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SECTION V

De l'influence produite sur le prix des blés par le Bill de M. Peel relatif au rétablissement de l'ancien étalon.

Les Opinions qui se sont formées relativement à l'effet produit sur le prix des blés par le bill de M. Peel diffèrent profondément. Dans cette lutte, un des camps semble avoir dépouillé toute bonne foi et toute sincérité , et il sera facile de voir, je pense, à quel point ses assertions ont changé. Un grand nombre de ceux qui soutinrent pendant la guerre que notre monnaie n'avait subi aucune dépréciation, essaient de démontrer aujourd'hui que la dépréciation a été énorme à cette époque, et que tous les désordres de notre situation actuelle viennent de ce que nous avons ramené au pair notre circulation avilie.

Ils oublient que, de 1797 à 1819, nous avons été privés d'un étalon qui pût servir à régler la quantité ou la valeur de notre monnaie. Ces deux termes fondamentaux dépendaient entièrement de la Banque d'Angleterre. Or les directeurs de cet établissement, mus , nous le voulons bien, par de nobles et justes intentions envers le public, ont révélé les principes qui les avaient dirigés dans leurs émissions, et tout le monde s'accorde à penser que ces principes ont exposé le pays aux plus graves complications. Aussi la valeur de notre circulation a-t-elle éprouvé des fluctuations considérables pendant les vingt- deux années où la volonté de la Banque a été la seule règle de la quantité et de la valeur de nos unités monétaires.

La dépréciation de notre monnaie atteignit probablement son apogée en 1813 et 1814, car à cette époque l'or était monté à 5 1. 8 sh. et 5 1. 10 sh. Tonce. En 1819, le mouvement s'était légèrement transformé ; le papier n'était plus que de 5 p. O/o inférieur à son ancienne valeur, et l'or valait 4 1. 3 sh. ou 41.2 sh. l'once. C'est en 1 8 i 9 que le {OEuv. de Ricardo.) 42

Bill de M. Pcel reçut force de loi. Lorsque ce bill fui présenté, le Parlement dut examiner la question sous la forme innnédiate qu'elle revêtit alors , et on conclut à arrêter enfin un système qui accordait à une compagnie de négociants le privilège de régler arbitrairement la valeur de la monnaie. Ce dont on s'occupa alors ce fut de déterminer si rétalon serait ramené au taux ancien de 3 1. 17 sh. 1 0 1 /2 d. , ou fixé au chiffre de 4 1. 2 sh. qui avait représenté les prix de l'or non-seulement pendant la session actuelle du Parlement, mais encore pendant les quatre années précédentes. La Chambre, pressée de choisir entre ces deux mesures, adopta la plus sage et décréta le rétablissement de l'ancien étalon. Mais lorsque certains esprits disent aujourd'hui que la valeur de la monnaie a été forcément élevée de 25 p. 0/0 suivant les uns , de 50 et même de 60 p. O/o suivant les autres, ils ne se reportent pas à l'époque où le bill fut voté, mais à celle où la dépréciation fut la plus grande, et ils attribuent tout le renchérissement de la circulation au bill de M. Peel.

Le bill de M. Peel a aboli un système sous l'empire duquel il pouvait se produire d'aussi étonnantes variations.

Certes, si en 1819, ou à l'époque immédiatement antérieure à 1819, l'or eût été à 5 1. 10 sh. l'once, un changement aussi violent eût pu passer pour un acte insensé. Mais le prix de l'or, comme je l'ai déjà établi, était alors de 4 1. 2 sh., et pendant les quatre années précédentes il était resté à peu près au même chiffre , — descendant quelquefois au-dessous, mais ne le dépassant jamais. On le voit donc, la mesure que l'on reproche au Parlement de n'avoir pas adoptée, mesure qui eût consisté à fixer l'étalon à 51. 10 sh., est tout simplement une monstruosité; car elle nous amenait à déprécier de 30 p. O/o au-dessous de la valeur de l'or une circulation qui, même sous l'empire d'un détestable système, avait recouvré, à 5 p. O/o près, sa valeur comparative avec l'or.

On doit se rappeler que je soumis alors à l'attention du public un plan pour l'établissement d'un étalon fixe. Ce plan créait de nouvelles ressources et rendait inutile l'emploi d'une quantité d'or supérieure à celle que possédait la Banque. Il consistait à obliger la Banque à payer ses billets en or-lingot évalué au prix de la Monnaie, 3 1. 17 sh. 10 1/2 d. l'once, au lieu de les rembourser en or-monnaie.

