‹ Œuvres complètes d'HippocrateChapitre 5 sur 49 · LS DL · texte numérisé non relu

LS DL

Viil AVERTISSEMENT.

succèdent, des fièvres intermittentes, rémittentes et continues se manifester. Les pathologistes qui les ont observées, sont d’accord sur ce point, à savoir : qu’il n’y a entre ces fièvres que des différences de type, et qu’au fond elles sont de même nature. Ceci est capital en pyrétologie; et, s’il était nécessaire de donner yne confirmation de plus à un fait tellement avéré, j’ajouterais que les pays marécageux, froids ou tempérés, qui sont de leur côté le siége de Ja fièvre intermittente, présentent un phénomène analogue : sous l’influence des chaleurs de l’été et de l’automne,

il survient des fièvres rémittentes et continues de même

nature que les fièvres intermittentes, et qu’on ne distingue que par quelques variétés des fiévres de même nom dans les pays chauds.

Revenons à la question posée tout à l'heure : existe-t-il, dans les observations d'Hippocrate, un élément intermittent? Pour la décider, on peut suivre la voie que j'ai déjà suivie, c’est-à-dire comparer symptôme à symptôme les observations d’Hippocrate avec celles qui ont été recueil- Les dans les pays où l’existence de cet élément est hors de

toute contestation. Si le résultat de cette comparaison dé-

montre une analogie essentielle entre les unes et les au-

tres, on en conclura que les fièvres remittentes et conti-

nues d'Hippocrate appartiennent à cette grande classe. J’ai

donc comparé la marche, quelquefois si rapide, les termi-

naisons brusques par la mort ou par la santé, l’état des hypochondres, celui de la rate, l’aspect de la langue, les redoublements et les rémissions, les apyrexies, et j'ai trouvé qu’il y avait entre ces faits un accord qui m’a semblé décisif. Au reste, je renvoie le lecteur à la comparaison très détaillée que j'ai faite des fièvres d'Hippocrate et de celles des pays chauds, t. II, p. 543 - 564.

Mais les histoires de malades consignées par Hippocrate dans ses Epidémies ne renferment pas les seuls renseignements que nous puissions consulter à ce sujet ; il en est

AVERTISSEMENT. ΙΧ d’autres que j'avais négligés dans l’4rgument criliqué par M. Fuster, et que je vais faire valoir ici. Ces histoires particulières sont des cas de fièvres rémittentes ou continues, et elles gardent un silence absolu sur les fièvres intermittentes, de sorte que ce n’est pas là qu'on'peut saisir le lien qui unit les unes aux autres. Dans les pays chauds, et en particulier dans ceux où MM. Maillot et Twining ont ob- ᾿ servé, les fièvres rémittentes et continues ne marchent guère sans les intermittentes. Or, si l’on examine dans Hippocrate non plus les observations particulières, mais ses descriptions générales pour chaque constitution, on reconnaît qu’un rapport semblable existe.

Ainsi, dans la quatrième constitution, t. IIL, p. 83, on lit la description suivante d’une fièvre ardente ou causus : « Au début, coma, nausées, frissonnements; fièvre peu vive; soif médiocre ; point de délire; il s’écoulait des narines quelques gouttes de sang ; les redoublements, chez la plupart, étaient aux jours pairs ; vers les redoublements, oubli, résolution générale, perte de la voix ; les mains et les pieds, toujours refroidis, se refroidissaient bien davantage à l'approche des redoublements ; puis les malades se réchauffaient lentement et mal, ils reprenaient leur connaissance et l’usage de la parole; ils étaient, ou absorbés par un coma continuel sans dormir, ou tenus dans l’insomnie par des souffrances. » C’est là, évidemment, une fièvre rémittente, et même rémittente pernicieuse, sémblable à plusieurs cas qu’on trouve dans l’ouvrage de M. Maillot, par exemple, et ce caractère pernicieux suffirait seul pour trancher la question. Mais en outre, quelles étaient les fièvres qu'’escortait ce causus? Hippocrate nous l’apprend un peu plus loin : « Il régna, dit-il, p.93, beaucoupd’autres espèces de fièvres : tierces, quartes, quotidiennes nocturnes, continues, longues, errantes, asodes, non réglées. »

Dans la troisième constitution, Hippocrate dit : « Dès le début des causus, des signes décisifs indiquaient ceux qui

x AVERTISSEMENT.

devaient avoir une terminaison funeste : fièvre violente au commencement même, petit frisson, insomnie, inquiétude, soif, nausées, petites sueurs autour du front et des clavicules; aucune diaphorèse générale; beaucoup de divagations, craintes et découragements, grand froid des extrémités, des pieds et surtout des mains. Les redoublements se manifestaient les jours pairs; c'était, chez la plupart, au quatrième qu’apparaissaient les accidents les plus graves; la sueur devenait généralement un peu froide; les extrémités ne se réchauffaient plus, mais elles restaient froides et livides; les malades n’avaient alors plus de soif; leurs urines devenaient noires, rares et ténues; le ventre se resserrait.… Chez aucun il n’y eut d’intermission ni de récidive, mais ils moururent le sixième jour, baignés de sueur (t. 11, p. 651). » Hippocrate se tait, dans cette constitution, sur la concomitance de fièvres intermittentes. Mais le causus qu’il décrit, ne laisse aucun doute sur la présence de l'élément intermittent : c’est une fièvre rémittente pernicieuse, avec tendance à l'algidité, état si bien décrit par M. Maillot, et indiqué ici par le refroidissement de la sueur, par le froid desextrémités que la chaleur ne remplaçait plus, et par l'extinction de la soif.

La concomitance des fièvres intermittentes est énoncée avec beautoup de détails dans la seconde constitution. « On vit des fièvres continues, peu de causus, des fièvres diurnes, des fiévres nocturnes, des fièvres hémitritées, des fièvres tierces légitimes, des fièvres quartes, des fièvres vagues. Chacune de ces fièvres attaqua beaucoup de personnes. Les fièvres ardentes furent les moins fréquentes, et les malades en souffrirent le moins. Les crises furent parfaitement régulières; la plupart se terminèrent en dixsept jours, y compris les jours d’intermission; je ne sache pas qu'aucun malade soit mort alors de la fièvre ardente. On n'’observa pas, non plus, à cette époque, de phrénitis. Les fièvres tierces furent plus fréquentes que les causus, et

AVERTISSEMENT. xt

plus pénibles. Les fièvres quartes s’établirent de prime abord chez beaucoup avec le caractère de fièvre quarte; mais chez un assez bon nombre elles succédèrent, comme dépôt, à d’autres fièvres et à d’autres maladies... Les Πὸvres quotidiennes, les fièvres nocturnes, les fièvres vagues . attaquérent un grand nombre d'individus... Chez la plupart ces fièvres durérent sous la constellation des Pléiades (fin de l’été.et de l’automne), et jusqu’à l’hiver(t.11, p.619).» À côté de ces fièvres intermittentes, variées, régnait une fièvre rémittente tierce, qu'Hippocrate décrit ainsi : « Les fièvres qui, continues en général et dépourvues d’intermission, offraient, chez tous les malades, des exacerbations du type tritéophye, c’est-à-dire, diminuant un peu un jour et redoublant le suivant, ces fièvres, dis-je, furent, de toutes celles qui régnèrent alors, les plus violentes, les plus longues et les plus laborieuses (t. 11, p. 623). Enfin, dans la première constitution, il n’est question, en fait de fièvres, que d’une fièvre rémittente tierce. Ainsi l’élément intermittent se manifeste, dans les quatre constitutions, par la rémittence, du type tierce le plus souvent, il se manifeste éminemment par le caractère pernicieux de quelques unes de ces fièvres rémittentes; il se manifeste enfin par le cortège de fièvres intermittentes qu'Hippocrate mentionne dans deux constitutions. À ces rapprochements, j'ajouterai un passage d’Hippocrate luimême, où, comme les auteurs qui ont écrit sur les fièvres des pays chauds, il réunit sous un même point de vue les fièvres continues, les fièvres rémittentes et les fièvres intermittentes : « Des fièvres, les unes sont continues, les autres continues avec rémission, ayant, ou le redoublement le jour, la rémission la nuit, ou l’accès la nuit, la rémission le jour; d’autres sont hémitritées, tierces, quartes, quintanes, septanes, nonänes. Les maladies les plus aiguës, les plus considérables, les plus pénibles, les plus funestes, sont dans la fièvre continue. La fièvre quarte est

ΧΙ AVERTISSEMENT

“de toutes la plus sûre, la plus supportable et la plus longue..… Dans la fièvre hémitritée il survient aussi des maladies aiguës. La fièvre continue nocturne n’expose pas à un très grand danger de mort, mais elle est longue; la fièvre continue diurne dure encore davantage... La fièvre septane est longue, maiselle n’est pas dangereuse; la fièvre nonane est encore plus longue, mais elle est aussi sans péril. La fièvre tierce exquise se juge très promptement et ne cause pas la mort (t. 11, p. 671). » Ce passage prouve qu'Hippocrate ne fait qu’une seule classe de fièvres conti-

nues, rémittentes et intermitfgntes. On pourra même l’ap-

peler classique, si on se renferme dans les fièvres propres soit aux pays chauds, soit aux pays marécageux; car les auteurs qui en pnt traité se sont accordés pour les ranger toutes sous le même chef. Il n’y a qu’un médecin voyant les fièvres intermittentes, rémittentes et continues naître simultanément, qui ait pu écrire les lignes rapportées plus haut. Si Hippocrate a fait comme Clark, comme M. Maillot, comme ΔΙ. Twining, c’est que, comme eux, il a observé des fièvres qui portaient les mêmes caractères essentiels.

