SERTORIUS, ANDRÉ, MARTHE
ANDRÉ, l'embrassant avec force.
Que vous ai-je fait, voyons? comment ai-je mérité cela ? qui est-ce qui est injuste? qui est-ce qui est ingrat? — Ali! Dieu! quel homme!
SERTOÎtlUS.
Allons! la paix! la paix! ne m'étouffe pas, mon garçon. . je suis bien aise de le voir, mon ami... je suis enchanté de te voir, j’en conviens. C’est ce journal, cet imbécile de journal qui annonçait ton opéra pour ce soir...
ANDRÉ
Mais il a raison.
SF.RTORtliS.
Eh bien ! mon enfant, tu m’avoueras, en ce cas-là, que j’avais quelque droit d'attendre aujourd’hui un message de la part, et que, voyant approcher la nuit, j’étais fondé en quelque, sorte à désespérer...
ANDRÉ
Certainement, cher maître, j’aurais pu vous envoyer votre loge ce matin ; mais je tenais à vdhs l’apporter moiméme et à vous embrasser une dernière fois avant la bataille... A ma première minute de liberté, je suis accouru.
SERTOR1US.
Bien, très-bien, André, n'en parlons plus... J’ai eu tort... Ah çà! c’est donc pour ce soir, sérieusement?
ANDRÉ
Très-sérieusement.
SERTORIL'S, so frottant Ici mains, avec jovialité.
Diantre! oh! oh!... Mais, dis-moi donc, jeune homme... sais-tu que c’est fort grave cela?... Ét tu ris, je crois?... Il rit, Marthe, ma parole d’honneur! Ces jeunes gens riraient à la bouche du canon!... Mais, voyons, André, sois franc, quelle est Ion impression réelle à l’approche de cette crise? Quel effet ressens-tu intérieurement? Le cœur bal-il un puu la chamade, hein, garçon?
"ANDRÉ
Je suis dans un état singulier. Je m’entends parler et marcher, comme si je marchais cl parlais sous une voûte d'une sonorité particulière. Quoique j’aie passé mes trois dernières nuits à refaire mon ouverture, il me semble que de ma vie je n’aurai besoin de dormir. Je me sens la légèreté d’un oiseau, et je ne sais pas pourquoi je ne m’envole pas, car j’ai une belle peur.
SF.RTOIUUS
Povero! — Mais tu es satisfait cependant, eh? L’exécution est suffisante? Parle-nous-en donc un peu... Ton ténor, ta prima doua, ton orchestre, ça va-t-il un peu, tout ça?
ANDRÉ
L’orchestre , supérieurement. Ce n’est pas moi qui le conduis, au reste. J,e ténor, c’est Chiari , vous savez... Il y a des choses qu’il ne dit pas mal... par exemple, le chant de Boabdil, à la fin du trois... Quant à la prima donna, c’est une sotte, — et musicienne comme un Anglais, avee