PRIX'DU BLÉ PAR QUARTER. —DROIT
à 53 sh. et au-dessus 4 sh.
de .53 à 52 5 sh.
de 52 a 51 6 sh.
de 51 à .50 7 sh.
de .50 à 49 8 sh.
de 49 à 48 9 sh.
à 48 el au-dessous 10 sh.
Quant au second point, qui est de savoir si un impôt sur les sa laires du travail doit faire monter le prix de la main-d'œuvre.
pas du grain d'un pays où il manque constamment, et où il est par conséquent plus cher que partout ailleurs.
M. Biichanan est donc fondé à dire que chacun des consommateurs, a, pour ce qui regarde le blé, une moins grosse part à consommer, et qu'il la paie aussi cher que si elle était plus grosse.
Cette législation est nécessitée par la circonstance qu'il y a en Angleterre, dans la réalité, deux prix naturels pour le blé. L'un se compose des frais de production du blé produit par les fonds de terre du pays ; l'autre, des frais de production du blé produit par l'industrie commerciale, du blé que l'Angleterre doit à son commerce. Ce dernier prix est en général plus bas que l'autre ; et si le gouvernement n'ordonnait pas qu'il ne sera versé du blé du commerce qu'autant que le prix s'en élèvera à 80 sch., les cultivateurs ne pourraient soutenir la concurrence des négociants ; ils ne vendraient pas un quarter de grain ce que ce quarter leur coûte; ils abandonneraient cette culture , au moins en partie , et acquitteraient difficilement leurs contributions, leurs fermages et la taxe des pauvres. C'est ainsi que l'autorité publique entretient perpétuellement une espèce de disette factice , un prix monopole, qui , par suite du même système, s'étend à beaucoup d'autres marchandises, rend la vie difficile, et chasse hors de leur terre natale un si grand nombre d'Anglais. Pour être conséquent dans
En disant que cette loi nouvelle doit rayer la famine et les crises industrielles de l'ordre du Jour des nations, j'en aurai suffisamment fait connaître la grandeur. La réforme accomplie à travers les luttes ardentes de la^tribuoe anglaise ou pugilat des Imstings, cette réforme qui a détruit l'inique rançon payée par la chaumière au palais, par le prolétaire à l'aristocrate, me semble, en effeî , le plus grand triomphe, que la science, incarnée dans quelques hommes, ait remporté au profit du genre humain. Sans doute, ce n'est pas au moyen de quelques articles votés dans l'enthousiasme d'une cause sainte, que l'on peut prévenir à jamais le retour des disettes, des souffrances manufacturières, des diminutions de saiaii'e-*. Décréter une abondance perpétuelle, serait renouveler le miracle des noces de Cana, ou de la multiplication des pains, et nous ne croyons pas même que les protection istes s'en chargent, eux qui multiplient si facilement, cependant, le nombre des ouvriers.employés dans les forges, les houillières; eux surtout, qui ont fait ce miracle étonnant de faire croire à 35 millions d'hommes que ce qui les ruine les enrichit. Il sarait donc absurde de rendre les institutions humaines , responsables des caprices de l'atmosphère , et des calamités qui s'opposent à leur bienfaisante influence. Qu'est-ce en effet que la famine, si ce n'est le rétablissement virtuel des vieilles lois sur les céréales par la main du hasard?^ je ne veux pas dire de la Providence. Les forces humaiiie.s^ue peuvent rien contre ces brutalités du sort. Je me trompe elles pourrraient en alléger le poids en les répartissant sur le monde entier, et en appelant au secours des provinces désolées, celles dont les moissons ont été respectées : elles peuvent préparer les approvisionnements, en abaisser le prix par l'extension des marchés, et la régularité des opérations commerciales : elles peuvent faire, enfin, ce qu'elles ont fait et font encore pour l'Irlande, qui se fut éteinte sans elles dans le blasphème, le sang et la faim. JN'avons-nous pas été nous mêmes demander un conseil aux vieux maîtres, aux Turgot, et aux Smith, à l'approche de la crise, comme cette Rome altière, qui implorait, aux jours du danger, l'appui de ses grands hommes exilés. En voilà bien assez pour porter haut la mémoire des Cobden, des Bright, des Wilson, des Villiers, et la venger des tristes et mensongères attaques, dont on voudrait la ternir hous prétexte de léodalité industrielle, d'oppression de l'ouvrier, etc., —toutes choses que la liberté du commerce est appelée à balayer progressivement. A. F.