Les apyrexies intercurrentes, quelquefois de plusieurs jours, que l’on remarque dans un certain nombre d’observa- ὁ tions particulières, se trouventexposées en grand détail dans la troisième constitution (t. u, p. 661 et suiv.). Elles sont un phénomène trop remarquable pour être passées sous silence. Les causus de la troisième constitution, dans les cas heureux, se terminèrent généraleïnent en dix-sept jours : « Chez la plupart, dit Hippocrate, il y eut une crise le cin-

quième, une intermission de sept jours, et une crise le

cinquième jour à partir de la récidive. Ceux qui eurent une crise le septième jour, et une intermission de sept jours, eurent une crise le troisième jour après la récidive. Ceux qui eurent une grise le septième jour et une intermission de trois jours, eurent une nouvelle crise au bout de sept. Ceux qui eurent une crise le sixième jour, eurent une in-

AVERTISSEMENT, X111

termission de six jours et une reprise de trois, puis une nouvelle intermission d’un jour, une nouvelle reprise d’un jour, et le mal fut jugé. Ceux qui eurent une crise le sixième jour et une intermission de sept, eurent une nouvelle crise le quatrième après la récidive. Tel fut le cours des symptômes que présentèrent la plupart des malades durant cette constitution; parmi ceux qui réchappèrent, je n'en connais aucun chez qui les récidives n’aient pas suivi cet ordre (t. n1, p. 661). » Que disent les auteurs au sujet des récidives des fièvres intermittentes? D'après M. Nepple, l'époque en est généralement fixée, pour les types quotidien et tierce, entre les onzième et vingt-unième jours après la cessation de la fièvre, et, pour le type quarte, entre les vingtième et quarantième. Il est impossible de ne pas être frappé de l’analogiede ces phénomènes entre les fièvres des épidémies et les fièvres intermittentes. Les apyrexies et les récidives signalées par Hippocrate doivent donc être comiptées comme un indice essentiel de la véritable nature des fièvres qu’il a décrites.

Ces citations et ces rapprochements montrent que dans les fièvres d'Hippocrate intervient aussi l’élénfent intermittent. Dès lors, une saine appréciation de la pyrétologie a exigé qu’elles fussent réunies aux fièvres des pays chauds et séparées de celles du climat de Paris; car, dans ce dernier climat, l'élément intermittent n’a qu’un rôle extrêmement subordonné; et, par ce côté encore, la question de l’identité des fièvres du climat de Paris et de celles de la Grèce ou d’Hippocrate se trouve résolue par la négative. Un aperçu général des symptômes a démontré entre les unes et les autres des différences considérables. Une étude, générale aussi, des conditions qui les engendrent, signale des dissemblances non moins profondes. A part toujours les fièvres éruptives, notre climat de Paris présente spécialement deux ordres de fièvres : ce sont la fièvre typhoide ou dothiénentérie et les fièvres syno-

XIV AVERTISSEMENT

ques, gastriques. bilieuses, etc. Pour la première, M. Fuster croit qu’elle n’est propre qu’aux grandes villes et aux contrées humides. Ceci est en contradiction avec les faits. La fièvre typhoiïde règne, non seulement dans les grandes villes, mais éhcore dans les petites, non seulement dans les cités, mais encore dans les campägnes, tantôt à l’état sporadique, tantôt à l’état de petite épidémie. Je parle ici de la France, et, je puis ajouter de l’Allemagne, où des travaux récents en ont montré l'existence comme chez nous, et où elle est connue sous le nom d’Abdeminal-T yphus. Pour se faire une juste idée des fièvres d’Hippocrate, il-importait donc de savoir si la fièvre typhoïde y figurait; or, il faut dire qu'aucune des observations particulières des Épidémies n’y peut être rapportée avec certitude, et que les descriptions générales que renferme le corps de cet ouvfage, s’en écartent absolument.

Les fièvres synoques, gastriques, bilieuses, etc., qui pourraient davantage se prêter à une comparaison, ne se lient pas sous le climat de Paris aux fièvres intermittentes. La fièvre intermittente y est une affection assez peu commune, qu présente rarement des complications sérieuses et des formes variées; et, par une conséquence que l’espt peut prévoir, et que l’observation corifirme, les fièvres rémittentes et continues qui s’y rattachent, y sont également rares. Or, les fièvres d'Hippocrate, par leurs rémittences, par leurs apyrexies, par leur naissance simultanée avec des fièvres intermittentes, portent le cachet de cette liaison. Ainsi, sans nier que, sous l'influence d’étés très chauds ou de constitutions toutes spéciales, le climat de Paris ne puisse être le théâtre de fièvres plus ou moins sembiables à celles d'Hippocrate ou des pays chauds, on est en droit d'affirmer que ce qui est l’exception ici, est la règle là-bas, et par conséquent d’établir une distinction nosologique entre les fièvres habituelles de notre climat et celles des pays d’une température plus élevée. Toutefois, :

AVERTISSEMENT. XV

je ferai observer que peut-être les travaux des hommes exercent à cet égard une certaine influence : il est possible que, dans les siècles passés, Paris ait été beaucoup plus sujet qu’il ne l’est aujourd’hui aux fièvres intermittentes et à celles qui y tiennent. D'après M: Villermé, il régnait autrefois à Paris des épidémies, presque tous les ans, durant la saison ordinaire des fièvres d'accès; mais ces épidémies ont cessé, à mesure que le pavage des rues et l’écoulement deseaux ménagères dans la Seine ont été l’objet d’un soin spécial.

Autre est la condition des pays chauds. Là, les fièvresintermittentes, les fièvres rémittentes et continues ont un domaine considérable; elles y règnent, non pas accidentellement, mais d’une manière constante. Cela est un fait constaté par une multitude d'observations parfaitement certaines. Un médecin distingué, M. Faure, en a conclu que la chaleur seule, indépendamment de toute influence marécageus8, suffisait pour produire les fièvres intermittentes; et, dans son livre sur les fièvres intermittentes et continues, il a cité Modon, la Vieille-Ville dans l’tle d'Égine, l’Acrocorinthe, Madrid, Pampelune, tous lieux où il ne se trouve aucun marais, et où cependant la fièvre intermittente reparaît tous les ans avec les chaleurs. J’ajouterai qu’à mesure qu’on s'approche de l'équateur, la quantité d’eau qui tombe augmente, et que les pays chauds sont nécessairement des pays où il se fait une abondante évaporation. Quoi qu’il en soit de ces remarques, ce qui est certain, c’est qu’ils sont pathologiquement dans une condition très analogue à celle des pays marécageux, et sujets, comme ces derniers, aux fièvres intermittentes, rémittentes et continues. toutes liées les unes aux autres par un élément commun.

En résumé, je crois pouvoir établir ces deux proposi-

Ἢ Annales d'hygiène publique et de médecine legale. TOM. 111. B

tions-ci : 1° Les fièvres d’Hippocrate ne répondent ni à la fièvre typhoide ni aux fièvres synoques, bilieuses, gastriques etc. de notre climat; 2° elles se rapprochent, par leurs caractères essentiels, des fièvres qui sont endémiques dans les pays chauds.

II. M. Malgaigne, dansdes leçons savantes qui dépassent de beaucoup le sujet de mon travail, puisqu'elles embrassent toute l’histoire de la chirurgie, s’est occupé d’Hippo- crate, de ses écrits et de leur authenticité. Parmi les choses qu’il a dites, souvent fort justes, toujours ingénieuses, quelquefois contestables, je me bornerai à examiner deux points; d'un côté, parce que aller plus loin serait sortir des limites de l’ Avertissement de ce volume, d’un autre côté, parce que je craindrais de ne pas reproduire avec exactitude les idées de M. Malgaigne, dont je n'ai fait qu’entendre le développement, et que l’impression n’a pas encore commaniquées au public. Ces deux points sont : 1° le rapport du traité de l’Officine du médecin avec Rs ouvrages authentiques d’Hippocrate ; 2° l’authenticité du traité des Plaies de tête. :

Dans mon introduction, t. 1, p. 367, je m'étais contenté de dire que, la composition du livre de l’Officine du médecin ayant de grands rapports avec celle du Mochlique, il était permis de croire que le premier est, comme le second, le canevas de quelque ouvrage étendu sur la chirurgie, qui

__ n'existe plus. Cette opinion, j'y persiste; et, dans l’4rgu-

ment que j’ai mis en tête du traité de l’Officine du médecin, j'apporte quelques nouvelles raisons qui la favorisent. Mais, m’arrétant là, et ne poussant pas la conséquence aussi loin que je l’avais poussée pour le Mochlique, j'ai rangé ce traité parmi les recueils de notes et d’extraits dont on ne pouvait pas avec sûreté rapporter la composition à Hippocrate. M. Malgaigne est d’un avis diftérent : il regarde ce livre comme une sorte de préface du traité des Fractures et de celui des Articulations, et par

AVERIISSEMENT. XVI!

conséquent il reconnaît formellement qu'Hippocrate en est l’auteur. Cette opinion d’un homme aussi instruit que Jui dans les choses chirurgicales, et les raisons qu’il a données à l’appui, m’ont déterminé à examiner les rapports qui pourraient exister entre le livre de l’Officine du médecin et celui des Fractures, et je suis resté convaincu que M. Malgaigne avait raison. Entre autres preuves décisives, j’appellerai l'attention du lecteur sur la comparaison entre le S 18, p. 323, du traité de l’Officine du médecin et le $ 5, p. 433, du traité des Fractures.

De ces deux morceaux, il est évident que le premier est ou un extrait du second, ou une note qui a servi à la rédaction du second; cela ne peut faire l’objet d’aucun doute. Il serait facile d'augmenter le nombre de ces rapprochements, qui existent surtout à l’égard du traité des Fractures. Par fois les mêmes expressions sont employées dans l'un et l’autre livres : ainsi il est dit dans le traité de l’Officine du médecin, qu’il faut tourner la partie sur laquelle on opère, du côté de la plus éclatante des lumières présentes (πρὸς τὴν λαμπροτάτην τῶν ξυμπαρουσέων αὐγέων, p. 278). . L'auteur du traité des Fractures se sert des mêmes termes pour énoncer comment il faut examiner le lieu où siége la lésion de l’os, p. 426, 1. 17. De tels rapports, de telles similitudes ne permettent pasd'isoler l’un de l’autre ces deux traités; et, quelque idée que l’on se fasse de la composition du traité de l’Officine du médecin !, il demeure établi que ces deux traités, quand bien même ils ne proviendraient pas de la même main, proviennent de la même pensée. C’est à ce titre que le Mochlique, qui, en beaucoup de points, n’est qu’un extrait du traité des Fractures et surtout de celui des Articulations, a été rapproché des œuvres que j’attribue à Hippocrate.

