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SECTION VI

De l'influence qu'a le bas prix du blé sur le taux des profits '.

Je désire que l'on comprenne bien ce que j'entends par ces mois le bas prix du blé, — Je considère la valeur du blé comme faible, lorsqu'un travail modéré suffit pour en produire de vastes quantités. Moins une somme de travail consacrée à la culture produira de blé, et plus le taux du produit s'élèvera. Dans le développement progressif des sociétés, la valeur du blé est soumise à l'action de deux causes opposées. L'une de ces causes est l'accroissement de la population. Elle dirige par nécessité le travail humain sur des terres moins fécondes, où la. culture est plus coûteuse , et tend toujours à élever la valeur du blé ; — l'autre, qui est la découverte de nouveaux marchés abondants et éloignés, tend toujours à rabaisser. Tantôt l'une domine, tantôt l'autre, et c'est en raison de ces alternatives que le prix du blé s'élève et fléchit tour à tour.

En disant valeur du bU, j'exprime uiïe idée un peu différente de son prix. Lorsque sa valeur hausse, le prix suit généralement la même progression ; il la suivrait toujours, si la monnaie qui sert universellement à fixer les prix était invariable. Mais il peut arrivci" que le blé n'ait pas varié relativement aux autres marchandises; il peut arriver que sa production n'exige ni plus ni moins de travail ^ et que cependant son prix s'élève et s'abaisse en raison des circonstances qui auront influé sur la monnaie pour la rendre ou abondante et moins chère, ou rare et coûteuse. 11 n'y a pas de fait moins impor tant pour une société que les cliangcments introduits dans le prix dit blé par les seules altérations de la valeur des monnaies ; il n'en est point, au contraire, qui atteigne plus profondément la richesse et ses bénéfices que la baisse ou la hausse du blé dans rhypothèse d'une circulation invariable. INous ferons ici abstraction des changements

* En substituant ici le mot prix au mot valeur du texte anglais, nous n'avons point méconnu la différence scientifique et délicate qui les sépare. Ricardo lui même a pris soin de fixer les esprits à ce sujet, mais après avoir indiqué leur point de départ, il renonce à introduire dans son argumentation une multiplicité de termes qui aurait pu l'obscurcir. Nous ftùsons comme lui ; nous confondons ici le sens de ces deux mois en ayant soin de choisir l'expression qui paraît le mieux se conformer aux allures de la langue économique française.

(108 QEUVIIES DIVERSES.

de la inonuaie, aiiu de mieux déterminer riuflueiice qui appartient à la liausse et à la l)aisse des céréales , et nous donnerons au mot prix la môme signification qu'au mot valeur.

Comme le blé est un des principaux articles dans lesquels \iennent se fondre les salaires du travail, sa valeur entre pour beaucoup dans la fixation de ces salaires. Comme toutes les marchandises qui sont soumises au principe de l'offre et de la demande, le travail est lui-même assujetti à des variations de valeur ; mais il est de plus gouverné par le prix des objets nécessaires au travailleur. Or le blé, comme je l'ai dit, occupe le premier rang parmi ces choses nécessaires. J'ai essayé de prouver, dans une des sections précédentes, qu'une hausse générale des salaires n'aurait pas pour effet immédiat d'élever le prix des marchandises auxquelles on a consacré le travail ; dès que les salaires augmentent dans une industrie, il faut que les produits de cette industrie renchérissent en même temps afin de placer le producteur sur un pied d'égalité avec tous les autres groupes d'industriels. Mais quand la hausse des salaires embrasse à la fois toutes les productions, la valeur additionnelle qu acquièrent les marchandises n'a qu'une bien faible importance. J'ai déjà signalé ce phénomène , et je puis le justifier de nouveau. En effet : que le prix de tous les produits soit élevé ou faible, leur valeur relative restera toujours la même ; et l'on sait que l'accroissement ou la diminution de quantités de marchandises contre lesquelles ils peuvent être échangés, dépend seulement des altérations éprouvées par cette même valeur relative. En définitive, tout homme échange ses produits contre d'autres produits ou contre du travail. Il lui sera dès lors complètement indifférent de vendre ses propres produits à un prix élevé ou à un prix inférieur, si, dans le premier cas, il est obligé de payer cher tous les objets de sa consommation, et si, dans le second au contraire, il peut les obtenir à bon marché. Dans ces deux hypothèses la masse de ses jouissances aura été la même.

L'excédant de travail consacré aux terres inférieures maintiendrait le prix du blé à un taux élevé et déterminerait la hausse des salaires ; mais cette hausse ne se communiquant pas aux marchandises, les profits tomberaient nécessairement. Si la production de certains objets d'une valeur de tOOO 1. exige à une certaine époque un travail de 800 1. , et que plus tard les frais de création se montent à 900 1. , il est évident que les bénéfices descendront de 200 1. à 1001., et cette baisse n'affectera pas une seule industrie , elle s'étendra à toutes. Lorsque l'augmentation des salaires a un caractère général, clic réagit égale-

DE LA PUOTECTION ACCOUDÉE A L'AGRICLLTUKE. GGî>

ment sur les profits du fermier, du mamifacturier et du commerçant. Le seul moyen de conserver des profits élevés consiste à déprimer le taux des salaires. Cette phase de la loi des profits nous montre tout d'abord combien il est important de maintenir à des prix inférieurs une denrée aussi nécessaire que le blé , et dont l'action est si puissante sur les salaires ; elle nous démontre aussi combien sont fatales aux intérêts d'un pays ces prohibitions , dont l'effet est de pousser continuellement à la culture des terrains les plus pauvres, afin de subvenir aux besoins d'une population croissante.

