hasard ;
Si les contradictions actuelle^, aperçues entre tous les préceptes de l'éducation , n'étendent pas l'empire de ce même hasard ;
Si ces contradictions, dont il donne quelques exemples , ne doivent point être regardées comme un effet de l'opposition qui se trouve entre le système religieux et le système du bonheur public;
Si l'on pourrait rendre les religions moins destructives de là félicité nationale, et les fonder sur des principes plus conformes à l'intérêt général ';
Quels sont ces principes; *
S'il est possible qu'un prince éclairé les établisse;
Si, parmi les fausses religions, il en est quelques-unes dont 4e culte ait été moins contraire au bonheur dfeè'-soëiétês, et pair conséquent à' la perfection de la science de 1 éducation ;
ET LESaUimUGE» D^HEtVÉTIUS. 55
. * Bh, A^kès €es divers .eitamens , et dans la stipposition où tous les hommes auraient une é^le a|itijfciide.-à: Te^pQpk^ l$t« seule 'différence de leur éducation ne devrait' pas en produire une datirs leurs îèées et leurs talen$v D'oà il suit .que J'inégalité actuelle des esprits ne peut être regardée ^ dans les Jioi]»me9 * communément bien organisés, comine Un^ priefuve démônstrative^ë leur ihégâ^le af^icude à en avoir, .-f:; - :'i;ii , i
Il examinieySectionllrr > ► :» •
- ' « Si tous les homiœiés communémetit bien^orga!^ » nisés n'aùraieat'pap une égale aptitude à re$prtl?.i4
Il convient «d'abord que toutes nos idées nous viisnnentipar' les: sens; qu'en cbhsëquence on à dû regarder l'esprit comme un pur effet, xnl' 'de M finesse >pltis 'ou moins Igrande des; cinq sens, K)u oPûae cauâse occulte ou ^ncm 'déterminée à laqu^le on a vaguement dôn^é:ie:nom:d'organi^ti6n;>' -"'
Que, pour prouver^ là £susseté>dê cette opinion, ii infant recourir à d'eicpériencev se faire une idée nette du mot esprit ^ le distinguer de Tâme ; et y cette distinct!^ faite j obserter :
J i < Sur quels objets l'esprit agit ; . ■ . , .
Gomment il agit ; 'i
$i tontes ses opérations ne se rédmrs^^eht pas à robkervpitioit dès ressemblances et des différences, des convenances et des disconvenancés que les ob-» jet^idivers ont entre eux et avec nous v et si, par oôhséquent ^ tous les }ugemens portés '^r les objets physiques ne seraient pas^^de pures sensations;
- ^S'il n'en serait pas de même des jugemens portés: sur les idées auxquelles on donne les noms d'abstcaites , de collectives , etc. ; ^
r-âv, ulaixs^ tous les cas, juger et compàret serait
54 z .M n$ài svB hfk, VIE
autre cho9<i? que t/aÂr .o/teriwlÀ^êiTieniry-ciestià-^^e ,
$î l'ofl -peut épràuvief rim|]ire8flMpn des. JoArijèt^*^ «ans'o^f>elidant les. comparer B^tté eu±; r; .. -j t. ' '&ij«iir iCQmparaiâoh ne- supfiosë poàoA ini^rél^ }e$ ooanip^cer; . . ' ^* ; :- ' ^ .
Si c^t mtérét ne fierait pas.laeanfiB'iiBfqui^ Qt îgiionérde'lQil^ttfi ooslidèe^y hos action^, ncs peîoes# nos plaisirs, enfin de notre sociabilité. / . * *
Sur quoi il observe qnè ioet- intérêt pMfltd^t en deTOÎèr0:a!nttly8e9âaA€nnrce.daBB la ^senisibUiité physique; que cette sensibilité^ «païf «anaéqueut) <^^ k' seul ptmcipe dei» idées et des actîMis humaines;
Qu'il a'^t point de motif raisoiméhlerpmirTi^êf^
tér'0ett6X)pinion; .; .1. - •. : :'r.;>'i -*. . •- •
Que, «etteiopifiiottime f(Hfi)d)éaQawtcée<f t r^con-^ nue- pour vraie> on tlott:néceasairemesils:Fegavdiéi» rin^Iité^des^pritacom/ins refFel •
Ou dé Finégaie étendue dé lamémoiret '
Ou de. la plus ou moiniB grande, peife^ian .deyi ctiKf^sena; . . » • .
Que , dans le fait , ce n'est nilsD grande mémoire ^ ni l'extrême finesse des sens, qui produit et t doit produire le grand esprit;
QiA l'égard de la finesse des sens^ les hommes çemmctnéibeut bien organisés ne diffèrent que dana la: nuance de leurs. sensations;
Que cette légère différence ne change point l€| rapport dekurs sensations entre elie^ ; -que cette différence.^ par conséquent, n'a nulle influence sur leur esprit, qui n'est et ne peut être queJa connaissance des vrais rapports des objets entre ^ù%.
