‹ Œuvres complètes d'Octave Feuillet Scenes et comediesChapitre 12 sur 74 · C.LOTILDE. »»ec feu · texte numérisé non relu

C.LOTILDE. »»ec feu

Laissez-moi parler, je vous prie... voilà dix ans que cela me brûle... Il n’y a pas une femme du monde qui ne comprît ce que je vous dis là... pas une qui n’ait la mémoire ulcérée de quelque souvenir pareil à celui que vous osiez évoquer tout à l’heure... On revient du bal : on a vu son mari, durant tout le cours de la soirée, déployer à grands frais tous les agréments de sa personne, toutes les amabilités de son esprit... on se retrouve enfin seule avec lui, dans ce tête-à-tête si ardemment souhaité... Cruelle métamorphose! vous n’avez plus sous les yeux qu’un comédien tatigué qui dépose dans la coulisse ses grâces de parade... un vainqueur morose qui digère ses lauriers... s’il ouvre la bouche, c'est pour vous confier avec une suffisance expansive ses bonnes fortunes d’autrefois, ou vous faire pressentir insolemment celles du lendemain...; son silence respire l’ennui... sa parole la trahison! Alors, Fernand, dans une ' de ces heures amères, — bien amères, je vous assure, — tout ce qui avait pu survivre jusque-là de nos illusions et de nos songes de quinze ans s’évanouit... on comprend le peu que l'on reçoit pour tout ce que l’on donne... on sent quelle place misérable et mortifiante on tient dans votre t vie... et si peu qu’on ait au fond de l’âme de délicatesse et ï, de fierté, on se refuse à cette banalité de tendresse, à ces mensonges d’amour officiel que vous appelez vos droits, et * qui sont des injures! Alors... puisqu’il faut souffrir... on veut du moins souffrir avec dignité...; puisqu’on est voué aux larmes, on veut les répandre dans la solitude !

FERNAND, sérieux.

Madame,... Clotilde, si la résolution que vous prîtes alors devait être irrévocable, vous auriez mieux fait de me laisser ignorer toujours quel cœur j’avais perdu.

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