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CONCLUSION

Après avoir traité la plupart des questions qui se rattachent intimement au système général qu'il serait convenable, sage d'établir relativement au commerce des blés , je crois devoir résumer en quelques mots les opinions qui se sont fait jour d'une manière plus étendue dans les différentes parties de cet Essai.

L'avilissement actuel de la valeur des produits naturels est diï en partie aux fluctuations de la monnaie, et principalement à l'excédant de l'offre sur la demande. La part qu'il est raisonnable d'attribuer au bill de M. Peel et à l'action de la Banque dans la fixation des prix, peut être évaluée aritlimétiquement à 10 p. O/o- L'influence que ces deux causes ont eue sur l'immense accroissement des charges publiques peut aussi s'évaluer à 10 p. O/q. Mais l'aggravation des taxes n'a pas seulement pesé sur les intérêts agricoles , elle a frappé avec la

même intensité les créanciers de l'Etat et toutes les autres classes de citoyens. Supposons que la terre paie la moitié de tous les impots du pays. Si nous déduisons tout d'abord cette partie de limpot qui se mesure par la valeur de la monnaie et qui s'accroît lorsque celle ci diminue, nous verrons que les charges supplémentaires supportées par l'agriculture en masse, fermiers et propriétaires, depuis 1819, n'ont pas dû excéder deux millions. Mais enfin admettons qu'elles aient été de quatre millions par an*. Croit-on que les pertes subies par les tenanciers et les propriétaires, en raison de la réduction des prix, puissent se réduire à ces quatre millions? Non, évidemment non ; car les agriculteurs s'accordent à dire que la rente est actuellement prélevée sur leur capital, et que tous leurs profits ont disparu. Si nous devons attribuer exclusivement la détresse actuelle aux altérations de la monnaie, nous devons donc aussi admettre que le revenu net des tenanciers et des propriétaires se réduisait antérieurement à quatre millions ; or, c'est là une proposition que personne ne voudrait soutenir. A quelle autre cause faut-il alors faire remonter le malaise ? à quelle autre cause faut-il attribuer l'avilissement excessif de nos produits agricoles? La réponse est, je crois, simple , claire et satisfaisante : — Cette cause tant cherchée, c'est la surabondance générale que des récoltes brillantes et les envois de l'Irlande ont versée sur nos marchés.

Notre législation actuelle n'a fait que seconder ces circonstances. Elle a eu pour effet de diriger les capitaux sur les terrains inférieurs, et d'élever le prix de nos blés dans les années moyennes bien au-dessus des autres pays. Les prix doivent nécessairement être forts sous un régime pareil, mais les chanches de baisse se multiplient dans le rapport de cette progression ascendante. Le contingent additionnel que versent les récoltes abondantes tend toujours à encombrer nos marchés. S'il excède les besoins de la consommation , la valeur des produits diminuera et diminuera constamment, sans que nous puissions avoir recours à l'exportation, qui ne s'ouvre qu'au moment où la vi-

' Le montant total des taxes payées aux créanciers de l'État et à la commission de l'amortissement s'élève à 36 millions. Supposons que les autres charges fixes se montent à quatre millions, nous aurons donc un total de quarante millions, sur lequel a pu réagir l'altération de la valeur des monnaies. J'évalue l'accroissement à dix pour cent, ou à quatre millions qui retombent our toutes les classes à la fois, propriétaires, commerçants, manufacturiers, travailleurs, et, en dernier lieu, sur les porteurs d'effets publics.

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litc des prix a réduit les fermiers aux abois. Et pourtant les fermiers ne sont jamais plus réellement protégés que lorsque la voie des exportations reste ouverte à tous les spéculateurs.

Pour atténuer autant que possible les inconvénients d'une telle situation , il faut se déterminer à restreindre graduellement Tinjuste protection dont on couvre l'agriculture. Le système que nous devrions adopter en ces temps de calamités, consiste à concéder au cultivateur national le monopole de notre marché, jusqu'au moment où le blé a atteint 70 shillings le quarter. A partir de cette limite de 70 shillings les nouveaux règlements devraient négliger toutes les évaluations de prix fixes et de moyennes, et frapper d'un droit de 20 shillings par quarter l'importation du froment : on calculerait proportionnellement ensuite le tarif des autres grains.

Cette modification de nos lois ne nous protégerait que bien faiblement contre les effets de la surabondance , mais elle serait éminemment favorable en préservant nos marchés de l'encombrement qui pourrait suivre l'ouverture de nos ports. Le régime d'un droit fixe n'encouragerait que les importations nécessaires , et comme on n'aurait plus à craindre la fermeture de tous les ports , les spéculateurs consulteraient les besoins du pays avant de faire leurs expéditions de blé ; nous serions donc ainsi largement protégés contre tout encombrement venant du dehors.

Si nous nous arrêtions cependant à ces mesures qui constituent déjà en elles-mêmes un beau progrès sur notre législation actuelle , notre œuvre serait bien incomplète. D'un autre côté , il serait téméraire et violent dans les circonstances actuelles d'enlever tout à coup à la terre de vastes capitaux. Je proposerai donc de réduire d'un shilling chaque année et jusqu'à ce qu'il soit descendu à la moitié, le droit protecteur de 20 sh. En môme temps il nous faudrait accorder un drawback de 7 sh. par quarter à Texportation et constituer ces mesures à l'état permanent.