En conséquence, j'ai donné pleinement raison aux ar-

: Voyez l’ Argument, dans ce vol., p. 267-270

guments de M. Malgaigne,; et, me réformant, j'ai ôté le traité de l’Officine du médecin du rang des livres incertæ sedis, pour le mettre, dans ce volume même, à côté de ceux dont Hippocrate peut être considéré comme l’auteur. ΠΗ. Le second point que j’examine ici, est l'authenticité du traité des Plaies de tête.

M. Malgaigne pense que ce livre n’est pas d’Hippocrate, et qu’il appartient à une chirurgie ou antérieure ou arriérée. Voici les motifs sur lesquels il se fonde, autant du moins que j’ai pu les retenir après les lui avoir entendu exposer. Hippocrate, dit M. Malgaigne, attaché comme il l'était à la doctrine du pronostic, ne manque jamais d’en indiquer :les-circonstances, et dans le traité des Plaies de tête manque le pronostic. Cette objection (car je répondrai au fur et à mesure) n’est pas exacte : l’auteur du traité des Plaies de tête indique les conditions du pronostic relativement à la région du crâne où le coup est porté, relativement à l’âge de l'individu blessé, relativement à la saison, et il indique expressément les jours auxquels les accidents de méningite surviendront quand on aura négligé de prendre les précautions qu’il juge nécessaires. C’est dans les termes familiers à l’auteur du traité du Pronostic que l’auteur du traité des Plaies de tête recommande de prédire les accidents qui vont survenir, προλέγειν τὸ μέλλον ἔσεσθαι (p. 252 de ce vol.); et, s’il annonce que les symptômes qu’il vient d’énumérer dans la méningite traumatique , ont la même signification chez un individu plus âgé, et chez un plus jeune (ὁμοίως τὰ σημεῖα ταῦτα σημαίνει, καὶ ἐν πρεσδυτέρῳ ἐόντι τῷ τρώματι, À χαὶ ἐν νεῳτέρῳ, p. 254 de ce vol.), on remarquera quelque analogie entre cette phrase et celle-ci du Pronostic : « Ne pas ignorer que, dans toute année et toute saison, les mauvais signes annoncent du mal, et les bons du bien (μὴ λανθάνειν, ὅτι ἐν παντὶ ἔτει χαὶ πάσῃ ὥρῃ τά τε xaxk χαχὸν σημαίνει, χαὶ τὰ χρηστὰ ἀγαθόν, t. 2, p. 188). »

Dans le traité des Plaies de tête, dit M. Malgaigne, il y ἃ

AVERTISSEMENT. ΧΙΣ

une description des sutures que nul anatomiste ne peut avouer , et Hippocrate se montre ailleurs trop versé dans les corinaissances anatomiques pour qu’on l'en croie l’auteur. Je ne prendrai pas ici la défense de cette description, qui est en effet erronée et fort bizarre; mais je n’y vois aucune raison pour contester l’authenticité du traité des Plaies de tête. Il nous faudrait connaître bien plus exactement que nous ne faisons, la somme de notions qu'Hippocrate avait sur l’anatomie, pour décider que telle ou telle erreur ne peut lui appartenir. Voyez où ménerait ce mode d'argument: Aristote, sur ces mêmes sutures, a commis une erreur non moins étrange que celle d’Hippocrate ; il assure que le crâne des femmes a une suture circulaire (voyez p. 174 de ce vol ). Ses connaissances anatomiques sont cependant fort grandes; ira-t-on, à cause de cela, contester que le livre où il a consigné cette assertion singulière, soit de lui? Elle se trouve dans le traité de l’A1stoire des animaux , qu'aucune critique n’a jamais songé à lui enlever. Ainsi l'erreur de l’auteur du traité des Plaies de tête sur les sutures n'est rien qui empêche que cet auteur ne soit Hippocrate lui-même.

Un caractère des livres qui sont vraiment d'Hippocrate, dit M. Malgaigne, c’est la polémique ; Hippocrate est ärdent à combattre les fausses idées, les mauvaises pratiques; il se sent le droit d’être réformateur, et il en prend le rôle ; or, dans letraité des Plaies de tête il n’y a pas de polémique, donc ce livre n’est pas de lui. À cela je réponds que le / ronostic, livre que toute l’antiquité lui a attribué, n’est pas moins dénué de polémique que le traité des Plaies de tête. Ce n’est donc là qu’un caractère variable qui laisse à ce traité toutes les autres conditions d’authenticité qu'il peut avoir.

L'auteur du traité des Plaies de tête, dit M. Malgaigne, recommande de ne pas trépaner sur les sutures ; or, celle recommandation est vicieuse. Je fais remarquer seulemen

XX AVERTISSEMENT

qu’une erreur daas un livre n’est pas une raison pour que ce livre ne soit pas d’Hippocrate.

Cet auteur, dit M. Malgaigne , défend de > pratiquer des incisions dans la région temporale, attendu que cette région est dangereuse, et que la section des parties qui s’y trouvent, provoquent des convulsions dans le côté opposé du corps, défense que n’aurait pas faite un praticien aussi éclairé qu’Hippocrate. On appréciera comme on voudra ce précepte, mais je ferai observer qu'il n’est pas sans tenir à d’autres passages de livres dont Hippocrate passe pour l’auteur. On lit dans le traité des Articulations : « La mâchoire s’étant luxée des deux côtés, si la réduction n’est pas opérée, il y a danger que le malade, saisi de fièvres continues et d’un assoupissement accablant, ne perde la vie, car les muscles de cette région, quand ils éprouvent quelque changement ou quelque distension contre nature, peuvent causer une affection soporeuse !. » L'auteur du traité des Plaies de tête signale l’incision des muscles de la région temporale, de peur qu’il ne survienne des convulsions ; l’auteur du traité des Articulations signale la distension de ces mêmes muscles, decrainte qu’il ne survienne des accidents comateux , et l'accord sur un point aussi spécial entre ces deux livres est propre à fortifier l’authenticité du livre des Plaies de tête, si celui qui la met en doute, reconnaît l’authenticité du livre des Articulations.

En définitive, aucun des arguments de M. Malgaigne ne tranche la question, de manière à prévaloir contre l’assentiment unanime des critiques anciens, qui, depuis Bacchius, c’est-à-dire depuis un successeur immédiat d’Hérophile, en ont assigné la composition à Hippocrate.

Cette question étant engagée, je vais essayer de la pous-

ἀλλοιούμενοι χαὶ ἐντεινόμενοι παρὰ φύσιν, p. 480, I. 40, ed. Frob.

AVERTISSEMENT. XXt

ser un peu plus loin, et rechercher, d’une part quelles sont les notions que la Collection Hippocratique, sans distinction de ce qui appartient en propre à Hippocrate, renferme sur les plaies de tête, et d'autre part quelles sont:les concordances qui peuvent exister entre ce traité et d’autres livres dont on attribue la composition à Hippocrate.

On lit dans le second livre des Prorrhétiques (p.418, éd. Frob.) :« Des plaies de tête, celles qui intéressent le cerveau, sont les plusfunestes.Elles sont toutes dangereuses,que l’os soit dénudé dans une grande étendue, qu’il soit enfoncé ou fracturé.Si l’ouverture de la plaie est petite et que la fente de l'os s’étende au loin, le danger est plus grand, et plus grand encore si c’est près des sutures et au haut de la tête. Dans tous les cas de coup à la tête qui méritent quelque attention, quand ils sont récents et qu’il y a-une plaie fraîche, il faut s’informer si le blessé est tombé sur le coup, et s’il a été assoupi.: Lorsqu'il en est ainsi , il Υ faut plus de précaution, dans la crainte que le cerveau ne participe à la lésiôn. Si la plaie est ancienne, il faut recourir à d’autres signes et les méditer; or, c’est une très bonne chose, que le blessé n’ait point de fièvre, ni d’hémorrhagie, ni d’inflammation, et qu’il ne survienne pas de douleur. S'il paraît quelqu’un de ces accidents, il vaut mieux que ce soit dans le commencement, et qu’il ne dure pas longtemps. Quand il y a des douleurs, il-est bon que les bords de la plaie s’enflamment ; qu’après des hémorrhagies , le pus succède au sang des vaisseaux ouverts ; s’il y a fièvre, que les bons signes que j’ardécritsaillears en parlant des maladies aiguës, s'y manifestent, à moins de quoi elle est pernicieuse. Lors- " que dans les plaies de tête la fièvre prend le quatrième jour ou le-septième, ou le onzième, elle est mortelle ; elle se juge ordinairement au onzième jour si elle a commencé le quatrième ; au quatorzième ou au dix-septième si elle a commencé le septième ; au vingtième si elle a commencé le onzième, conformément à ce qui est écrit des fièvresqui vien-.