M. Buchanan dit : < Après que le travailleur a reçu la récompense » équitable de son travail , que peut-il avoir à réclamer de celui qui « remploie, en raison des impôts qu'il est ensuite forcé de payer? >> 11 n'y a pas de loi ni de principe social qui puisse l'y autoriser. » Une fois que le travailleur a reçu son salaire, c'est à lui à le gar- » der, et il doit, selon ses facultés, supporter le fardeau de toutes » les charges auxquelles il pourra ensuite être assujetti; car il est » évident qu'il n'a aucun moyen de forcer ceux qui lui ont déjà » payé le juste prix de son ouvrage, à lui rembourser ses impôts. » M. Buchanan a transcrit, en l'approuvant beaucoup, un excellent passage de l'ouvrage de M. Malthus sur la population, lequel, selon moi, détruit complètement son objection : « Le prix du » travail, quand rien ne l'empêche de gagner son niveau, est un » baromètre politique de la plus haute importance , qui marque le » rapport entre l'offre et la demande des subsistances, entre la quan- » tité à consommer et le nombre des consommateurs ; et son terme » moyen , abstraction faite des circonstances accidentelles , marque » encore clairement les besoins de la société, par rapport à la po- » pulation. Quel que soit le nombre d'enfants, par ménage , néces- >' saire pour conserver la population actuelle telle qu'elle est, le prix » du travail sera justement suffisant pour fournir à l'entretien de ce » nombre, et il sera au-dessus ou au-dessous, selon l'état des fonds » réels destinés à l'entretien des travailleurs , soit que leur nombre >' se trouve stationnaire , soit qu'il aille en croissant ou en décrois- » sant. Au lieu donc de le considérer sous ce point de vue , nous le » regardons comme quelque chose que l'on peut élever ou baisser » à volonté, quelque chose qui dépend principalement des juges de » paix du royaume. Lorsque la hausse du prix des subsistances mar- •' que déjà que la demande est trop forte par rapport à l'offre, on » élève le prix du travail pour placer le travailleur dans la même » position qu'auparavant ; c'est-à-dire, que nous augmentons la de- » mande, et nous sommes alors fort surpris de voir que le prix
ce système vicieux, en même temps qu'on diminue, ou, ce qui revient au même, qu'on empêche de s'accroître les objets de consommation, il faudrait empêcher de s'accroître le nombre des consommateurs ; mais on n'e^st point d'accord làdessus en Angleterre : j'en juge par les contradictions qu'éprouve M. Malthus. L'un n'est pourtant que la conséquence nécessaire de l'autre. On ne peut soutenir que par de mauvais palliatifs une santé politique altérée par des excès qu'on ne veut pas corriger. — J.-B. Say.
[OEuv. de Ricardo,) 13
i94 PRINCIPES DE L'ÉCONOMIE POLITIQUE.
» des subsistances continue à hausser. A cet égard, nous agissons » à peu près comme si, lorsque le mercure, dans le baromètre ordi- » naire, marque ï orage, nous allions le faire monter, en employant » quelque pression forcée , de manière à le mettre au beau fixe , » et si alors nous nous étonnions beaucoup de ce qu'il continue de » pleuvoir. »
Le prix du travail marquera clairement les besoins de la société par rapport à la population; il sera précisément suffisant pour fournir aux besoins de la population que suppose et exige l'état des fonds destinés à cette époque à l'entretien des travailleurs. Si leurs salaires n'étaient auparavant que suffisants pour satisfaire aux besoins de la population, après l'impôt ils deviendront insuffisants; car le travailleur aura moins à dépenser pour l'entretien de sa famille. Le travail haussera donc de prix , parce que la demande se soutient ; et c'est uniquement par un prix plus haut que l'offre peut ne pas être contrariée ^
Rien n'est plus commun que de voir les chapeaux, ou la drêche renchérir quand on y met des impôts ; ces objets montent, parce que, s'ils ne montaient pas, on ne pourrait point en fournir l'approvisionnement nécessaire. Il en est de même du travail ; quand les salaires sont imposés , il augmente de prix ; car, s'il ne montait pas , il serait impossible que la population nécessaire pût se maintenir. M. Buchanan n'admet-il pas lui-même tout ce que nous prétendons prouver, que « si , en effet , le travailleur se trouvait réduit à avoir » uniquement de quoi se procurer les choses de première nécessité, » son salaire ne pourrait plus souffrir de diminution , car il lui serait » impossible d'entretenir sa famille à de telles conditions. »
Supposons que le pays se trouve dans des circonstances telles , que les moindres travailleurs soient appelés , non-seulement à entretenir leur famille, mais encore à faugmenter, leurs salaires seront réglés en conséquence. Pourraient-ils multiplier, si l'impôt leur enlevait une partie de leur salaire et les réduisait à l'absolu nécessaire ?
