‹ Œuvres complètes d'HelvétiusChapitre 8 sur 74 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Le bonheur est l'objet des désirs de tous les hommes, et non pas de leurs réflexions. En le cher-, chant sans cesse , ils s^^înstruisent peu des moyens de l'obtenir, et il ne leur a fait faire jusqu'à présent

Sue quelques maximes , quelques cnansons , et peu 'ouvrages. .

^ Les philosophes de l'antiquité s'occupaient beau- . coup ae cet oojet important; mais ils ont donné

S lus de phrases que d'idées. Il y a bien de Tesprit ans les traités de Vitâ becUây de TranquiîUtate dnimi^ de Sénèque, et très-peu de philosophie.

Les moralistes modernes soumis à là superstition, qiii ne peut régner sur Thomme qu'autant qu*elle le rabaisse et l'épouvante, ont fait Ist satire de la nature humaine ^ et non son histoire ; ils promettent de la prindre, et ils la défigurent : ils exilent le bonheur dans le ciel , et ne supposent pas qu'il habite Ja terre. C*esf par le sacrifice deâ

Efciisirs qu*ils nous proposenï aé mériter ce boneur , qù ili ont placé au-delà de la vie. Chez euit le présent n*est rien , l'avenir est tout; et dans les plus belles parties du monde ', là science du salut à été cultivée aux dépens de Ta science du bonheur. Quelques pHlIpsophes modernes ont faijC de j)etits traités sur le bonheur j les plus célèbres Sont ceux de Fonteriélle et de Màupertuis.

Fontenelle, qui n'a'été lotig-temps qii'uii Belesprit^ n^éfaitjbas encore philosophe quafad il à fait son traité. Û ne savait pas alors généraliser %^% idées; il répand dans son ouvrage quelques vçrîtés utiles et finement aperçues; mais il arraiige soii système. pour soïi caractère , ses gôuts et sa situa-

(r) Cette Préfete dti Poëfàe éuBànheUr ttt titf 8ârîbt^t«niibèrt ; êXt pi^écé^ait SDii Essai sur Ia iUe. et lei ouur4Êg€s d'&éivébm ^ «pii fut aabord imprimé ea tête de ce.^me. • * .

8o PRÉFACE. -

tion. Dans ce système , les âmes sensibles ne trpu« ▼ent rien pour elles : il apprend peu de. choses sur la manière de rendre le bonheur plus général , et nous dit seulement comment Fontenelle était heureux.

Maupertuis , esprit chagrin et jaloux , malheu-* reux, parce qu'il n'était pas le premier homme de son siècle ; Maupertuis , avec le secours de deux ou trois définitions fausses, en donnant nos désirs pour des tourmens , le travail pour un état de souffrance, nos espérances pour des sources de douleur , nou^représen te comme accablés sous le poids de nos maux. Selon lui , Texistence est un mal; et, en dissertant sur le bonheur , il paraît tenté de se. pendre.

Après Ces tristes et vains raisonneurs , et d'autres dont nous ne parlerons pas , on doit entendre avec plaisir un vrai philosophe, un homme aimable ^ aimé, et heureux , parler du bonheur ; et nous pensons que le public ne verra pas sans intérêt l'esquisse que nous lui présentons.

On y trouve une saine philosophie , de grandes idées , des tableaux sublimes , de la verve , de l'énergie, une foule d'images et de vers heureux. Si Je lan ne se trouve pas exactement rempli , s'il y a e fréquentes négligences dans les détails , quelques tours , quelques expressions prosaïques , si l'har* moine n'est pas toujouyrs assez variée et assez vraie , ces défauts sont'expiés par des beautés de la première classe. Une partie de ces défauts se trouve dans' le poème de Lucrèce , rempli d'ailleurs d'une fausse philosophie; et cependant ce poëme a franchi avec gloire le long espace de vingt siècles.

Lucrèce et Helvétius sont morts avant d'avoir achevé leurs poèmes. Nous espérons que le Français sera traité avec la même indulgence que le Romain a obtenue de son siècle et de la postérité. 11 la mérite

Sar cet amour de l'humanité , ce désir du bonheur es hommçs qui est répandu dans cet ouvrage , comme dans ses deux autres , et qui anima l'auteur dans tout le cours de sa vie.

,m hn i k,, t

iPOËME ALLÉGORIQUE,

Page 1