XXI! : AVERTISSEMENT

nent sans cause manifeste, Si dès le commencement de la fièvre il y a délire ou paralysie de quelqu’un des membres, la vie du blessé est en grand dapger, à moins qu’il n’y ait quelqu'un des signes les meilleurs, ou que le sujet ne soit très bien constitué. C'est ce qu’il faut examiner; car ilreste en certain cas espérance de la vie, mais le malade perdra nécessairement l’usage du merabre sur lequel le mal se sera fixé, supposé qu’il survive (Traduction de Gardeil, t.1, p. 93). » : :

La doctrine de ce passage est conforme, dans les points essentiels .. à la doctrine du traité des Plaies de tête. Ici, comme là, les plaies du haut de la tête sont les plus dangereuses ; ici, comme là, le voisinage des sutures aggrave le pronostic ; ici, comme là, il faut que le médecin s’informe si le blessé est tombé sur le coup et s’il a perdu connaissance. ;

On lit dans les Prénotions de Cos (p. 439, éd. Frob.): « Les fractures du crâne les plusdifficiles à reconnaître sont celles qui ont leur siége dans les sutures. Ce sont surtout les instruments pesants, arrondis, arrivant perpendiculairement, et nou de plain pied, qui produisent les fractures. Quand on doute si l’os est fracturé ou ne l’est pas, on en juge par l'expérience suivante: Le malade mâchera des deux côtés,.soit de l’asphodèle , soit de la férule , et il écoutera s’il lui semble entendre quelque crépitation dans l’os ; en effet les os fracturés donnent dans-ce cas au patient la sensation d’une crépitation. Au bout d’un certain temps, la fracture des os devient manifeste ; dans des cas au bout de sept jours, dans d’autres au bout de quatorze, dans d’autres cas enfin, au bout d’intervalles différents. La chair se détache de l'os, l’os devient livide, la partie douloureuse ; des humeurs ténues s’en écoulent ; dès lors le mal est bien . difficile à guérir. » Ici, comme dans le traité des Plaies de têle, on trouve que les fractures siégeant dans les sutures sont plus difficiles à reconnaître ; que les instruments ar-

AVERTISSEMENT. ΧΧΊΤΙΤΙ

rondis, pesants, et frappant perpendiculairement, eausent surtout les fractures ; que les fractures méconnues se manifestent , les unes au bout de sept, les autres au hout de quatorze jours, par le décollement des parties molles, par le changement de-couleur de l'os, par l'écoulement d’humeurs ténues, et que ces accidents sont au-dessus des ressources de l’art. J’ajouterai qu’une des propositions des Prénotions de Cos est conçue en ces termes: « Quand on a fait une incision à la région temporale, le côté opposé du corps est pris de convulsions. » Une proposition identique se trouve dans le traité des Plaies de tête.

On lit dans le traité Des lieux dans l’homme (p. 71, éd. Frob.) : « Fractures du crâne : si l'os est brisé kargement, cela n’a point de danger, et il faut traiter cet accident par les remèdes humectants. Mais, si la fracture est une fissure, le cas est grave, il faut trépaner, afin que l’hameur, s’'écoulant par la fente de l'os, n’altère pas la méninge ; car cette humeur, entrant par une ouverture étroite et ne pouvant plus sortir, tourmente le blessé et lui cause le délire. H faut trépaner , afin qu’il y ait non pas seulement entrée pour l’humeur, mais aussi issue, le trépan faisant une large ouverture. On se servira des remèdes qui, par eùx-mêmes, attirent les humidités, et on baignera le blessé. » Ici, comme dansle traité des Plaies de tète, on trouve l’innoeuité comparative des larges fractures, la gravité des fissures, la nécessité de trépaner dans ces cas ; et, comme Hippocrate, l’auteur emploie le verbe σαπῆναι, se corrompre, pour désigner l’altération qu'éprouve la méninge.

On. lit dans le 5elivre des Epidémiesip. 336, éd. Frob.) : « Hippocome, âgé de onze ans, fils de Palamède, à Larisse, fut blessé par un cheval au front, au dessus de l’œil droit ; l'os parut n’être pas sain, et il en sortit on peu de sang. Le blessé fut largement trépané jusqu’au diploé, et ilfut traité, l'os étant dans cet état. Au bout de vingt jours, une tuméfaction commença à côté de l'oreille, avec fièvre et frisson.

ZXXIV AVERTISSEMENT.

Le gonflement était douloureux ; les yeux se tuméfiérent, δ 81 que le front et tout le visage. Le côté droit de la tête était le plus affecté; cependant la tuméfaction passa aussi du côté gauche ; il n’en résulta rien de fâcheux. La fièvre finit par devenir continue. Cela dura huit jours ; le malade survécut, après avoir été cautérisé, avoir été purgé avec des pilules, et après avoir eu, sur le gonflement, des applications médicamenteuses soutenues par un bandage contentif. La plaie n’était pas la cause du gonflement. » Cette Οὔ» servation a les plus grandes ressemblances avec le passage du traité des Plaies de tête où il est dit : « Quand dans une plaie de tête, l'individu ayant été trépané ou non, mais l’os ayant été dénudé, il se forme une tuméfaction rouge et érysipélateuse à la face, aux deux yeux ou à un seul ; si l’attouchement en est douloureux ; s’il survient de la fièvre et du frisson ; si cependant la plaie a une belle apparence tant du côté des chairs que du côté de l’os, on netloiera les voies inférieures avec un purgatif qui évacue la bile(voyez dans ce vol., p. 255). » Tout est identique des deux parts : la dénudation de l’os, le gonfiement des yeux, le début de la fièvre avec le frisson, et la purgation. On serait tenté de penser que la formule générale du’traité des Plaies de tête a été rédigée sur l'observation du 5. livre des Épidémies. Remarquez encore (ce qui, dans la question, est digne de beaucoup d'attention) que la trépanation ne fut pas complète; or, c'est un précepte du traité des Plaies de tête de ne pas achever la trépanation dans certains cas (voyez $ 21, p. 257). Remarquez enfin que, l’auteur du traité des Plaes. de tête condamnant pour les plaies de tête les applications médicamenteuses soutenues d’un appareil et les admettant pour les plaies du front, le blessé du 5e livre des Épidémies, qui avait une plaie au front, fut pansé avec des applications médicamenteuses soutenues par un bandage. On lit dans le même 5° livre des Épidémies (p. 338, éd. Frob.) : « Autonomus, à Omilos, mourut d’une plaie de

AVERTISSEMENT. XXV

tête le seizièrme jour. Au cœur de l'été, il fut blessé dans le milieu du sommet de la tête par une pierre lancée avec la main. Je ne reconnus pas le besoin qu’il avait d’être trépané ; ce qui m'induisit en erreur, ce furent les sutures, sur lesquelles avait porté la lésion faite par le corps vulnérant. » Dans le traité des Plaies de tête, l’auteur recommande de ne pas se laisser induire en erreur par les sutures.

Ces passages réunis témoignent d’une grande conformité de doctrine. Les Prénotions de Cos, le 5e livre des Épidémies sont certainement de l’école d’Hippocrate, s'ils ne sont pas de lui, et Liennent de très près à des écrits authentiques ; le deuxième livre des Prorrhétiques, bien que regardé par l’antiquité comme n’étant pas de cet auteur, a de nombreux rapports avec le reste ; enfin le traité des Lieux dans l'homme,est aussi un fragment de cette ancienne littérature médicale. Ainsi, tout concourt à assurer au traité des Plaies de tête ja place que le témoignage uniforme des anciens lui a assignée. |

Il me reste à examiner s’il se trouve quelques points de rapport entre le traité des Plaies de tête el certains livres que dans l’antiquité on s’est accordé généralement à regarder comme étant d’Hippocrate. lui-même, et que M. Malgaigne, de son côté, attribue à cet auteur.

Dans le traité des Fractures, l'os de la cuisse étant rompu et faisant saillie à travers les téguments, Hippocrate recommande , si l’on ne peut pas faire la réduction , de traiter ces plaies comme on traite les plaies de tête avec fracture du crdne(voyezdans ce vol., p. 538, 36). Dans le traité des Articulations, un os luxé faisant saillie à travers les téguments, l’auteur reconmande de traiter ces accidents comme les fractures de tête (p. 496, 1. 36, édit. Frob). Dans le Mochlique , il y a deux indications semblables, et dans les mêmes termes (Ρ. 519, L. 8, et I. 13, éd. Frob). Ces rapprochements montrent que l’auteur du trailé des

XXVI AVERTISSEMENT

Fractures et de celui des Articulations avait écrit sur le traitement des plaies de tête; car autrement, comment renverrait-il, sansautre explication, au traitement employé dans ces accidents ? Qu'est-ce , en gros, que le traitement des plaies de tête, d’après l’auteur du livre qui porte ce titre ? C’est ne pas appliquer le bandage roulé à fracture ( ἐπιδεῖν ); C’est ne pas soutenir par un appareil contentif les applications médicamenteuses ( χαταπλάσσειν ) ( VOyez dans ce vol. 6. 13, p. 228); c’est enfin suivre une cure et employer des moyens qui aient pour effet de dessécher la partie lésée. Quel est maintenant le traitement mis en usage dans les cas de fracture ou de luxation avec issue des os à travers les téguments? Ce sont justement les trois choses recommandées dans le traité des Plaies de tête, ainsi qu'on peut le voir, par le passage du livre des 4rticulations que je rapporte un peu plus loin, p. xxxU, ]. 12.

La règle qu'Hippocrate donne dans ses livres des Fractures et des Articulations, étant de traiter les fractures et les luxations compliquées de plaie et de néerose des os comme Îles plaies de tête, il résume ce traitement dans le livre des Fractwres ainsi qu’il suit : « Faire en sorte que la plaie éprouve le moins d’inflammation , et termine sa suppuration au plus tôt :. » Est-ce une autre doctrine pour les plaies de tête qu’on trouve dans le livre qui porte ce titre ? Non ; on y lit : « ἢ faut faire traverser à la plaie, aussi rapidement que possible, la période de suppuration ; de la sorte, les parties environnantes éprouvent le moins

d’mflammation, et se mondifient le plus vite *. » = Hippocrate, dans le traité des Fractures, en parlant dela

+ Χρὴ διάπυον μὲν ποιῆσαι τὸ ἕλχος ὡς τάχιστα οὕτω γὰρ ἂν ἥχιστα φλεγμαίνοι τὰ περιέχοντα τὸ ἕλχος, χαὶ τάχιστα καθαρὸν εἴη, p. 249, 1. avant dern.