Si ce plan avait été adopté , notre circulation se serait effectuée sans la plus petite parcelle d'or : le papier serait devenu notre seul instrument monétaire concurremment avec les coins d'argent nécessaires au paiement de moins d'une livre. Il est facile de démontrer

DE LA PROTECTION ACCORDÉE A L'AGRICULTURE. fy^

que, dans cette hypothèse , le retour à l'ancien type métrique ne pouvait augmenter que de 5 p. O/o la valeur de la monnaie , car c'était la seule différence qui existât entre la valeur de l'or et celle du papier» Cette limite de 5 p. O/q est d'autant plus exacte que le projet, n'exigeant dans l'application aucune quantité supplémentaire d'or , ne pouvait arriver à hausser la valeur de la monnaie ^ . Le bill de M. Peel réalisait mon projet pendant quatre années, et décrétait au bout de ce temps la reprise des paiements en espèces. Si, pendant cette époque de préparation accordée par la loi , les directeurs de la Banque s'étaient voués à diriger leurs opérations avec l'habileté que réclame l'intérêt public, ils auraient constamment fait tous leurs efforts pcmr maintenir le change au pair par leurs émissions, et conséquemment , pour prévenir toute importation d'or. Mais , ennemis déclarés et perpétuels des paiements en lingots , ils songèrent immédiatement à organiser leurs remboursements en numéraire. Par la marche de leurs émissions, le change devint extrêmement favorable à l'Angleterre. L'or y affluait de toutes parts en un courant continu, et la Banque l'acheta et avec empressement à raison de 3 1. 17 sh. 10 1/2 d. l'once. Une telle demande ne pouvait manquer d'accroître la valeur de l'or comparativement à celle de toutes les marchandises. Il nous fallut alors élever la valeur de notre circulation non-seulement de 5 p. O/o , montant de la différence entre le papier et l'or avant la réforme , mais encore de l'excédant de valeur réparti à 1 or lui-même par les acquisitions extravagantes de la Banque. Il est indubitable , selon moi , que si, après avoir franchement adopté les paiements en lingots pour trois des années de 1819 à 1823, on eut découvert que ce système répondait parfaitement à la marche d'une circulation fondée sur de l'or à valeur fixe , et on l'eût continué. Nous aurions ainsi échappé aux difficultés que nous avons eu à supporter en raison des paiements en espèces.

Les directeurs de la Banque s'abritent , pour la défense de leurs actes, derrière les plaintes qu'on leur a adressées relativement aux exécutions capitales qui atteignent si fréquemment les contrefacteurs. Cette pénalité violente les aurait ainsi forcés à substituer aux

' X\ec 4 1. 2 s en billets de banque, chacun pouvait se procurer exactement la même quantité de marchandises qu'avec l'or contenu en 3 1. 17 s 10 1/2 d. Le but de mon projet était de donner à .3 1. 17 s. 10 1/2 d. en billets, une valeur éi^ale à 3 1. 17 s-lio 1/2 d. en or. Pour arriver à ce but, dans le cas où l'or serait resté aia «lême taux, eut-il donc été nécessaire, eût- il même été possible d'abaisser à& plus de 5 p. ^Iq la valeur des marchandises ?

GCO Œ^^UVRES DIVERSES.

billets d'une livre des signes métalliques. S'il est réellement impossible de substituer aux billets actuels d'autres billets plus propres à prévenir la contrefaçon, leurs motifs prennent quelque valeur ; car il faudrait se résoudre avec joie à un sacrifice pécuniaire destiné à détruire les tentations criminelles qui déciment chaque année tant de malheureux. Mais cette excuse sied mal à la Banque d'Angleterre , dont la tendre sollicitude pour les malfaiteurs ne s'est éveillée qu'en 1821. Or, elle avait'déjcà amassé à cette époque une si grande quantité de numéraire, qu'elle s'adressa au Parlement afin d'obtenir une loi qui lui permit de reprendre ses paiements en espèces avant 1823, terme fixé parle bill de M. Peel. Comment les directeurs n'ont -ils pas fait cette découverte en 1819 , au moment où les comités des Lords et des Communes se trouvaient saisis des affaires de la Banque ? Au lieu de réclamer avec ardeur la reprise des paiements en espèces, ils se récrièrent alors, en termes que beaucoup d'esprits trouvèrent inconvenants, contre un projet de remboursements en numéraire qui devait leur ravir le privilège d'accroître ou de réduire arbitrairement la masse de la circulation. On n'a sans doute pas oublié que dans une note communiquée à la Banque, le 24 mars 1819, le comité des Lords demandait si « la Banque avait quelques objections à présenter contre une loi qui l'obligerait à payer ses billets en lingots au taux de 3 1. 17 sh. 10 1/2 d. pour les sommes au moins égales à 100 1. , 200 1. , ou 300 1., et à échanger ses billets contre de l'or-lingot au taux de 3 1. 17 sh. 6 d. » Le comité ajoutait que « le projet devait être rendu exécutoire à une époque désignée, et invitait la Banque à formuler ses objections. »