Il est hors de doute qu'une denrée imposée ne haussera pas de
• Il est impossible d'accorder à l'auteur que la demande du travail reste la m^me lorsque le travail augmente de prix. Si donc, l'ouvrier quand on le force à payer un nouvel impôt, voulait s'en faire rembourser par ceux qui l'emploient, à coup sûr la demande faite par ceux-ci diminuerait. Il n'y a pas de fait plus constant et mieux expliqué dans toute l'économie politique. — J.-B. San .
CHAP. XVI. — t)ES IMPOTS SUR LES SALAIRES 195
prix à proportion de l'impôt, si la demande en diminue sans que la quantité puisse en être réduite. Si la monnaie métallique était en usage généralement, sa valeur ne monterait pas longtemps, par l'effet de l'impôt , à proportion du montant de cet impôt ; car, dès qu'elle aurait une plus forte valeur, la demande en diminuerait sans que sa quantité diminuât. Et la même cause influe sans doute souvent sur les salaires du travail ; le nombre des travailleurs ne peut être augmenté ou diminué aussi rapidement que les fonds; mais , dans le cas supposé , il n'y a pas de diminution nécessaire de la demande de bras ; et quand même cette diminution existerait, elle ne serait pas en proportion de l'impôt établi ^ .
* L'effet de l'impôt est nécessairement très-compliqué, parce que les différentes classes sur lesquelles il porte ou qui en font l'avance sont placées dans une foule de situations variées, plus ou moins avantageuses ou désavantageuses pour en rejeter le fardeau sur d'autres classes. Vouloir décider de l'effet de l'impôt par des principes trop absolus, et sans tenir compte de la multitude de circonstances qui modifient son effet, c'est vouloir, selon moi, arriver à des résultats fort différents de ceux que nous présente l'observation.
Que l'on mette un impôt sur la fabrication ou les fabricateurs de chapeaux ; que ce soit une patente ou bien une estampille, ou bien un droit sur la matière première, ou le local, ou les ouvriers chapeliers, peu importe ; que ce droit s'élève à 2 fr., je suppose, pour chaque chapeau de 20 fr., qu'arrivera-t-il ? les chapeaux se paieront-ils 22 fr. ? Non ; il faudrait pour cela que la demande restât la même, ce qui n'est pas possible. Les chapeaux se paieront- ils 20 fr. comme auparavant ? probablement non ; il faudrait que les producteurs payassent en totalité l'impôt sur leurs gains ; or cette circonstance, rendant cette production moins avantageuse, diminuerait la quantité offerte des moyens de production des chapeaux. Pour qu'elle se balance avec la nouvelle quantité qui sera demandée, il faudra peut-être payer non pas 18 fr., mais 19 fr. la totalité des services productifs propres à faire un chapeau ; et l'impôt de 2 fr. payé, il se trouvera que le consommateur aura payé 2i fr. un chapeau de la qualité de ceux qu'il payait 20 fr., et que les producteurs auront vendu 19 fr. cette même qualité dont ils obtenaient 20 fr. avant l'impôt que nous avons supposé s'élever à 2 fr.
L'impôt aura porté en partie sur les producteurs, entrepreneurs et ouvriers, mais dans des proportions fort diverses; en raison de la diminution de leurs gains, et en partie sur les consommateurs, à cause de l'augmentation du prix, et la production de cet article, comme sa consommation, auront diminué. Avec quelques variations dépendantes de circonstances diverses, c'est à peu près là l'effet de toute espèce d'impôt ; et cet effet, résultat de la nature des choses et du raisonnement qui l'explique suffisamment, ébranle , je le dis avec chagrin , l'édifice que M. Ricardo , non-seulement dans ce chapitre, mais dans quelques autres, élève avec beaucoup d'habileté sur des principes trop absolus.
M. Ricardo dira peut-être à l'appui de sa doctrine qu'il faut bien que la quan-
M. Buchanan oublie que les fonds que le gouvernement lève par l'impôt sont par lui employés à l'entretien de travailleurs, à la vérité improductifs, mais qui sont (cependant des travailleurs. Si, lorsque les salaires sont imposés, le pri\ du travail ne montait pas^ il y aurait une grande augmentation dans la demande des bras ; car les capitalistes, qui n'auraient rien à payer sur cet impôt , auraient les mêmes fonds disponibles pour donner de l'emploi à des ouvriers, tandis que le gouvernement aurait , dans le montant de l'impôt qu'il aurait reçu, un surcroît de fonds pour le même emploi. Le gouvernement et la nation se trouveraient par là en concurrence , et la suite de leur rivalité serait la hausse du prix du travail. «On n'emploierait que le même nombre d'ouvriers, mais on leur donnerait de plus forts salaires ^
tité de travail industriel se proportionne au capital productif de la société; qu'ainsi il ne peut pas y avoir moins de chapeaux produits après l'impôt qu'auparavant ; que la quantité offerte restant la même, le prix n'en peut pas monter, et que s'il y a 2 fr. d'impôt à payer, il faut que ce soit l'entrepreneur seul qui en supporte la perte.