AVERTISSEMENT. XXVII

mauvaise pratique de certains médecins qui avait pour résultat l’inflammation de la plaie, dit : « La plaie deviendra blafarde, les bords s’en renverseront ; il en sortira une humeur ichoreuseet point de pus; lesos, même ceux qui ne devaient pas se nécroser ( καὶ μὴ μέλλοντα ἀποστῆναι) se nécroseront ; des battements et de la fièvre se feront sentir dans la plaie ( p. 500, L. 1 ). » Cette influence du mauvais état de la plaie sur l’inflammation et la nécrose des os est prise ea non moins grande considération dans le traité des Plaies de tête, et est exprimée à peu près dans les mêmes termes. On y lit en effet : « IL faut prendre garde que lo: ne contracte quelque altération par les chairs , si elles sont soumises à un mauvais traitement. Un os trépané ou ᾿ dénudé d’autre façon, sain ou paraissant l’être, tout en ayant éprouvé quelque mal de l'instrument vulnérant, court davantage le risque, lors même qu'il n'aurait pas dà suppurer, d'être envahi par la suppuration (ὑπόπυον γενέσθαι, ἣν καὶ ἄλλως μὴ μέλλῃ ), si les chairs voisines, traitées malbabilement s’enflamment et s’étranglent ; car il devient fébrile, et se remplit de beaucoup d’inflammation. Dans cet état, l’os attire, des chairs environnantes, la chaleur , la phlegmasie, l'agitation , le batlement et les lésions, quelles qu’elles suient, qui sont dans les chairs; et c’est ainsi qu’en résulte la suppuration de l'os (p. 243 —245 ).» Des deux côtés l’observation est identique; des deux côtés les conséquences tirées sont les mêmes.

Onlit dans le traité des Fractures : « En général les os nécrosés se détachent d'autant plusrapidement que les suppurations sont plus promptes , et la régénération des chairs plus active et plus belle ; car les chairs qui bourgeonnent dans le lieu lésé, soulèvent les os la plupart du temps (voyez dans ce vol., p. 535). » C’est une doctrine semblable que l’on trouve dans le traité des Plaies de tête, relativement à l’exfoliation des os ; en effet, on y lit ( p. 257 de ce vol. ) : « Une portion d’os qui doit se séparer du resto

XXVI AVERTISSEMENT

Fractures et de celui des Articulations avait écrit sur le traitement des plaies de tête; car autrement, comment renverrait-il, sansautre explication, au traitement employé dans ces accidents? Qu'est-ce , en gros, que le traitement des plaies de tête, d’après l’auteur du livre qui porte ce titre ? C’est ne pas appliquer le bandage roulé à fracture ( ἐπιδεῖν ); C’est ne pas soutenir par un appareil contentif les applications médicamenteuses ( χαταπλάσσειν ) ( vOyez dans ce vol. S 13, p. 228); c’est enfin suivre une cure et employer des moyens qui aient pour effet de dessécher la partie lésée. Quel est maintenant le traitement mis en usage dans les cas de fracture ou de luxation avec issue des os à travers les téguments? Ce sont justement les trois choses recommandées dans le traité des Plaies de tête, ainsi qu'on peut le voir, par le passage du livre des #rticulations que je rapporte un peu plus loin, p. xxxu, 1. 12.

La règle qu'Hippocrate donne dans ses livres des Fractures et des Articulations, étant de traiter les fractures et les luxations compliquées de plaie et de nécrose des os comme les plaies de tête, il résume ce traitement dans le livre des Fractures ainsi qu’il suit : « Faire en sorte que la plaie éprouve le moins d’inflammation , et termine sa suppuration au plus tôt ". » Est-ce une autre doctrine pour les plaies de tête qu’on trouve dans le livre qui porte ce titre ? Non ; on y lit : « Il faut faire traverser à la plaie, aussi rapidement que possible, la période de suppuration ; de la sorte, les parties environnantes éprouvent le moins

d’mflammation, et se mondifient le plus vite *. » = Hippocrate, dans le traité des Fractures, en parlant dela

' Μελετᾶν ὅκως ἥχιστα φλεγμανεῖ τὸ ἕλχος, xat μάλιστα ἐχπυήσει, p. 530, 1. 16.

2 Χρὴ διάπυον μὲν ποιῆσαι τὸ ἕλχος ὡς τάχιστα " οὕτω γὰρ ἂν Axtστα φλεγμαίνοι τὰ περιέχοντα τὸ ἕλχος, χαὶ τάχιστα χαθαρὸν εἴη, p. 249, 1. avant dern.

AVERTISSEMENT. XXVII

mauvaise pratique de certains médecins qui avait pour résultat l’inflammation de la plaie, dit : « La plaie deviendra blafarde, les bords s’en renverseront ; il en sortira une humeur ichoreuseet point de pus; lesos, même ceux qui ne devaient pas se nécroser ( καὶ μὴ μέλλοντα ἀποστῆναι) se nécroseront ; des battements et de la fièvre se feront sentir dans la plaie ( p. 500, 1. 1). » Cette influence du mauvais état de la plaie sur l’inflammation et la nécrose des os est prise en non moins grande considération dans le traité des Plaies de tête, et est exprimée à peu près dans les mêmes ter-

mes. On y lit en effet : « Il faut prendre garde que lo; ne contracte quelque altération par -les chairs, si elles sont soumises à un mauvais traitement. Un 08 trépané ou

᾿ dénudé d’autre façon, sain ou paraissant l’être, tout en

ayant éprouvé quelque mal de l'instrument vulnérant, court davantage le risque, lors même qu’il n'aurait pas dù

suppurer, d’être envahi par la suppuration (ὑπόπυον γενέσθαι,

ἣν xat ἄλλως μὴ μέλλη ), si les chairs voisines, traitées mal-

habilement s’enflamment et s’étranglent ; car il devient

fébrile, et se remplit de beaucoup d’inflammation. Dans cet état, l’os attire, des chairs environnantes, la chaleur ,

ha phlegmasie, l'agitation, le batlement et les lésions, quelles qu’elles suient, qui sont dans les chairs; et c’est ainsi qu’en résulte la suppuration de los (p. 243 —245 )."

Des deux côtés l’observation est identique; des deux côtés les conséquences tirées sont les mêmes.

Oalit dans le traité des Fractures : « En général les os nécrosésse détachent d'autant plusrapidement que les suppurations sont plus promptes , et la régénération des chairs plus active et plus belle ; car les chairs qui bourgeonnent dans le lieu lésé, soulèvent les os la plupart du temps (voyez dans ce vol., p. 535). » C’est une doctrine semblable que l’on trouve dans le traité des Plaies de tête, relativement à l’exfoliation des os ; en effet, on y lit ( p. 257 de ce vol.) : « Une portion d’os qui doit se séparer du reste

ΧΧΥΙΙ AVERTISSEMENT

à la suite d’une plaie de tête et d’une hédra produite par l'instrument vulnérant, ou d’une dénudation considérable quelconque, se sépare généralement en devenant exsangue. « Et ailleurs (p. 251) : « Les chairs croîtront et bourgeonneront, et les os se relèveront d’autant plus vite qu'on se hâtera plus de faire passer la plaie par la suppuration, et de la mondifier. »

Ainsi, des deux parts, dans le traité des Plaies de tête et dans celui des Fractures, l'influence du mauvais état des chairs sur les os est considérée d’une manière semblable, et la doctrine de la séparation des portions osseuses nécrosées est la même. Ce sont des points de pathologie qui ne sont pas sans importance, et qui surtout ne sont pas tels que deux auteurs puissent facilement s’y rencontrer par | seul effet d’une coincidence fortuite. On peut, il est vrai, supposer quand on combat l’authenticité du traité des Plaies de tête, que l’auteur de ce traité a fait des emprunts au livre des Fractures, ou, quand on combat l’authenticité du livre des Fractures, que l’auteur de ce traité a fait des emprunts à celui des Plaies de téte. Mais une pareille hypothèse n’est autorisée ni par les témoignages antiques, ni par l'examen intrinsèque de l’un ou l’autre ouvrage; car , dans l’un ou l’autre, les passages que j'ai cités font trop corps avec le contexte pour se prêter à être détachés et copiés et pour laisser voir aucune suture indiquant l’intercalation d’une pensée empruntée.

Si ma mémoire me sert bien, M. Malgaigne a fait remarquer que, dans le traité des Fractures, Hippocrate nese sert point de cataplasmes, tandis que ce remède est employé dans le traité des Plaies de tête ; et il tire de là l’induction que ce dernier traité n’est pas d’Hippocrate. Sans doute, M. Malgaigne n'entend pas parler ici du cataplasme de farine.d’orge ( p. 237 de ce vol. ) que l’auteur du livre des Plaies de tête veut qu’on mette en usage. Cecataplasme est prescrit,non comme moyen de traitement,

AVERTISSEMENT. XXIX

mais comme moyen de diagnostic, et comme préparation à l'emploi de la rugine, dans le cas où, après avoir agrandi la plaie, on soupçonne une lésion de l'os. Mais M. Malgaigne a fait, je pense, allusion au passage où l’auteur dit, en parlant des plaies du front ( d’après Foes) : Harum enim partium ulcera cataplasmatis et deligationis usum magis requirunt, quam quæ alia reliqui capitis parte flunt ( ἐνταῦθα δὲ γενόμενα τὰ ἕλχεα χαταπλάσιος χαὶ ἐπιδέσιος μᾶλλον χέχρηται ἤ χου ἄλλοθι τῆς χεφαλῆς τῆς ἄλλης (tt. 3, p. 280). J'ai traduit χαταπλάσιος par cataplasme ( p. 233), comme Foes, si Foes ἃ entendu par cataplasma ce que nous entendons aujourd’hui par ce mot; à tort, ainsi qu’on va le voir. J’y avais été conduit, sinon par l’exemple de mes prédécesseurs, du moins par la phrase χαταπλάσματι χρῆσθαι ( p. 236, 1. 3), où il s’agit évidemment d'un cataplasme fait avec la farine d'orge. Depuis lors, d’une part, la remarque de M. Malgaigne, d’autre part. le besoin de me rendre compte du passage où Hippocrate prescrit de ne pas appliquer de bandage aux plaies de tête, ont appelé mon attention. En effet , il y a un autre endroit où Hippocrate, recommandant de ne pas χαταπλάσ-σειν les plaies de tête, recommande aussi de ne pas les ἐπιδεῖν : ἕλκος ἐν τῇ κεφαλῇ où χρὴ τέγγειν oùdevl.….. οὐδὲ χαταπλάσ-σειν, οὐδ᾽ ἐπιδεῖν (ρ. 2928). J’ai traduit : « Une plaie de tête ne doit être humectée avec quoi que ce soit. on n'y em ploiera pas de cataplasmes... nn n’usera pas de bandages (p.231). » Qu'entend Hippocrate par cette défense de mettre des bandages ? Cela est en contradiction avec le traité de l’Officine du médecin, où il mentionne des banda-

ges pour la tête ; et, en soi, cela est fort peu naturel. Il est donc probable que ἐπιδεῖν a ici un sens plus étroit que celui d’application de bandages en général. Cette difficulté m'avait arrêté, sans que je pusse la résoudre, et probablement ce sens spécial m'aurait de nouveau échappé sans un

XxXx AVERTISSEMENT.

document que je n’avais pas suffisamment consulté, et qui, mieux étudié, a éclairé mes doutes.