Cause de la différence des. opinions des.hcHiïimts«;
Que cette différence est l'effet de k eigmâcation
^^■■^V^IlM
ET LES ouvniiaES i/helvétius. 55
inceiiaine et vague de certains mots, tels sont ceux 'ide bon , $ intérêt et de vs>€rtu ;
Que, les mots précisément définis et leur définition consignée dans un dictionnaire, tontefif les propositions de morale , politique et métaphysique , deviennent aussi susceptibles de démonstration que les vérités géométriques ;
Que , du moment où Ton attadhiera les mêmes i^es aux mêmes mots, tous les esprits adopteront fes ihémes principes , en tireront les mêmes conséquences;
Qu'il est impossible, puisque les objets se présentent à tous dans les mêmes rapports, qu'en comparant ces objets entre eux, les hommes (soit dans le monde physique , com?ne te prouve la géométrie; soit dans le monde intellectuel, comme le prouve la métaphysique)ne parviennent aux mêmes résultats;
Que la vérité de cette proposition se prouve , et par la ressemblance des contes des fées , des contes philosophiques, des contes religieux de tous les pays , et par l'uniformité des impostures partout employées par les ministres des fausses religions pour accroître et conserver leur autorité sur les peuples.
De tous ces faits, il résulte que , la finesse plus ou moinis grande des sens ne changeant en rien la proportion dans laquelle, les objets nous frappent, tous les^hommes communément bien organisés ont une é^ale aptitude à l'esprit.
Pour multiplier les preuves de cette importante vérité, l'auteur la démontre encore, dans là même Section , par un autre enchaînement de propositions. Il fait voir qtie les plus sublimes idées, une *fois simplifiées, sont, de Taveu de tous les philo-
5fi| CSSAI SUR LÀ VIE
sophes", réductibles à cette proposition claire, le blanc est blanc , le noir est noir;
Que toute vérité de cette espèce est à la portée de tous les esprits; qu'il n'en est donc aucune, quelque grande et générale qu'elle soit , qui , netteroeol présentée et dégagée de l'obscurité des mots , ne puisse être également saisie de tous les hommes communément bien organisés. Or, pouvoir également atteindre aux plus hautes vérités, c'est av(ûr une égale aptitude à l'esprit. Telle est la conclusitUi de la seconde Section.
L'objet dé la Section III est la recherche des causes auxquelles on peut attribuer l'inégalité des esprits.
Ces causes se réduisent à deux :*
L'une est le désir inégal que les hommes ont de s'éclairer;
L'autre , la diversité des positions où le hasard les place : diversité de laquelle résulte celle de leur instruction et de leurs idées. Pour faire sentir que c'est à ces deux causes seules qu'on doit rapporter et la différence et l'inégalité des esprits, l'auteur prouve que la plupart de nos découvertes sont des dons du hasard;
Que les mêmes dons ne sont pas accordés à tous;
Que néanmoins ce partage n'est pas si inégal qu'on l'imagine;
Qu'à cet égard c'est moins le hasard qui nous manque, que nous qui manquons au hasard;
Qu'à la vérité tous les hommes communément bien organisés ont également d'esprit en puissance; mais que cette puissance est morte en eux, lorsqu'elle n'est point mise en action par une passion teljç que l'amour de l'estime , de la gloire, etc. ;. . Que les hommes ne doivent qu'à de teUes pas-*
ET LES QUVBAOXS D'HELviritTS. Sy
sions l'attention propre à féconder les idées que le hasard leur offre;
Que , sans passions , leur esprit peut , si l'on veut , être regardé comme une machine parfaite , mais dont le mouvement est suspendu jusqu'à ce que les passions le lui rendeut.
D'où l'on doit conclure que l'inégalité des esprits ' est , dsuis les hommes , le produit et du hasard et de riuégale vivacité de leurs passions. Mais de telles passions seraient-elles en eux l'effet de la force Me leur tempérament? c'est ce qu'Helvétius examine dans la Section IV.
Il démontre :
Que les hommes comniunéraeut }>ien organisés - sont susceptibles du même degré de passion ;
Que lear force inégale est toujours en eux l'effet de la différence des positions où le hasard les place ;
Que le caractère original de chaque homme ( comme l'observe Pascal ) n'est que le produit de ses premières habitudes; que l'homme naît sans idées , sans passions , et sans autres besoins que ceux de la faim et deja.soif, .par conséquent sans caractère; qu'il eu change souvent sans changer d'organisation; que ces changemens , indépéndana de la finesse plus ou moins grande de ses sens , s'opèrent d'après; des changemcns survenus dans sa poûtion et ses idées;
Que la diversité des caractères dépend uniquement de la manière différente dont se modifie dan» les hommes le sentiment de l'amour d'eui-mênles.'
Que ce sentiment, effet nécessaire de la sensibilité physique, estiiommun à tous; qu'il produit dans tous l'amour du pouvoir ; .
Que ce désir y engendre l'envie, l'amour des
58 ESSAI StJR LA VIE
richesses « de la gloire , de la considération , de l^ justice, de la vertu, de l'intolérance, enjSn toutes les passions fiielices dont les noms divers ne désignent que les diverses applications de Tamour du pouvoir.
Cette vérité prouvée, Tauteur montre, dans une ' courte généalogie des passions , que si l'amour du pouvoir n'est qu'un. pur effet de la sensibilité physique i et si t(Mis les hommes communément bien ongapisés sont sensibles , tous par conséquent sont susceptibles de l'espèce de passion propre à mettre en .action l'égale aptitude qu'ils ont à l'esprit.