Les directeurs répondirent : « La Banque a pris en considération « la question posée par le comité des Lords le 24 mars ; elle ne voit » aucun obstacle à échanger des lingots d'or contre un montant dé- » terminé et proportionnel de billets de banque , pourvu toutefois » que l'or ait été fondu , essayé , contrôlé à la Monnaie. «

« Les directeurs ont considéré le chiffre de 3 l. 17 sh. 6 d. assigné » aux achats de lingots comme tellement hypothétique, que, dépo- « sitaires de la confiance des actionnaires, ils n'ont pas cru pouvoir « s'engager à émettre l'or au prix de 3 1. 1 7 sh. 10 1/2 d. ; mais ils pro- » posent, comme mesure transitoire , de fournir, en échange de la « somme de billets indiquée , des lingots d'un poids fixe et qu'on » évaluerait d'après le prix courant du jour. Ils demanderaient lou- » tefois pour la Banque le temps de se préparer aux conséquences de » ces nouvelles mesures, »

DE L.V PllOTlCCïlOiN ACCORDEli: A L'AGKICULTUUE. G61

Eli adoptant cette proposition, on aurait li^ré à la Banque ellemême le privilège de fixer le prix auquel elle Youdrait bien céder de temps en temps l'or au public. En effet, par rexpansion ou la contraction de ses billets elle se trouvait maîtresse du prix de l'or, elle pouvait l'élever capricieusement à 4 1. ou à 10 1. l'once; et c'est après avoir ainsi construit un tarif de prédilection qu'elle proposait de vendre les lingots, « pourvu qu'on lui accordât le temps nécessaire pour » faire l'épreuve de cette mesure. » On ne saurait certes trop admirer son abnégation.

Après une telle proposition, après l'adresse présentée au cbancelier de l'Ecbiquior par les directeurs de la Banque d'Angleterre le 20 mai 1819, il n'est plus permis de dire que la question des contrefaçons a paru assez importante aux directeurs pour les décider, en 1819, à substituer le numéraire à leurs petits billets. Comment expliquer alors l'intérêt spécial qu'ils yattacbenten 1820?

11 est excessivement difficile d'apprécier l'influence qu'ont pu avoir sur la valeur de l'or, et conséquemment sur celle de la monnaie, les achats de lingots faits parla Banque. Lorsque deux marcbandises varient , il est impossible de décider si l'une a monté ou si l'autre a fléchi ; le seul moyen approximatif qui puisse nous conduire à ce résultat, consiste à comparer rigoureusement la valeur des deux marchandises avec celle de tous les autres produits pendant la période des fluctuations.

Et ce moyen lui-même est encore loin d'offrir un témoignage certain. Il peut arriver que la moitié des marchandises qui nous servent de terme de comparaison ait varié dans une direction , et l'autre moitié dans une direction opposée ; sur quelle moitié asseoirons-nous nos calculs? Si l'une nous indique que l'or a haussé , l'autre indiquera qu'il a baissé, et réciproquement. Un des déposants les plus capables parmi ceux examinés par le comité d'agriculture, M. Tooke, est cependant arrivé à cette conclusion , que l'ardeur avec laquelle la iîanque rechercha l'or destiné à remplacer ses petits billets , avait élevé d'environ 5 p. O/o la valeur de la circulation. Il est arrivé à ces résultats au moyen d'observations délicates sur le prix de l'argent et de diverses marchandises , et en tenant compte de toutes les causes ([ui ont pu agir spécialement sur la valeur de chaque produit. Je m'associe complètement aux calculs de M. Tooke, et s'ils sont fondés, on peut évaluer à environ 10 p. O/o l'accroissement survenu dans la valeur de notre circulation depuis le vote du bill de M . Peel en 1 8 1 9. Cependant les effets de celte mesure ne se sont pas arrêtés là. Les

mi ŒUVRES DIVERSES.