Cocchi a publié, dans sa Collection, sous le titre de E kbris Galeni de fracturis in capite, un extrait du Commentaire de cet auteur sur le traité des Plaies de tête, commenlaire qui du reste a péri. On y lit : « Dans les autres fractures, le bandage, quand il est bien fait, non seulement ne doit pas laisser affluer les liquides à l’os lésé, mais encore il doit réduire le volume de l’endroit malade au-dessous de l'état naturel. Α la tête, au contraire, le bandage n’est pas en état de sécher los fracturé et les parties voisines, de sorte qu’il n’y ait ni inflammation, ni production d'aucune humeur. Il n’y a, non plus, même pour les autres parties, aucun médicament qui, sans bandage, suffise à priver, autant que je l’ai dit, de toute humeur superflue la partie fracturée. Il est donc nécessaire de laisser à découvert une partie du lieu fracturé, afin de pouvoir absterger les humeurs qui proviennent de la méninge ; car, si aucune humeur n’arrivait des parties lésées à l’intérieur du crâne, il serait inutile de trépaner l'os, qui pourrait se consolider comme les autres :. »

Α la clarté de ce commentaire, examinons ce que signifient les mots καταπλάσσειν et ἐπιδεῖν.

1 Ἐπὶ μὲν οὖν τῶν ἄλλων χκαταγμάτων ἡ ἐπίδεσις ὅταν ὀρθῶς γέvntat, τοσούτου δεῖ περιττὴν δγρότητα συγχωρεῖν ὑποτρέφεσθαι κατὰ τὸ πεπονθὸς ὀστοῦν, ὥστε καὶ τοῦ κατὰ φύσιν ἰσχνότερον ἀποφαίνειν τὸ χωρίον. ᾽πὶ δὲ τῆς χεφαλῆς ὃ μὲν διὰ τῆς ἐπιδέσεως τρόπος οὖχ οἷός τ᾽ ἐστιν ξηραίνειν τό τε χατεαγὸς ὀστοῦν αὐτὸ, καὶ τὰ πέριξ, ὡς μήτε φλεγμῆναι, μήθ᾽ ὅλως ἐργάσασθαί τινα ἰχῶρα. Φάρμαχον δ᾽ oùδὲν οὐδ᾽ ἐπὶ τῶν ἄλλων μερῶν ἄνευ τῆς ἐπιδέσεως ἱκανὸν, εἰς ὅσον εἴρηται, ξηρὸν χαὶ ἀπέριττον ἐργάσασθαι τὸ κατεαγός. ᾿λναγκαῖον οὖν Apiv γίγνεται γυμνοῦν τι τοῦ χατάγματος, ἵν᾿ ἔχωμεν ἀπομάττειν xai ἀποπλύνειν ἀπὸ τῆς μήνιγγος τοὺς ἰχῶρας, ὡς, εἴ γε μηδεὶς ἐχ τῶν πεπονθότων ἰχὼρ ἐντὸς ἔῤῥει, περιττὸν ἦν ἐκκόπτειν ὀστοῦν, πωροῦσθαι δυνάμενον ὁμοίως τοῖς ἄλλοις (Græc. chirurg. libri, p. 110, Florent. 1754).

AVERTISSEMENT. XXXI

19. Καταπλάσσειν. D’après Galien, Hippocrate a entendu que, dans les plaies de tête, la suppression du bandage entraînait la suppression de toute application médicamenteuse; car, dit Galien, il n’est aucun médicament qui, sans bandage, ait la propriété de chasser de la partie fracturée les humeurs superflues. Ainsi καταφλάσσειν ne signifie pas l’application d’un cataplasme dans le sens spécial de ce mot, mais à l'idée de l'application d’un médicament quelconque, il joint l’idée d’une application médicamenteuse soutenue par ux appareil contenh{, ainsi que nous le verrons un peu plus bas. Le mot χαταπλάσσειν ne veut dire cafaplasme qu'autant qu’il est déterminé par une apposition, comme dans le passage où μάζα y est joint (p. 236, 1, 3); là il s’agit d'un cataplasme de farine d'orge. Ainsi Hippocrate ne traite pas plus les plaies de tête que les plaies avec fracture dans d’autres parties, avec les cataplasmes que nous employons :. |

90, Ἐπιδεῖν. Le passage cité plus haut du traité des Plaies de tête ne porte pas ἐπιδεῖν (voyez p. 230, note 2) dans les éditions ; ce Yerbe y est remplacé par πιέζειν ; mais, donné par de bons manuscrits, je l’ai adopté, sans toutefois en voir la signification entière. Il s’agit ici du bandage à fracture tel que l’entend Hippocrate, c’est-à-dire d’un bandage roulé qui recouvre exactement toute la partie. Telle est l vraie signification des mots ἐπίδεσις, ἐπιδεῖν. En effet, dans le commentaire rapporté plus haut, Galien, expliquant pourquoi Hippocrate rejette 1᾿ ἐπίδεσις dans les plaies de tête, dit qu’il est nécessaire de laisser à découvert une partie du lieu fracture. Ainsi ce n’est pas tout bandage que rejette Hippocrate ; il rejette seulement le bandage à fracture, le bandage roulé, qui ne laisserait à découvert aucune partie de la tête. Cette détermination exacte donne beau-

* Voyez, dans les #ddenda et corrigenda, la correction qu’il ut faire à ma traduction.

TOM, 111. | c

ΧΧΧΙΙ AVERTISSEM:NT.

coup de clarté au passage du traité des Plaies de tête dont il s’agit ici ? ; elle confirme en outre pleinement la leçon ἐπιδεῖν, au lieu de πιέζειν des éditions ; enfin elle montre un rapport digne d’attention entre le traité des Plates de tête et celui des Fractures, ἐπιδεῖν recevant, dans le premier, sans aucune explication, une acception que, dans le second, l’ensemble du contexte précise sans aucune équivoque. Là ne s'arrêtent pas les rapprochements. En effet le traité des Articulations renferme une phrase identique pour l'idée, identique pour l'expression à celle du traité des Plaies de tête qui fait l’objet de cette discussion. On y lit (il s’agit des luxations du pied avec sortie des os de la jambe à travers les téguments) : καταδεῖν δὲ μηδὲν μηδενὶ, μηδὲ περιπλάσσειν (p. 4θὅ,]. 44, éd. Frob., et Gal. Comm. 4, text. 24). Galien interprète cette phrase, exactement comme il avait interprété la phrase semblable du traité des Plaies de tête: « Non seulement, dit-il, Hippocrate défend d'appliquer, sur ces luxations compliquées de plaie, les bandes roulées, qu’il emploie toujours dans les fractures et les luxations, mais encore il rejette les bandes qui seraienf destinées à maintenir la laine en suint mise sur le lieu de la lésion 3. » Evidemment Galien avait très présent à l'esprit le sens précis, étroit, de ces termes employés par Hippocrate. Ici même, le sens ressort du contexte, indépendamment du commentaire. En. effet, Hippocrate dit de mettre sur la plaie, résultat de l’issue des extrémités articulaires du tibia et du péroné, de la laine en suint humectée de vin et d’huile, et qu’on tiendra arrosée avec ces liquides (ἔρια ῥυπαρὰ ἐν οἴνῳ χαὶ ἐλαίῳ καταῤῥαίνοντα χλιεροῖσιν ἄνωθεν ἐπιτέγγειν); puis il ajoute : καταδεῖν δὲ μηδὲν μηδενὶ, μηδὲ περιπλάσσειν. Or, puis-

* Voyez, dans les Æddenda et corrigenda, la correction qu'il faut faire.

AVERTISSEMENT. ΧΥΧΙΙΙ

qu'il prescrivait de mettre de la laine en suint imbibée d'huile et de vin, il n’a pas pu défendre de mettre des cataplasmes ; la prescription de faire une application déterminée implique la défense de faire une application différente ; περιπλάσσειν ne signifie donc pas poser un cataplasme. Eosuite, puisqu'il recouvrait cette sorte de plaies de laine en suint-humectée, il n’a pu défendre d’y rien mettre ; περιπλάσσειν ne peut donc signifier simplement une application médicamenteuse ; mais il doit signifier,comme Galien le dit, une application médicamenteuse soutenue par un appareil contentif. .

Un peu plus loin, l’auteur du traité des Articulations, continuant à parler des luxations avec issue des os, dit qu’il faut traiter la plaie, comme on traite les fractures du crâne (τὸ ἕλχος ἰητρεύειν... οἷσιν ἐν κεφαλῇ ὀστέα κατεηγότα ἰητρεύται (p. 496, 1. 35, éd. Frob. ; Gal., comm. 4, text. 30). Galien ne manque pas de dire que Hippocrate se réfère ici àce qu’il a exposé dans le traité des Plaies de tête (1). Mais laissons de côté l'opinion de Galien ; car ceci est indépendant des témoignages antiques qui attribuent à un même auteur le traîté des Plaies de tête et celui des Articulations. Non seulement il se trouve dans ce dernier livre un passage qui peut être regardé comme se rapportant au premier , mais encore il est précédé d’une phrase qui exprime un précepte identique pour l’idée et pour.les termes à un précepte du livre des Plaies de tête. Et remarquez que ce précepte n'est, ni pour l’idée ni pour les termes, une de ces propositions simples qui peuverit se rencontrer partout. I] serait fort difficile de ne voir dans tout cela que des coïncidences fortuites. Ces rapports réciproques sont un argument et contre ceux qui, niant l'authenticité du traité des

bS S 214 AVERTIS EMENT.