Mais ces passions peuvent-elles s'allumer aussi yivemenl dans tous ? Ce qu'on peut assurer, c'est que l'amour de la gloire peut s'eicalter dans l'homme * au même degré de force que le sentiment de l'amour de lui*même; c'e$t<[ue la force de ce sentiment est dans tous les hommes plus que suffisant pour les douer du degré d'attention qu'exige la découverte des pi us hautes vérités; c'est que l'esprit humain , en conséquence , est susceptible de perfec* tibilité; et qu'enfin, dans ks hommes commune^ mentibien organisés, l'inégalité des talens ne peut être qu'un pur effet de la différence de leuréducatiion, dans laquelle différence il faut comprendre celle des positions où le h»»ard les place«
Dans la Section Y^ l'auteur se propose de mon« trer les erreurs et les contradictions de ceux qui, sur cette question , adoptent des principes diffévens des miens, et qui rapportent à l'inégale perfection des organes des sens l'inégale supériorité des esprits.
< Kul n'a sur cette matière n^ux écrit que Rousseau; mais, toujours contraire à lui-même, tantôt H regarde l'esprit et le caractère comme l'effet de
ET LES* mJVR'AOa» 0'Ml;yÉTIUS. Sg
Ift iKviMtétdètt-^tempérftnetis, et tantôt il adopte l'opinion contraire.
HeWëtiM lÊMMte ipie de ses cetitradictibns à ce ftujettlré^te: ^ •' . *
Que la vertu, l'humanité, l'esprit et les taletis^ sont des acquisitioiis ^
>•' Qtte» ia bbiMé n'est point Je partage de llKxmme autefttSeM';' '• • "• '••••
^'QiM^lê^ besoins* physiques sôtit^n lui des semences de cruauté; •'•" - • '* -• ' ' '• '* <^fi%«ï)fta4iité,pét^c6tfftéc{uentyéstto^^ le ppodùî«idudelii'araifeite, ôti'aè>Péd^<:atibti; : - Qtie'jHcMiissearti, d'après sès premières coâtradictk^ns ; itôtt^l>e tra^ <dè0#édâtl8 'éë hooirelleâ; qu'il croit tour à tour l'éducation utile et iiiiltile. ' De P&éiir^tiit iiMigè qu'di ^Ue fei^e dansr lin* ïtruàlitm ^ubliqM d«^tltôlqûe» idées d<Ë BotlMeau ;
iQue, ff àjinàs-eet atiieûr^ U'^ie làut pas croire l'enfance et la première jeunesse sans jugement!'* i^ilOefsiptéteaidttb â'f6rtfi«i^^''di$ l'à^ tAiif stil^l^À^okNM>e«i6e : qu'ils siynl>niils. '•' « «^ »• ' > - • '
Dek'élogies donnas' par iR^i^ti à l'ignorance : Ae$ motifs: qui ^op^idétiQnfiiii^^tl' s'éH -faii*ë i'apologisie?
vV •
Qoe4es Itimièros n^ont jamais contrîbflé à la corruption 4ieD|iiioettt*s; q)ie Rdusseau Im^taséine ne le croit pas. • *• *
' i>fssi0ausès:dê'lH dédladëtteedl&s empires : qti'ehbe ces causes l'on^petiu citet* la p^fection des arts et des scienciKS ; ' ; . . » . . . •
£M(|t¥e leur cultute Ifètàrdés la ^ine d'ùti emj^îre despotique.
DanslaSectioi/VI, l'a^fèàl* considère Iesdi\^ers fnaux produits' par Tignèi^anee. ; • - i : :^y
^a CaSAI SUH LA VIE
De l'esprit religieui: , destructif de Tesprît lëgi&^ latif. ' »
(Qu'une religion Ttaiment utile foveerait^ les citoyens à s'éclairer» •
Que les hommes n^agissent point eonsëq^emmen t à leur croyance, mais à leor avantSRgfe persofiiiel;
Que plus de conséquence dans leurs esprits ren« drait la religion papiste plus nuisible.
Qu'en général les principes spéeulali& ont peu d'influence sur la conduite des hommes ; qu'ils n'obéissent q[ii'aux lois de leurs pays et à leor intérêt
Que rien ne prouve miem le prodigieux pôuvoi» de la législation que le gouvernement des jésuites.
Qu'il a fourni à ces religieux les moyens de feire trembler les rois et d'exécuter les plue grands at-». tentats. !
Des grands attentats.
Que ces attentats peuvent être égaleacnt inapirés par les passions de la gloire , de Pambition , et du fanatisme.
Du moyen de distinguer l'espèce de padsien qui les commande.
' Du moment où l'intérêt des jésuites kiir ordànne de grands forfaits.
. Quelle secte ea Fran<;e pouvsut s'opposer à leurs entreprises.
V Que le jans^siisme seul pouvait détruire les jé<* suites.
• Que sans les jésuites on m'eèt jamais connu tout le pouvoir de la législatioa*
i Que 9 pour la porter à sa perfection y il fsmJt^ ou comme un saint Benoit avoir un ordre religieux, Oti comme uu Romulus et un Penû avoir un. em* pire ou une colonie à fonder^
ET LES' OUVRAGES rfHELVETIUS.