charges contributWes se sont accrues de 10 p. O/o, tandis que sons l'influence seule de la reprise des paiements en espèces et indépendamment de l'action que d'autres causes pouvaient exercer sur lui y le prix des grains et de toutes les marchandises baissait dans le même rapport. Mais au delà de cette limite de 10 p. O/o, toute la baisse qui se manifesta ensuite dans le prix du blé doit être attribuée à l'excédant de l'offre sur la demande , et cette baisse , elle n'eût pas moins existé dans le cas où l'on n'eût pas altéré la valeur de la circulation.

Un grand nombre d'intérêts fonciers se sont soulevés pour prétendre que la détresse agricole naissait d'une cause unique. Ils ont même été jusqu'à dire qu'il n'y a plus pour eux d'autre produit net que celui dont ils versent le montant entre les mains du gouvernement à titre de taxes : qu'on leur a ravi à la fois la rente et le profit; que le cultivateur est obligé de prélever sur son capital le montant du fermage ; et qu'enfin tous ces désordres, tous ces maux dérivent des changements introduits dans la circulation.

11 est évident que les interprètes d'une assertion aussi extravagante ignorent comment les moditications introduites dans la valeur de la circulation réagissent sur les différents intérêts d'un pays. Si elles nuisent au débiteur, elles favorisent au même degré le créancier; si elles pèsent sur le fermier, elles profitent au propriétaire et au rece veur des contributions. Ceux qui soutiennent la doctrine précédente doivent donc être prêts à démontrer que le fonds qui constituait aupa ravant la rente du propriétaire et les profits du fermier, se trouve transporté à l'Etat par le seul effet des changements subis par la monnaie, et se distribue maintenant aux receveurs des contributions et aux créanciers publics. Il est indubitable qu'en acquittant les arrérages de rentes avec une monnaie supérieure en valeur, on a dû améliorer la situation du rentier ; mais qui nous prouve que cett<*< amélioration a été assez forte pour ajouter à ses moyens de jouissance ceux dont pouvait disposer auparavant tout le corps des fermiers et des propriétaires du pays? On ne saurait soutenir un moment d'aussi étranges assertions. Où sont les superbes équipages, les magnifiques palais que les porteurs d'effets publics ont étalés à nos yeux depuis le bill de 1 8 1 9 ? Et d'ailleurs, quand l'assertion serait vraie, comment les profits du commerçant et de l'industriel ont-ils pu échapper à l'avidité du rentier, ce monstre dévorant, comme on l'a appelé ? Leurs profits ne sont-ils donc pas soumis aux mêmes principes, aux mêmes lois que ceux du fermier? Sous quel abri ont-ils pu se réfugier pour ^oir passer l'orage ? La réponse est claire : Il n'y a aucune vérité dans

m LA l>UOTECriOi\ ACœilDEfc: a L'AClUCLiLlUKE. 66.5^

I assertion émise. L'agriculture a été frappée par des causes au milieu desquelles la circulation ne joue qu'un bien faible rôle. Les souffrances particulières qui pèsent sur les intérêts fonciers ont un caractère passager, et disparaîtront avec l'excédant de l'offre sur la demande, 'l'ont prix rémunérateur devient impossible tant que ce principe de baisse continue à agir ; mais , disons-le , la situation actuelle ne peut être de longue durée.

11 est évident que, si l'altération de la valeur des monnaies et l'accroissement des taxes ont eu assez d'influence sur la position des fermiers pour leur ravir les bénéfices de leur capital, ils ont du détruire en même temps les bénéfices de tous ceux qui utilisent leurs épargnes; car il est impossible qu'une catégorie de capitalistes soit constamment privée de ses bénéfices, pendant que les autres réalisent un gain convenable.