J laies de téle, adwettent celle du traité des Articulations, et contre ceux qui, niant l'authenticité du traité des #rticulatins, admettent celle du traité des Plaies de tête.

Il ne sera pas ici hors de propos d’irdiquer sur quel point ma régle de critique se sépare de celle de M. Malgaigne. M. Malgaigne rencontrant, dans le traité des Plaies de tête, des choses qui lui paraissent en désaccord avec 18 manière habituelle d’Hippocrate, regarde comme non avenues les assertions des critiques anciens. et décide que les caractères intrinsèques qu'il reconnaît. doivent l'emporter sur le témoignage de critiques dont les plus anciens ne sont pas antérieurs à la fondation des écoles alexandrines et sont encoreséparés d’'Hippocratepar l'intervalle de plusd’un siècle. Pour moi j’attache plus de poids aux témoignages anciens ; et voici pourquoi : ces critiques ont eu sous les yeux les livres de Ménon disciple d’Aristote et auteur d’une histoire de la médecine, de Praxagore, de Dioclès, les Sentences Cnidiennes, les écrits de Prodicus, de Ctésias, et il a pu se trouver, dans ces livres, des renseignements qui remontaient beaucoup plus haut et qui donnaient des indices sur l'authenticité de tel ou tel ouvrage. C'est cette considération qui doit imposer de la reteñue à la critique moderne ; et c’est pour cela que j'ai rangé le traité des Plaies de tête parmi les livres d'Hippocrate. La même raison, c’est-à-dire le consentement des critiques anciens, me décide à ne pas lui attribuer le second livre des Prorrhétiques, que M. Malgaigne lui attribue. Je pense, comme M. Malgaigne, que c'est un des plus beaux (δ la Collection ; mais'les critiques : anciens l'ont exclu unanimement et explicitement, et je doute que les caractères intrinsèques du livre puissent prévaloir contre cette unanimité.

Quand même la mémoire ne me serait pas infidèle pour des choses que je n’ai fait qu’entendre , l’espace ici ne me permettrait pas de suivre M. Malgaigne partout où l’a conduit son sujet. Toutefois, je ne terminerai pas ces re-

AVERTISSEMENT. XAXV

marques sans signaler au lecteur le point de vue très ingénieux, et, ce me semble, très vrai, sous lequel il ἃ considéré . Hippocrate dans l’histoire de la médecine. M. Malgaigne , voyant que l'antiquité a décerné à Hippocrate le nom de père de la science, et trouvant dans plusieurs de ses écrits une vive et victorieuse polémique, a pensé qu'il avait joué de son ten{ps le rôle de réformateur ‘médical. Trois médecines, dit-il, régnaient particulièremené alors ; la médecine théurgique, la médecine empirique de l'école de Cnide , la médecine systématique des écoles philosqphiques. C'est contre ces trois médecines , qu’Hippocrate a dirigé $es efforts. Il a rejeté avec dédain les superslitions médicales; il a foulé aux pieds les systèmes, fruits de l’imagination, qui n'avaient aucune racine dans la réalité; il a repoussé un empirisme qui ne reposait pas sur la science. Faisant ainsi pläce nette, il a donné, dans la médecine, un rang prééminent à sa méthode d’observer, à ses observations, à son système De là, une grande démarcation entre ce qu'était la médecine avant lui, et ce qu’elle fut après lui. C’est là que se trouvent des caractères essentiels d'authenticité pour ses écrits. Si, dit M. Malgaigne , nous étions aussi ignorants sur les circonstances de la vie de Broussais que nous le sommes sur la vie d’Hippocrate, et qu’on nous présentât une collection de livres, portant le nom du médecin français, nous lui attribuerions ce qui serait marqué au coin de sa doctrine. Ainsi, dans cette hypothèse, on pourrait penser que la Pyrétologie de F. G. Boisseau:, l’un de ses disciples, est de Rroussais, et très certainement on penserait que Broussais n’est pas l’auteur des Recherches sur la fièvre hectique, livre qui est pourtant de lui, mais qui est l’œuvre de

(") Pyrétologie physiologique, ou Traité des fièvres considerées dans l'esprit de la nouvelle doctrine medicale. 4 édition, Paris, 1851, in 85.

sa jeunesse et qui appartient aux doctrines de Pinel. En un mot, dit M. Malgaigne, ce qui est d'Hippocrate, comme ce qui est de Broussais , ce sont les écrits qui renferment leurs idées , soit que la plume ait été tenue par eux, soit. qu’elle l’ait été par leurs disciples.

IV. Après l’impression de l’Ærgument du troisième livre des Épidémies, ayant reçu l'ouvrage de M. Hæser, intitulé Historisch- pathologische Untersuchungen ( erster Theil, Dresden und Leipzig, 1839 }, j'y ai vu une discussion relative à l’antique existence de la peste en Égypte. L’auteur s'appuie, comme je l’ai fait, sur le passage de Rufus’, conservé par Oribase (Voyez Argument. du 3° livre des Épidémies). Il ajoute les indications suivantes , sur les maladies pestilentielles, dont cette contrée a été le théâtre dans les temps anciens : « Un pasÿgge de Cicéron, dit M. Hæser; p. 38, montre que de bonñie heure des affections de ce genre ont régné en Égypte : « Avertunt ( ibes) pestem ab Ægypto, cum volucres.angues ex vastitate Libyæ vento africo invectas interficiunt atque consumunt ( Ve natura deor. |, 36). Posidonius, dans Strabon, liv. 17, p. 581, édit. Casaubon, décrit l'Égypte comme un pays sec, et il dit qu'il en résulte des pestes ( λοιμικὰ ἐμπίrtetv). Théophraste , dans Athénée, liv. 2, chap. 4, parle d’une qualité délétère que les eaux du Nil contrastent parfois dans les grandes chaleurs de l'été, et qui cause la mort de beaucoup d'Égyptiens. Pline, 31, 4,. indique.le même fait. — Ces mentions éparses , ces affections pestilentielles non caractérisées méritent d’être prises en considération par les historiens de la peste, du moment que” l'on sait d’une manière positive que, dans la haute antiquité, le fléau n’a pas épargné l'Égypte. C'est d’après le texte de Rufus et aussi d’après l'identité constante du climat d'Égypte , depuis une époque réculée, que M. Lorinser , auteur d’un ouvrage estimé sur la peste d’O-

AVERTISSEMENT. XXXVH

rient G}, a soutenu que de tout temps cette maladie a aflligé l'Égypte.

M. Hæsér pense que la constitution qui est décrite d dans lé troisième livre des Épidémies, se rapporte à i’année de la maladie pestilentielle qui ravagea l’Attique. Il remarqie qu’à cet égard il n’y a aucun obstacle dans l’âge d'Hippocrate, qui, né 460 avant J.- C., était âgé de 30 ans , lors de la peste d'Athènes. 1 ajoute que Tite - Live parle d’une peste qui désola Rome vers la même époque, et que l’on pourrait prendre pour l'extension de la même maladieæn Italie ( p. 48 ). Ces choses sont possibles; cependant il ne faut pas se fier aux mots constitution pestilentielle, Χατάστασις λοιμώδης, qui se trouvent en titre dans nos éditions. (65 mots ( voyez p.. 66 de ce volume, note 39) n’appartiennent point aux anciens textes. Parmi les exemplairgs, c'est Galien qui nous l’apprend, les uns n’avaient ΓΙΘῺ ; les autres avaient seulement consfhtution , χατάστασιᾳ; enfin ceux d’Artémidore Capiton et de Dioscoride portaient constitution humide et chaude, κατάστασις ὑγρὰ χαὶ θερμή. ᾿

M. Hæser continue : « Tout en convenant que la description d'Hippocrate peut appartenir à une autre année que celle de la peste d'Athènes, nous n’en maintenons pas moins qu’alfe importe à notre objet, attendu qu’elle donne quelques éclaircissements sur le caractère des événements épidémiques durant un intervalle étendu qui, dans tous les

* Die Pest des Orients, Berlin 1837.— Je vois, dans le livre de M. Lorinser, p. 20, l'indication de deux thèses sur les morceaux conservés par Oribase : Frid, Osann de loco Ruft Ephesii medici αρμὰ Oribasium servato, sive de peste libyca disputatio, Giessæ, 1833, in-40 ; Bussemaker, Ὁ. C., dissertatio philologico-medica inauguralis "exhibens librum xu1v collectaneorum Oribasii nuper ab Angelo Maio Romæ græce editum , cum adjuncta versione latina annotationibusque, etc., Groningæ 1836 in-8°.

zxxvuI AVERTISSEMENT.

cas , dépasse la différence possible entre l'epoque de Thucydide et celle d'Hippocrate.

« Hippocrate raconte qu'il régna des angines, des pleurésies, des dysenteries, des diarrhées, et particulièrement cette maladie, encore énigmatique qu’il nomme éryspéle, dans laquelle des membres eptiers étaient frappés de gangrène, et que plus tard on a désignée d’une manière fort indécise par les appellations de feu St-Antoine , de feu sacré, etc. Chez plusieurs, il se formait aussi des gonflements à la gorge, des inflammations de la langue, et des . abcès aux gencives. Nous nous hasardons à peine à exprimer une conjecture nosologique sur cette maladie, et surtout nous ne décidons pas si elle était d’une nature scorbutique, ou si dès lors certaines céréales produisaient des empvisonnemen{s analogues à ceux que le seigle ergoté a engendrés fréquemment d’une manièresiextraordinaire. Τὶ faut remarquer aussi, que des inflammations ér ysipélateuses et gangréneuses se développaient très façilement à l’occasion de blessures accidentelles:..