Qu?eu toute autre position , le génie légj contraint par les mœurs et les préjugés déjà éJ ne peut prendre un certain essor j ni dicter 1< parfaites dont rétablissement procurerait ad tions le plus grand bonheur possible.
Que, pour résoudre le problème de la f!élicit4 publique, il faudrait préliminairement connaître ce qui constitue essentiellement le bonheur de l'homme.
Helvétius démontre , dans la Section YIII, en quoi consiste le bonheur de l'individu , et par conséquent la félicité nationale , nécessairement composée de toutes les félicités particulières.
Que, pour résoudre ce problème politique, il faut examiner si, dans toute espèce de condition y les hommes peuvent être également heureux, c'est-» à-dire, remplir d'une manière également agréable tous les instans de leur journée.
De l'emploi du temps. «^ .
Que cet emploi est à peu près le même A^m toutes les professions.
Que si les empires ne sont peuplés que d'infortunés, c'est l'effet de l'imperfection des lois et du partage ttop inégal des richesses.
Qu'on peut donner plus d'aisance aux citoyens ; que cette aisance modérerait ca eux le désir trop excessif des richiesses.
Des divers motifs qui maintenant justifient ces désirs.
. Qu'entre ces motifs un des plus puissaas est la crainte de l'ennui.
Que la mjaladie de l'ennui est plus commune et plus cruelle qu'on n'iinagine.
De l'influence de l'ennui sur les mœui^s dès peuples , et la forme de leuis gouvernemens.
De la religion et de ses cérémonies coiisidérécîs comme remède à l'ennui. '
Que le seul remède à ce mal sont des sensations -^ves et distinctes.
De là notre amour pour Téloquence , la poésie , çt tous ces arts d'agrément dont l'objet est d'exciter de ces sortes de sensations.
Preuve détaillée de cette vérité.
Des arts d'agrément; de leur impression sur l'opulent oisif: qu'ils ne peuvent l'arracher à son ennui;
Que les plus riches sont en général les plus ennuyés, parce qu'ils sont passifs dans presque tous' leurs plaisirs.
Que les plaisirs passifs sont en général les plus courts et les plus coûteux.
Qu'en conséquence c'est au riche que se fait le plus vivement sentir le besoin des richesses.
Qu'il voudrait toujours être mû sans se donner la peine de se remuer.
Qu'il est sans motif pour s'arracher à une oisiveté à laquelle une fortune médiocre soustrait nécessairement les autres hommes.
De l'association des idées de bonheur et de richesse dans notre mémoire : que cette association est un effet de l'éducation.
Qu'une éducatipn différente produirait l'effet contraire^
Qu'alors , sans être également riches et puissans, les citoyens seraient et pourraient même se croire également heureux.
De l'utilité éloignée de ces principes.
Qu'une fois convenu de cette vérité, on ne doit plus regai*der le malheur comme inhérent à la nature même des sociétés , mais comme un accident
ET LES OtlVKAGES D HELTETIUS. 65
occasionné par l'imperfection de leur législation.
Dans la Section IX , l'auteur traite de la . possibiiité d'indiquer un bon plan de législation;
Des obstacles que l'ignorance met k sa publication ; ,
Du ridicule qu'elle jette sur toute idée nouvelle et toute étude approfondie de la morale et de U politique; *
De la haine de l'ignorant pour toiite réforme j
De la difficulté de faire dé bonnes lois ; -
Des premières questions à se faire à ce sujet.
Des récompenses , de quelque espèce qu'elles soient , fût-ce un luxe de plaisir , ne corrompront jamais les moeurs.
Du luxe de plaisir. Que tout plaisir décerné par l'a reconnaissance publique fait chérir la vertu , fait respecter les lois, dont le renversement , comme 'qnelques-uns le prétendent, n'est jamais l'effet de riticonstance de. l'esprit humain.
Des Traies causes des cbangemens arrivés dans ' }es lois des peuples.
Que ces cbangemens prennent leur source dans rimperfectipn de çea mêmes lois, dans la négligence des administrateurs, qui ne savent ni contenir l'ambition des nations voisines par ta terreur des armes , ni celle de leurs concitoyens par la sagesse des règlemens, et qui d'ailleurs, élevés dans des préjugés nuisibles, favorisent l'ignorance des vérités dont la révélation assurerait la félicité publique.
Que la révélation de la vérité n'est jamais funeste, qu'à celui qui la dit
Que sa connaissance, utile aux nations, n'en troubla jamais la paix.
Qu'une des plus fortes {MTeuves de cette assertion Toux Uï. 5
6è CSSiLI SUA LA YIE
. Mt ï^ lenteur avec laqi^elie la vérité se propage:
Des goiiTeno^mens.
Que, dans ancan, le bonheuor du prince n'est', comme on Le crokt^ â»ltaehé ao malheur des peoples.
Qu'on doit la vérité aux hommes
Que Tobligation de la dire suppose le hhve usage des taùyeus de la déeouTrîn
Qu% , privés de cette liberté , les nations chjupissent dans ^ignorance.
Des maui^que produit Fi trdîfiférence pour larérité.