Les propriétaires peuvent dire que leurs revenus sont grevés de cliarges fixes, telles que douaires, dots pour les filles et les cadets , bypothèques , etc. On ne peut nier que, pénétrant dans ces obligations, l'altération de la valeur des monnaies n'y ait une grande inlluence et ne pèse lourdement sur les propriétaires ; mais ce fait qui les frappe aujourd'hui, leurs pères ou eux-mêmes en ont profité lors de la dépréciation monétaire. Pendant de longues années ils ont acquitté leurs engagements fixes, — y compris les taxes, — en signes avilis. S'ils souffrent de l'injustice aujourd'hui, ils en ont donc [)rofité à d'autres époques, et l'on trouverait, je pense, en étal)lissant rigoureusement les comptes, que, relativement aux modifications introduites dans la valeur de la circulation, ils ont peu sujet de se plaindre.

Mais le commerce n'a t-il pas droit aussi à élever la voix à Té gard de ses obligations pécuniaires atteintes par les changements de la monnaie? Le chiffre de ses dettes n'est-il pas égal aux dettes des agriculteurs? Combien de personnes retirées des affaires, et dont les capitaux sont encore mis en œuvre directement ou indirectement par leurs successeurs ! Quelles sommes énormes les banquiers et d'autres ne remuent-ils pas chaque jour en escomptant des effets ?

II faut des débiteurs pour garantir tous ces escomptes, et l'accroissement de la valeur des monnaies a dû nécessairement aggraver le poids de leurs engagements.

J'insiste sur ces faits pour démontrer que, si les altérations moue taires ont été la cause véritable du malaise des intérêts agricoles, elles ont dû produire un malaise semblable dans d'au 1res industries. E*

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comme en fait, je ne trouve nulle part cette hypothèse réalisée, j'ai bien le droit d'en conclure qu'on s'est mépris sur le principe de tous ces maux.

Il doit toujours exister une certaine proportion entre les profits des fermiers et ceux des autres classes de capitalistes. Ces profits sont peut-être assujettis à des oscillations passagères plus nombreuses ; mais les circonstances dont se plaignent les fermiers , quelque granité qu'elles aient acquise aujourd'hui sous l'influence de causes multiples , ne sont après tout ni nouvelles , ni exceptionnelles.

M. Tooke a enrichi sa déposition devant le comité agricole, p. 230 et |23 1 , de quelques extraits puisés dans des publications du siècle dernier, et où l'on^prédisait déjà la ruine des agriculteurs en termes analogues à ceux dont on s'est servi de nos jours. Les embarras de nos pères se sont dissipés, et avec de bonnes lois les nôtres ne seraient plus bientôt qu'une question d'histoire.

A la dernière assemblée générale des actionnaires de la Banque, les directeurs soutinrent que, loin d'avoir réduit le montant de la circulation depuis 1819, ils lui avaient imprimé un très-grand développement, et qu'en ce moment il excédait de plus de 3,000,000 1. le chiffre des deux années précédentes. Le rapport des directeurs, fût-il vrai, n'est point une réponse à l'accusation qu'on leur a adressée d'avoir abaissé le taux de la circulation et provoqué directement l'afflux des lingots d'or. La question est celle-ci : — Votre circulation a-t-elle été assez|forte pour maintenir le change au pair ? Les faits répondent négativement, et j'ai donc droit de dire que, si l'importation de l'or a eu pour effet d'aggraver les charges qui pèsent sur le pays, c'est une preuve que la Banque n'a pas émis une assez grande quantité de billets pour maintenir le pair du change. Et maintenant, que la masse des billets de banque ait été effectivement stationnaire, progressive, ou décroissante, l'accusation nen subsiste pas moins.

Mais d'ailleurs je nie même que la circulation en 1822 ait été de un demi-million plus forte qu'en 1821 et 1820. Le mode de démonstration adopté par les directeurs est loin d'être concluant ; on va le voir. Ils disent : En 1821 nous avions 23,800,0001. en circulation, et aujourd'hui l'ensemble de nos billets , johit aux souverains que nous avons émis depuis, offre un excédant de 3,000,000 1. Mais il faut observe! que les souverains ont cours en Irlande et en d'autres provinces du Royaume-Uni : comment pourront-ils donc affirmer que dans le même canal où circulaient 23,800,000 1. de billets de banque en

DE LA PKOTFXTION ACCORDÉE A LAGKICULTLKE. vm

1821, il circule aujourd'hui une somme de 20,800,000 1. ? Je crois que des conclusions opposées seraient seules yraies, car je trouTC que le montant des billets de 5 livres et au-dessus, qui ont composé la circulation pendant quelques unes des dernières années, a été pour les mois de février comme suit :

Années.

Années.

