‹ Œuvres complètes d'Octave Feuillet Scenes et comediesChapitre 48 sur 74 · C.ARNIOLt · texte numérisé non relu

C.ARNIOLt

Le ciel nous en préserve! — Moi, je ne vois rien... La nuit est noire comme la face du diable... Je vais d’une minute à l’autre tomber à la mer avec mon cheval,- — et j’en rirai , — tant je suis gai !

ROSWEIN.

J’ai entendu le brait d’un fouet, j’en suis certain. 11 >p là! (i! presje son cheval ocumant.) Ah! saints du ciel ! que va-t-il se passer?

CARNIOLt.

Donne-moi tes pistolets, André ! tu n’es pas maître de toi!... Je yeux bien te servir de témoin contre ce jeune homme... mais si tu prétends me faire assister au meurtre d’une femme... corps du Sauveur! je n'en suisplus!

ROSWEIN.

Une femme! est-ce que c’est une femme?... et puis que m’importe?... Comment ! on fera ce qu’elle a fait... on fera litière sous scs pieds de tout ce qu’il y a de sacré et d’inviolable, on fera vingt fois le jour de la parole un mensonge, du sourire et des larmes une comédie, — de. l’âme d’un homme un hochet, — du nom même du ciel une lâche trahison,... et on en sera quitte pour dire: Je suis une femme!... Non, de par Dieu ! — Ah! les vois-tu, maintenant !... Arrête là-bas ! (On aperçoit une voiture qui gravit

la cote.)

CARNIOLl.

ISS

Donne-mol tes pistolets, malheureux enfant !... Je to jure que je te les rendrai pour tout combat digne de toi.

roswein.

Ilalte-lfi, postillon!... Arrête ou je te brûle!

Il saute àüas de cheval. Caroioü l’imite aussitôt. Tous deux s'approchent en courant de la voiture, qui est arrêtée.

CARNIOLl.

C’est une méprise!... André, prends garde!... Cette voiture n’est pas la sienne !

Nous allons voir.

Ils arrivent près de la voiture. Roswcin ouvre violemment la portière ;'il aperçoit le vieux Serlorius assis près d'une bière couverte d’un drap blanc — et semée de Heurs. Il recule en poussant un cri terrible. — Oainioll l’éloigne de la main et se place devant lui comme pour lui cacher ce spectacle.

SERTORIUS, d’une voix sourde et tremblante.

Qu’y a-t-il?... Que voulez-vous, messieurs? —Je l'emporte en Allemagne, elle l’a désiré. — C’est ma fille, messieurs,... (Sa voix sc brise.) ma fille unique, mon unique enfant ! — Que voulez-vous de moi ?

CARNIOLl.

Monsieur, n’ayez aucune crainte.

SERT0RIU3

Je ne crairis rien... Vous êtes des voleurs,... des bandits;... vous n’êtes pas des artistes. Je ne crains que les artistes, messieurs. C’est un artiste qui a tué ma fille. Un de vous en aurait eu pitié,... un tigre l’eût épargnée ...

CARNIOLl.

Passez on paix, monsieur ! passez en paix.

SERTORIUS

Merci, messieurs, merci. - Je l’emporte en Allemagne, elle l’a désiré.

CARNIOLI.

Oui, monsieur, allez en paix. Que Dieu vous soit en aide] (Il ferme la portière. U voiture se remet en marche et disparaît peu à peu dans l’obscurité. Carnioli se retourne.) André,... où es-tu, mon Andl é ? (Il aperçoit le jeune homme assis sur le bord de la falaise ; il

court à lui.) Soutïres-tu, mon enfant ?... Comme tu es pâle !.. Donne-moi ton pouls... Ali ! miséricorde !...

ROSWEIN

Ecoutez !

On entend un bruit de chants et de musique sur la mer : une barque passée de feux apparaît, doublant la pointe de la falaise. Les sons deviennent plus distincts; la voix de Lconora s'élève, chantant les adieux à Grenade. Roswein pousse un gein ssement étouffe et s'affaisse sur le rocher.

CARNIOLI, sc dressant sur le bord de la falaise, sans quitter la maio de Roswein, et criaul d'une voix tonnante:

Le cygne dalmate expire, et lu clianles... canaglia !

(La barque s'éloigne, Carnioli tombe sur ses genoux et pose sa main sur le coeur du jeune homme.) Plus lien !... Pauvre enfant!... pauvre enfant !... (il rembrasse et sanglote.) Ah! prie pour moi! (tes

chants a’éleïgncul danalc lointain.)

L’ERMITAGE

PERSONNAGES

LA BARONNE D'ORTHEZ, cinquante ans.

LE GÉNÉRAL Dû KERDIC, soixante ans.

.HÉLÈNE, vingt-deux ans.

PAUL, trente-quatre ans.

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