Que le législateur ^ oomme (|»clqties^aoK.le prétendent , n'est jamais forcé de sacrifier le bonbeur de 1^ génération prés^evitte à celui de la g^étfalioa future.
Qu'une telle snpposition est absurde.
Qu'on doit d'autant pl«id esciter les hommtfs & la recherche de la vérité y qu'en généra) ^ plus indif^ iérens potir elle, ils jugent une opinion rvaôé on fausse selon l'intérêt qu'ils ont de la eronre telle ^u telle. . , :
Que cet intérêt leur ferait nier au besoin lavérttë des démonstrations géométriques.
Qall leur lait estimer en eux la eroànté ({u^ils détestent dans les au4¥èsr. .....
Qn'il leur fait respecter le etitne.
QaHl fait les saints. '
Qu'il prouve aux grands I4 s^ériorîlé de \eup espèce sur celle des au^tre.^ hommes. - '
Qu'il fa'it honorer le vice d»ns un protdôienr.
Que l'intérêt du puissant commande plusimpé* rieusement que la vérité aux opinions ^néraftes. ♦Qu'un intérêt secret cacha, tooj ours; aiixiparlep lÉiens la Conformité de là nâKirale des jésuites e( du papisme.
Que l'intérêt fait '-niet joumelleifeent cette
ET LES otrv&Aais d'hsxvétius. 67 .
maxinle' : cNe fais pas à autrui ce que tu ne tou- » drais pas qu'ora te fît. » ■ ,
Qu'ildémbe à I}i oonniiiasaRce du prêtre bonnête homme, et les maux produit parle catholtd:sine , et les progrès d'une secte iotoléraate parce qu'elle est ambitieuse « et régicide parce qu'elle «st intolérttnte.
Des moyens employés par l'ÉgliM pOQr «'awervir les nations.
Du temps où l'Église catholique Uis^e ^«poset ses prétentioDS.
Du moment oùelle les fait revivre, Des pr^entions de l'Eglise prouvées par le droit. De ces mêmes prétenticma prouvées par le Êtit. Des moyens d'enchaîner l'ambition ecclésiasftique.
Que le toléranlismeseal peut la contenir; peut, jen édairaat les. esprits, assurer k bonheur et la tranquillité des peuples, dont le caractère est suioepti^e de Doutes les feniiaes que Itii donnent les lois, le gouTcmetnfint, et surtout Fédscation publique..
La Section X £raite de la puissance de l'éducation, desmàyens delà pirfeotionner; des obstacles ^ui s'opposent wcnt progrès de cette science ;
£>e la &cilité aveclaquelle, ces obstacles levés, l'on tracerait 1« plan d'une «Xtiellente éducation. . L'éducatioa peut tout.- .'
hea priooe6sant,co«nm« les partieuKers, le produit de IcDi* instruction.
L'ontcUr donne une idée géniale <|e l'éducattc» physique de rfaoEçnie.
Il expoM dans quel moment et quelle |Sositioa l'homme «<t siHce|(ibl« d'an* 4daoft^9B florale.
Quels sont les obstacles quis'Dppoâent à la peu* fection de cette partie de l'éducation.
L'intérêt du pÉrêtrç est le premier obstacle.
L'imperfection de la plupart des gouvernémens ^ât le vs^cQnd obstacle. '.
Toi^te réforme importante dans la partie morale de l'éducation en suppose une dans les lois et la forme 4n igouvernement;
Cette réforme faite , et les obstacles qui s'opposent açx progrès de l'instruction une fois levés ^ le problème de la meilleure éducation jpossible est résolu.
Le but de l'auteur, dans sa conclusion, est de prouver l'aaalc^îe de ses opinions avec celles de JLocke;
De faire sentir toute l'importance et l'étendue du> principe de la sensibilité physique ;
De répondre au reproche de matérialisme et d'im*., piété;
. De montrer toute. Tabsurdité de telles accusa* .tions,et l'^ip possibilité pour tQut inoraliste éclairé d'échapper, à cet égard, aux censures ecclésias^ tiques. •; -:. *
Cet ouyragp est la suite du Livre de VEspritlCest le même-fond d'idées vraies, avec de plus gtands dèveloppemens peutrêire ^ avec plus de profondeur dans les pripQipesçt d!étendue dans les conséquences. Son dessein n'étant^as de.le publier de son vivant , il n'eut pas le: tjçmps de^ donner à sa composition le même degré de perfection qu'à: son livre de VÉsjxrit. La violence, de la persécution avait beaucoup aiminué de son amour pour la gloire. Le setll désir d'être utile après lui l'animait encore* Sa belle âme était sei^siblement tou<^ée (^ bien que doivent
ET LES OUVEAOKS ^ B^ELVETIUS. 69
prodairé-un jour ses écrits; mais il^e voulait pl^s' rien donner au pubKc. •