En appliquant à la culture des produits alimentaires plus de travail qu'il n'en faudrait sous un autre système, nous abaissons le chiffre des profits, et par suite, nous diminuons la somme de nos jouissances et les sources de nos épargnes. Ce sont là déjà des résultats assez tristes ; mais en outre nous offrons aux capitalistes une tentation irrésistible d'aller porter leurs capitaux sur les marchés où les salaires sont faibles et les profits considérables. Si les propriétaires terriens étaient assurés devoir se perpétuer le haut prix des céréales, — ce qui n'est pas le cas. Dieu merci, — leur intérêt serait diamétralement opposé à celui des autres classes de la société. En effet, les progrès de la rente ont pour cause primitive et principale le haut prix qui naît des difficultés de la production. Et qu'on ne pense pas que l'avantage dont les propriétaires héritent soit une compensation pour le? obstacles qui interdisent aux autreis classes de la société d'acheter du blé à bon marché. Cette consolation elle-même nous est ravie, car, pour répandre de chétives faveurs sur une classe de citoyens, il faut faire peser sur les autres les charges les plus oppressives.

L'avantage qu'en retireraient les propriétaires serait d'ailleurs plutôt apparent que réel ; car, pour être complet, il faudrait qu'il reposât sur des prix à la fois stables et élevés.

Rien n'est fatal aux intérêts du fermier comme des oscillations perpétuelles dans les prix. Or je tacherai de démontrer dans la prochaine section qu'un système de protection exclusive pour les propriétaires, et de prohibition contre les céréales, est de nature à exposer les fermiers aux fluctuations les plus dangereuses. Lorsque les bénéfices du fermier sont brillants , il est porté à vivre plus largement, et à calculer son existence sur l'espoir d'une prospérité constante. Mais les revers sont là, certains, inévitables. Accablé par les suites de son imprévoyance, harcelé par la multitude de ses dépenses, il lui sera impossible de remplir ses engagements envers le propriétaire.

La rente nominale de ce dernier est eiïectivement élcYce , mais il se trouve souvent dans la situation de ne pouvoir la réaliser. N'est-il pas évident qu'un prix à la fois plus modéré et plus stable lui serait plus avantageux, et qu'en régularisant les bénéfices du fermier il donnerait au maître, sinon le gage d'une rente plus chère, du moins celui d'un bonheur et d'une aisance assurés ?

Il paraît donc qu'un prix à la fois stable et élevé serait éminemment favorable au propriétaire. Mais, comme il est presqu' impossible de concilier ces deux termes dans un pays tel que le nôtre, son intérêt s'allierait plus avantageusement avec des prix modérés. Mieux que tout autre principe, on pourrait établir que le bas prix des blés est favorable au fermier et à toutes les autres classes de la société. De hauts prix sont incompatibles avec de faibles salaires, et les hauts salaires excluent les grands profits.

Je dois constater ici une erreur émise par un de ces hommes qui donnent à leurs opinions l'autorité imposante du génie. Cette erreur porte que le manufacturier peut hausser le prix de sa marchandise imposée, et se rendre même la taxe favorable en certaines occasions ; mais qu'il n'est pas au pouvoir du fermier de s'indemniser ainsi, et qu'à l'expiration de son bail, si ce n'est même avant, tout le fardeau de la taxe retombera sur le propriétaire. Cette erreur date de loin, car elle s'appuie sur la renommée d'Adam Smith. Depuis lors, la question de la rente, les lois qui en régissent la hausse et la baisse ont été discutées, exposées, et tous ceux qui ont étudié ces vues nouvelles ont dépassé l'opinion précédente. Je n'aborderai pas maintenant ce sujet que tant d'écrivains habiles ont contribué à éclaircir. Je demanderai seulement aux partisans de la doctrine de Smith, sur qui retomberait en définitive un impôt territorial de 3 sh. ])ar acre, prélevé sur une de ces terres dont nous a parlé M. Harvey dans sa déposition, citée plus haut, et pour lesquelles on paie seulement une rente de dix-huit pence? Le fermier devra nécessairement se contenter de profits inférieurs à ceux des cultivateurs qui paient de plus hauts fermages, ou bien il devra reporter ses sacrifices sur le consommateur. Mais pourquoi continuerait-il une industrie où ses bénéfices sont inférieurs à ceux des autres classes de capitalistes ? Il y aurait encore pour lui une question , celle du temps nécessaire pour se dégager d'une profession stérile ; mais il l'abandonnerait, comme tous les autres travailleurs, qui, placés dans des circonstances analogues, cessent leurs opérations.

J'ai choisi l'exemple cité par M. Harvey , parce qu'il a donné à ses

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observations le poids de sa longue expérience. Mais je suis d'ailleurs bien convaincu que , dans cliaque pays , on produit d'immenses quantités de blé sans avoir à payer une rente quelconque pour le privilège de l'exploitation. Tout fermier a le droit de consacrer une portion additionnelle de capital à la culture de ses terres , lorsqu'il y a déjà appliqué les ressources qui doivent acquitter sa rente. Si le blé qui doit lui produire ce supplément d'exploitation n'a pas à supporter une nouvelle rente, il en retirera les profits ordinaires. Mais, frappez sa production d'un impôt territorial sans admettre pour contre-poids un accroissement de prix, et dès ce moment vous le poussez à dégager dyjsol ses derniers capitaux, dès ce moment vous diminuez l'approvisionnement général. 11 n'est pas dans mon esprit de principe mieux prouvé que celui-ci : — tout impôt établi sur la création des produits naturels retombe en définitive, comme tous ceux qui frappent les objets manufacturés, sur les consommateurs de ces divers articles.

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