Ce droit d'entrée de 10 s. par quarter vers lequel je dirigeraisramélioration de nos tarifs, dépasserait certainement la somme des taxes spéciales qui pèsent sur l'agriculteur, indépendamment de toutes celles que supportent les autres groupes de producteurs ; mais j'aime mieux pécher par libéralité que par un excès de rigueur. C'est ce qui m'a conduit à ne pas proposer un draw-back rigoureusement égal au montant des taxes. Quant au cultivateur, la réduction du droit à 10 sh. aurait pour lui tous les avantages de la liberté commerciale , ou du moins il ne s'en faudrait que d'une différence insignifiante de 3 sh. par quar-

ter. A. moins que l'abondance et la baisse des prix ne fussent universelles, il trouverait toujours dans l'exportation un moyen d'écouler ses réserves et d'en raffermir la valeur. Dans tous les cas , le prix de son blé côtoierait la valeur générale, de 20 ou 25 sli. plus près qu'aujourd'bui , et cette seule modification serait déjà inappréciable pour lui.

Avant de terminer, je crois nécessaire de répondre à une objection que l'on a souvent élevée contre la liberté du commerce des céréales. Cette objection se fonde sur la dépendance où nous serions placés visà-vis des autres pays pour l'approvisionnement de la denrée la plus nécessaire ; elle suppose , de plus , que nous demanderons à l'importation une grande partie des produits nécessaires à notre consommation .

En premier lieu, je me sépare de ceux qui prétendent que le chiffre de nos importations serait immense : et en second lieu, je prétends que dans le cas même oùel es seraient aussi vastes qu'on le suppose, nous n'aurions aucun danger à redouter.

Il résulte de tous les rapports faits au sein du comité d'agriculture, que nous ne saurions introduire une très grande quantité de blé, sans déterminer immédiatement une hausse considérable dans les prix originaires du dehors. A mesure que le rayon de notre approvisionnement s'étendrait pour aller embrasser la Pologne et l' Allemagne, les frais du transport par terre viendraient grossir puissamment le prix de la denrée. Pour répondre à des demandes additionnelles, les cultivateurs de ces deux pays descendraient aux terrains inférieurs, et comme la valeur du blé dans un pays se règle toujours d'après le montant des frais de culture sur les terrains les plus stériles et les plus coûteux, le développement de la production rendrait moins accessible le taux qui doit récompenser les efforts de l'agriculteur étranger. Mais plus les prix s'élèveront au dehors , et plus il sera avantageux de l'appliquer à l'intérieur à la culture des terrains pauvres; d'où je conclus de nouveau , que sous un régime de libre concurrence , nos importations ne seraient pas très- considérables.

Mais admettons un moment que cela soit , quel danger y aurait-il donc il être, comme on l'a dit, tributaire des pays étrangers pour la jnajeure partie de nos subsistances? Si nos demandes étaient constantes et uniformes , et elles le deviendraient inévitablement sous un tel système , on produirait au dehors d'immenses quantités de blé destinées à notre marché, et s'il était possible, les pays étrangers auraient encore plus d'intérêt à nous faire parvenir leurs blés que nousmêmes à les recevoir.

Etudions attentivement les faits qui se pressent ici sous nos yeux. (OEuv. de Ricardo.) \\

N'y voyons-nous pas les effets qu'une légère surabondance peut produire sur le prix des céréales ? Quel n'eut pas été l'encombrement de nos marchés, si l'Angleterre eût habituellement accru sa production d'une quantité additionnelle destinée à la consommation étrangère ? Aurions-nous eu , dans ce cas , le triste courage de nous fermer yolontairement les marchés étrangers et d'exposer nos fermiers et nos propriétaires à une ruine générale ? Je suis siir que nous ne le ferions pas , même en temps de guerre. Quelque énergie que l'on puisse accorder aux sentiments d'hostilité qui animent les peuples au moment delà lutte; quelque désir que nous puissions avoir de torturer un ennemi en lui enlevant ses moyens de subsistance , je suis persuadé que nous renoncerions à exercer notre vengeance à de telles conditions. Or, si telle serait notre politique , soyons persuadés que telle serait aussi dans les mêmes en-constances la politique des autres peuples, et que nous n'aurions jamais à souffrir de la privation de nos approvisionnements extérieurs.

Tous nos raisonnements conduisent donc au même résultat. Ils nous indiquent que tout en tenant compte des droits acquis , il faut introduire aussi promptement que possible une sage liberté dans le commerce des céréales. Le bienfait de cette mesure s'étendrait à la fois au fermier, au consommateur, au capitaliste. Et tout en admettant que la moyenne des rentes en argent put être plus élevée sous un régime de droits restrictifs , j'observerai que rien ne garantirait la solvabilité indéfinie des tenanciers, et que l'intérêt bien entendu des propriétaires doit les amener nécessairement à substituer des prix fixes et des rentes précises à des prix mobiles et à des rentes dont le service s'effectue sans régularité.

APPENDICE

Adresse votée le 20 mai 1819 par les directeurs de la Banque d'Angleterre et présentée au chancelier de l'Échiquier.

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