Il voyait la philosophie, persécutée par des cabales* puissantes , se former peu de disciples et aucun protecteur. Il en était affligé , mais i) n'en était pas étoiiné. « La vérité , disait-il , qui ne peut jamais' nuire au genre humain, ni même à aucune de ces grandes sociétés qu'on appelle les nations^ est sou-* vent opposée aux intérêts de ce petit nombre d'hqmmes qui sont à la tête des peupleis. Ici vous avez de grands corps^qui sont tous remplis de ce qu'on appelle V esprit de corps. Us tendent sans cesse à usurper les uns sur les autres , et tou6 sur la patrie. Ell6 devient comme une grande famille, où les aînés veulent exclure les cadets de tout partage. Combinent sera reçu de ces corps un philosophe (]fui viendra leur dire : «Avant tout, soyez citoyens; » voilà vos fonctions ,' remplissez-les avec zèle ; voilà » vos droits , conservez-les sans les étendre?» Là, des ministres d'un esprit borné et d'un caractère altier,âncapables de«voii: les abus qui se sont introduits, et ceux qui^ tiennent à la constitution de l'état, sont condiyts par la routine, et la suivent. Us n'ont point l'habitude de méditer : iront-ils la prendre? C'est ce qu'il faudrait faire cependant pfbur.corriger ces abus que la philosophie vient leur montrer. Ils ont des fantaisies, des projets pour leurs favoris , leurs parens : croyez-vous qu'ils puissent entendre dire sans impatienae qu'ils ne doivent avoir en »vue que le bien de l'état? Qu'ont-ils à ^désirer ? de ne point éprouver de contradiction. Et pour cela que faut-il faire? ôter à l'autorité toutes ses })ornes, dût-on lui pter toute sa solidité. Mais ces abus que les ministres respectent ou tolèrent, à qui sont-ils. nuisiUes? à la patrie, qui n|est; qu'un*
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y^in nom» A qu»peuveiit-ils être utiles? aux graiHi8«î Jugez ce que ces grands penseront d'vln« secte d'honmies qui leur proposent d'être modérés et justes. Le priuc^, les grands , sont environnés de prêtres , qui , dans les siècles d'ignorance , régnaient sur les princes et sur les peuples. Si le monde s'éclaire , ils seront moins respectés , et on les verra * comme des hommes souvent dangereux^ Peut^a leur savoir mauvais gré de l'espèce de rsge avec lai^uelle ils déchirent la phUosophiePDoiton s^éton-* ner qu'ils soient bien reçus dans les cours $oil ils viennent dire : Dieu vous a donné la puissance; il . nous- charge de l'apprendre aux peuples : an lieu de vous fatiguer à faire de bonnes lois, à donn^ l'exemple de l'amour de la patrie, forcez les na« tidbs à nous croire, et laisse2-nous laire : cela est plus aisé<
» Vous voyez la cupidité des hommes de mon ancien état, et celle des courtisans. Ces gens4à laisseront-ils établir en paix que leurs fortunes ne sont pas toujours légitimes , et qu'ils en font un usage odieux? pourront- iis consentir qu'on fes fasse rougir de ces mêmes richesse^ , qui sont l'aliment de leur orgueil ? Yous v^yez que la pfaih)*- Sophie doit être poursuivie dans les palais et jus«^ «que dans les cabanes, par les classes de la société qui , du moins pour un moment, déterminent l'opi^ . nion. Et devant qui la philosophie a-l-elle à se défendre ? Quels sont ses juges ? des sots. Mais , dîrez* vous 9 il y a dans la nation des gens de lettres estimables qui, sans être au nombre des philosophes, adoptent leurs principes, s'eti parent et ^ répandent. Je répcmds qu'il y en. a peu. Les h^ime& qui n'ont que de l'esprit sont les rivaux humiliés des hpnàm^s de génie , et les délestent. Vous auriez
ET LES OtJTHAGEÇ' 9 HSLVETIUS. 71
icompté pkis d'us bel-esprit danfi les détracteurs de J>e$carte$ et de CdcneiUe, et, plus près de nous^ dans ceux de Voltkitt , de MceBrtesquîieisi , de fiuffou et de Fosuteaelle. Lst ptâlosophie rédK^t le bel-esprit, Jes petits tal^s^ à leur juste Taleur ; et ih ont inté9ét d'uinJr leurs voix àcedie des hommes frivoles et cornnskças qui s^élèvent contne .toute liberté de peaser. Sa-ve&'inmis pourquoi , depuis la réirolution d'AogieAerre; la piiilompfaie j est honorée et heu- ^neose? C'est qu^en Ang;leterre l'iaténét général et ""
i'in^lérét particulier oite sont point opposés; c'est •quHl y règ&e Famour de Tiordre et de la patrie. Si rhonneur Téritabie, si Tesprit du citoyen, si les vraies vertus renaissaient jasnais*cbee les nations où la philosophie est persécutée , elle y aurait de la con* isidératîon. ^i ces nations^ au contraire , tombent sous le despotisme , et par conséquent se corrompent de plus en plas, la philosophie y sera proscrite pour jamais. 3
C'est d'après ces idées qu'HelTétius «tait reveau à son premier talent , et qu'il ne s'occupait plus que de son poème du Bonheur. Ce talent qu'il avait laissé sans en £aiire usage ^ n'était point affaibli : on * peut en juger par le sixième chant , et par une «partie du quatrième. Il comptait travailler plusieurs années à cet ouvrage , et le donner lorsque ses amis et lui en seraienf contens. Et à quel degré de perfection ne l'aurajt-il pas porté?