Comme l'augmentation des billets de 5 1. et au-dessus n'a été que de 400,0001. depuis 1820, il ne paraît pas croyable que la masse des coupures inférieures se soit accrue dans un rapport beaucoup plus rapide.

Avant de terminer cette section, je ferai observer combien sont dénuées de tout fondement les plaintes que la Banque s'est attirées par son refus d'escompter à 4 p. O/q. Le motif de ces griefs est, qu'en escomptant à 4 p. O/o, la Banque abaisserait le taux général de l'intérêt et relèverait la situation des cultivateurs, à qui elle permettrait d'emprunter sur hypothèque à des conditions beaucoup plus douces. Je ne crois pas que le chiffre des avances de la Banque, quelque élevé qu'il soit , ni que le taux de ses escomptes, à quelque degré qu'il descende, puissent modifier le taux de l'intérêt sur le marché. L'intérêt se règle principalement sur les bénéfices produits par la mise en œuvre du capital, et aucune banque ou réunion de banques ne peut exercer sur lui la moindre influence. Pendant la dernière guerre, l'intérêt des capitaux sur le marché flotta longtemps entre 7 et 10 p. O/o, et cependant la Banque ne prêta jamais au-dessus de 5 p. O/q. La charte de la Banque d'Irlande lui' interdit d'escompter à plus de 5 p. O/o, et autour d'elle les emprunts se contractent à 6 p. O/q.

Une banque a exécuté le programme de ses fonctions utiles dès qu'elle a substitué le papier à l'or dans la circulation , dès qu'elle a mis aux mains du commerce un agent monétaire peu coûteux, et rendu à la production des agents précieux et stériles. Le taux de ses avances aura une bien faible importance tant qu'elle satisfera complètement à toutes ces conditions.

Lors d'une discussion récente sur le taux des escomptes de la Banque , un membre très-éclairé du Parlement' émit un argument assez singulier. Il dit que, puisque la Banque de France et d'autres Banques du continent prêtaient à un taux médiocre, celle d'Angleterre devait

ofio ŒUvr.Ks i)ivb:usi<:s.

suivre les mêmes errements. Je ne puis apercevoir le lien qui existe entre ces prémisses et ces conclusions. La Banque de France doit se conformer au taux de l'intérêt et des profits sur le marché de France ; ia Banque d'Angleterre doit se conformer , elle, au taux de l'intérêt et des profits er. Angleterre. Ces deux marchés peuvent différer essen tiellement. L'argument de l'orateur prouve d'ailleurs qu'il considère la modicité de l'intérêt comme étant en lui-même très-favorable à un pays : pour moi, je crois précisément le contraire. Le taux de l'intérêt, lorsqu'il est faible, est le symptôme d'une grande agglomération de capitaux, mais il est aussi le symptôme de profits languissants et d'une tendance vers l'état stationnaire , vers une situation économique où la richesse et les ressources d'un pays semblent arrêtées dans leur développement. Comme l'avenir et la fortune se construisent avec des bénéfices , comme la prospérité d'un peuple s'accroît d'autant plus qu'il marche rapidement vers le progrès, les profits et l'intérêt ne sauraient jamais être trop élevés. Ce serait payer trop cher l'avantage (^n'auraient les propriétaires terriens d'emprunter à des conditions plus douces, s'il fallait l'acheter par l'affaiblissement de nos bénéfices et de nos intérêts.

Ce grief, qui me parait avoir mauvaise grâce dans la bouche d'un membre du Parlement, au moins comme représentant de l'intérêt public, aurait pu être articulé avec justice par un actionnaire de la Banque au sein d'une assemblée générale. En effet, il est difficile de concevoir sur quel principe les directeurs se fondent, et comment ils entendent l'avantage de leurs actionnaires, lorsqu'ils prêtent à 3 p. O/o au gouvernement * des sommes pour lesquelles ils obtiendraient 4 p. 0/0 des particuliers. Mais cette question échappe au contrôle du [)ublic, et nous devons laisser aux directeurs cl aux actionnaires le soin d'organiser leurs o])érations à volonté.

' La Banque se trouve maintenant à découvert de sommes importantes prêtées à trois pour cent sur des bous de rKchiquier et cela, outre son capital social qui est aussi entre les mains du gouvernement. Quant à ce dernier fonds, ses statuts l'obligent à le laisser à l'État à raison de trois pour cent.

DE LA PROTECTION ACCOUDEE A L'AGIUCULTUIiE. (167

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