SECTION III
De rinûuence des taxes spécialement assises sur une marchandise.
Les mêmes raisons qui nous ont servi à rejeter les protections fondées sur le prétexte d'une augmentation générale de salaires, — quelle que soit d'ailleurs l'origine de ce phénomène économique, — nous conduisent évidemment à les condamner, lorsque les taxes sont universelles et embrassent toutes les catégories de producteurs. La taxe sur les revenus (income-tax) possède ce caractère. Elle s'adresse également à tous ceux qui emploient le capital, et certes, les plus chauds partisans des droits protecteurs n'ont jamais proclamé la nécessité d'en établir un à l'occasion d'un impôt sur les revenus. Mais une taxe qui pèse également sur toutes les industries, a précisément la même portée que Vincome-tax ; elle laisse à chacun des produits la valeur re-
lative qu'il avait entièrement. De sorte que la hausse des salaires, les taxes sur les revenus, les impôts établis proportioneliement sur toutes les marchandises, aboutissent au même résultat. Elles ne modifient en rien la valeur relative des produits, et ne constituent point pour notre commerce un élément d'infériorité en face des pays étrangers. iNous subissons sans doute alors l'hiconvénient d'acquitter l'impôt, mais nous n'avons aucun moyen pour nous affranchir d'un tel fardeau.
Mais une taxe qui s'adresse exclusivement aux producteurs d'une certaine marchandise, tend à en élever le prix. Si elle ne L élève pas effectivement, les producteurs se trouvent placés dans une condition désavantageuse relativement aux autres classes de producteurs, et sont privés des bénéfices généraux et habituels du commerce. Aussitôt qu'une marchandise renchérit, sa valeur s'altère comparativement à celle des autres produits. Si dès lors on ne frappe pas de droits protecteurs l'importation des produits similaires du dehors, on commet une iniquité envers le producteur national, et cette iniquité s'étend au pays même auquel il appartient. L'intérêt public exige qu'il ne soit pas privé de l'industrie à laquelle il se fût voué sous un régime de libre concurrence, et à laquelle il se vouerait encore si la taxe dont on a grevé ses produits s'adressait en même temps à tous les autres objets. Tout impôt qui frappe exclusivement un groupe d'industriels constitue, au fond, une véritable prime sur l'importation des produits étrangers et cette prime équivaut au quanlum de l'impôt. Pour rétablir le niveau normal de la concurrence, il faudrait, non-seulement assujettir la marchandise importée à un droit égal, mais de plus protéger, au moyen d'un draw-back équivalent, l'exportation du produit national.
Les cultivateurs de blé sont soumis à certaines taxes, telles que les dîmes, une partie de la taxe des pauvres, et peut-être, une ou deux autres contributions qui tendent à accroître le prix de tous les produits naturels du montant de ces charges spéciales. L'importance du droit de l'importation du blé devra donc se mesurer sur le renchérissement produit par ces taxes. Si le renchérissement s'élève à 10 schillings par quarter, il sera juste de frapper l'importation des blés étrangers d'un droit de 10 schillings, et de favoriser la sortie de nos blés, au moyen d'un draw-back équivalent. — L'existence simultanée du droit d'entrée et du draw-back replacerait le commerce dans la situation où il était avant rétablissement des taxes, et pré-
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viendrait des déplacements de capitaux toujours nuisibles aux intérêts du pays.
Un pays a droit d'espérer les plus magniliques résultats, lorsque le gouvernement modère son intervention et s'abstient d'encourager ou d'entraver la route que le spéculateur considère comme la plus avantageuse pour le placement de ses capitaux. Si l'on rayait d'un mot la concurrence étrangère, les dimes, les contributions, etc., qui pèsent exclusivement sur le fermier, ne seraient plus un obstacle au développement de son industrie. En effet, il élèverait immédiatement le prix de ses produits, et dans le cas où cette faculté lui serait enlevée il abandonnerait une profession qui ne lui donnerait plus les prolits généraux et ordinaires des autres industries. Permettre l'importation, c'est donner aux agriculteurs du dehors un encouragement injuste, à moins qu'on ne soumette les produits étrangers à un droit équivalent aux dîmes et autres charges qui pèsent exclusivement sur le cultivateur national.
Et cependant, si Ton refusait à ce dernier la concession d'un drav^back à la sortie, il pourrait dire : « Avant l'origine de votre taxe et an- » térieurement à la hausse qu'elle a immédiatement déterminée dans » mes produits , je pouvais lutter avec les cultivateurs étrangers sur » les marchés de l'univers ; en éloignant la limite où commencent mes » bénéfices, vous m'avez enlevé ce privilège. Concédez-moi un draAV- » back , et vous me replacez dans la situation même où j'étais relative- ') ment à mes concitoyens, — considérés comme producteurs des autres » marchandises , — et relativement aux étrangers, — comme créa- >' leurs de produits naturels. )^ Les principes de l'équité la plus sévère et les vrais intérêts du pays seraient d'accord pour appuyer une telle réclamation.