« Ce quiest surtout important pour notre but, ce sont les renseignements sur une forme de fièvre qu'Hippocrate décrit dans un autre endroit : les affections locales , dans ce dernier cas, étaient très diversifiées ; toutefois La plupart étaient atteints d’affections abdomigales, particulièrement de diarrhées , dangereuses surtout pour ceux qui n'étaient pas encore arrivés à l’âge de puberté. Ces affections locales avaient toutes un caractère putride, ou du moins Hippocrate fait cette remarque à l’occasion des charbons. Il y nomme des affections aphtheuses et ulcéreuses de la bouche, des gonflements, des dépôts (ῥεύματα) sur les parties génitales, des abcès ( ἑλχώματα), des tumeurs (φύματα ) au dedans et à l’extérieur de ces parties et dans les aines. En outre, il régna des ophthalmies Catarrhales de longue durée, produisant sur les paupières en dedans et en dehors, des végétations appelées oùxe, qui

AVERTISSEMENT. ΧΥΧΙ͂Χ

firent perdre la vue à Héaucoÿp-de personnes (1). Des végétations semblables se montraient en général sur des plaies, particulièrement aux organes génitaux. Dans l'été il y eut des charbons et d’autres phénomènes dépendant d’états putriles; il y eut de grandes tumeurs stde grands ἕρπητες (p. 48-50 ). » .

M. Hæset regarde la peste d'Athènes et l’épidémie observée par Hippocrate sur un autre théâtre, comme des émanatiqns dè la constitution pathojogique qui réghait alors avec une extrême énergie, et il en désigne le caractère commun par la dénomination moderne de typhoide, attendu que tous les symptômes morbides de ce temps portent uns empreinte du caractère du typhus. Daos l’4rgument mis en tête du troisième livre des Épidémies, j j'ai, de mon côté, appelé l'attention sur la remarquable description laissée par Hippocrate ; le lecteur pourra rapprocher les remarques de M. Hæset et 168 miennes touchant un fait pathologique, dont l'appréciation véritable est encore en litige.

Rufus d’Ephèse : a incidemment, à propps des dépôts dans les fièvres, parlé d'accidents qui se réfèrent au 3° livre des Épidémies, bien qu'il ne le nomme pas.

« Dans Tes fièvres pestilentielles, dit-il, les dépôts ἀοηnent [68 plus grandes chañces de salut; ils sont très divers, suivant ces fièvreselles-mênts. La plupart du temps ils se . portent sur les extrémités,avec douleur, ulcération et perte des membres. J’ai vu les mâchoires dénudées, les dents , frappées de nécrose, et des portion$ considérables des os maxillaires se détachant à la longue ". » De ce passage il

® Ce passage, qui est resté presque complétement inaperçu , nous paraît être de la plus grande importance pour l’histoire de l'ophthalmie égyptienne ( note de M. Hæser).

2 Ἐν δὲ τοῖς λοιμώδεσι -rupetôis «αἱ ἀποσχήψεις τὴν μηγίστην ἀσφάλειαν ἀνέχουσι" γίγνονται δὲ παντοδαπαὶ μὲν ὥσπερ τῶν τοιού-

sL AVETISSEMEST.

résulte que Rofus 4 observé des fièvres pestilentielles qui ont présenté, comme la fiévre d’Hippocrate, des gangrènes étendues, et où ce phénomène avait un caractère critique et salutaire. Rapprochez de σίας le penage de Lind que jai cité p.13. κα

Rufus, qui connabssait trés bien Là vraie peste et le bubon pestilentiel, a signalé des fièvres où A se formait des suppurations dans les aines. « Les fiévres qui se prolongent, dit-il, font des dépôts au siége, de sorte qu'il se forme une, suppuration dans cette région, et que la fièvre se résout par cette voie. Dans certains cas c’est dans les aines que la supppration s'établit ; dans d’autres elle se fixe aillears. Toute suppuration à l’intérieur, soit dans la poitrine, soit dans le ventre, est mauvaise. : » Compérez à ces bubons critiques de Rufos ceux dont Donald Monro a parlé dans un passage que j'ai cité t. 2, p. 585. |

M. Mæser se demande si Hippocrate ἃ fait mention de bubons. Il regarde les mots τὰ περὶ βουύῶνας comme désignant des tumeurs dans les aines , de vrais bubons, mais qui ne vinrent pas à suppuration, et il en rapproche les bubons volumineux, durs, et n’aboutissant "pas (dvexrénrot), de la peste d'Égypte et de Libye décrite par Dioscoride et Posidonius (voyez p. 4 de ce volume ). Rien ne prouve que les bubons d’Hippocrate n'âient pas été de la nature de ceux que Rufus a observés.

L’aphorisme ( 4, 54): Les fièvres dans les bubons sont

των πυρετῶν" τὸ γοῦν πλεῖστον. εἰς ἄκρα χατασχήπτει σὺν πόνοις καὶ ἕλκεσι χαὶ ἄρθρων ἀποπτώσεσι καί ποτε οἶδα γνάθους ἀποψιλωθείσας, καὶ ὀδόντας μελανθέντας, χαὶ μεγάλα τῶν γνάθων ὀστᾶ ἐν χρόνῳ ἀποστάντα (Orib. collect. medie, .γ1. 45, 26, 3, ed. Maio, t. 4,0. 75, Bomæ 1831).

1 Οἱ δὲ χεχρονισμένοι πυρετοὶ, καὶ πρὸς ἕδραν ἀφίστανται" ὥστε ἐμπύημα μὲν παρὰ τὴν ἕδραν γενέσθαι " λυθῆναι δὲ ταύτη τὸν πυρετόν" ἄλλοις δέ τισι χατὰ Boubüiva ἐχπυεῖ, ἄλλοις δὲ ἄλλη" πονηρὰ δὲ πάντα ὅσα ἔνδον À ὑπὸ στῆθος À ὑπὸ κενεῶνας ἐχπυεῖ (ἰδ. p. 76.)

AVERTISSEMENT. XL

toutes fâcheuses excepté les fièvres éphémères. se trouve ré. pété dans le second livre des Épidémies d’une façon un peu différente : « Les fièvres dans les bubons, y est-il dit, sont fâcheuses, excepté les fièvres éphémères, et les bubons qui surviennent dans les fièvres, sont plus fàcheux :. Ici , il est dit expressément que des bubons surviennent dans le cours des fièvres, et la gravité de ce symptôme est signalée. Cela se rapproche davantage du bubon pestilentiel; mais ce qui s'en rapproche complétement, c’est un passage où Arét ὁ dit :« Les bubons pestilentiels dépendent du foie et sont extrêmement funestes (2). »

Quand cette mentiofbien brève, faite-parArétée,est mise en regard de la vraie peste d’Qrient, des vrais bubons décrits par Denys, par Dioscoride, par Posidonius, par Rufus, il ne peut être douteux qu’Arétée, de son côté, n'ait voulu pañier d’une peste semblable, de bubons semblables. Cela dûft , ce me sembke, être considéré comme une certitude, Quant aux indications plus fugitives, qu'on rencontre dans læ Collection hippocratique, riea n’empêche de croire que lævraie peste n’ait régné par intervalles dans la Grèce, soit du:temps d’Hippocrate, soit avant lui, soit ‘après lui; mais les documents que nous possédons sur ces temps reculés ne sont pas suffisants pour nous permettre une affirmation complète.

Ici, s’arrête cet Avertissement, plus long que je n'aurais voulu , fhais que je me suis décidé néanmoins à publier, parce qu’il contribue, ce me semble , à l’intelligénce des questions que suscite la Collection hippocratique. Si le lecteur se représente sous combien de faces on peut considérer cette Collection, l’ouvrage de médecine le plus ancien

"Οἱ ἐπὶ βουδῶσι πυρετοὶ, κακὸν, πλὴν τῶν ἐφημέρων " καὶ οἱ ἐπὶ πυρετοῖσι βουδῶνες, χαχίονες. Epid. ®, 3, p. 315, 1. 20, éd. Frob.

2 Βουθῶνες μὲν of λοιμώδεες, ἥπατος, καὶ σφόδρα καχοήθεες. 2, ὃ.

XLU AVERTISSEMENT.

que nous possédions, et un de ceux où le génie médical est empreint , il reconnaîtra que c’est à la fois une source de discussions laborieuses et d’études utiles.

J'ai donné, dans ce volume, des figures destinées à rendre le texte et la traduction plus aisés à comprendre ; chacun sait combien l'esprit a de peine à suivre sur le papierila description d’un appareil. Je me suis borné à cinq figures,

parce qu’elles représentent, parmi les modes de réductions

des fractures employés par Hippocrate, ceux dont la description offre quelque embarras. Les procédés pour le membre inférieur quejen’ai pas figurés,n’étant que des modifications de la 4 figure (p. 463) et de la 5° (p. 465), s'entendent sans difficulté. De ces cinq figures, la première (p. 357) est due

à Vidus Vidius ; elle est fausse ; mais j'ai dû la reproduire. Ὁ

pour la discuter. La seconde (p. 363) a été dessinée d'après mes indications. La troisième (p. 445), qui est commune à la réduction de la fracture et de la luxation de l'umérus, est prise aux mss. M eËN; elle a été pabliée par Vidus Vidius. Les figures 4 et 5 sont aussi dans le livre de ce chifur-

gien. Pour donmer au lecteur l'assurance de ta bonne exé-

cution de ces figures, il me suffit de dire qu'elles sont dues .

au crayon de M. A. Chazal.

Étant entré dans ces détails, j’en profite pour payer une

ancienne dette, et pour témoigner ici publiquement à M. L. de Sinner ma reconnaissance de la patience attentive

et érudite avec laquelle il a bien voulu se charger de lacor- .

rection des épreuves, mettant ainsi au service dé la plus ingrate des tâches une habileté philologique de premier ordre, non hos quæsitum munus in usus.

Il ne me reste plus qu’à consigner , comme j'ai fait pour le 2e volume, les additions et corrections que m'ont suggérées mes lectures et les critiques d’autrui.

Page 1