* O^ reinarqua , au commencement de 1771 9 quelques changemens dans son humeur et dans ses goûts; on ne lui trouvait pas sa sérénité ordinaire; il aimait moins les conversations qu'il aTaîA le plus \\
aimées; l'exercice ^ fatiguait; il n'allait presque i
plus à la chasse. Ce changement n'alarmait pas sa famille et ses amis : on était bien loin de kregar-
yW\ ii'^^uio un signe de décadence; on Tattribu^it .1 viCvA cw^u^CÂ morales. Ces dernières ;années ont été 1 vp<K|UC des malheurs public^ aux<^els Helvétius lui iWt sensible. Le désordre des finances, et le cUaiigement de constitution de l'état, répaindirent uae consternation générale. Un plus grand nombre iW suicides dans le royaume , un plus grand nombre dans la capitale, sont de tristes preuTcs de cette consternation. Des maux physiques l'augmentaient encore : les récoltes n'étaient point abondantes. Tant que la disette a duré, les aumônes tl'Helvétius n'ont pas permis à ses vassaux d'en, souffrir. Dans ces années malheureuses , il a prolongé son séjour à sa campagne , qui lui devenait plus chère par le besoin qu'elle avait de lui : et d'ailleurs le spectacle d'une misère qu'il ne pouvait soulages, lui rendait triste le séjour de Paris. Il y faisait cependant de grands biens. Tous les jours on introduisait chez lui , avec beaucoup de mystère, quelques nouveaux objets de sa générosité. Souvent, en leur présence, il disait à son valet de chambre : «Chevalier, je vous défends de parler » de ce que vous voyez , même après ma mort »
Il lui arrivait quelquefois d'étendre ses libéralités 4iur d'assez mauvais sujets ; et on lui en faisait des reproches : « Si j'étais roi , disait-il , je les corrige* » rais ; mais je ne suis que riche% et ils sont pau* » vres ; je dois les secourir. »
Sa bonne constitution et une santé rarement.altérée semblaient lui promettre une longue vie : cependant , de jour en jour , il sentait qu'il perdait ses forces. Une attaque de goutte qui se portait à la tête et à la poitrine , lui ôta d'al^jprd la connaissance, et bientôt la vie.
Le sifi décembre 1771 , il fut enlevé à sa fomille»
ET LES ouvrages' d'hELVÉTIUS. 78
à ses amis, aux infortunés, et à la philosophie.
Peu d'hommes ont été traités par la nature aussi bien qu'Helvétius. Il en avait reçu la beauté, la santé et le génie. Dans sa jeunesse, il était très-bien fait ; ses traits étaient nobles et réguliers ; ses yeux exprimaient ce qui dominait dans son caractère , c'est-à-dire, la douceur et la bienveillance (i). Il avait l'âme courageuse et naturellement révoltée contre l'injustice et l'oppression.
Personne n'a dû être plus convaincu que lui , que , pour réussir à tout , il ne faut que vouloir for- ' tement. Il avait été bon danseur, habile à l'escrime, tireur adroit , financier éclairé , bon poète , grand philosophe , dès qu'il avait voulu l'être. Il avait aimé beaucoup les femmes, mais sans passion, et entraîné par les sens. Il n'avait pas dans l'amitié de préférence exclusive : il y portait plus de procédés que de tendresse. Ses amis , dans leurs peines , le * trouvaient sensible , parce qu'il était bon : dans le cours ordinaire de la vie, ils lui étaient peu nécessaires. Sa conversation était souvent celle d'un homme rempli de ses idées , et il les portait quel* quefoisdans un monde qui n'était pas digne d'elles^
(i) Si le terme à» galant homme n'existait pas dans la langue française , il aurait fallu l'inventer pour Helvétius ; il en était le prototype. Juste, indulgent, sans humeur , sans fiel, d'une grande égalité dans le commerce , il avait toutes les vertus de la société , et il Içs tenait en paçtie de l'idée qu'il avait prise de la nature humaine : il ne lui paraissait pas plus raisonnable de se lâcher contre un méchant homme qu'on trouve dans son chemin , que contre une pierre qui ne s'est pas rangée. L'habitude qu'il avait contractée de généraliser ses idées et de n'en voir jamais que les grands résultats , en le rendant quelquefois indifférent sur le bien , l'avait rendu aussi le plus tolérant des hommes : mais cette tolén ice ne s'étendait que sur les vices particuliers ^e la société; car, pour les auteuft des maux publics , il les pendait ou les brûlait sans miséricorde- (Grimm, Correspondance littéraire^, \eaiyier i']']2.)
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Il aimait assez la dispufce , et il avastçait des paradoxes pour les voir combattre : il aimait k faire penser ceux qu'il en croyait capables ; il disait ^ù'il allait arec eux â la chasse des idées. Il avait les plus grands égards pour l'amour^propre des autres ; et il se parait si peu de sa sup^orité , que plusieurs hommes d'esprit qui le voyaient beaucoup ont été long - temps sans la deviner. Il craignait le com* merce des grands ; il avait d*abord avec eux l'air de l'embarras et de l'ennui. Il a aimé la gloire avec passion , et c'est la seule passion qu'il ait éprou* vée : elle lui a fait aimer le travail , mais elle n'a point ins|>iré se$ bienfaits ; personne ne les a ca* chés avec plus de soin. Il n'ainrait pas donné à ses plaisirs un temps qu'il destinait à Tétude ; et , dans sa jeunesse même , lorsqu'il était retiré dans son cabinef, il n'était permis de rinterrompre qu'aux malheureux.
Nota. Dans cet Essai sur les ouvrages d'Helvétius , Saint-Lambert ne fait mention que des trois principaux : le Livre icfe VEsprii^ celui de l'Homme^ %t le Poème du Bonheur. Ou doit depuis à M. François de Neufchâteau la connaissance d'une épitre sur l^ Orgueil et la Paresse de l^ Esprit , dont Helvétius a soumis à Voltaire trois leçons successives ; et le Magasin eMcyclopédique (i8i4) a publié une épître sur V Amour ik V Étude ^ adressée à nadame ilu Cbâtelet par un élève de Voltaire, avec des notes du maître : ces deux pièces sont évidemment dllelvétius. Les Progrès de la Raison dans la recherche du vr€n\ publiés pour la première fois dans une éditiou de Londres y en 1777^ et YEssai sur le Droit et les Lois politiques du gouvernement y inséré en Fan ts dans la Décade philosophique , h» ont été
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attribués ; et l'on y retrouve en effet les mêmes principes et la même force de style ; cependant on ne pourrait affirmer qu'ils soient réellement de lui.
M. Pierre Didol^a joint à^Fédition des Œuvres de Montesquieu qu'il a publiée en 1 798 , les notes qu'Helvétius avait tracées en marge d'un exemplaire de V Esprit des Lois.
M. Firmin Di4ot possède un exemplaire pré- .
cieux des OEuvres de Voltaire , qui , outre les addition$ et corrections de la main de Voltaire hvmême, est chargé de notes au crayon de la main d'Helvétius. L'édition est celle d'Amsterdam/iySg, et ne forme que quatre volumes in-iP. Dans le pre- • mier volume, qui contient la Henriadey on trouve Çn'marge beaucoup de traits dé crayon; mais on n'a pas la clef du système qu'Helvétius s'était fait pour distinguer ces marques ^ qui tombent ordinairement sûr les idées les plus saillantes et sur les plus beaux vers. Quelquefois . des critiques sont écrites en toutes lettres ; mais la plupart ne sont plus lisil^les. On voit, par les coups de crayon en marge de la tragédie de Brutusy contenue dans 1» tome second , l'admiration qu'Helvétius avait pour* * les grands sentimens développés dans cette pièce. ' La Mort de César ^ dans le troisième volume, donne lieu à la même observation. Les premiers et derniers feuillets de chacun des volumes sont écrits au crayon, de la main d'Helvétius; mais à peine peuton en déchiffrer quelques lignes.
Ces notes et ces remarques., dû plus vif intérêt lorsqu'elles sont jointes aux ouvrages auxquels elles Ont rapport, n'e^n présenteraient aucun si on les imprimait séparément. «
LE BONHÏIUR,
POËMË ALLÉGORIQUE.
AVERTISSEMENT
Jjà poésie avait beaacotip occupé Helvétius dans sa jeunesse. A vingt ans , il avait fait une tragédie de la conjuration de Fiesque , qui donna à Voltaire Pespérance d'un grand talent. H avait aussi composé plusieurs épîtres en vers sur dîfiTérens, sujets de philosophie. Voltaire voulut lui servir de guide ^ et Ton voit dans la correspondance de ces deux hommes célèbres , d\in câté la confiance et la docilité d'un élève qui connaît l'importance des avis , et de l'autre le zèle intéressé d'un grand maître qui se passionne pour un mérite naissant, et qui cherche à nourrir l'enthousiasme d'un jeune homme qui le consulte avec franchise. Cette correspondance n'a fini qu'avec la vie d'Helvétius :,$a dernière Iç^tre à Voltaire n'est datée que de quelques mCK# a^n/| sa^iilon. . f
Il avaifatofTceSsé cl^ tfa^iftfer a sÔn'Lfvre'^^i? VÉomm^/èt voulait reprendre son poëme du Bonheur , auquel il avait renoncé dès l'âge de vingt-cinq ans ^ur se livrer tout entier à la philosophie. Ses amis, qui avaient été ft^^i de (|uidl<|âei bfca^téi Ûà cet (Ulviîige , le pressaient de le revoir , et d'achever beaucoup de morceaux qu'il n'avait qu'esquissés. Il en refit quelques -un/qui sont les plus beaux de son poëme. Avant d'aller plus loin , et pour mieux pressentir le goût du public sur un talent qu'il avait négligé depuis long-temps^ il voulut avoir l'avis de Voltaire qui ne l'avait jamais flatté : il lui envoya des morceaux qu'ibavait refaits , et mourut avant là réponse.
Son poëme devait d'abdrd avoir six Chants. Cest effectivement en six Chants qu'il fut imprimé aussitôt après sa mort, sur un manuscrit mal en ordre resté depuis vingt ans en des mains étrangères. Il importe peu de savoir comment il fut publié ainsi défiguré. Helvétius ne l'a retouché que pendant les deux derniers mois de sa vie 5 et cette édition est exactement conforme k son dernier manuscrit.
lA*.