Je répondrai, en premier lieu, qu'un commerce grevé d'impôts exige, en proportion des quantités produites, plus de capitaux; en second lieu, qu'une partie des capitaux sorte évidemment d'un emploi qui devient moins avantageux, sans que ce soit toujours pour se porter sur d'autres productions également favorables au bien-être de la société, et qu'ils en sortent aussi pour être voués à la consommation improductive, à la destruction. Ne voyons- nous pas chaque année, au moyen des emprunts publics, la plupart des gouvernements de l'Europe détruire une partie considérable des épargnes et des capitaux de leurs sujets ? Ils rendent d'une part la production désavantageuse par des impôts exagérés, et d'autre part offrent complaisamment aux producteurs de dévorer à la suite d'un emprunt les capitaux qui, par leur faute, rendent trop peu entre les mains de l'industrie. Le vice nourrit le vice ; et s'il n'y avait pas maintenant en Europe, dans le monde entier, un développement de connaissance et d'activité industrielle supérieur à tous les exemples que nous fournissent les temps historiques, un développement qui fait plus que balancer les maux qui résultent de la mal-administration, il ne tiendrait pas à la politique européenne que la civilisation du monde rétrogradât on ne sait où. — J.-B. Say.
* N'y a-t-il point dans tout ce qui précède une confusion entre le fonds destiné à la consommation improductive , à la simple satisfaction des besoins de l'homme , et le fonds destiné a la reproduction,, qu'on nomme le capital..^
Lorsqu'on fait payer à un ouvrier un impôt qu'il ne peut se faire rembourser ni par son maître, ni par le consommateur du produit auquel il concourt lorsque le montant de cet impôt est donné à un courtisan, il est clair que le fonds de consommation du courtisan ou du percepteur est augmenté de tout ce qui est ôté au fonds de consonnnation de l'ouvrier; les jouissances du pre-
Si l'impôt avait été établi directement sur le peuple, le fonds national pour l'entretien des travailleurs aurait diminué dans la même proportion que celui du ^gouvernement , destiné au même emploi, et il n'y aurait pas eu, par conséquent, de hausse des salaires; car, quoique la demande restât la même , il n'y aurait plus la même concurrence. Si, une fois l'impôt levé, le gouvernement en exportait le produit pour le donner comme subside à un État étranger; et si par conséquent ces fonds étaient consacrés à payer les travailleurs étrangers, au lieu des Anglais, tels que des soldats, des matelots, etc., alors il y aurait sans doute une moindre demande de bras, et les salaires pourraient bien ne pas hausser, quoique étant imposés. Mais la même chose arriverait si l'impôt avait été mis sur des denrées de consommation , sur les profits du capital, ou si la même somme avait été levée de toute autre manière, pour fournir le montant du subside; c'est-à-dire, il y aurait moins de bras employés dans le pays. Dans l'un des cas, on empêche les salaires de monter; dans l'autre, ils doivent baisser absolument.
Mais supposons que le montant d'un impôt sur les salaires, après avoir été prélevé sur les ouvriers, fût donné gratuitement à ceux qui les emploient ; cela augmenterait le capital de. ceux-ci d'une somme d'argent destinée à payer la main-d'œuvre, mais cela ne multiplierait ni les denrées ni le nombre des bras. Il y aurait donc augmentation de concurrence entre ceux qui emploient des ouvriers, et l'impôt n'occasionnerait en définitive aucune perte ni à l'ouvrier ni à celui qui l'emploie! Ce dernier paierait plus cher le travail; et ce
mier sont multipliées aux dépens quelquefois des besoins urgents du second; mais on peut dire, à la rigueur, que la demande des travaux productifs n'est pas diminuée : elle n'est que déplacée. On demande, en travaux qui concourent à des objets de luxe, ce que l'ouvrier cesse de demander en bonne nourriture, en bons vêlements, en ameublements commodes.
Lorsque l'impôt est pris sur le capital, il ne faut pas croire qu'il achète autant de travaux que s'il était demeuré dans cet utile emploi. A la vérité, le gouvernement se sert de son montant pour faire des achats qui remplacent ceux qu'aurait faits cette portion de capital ; c'est-à-dire peut-être de la poudre à canon, au lieu de la laine dont on aurait fabriqué du drap ; mais la poudre à canon ne se reproduit pas par elle-même, tandis que le drap, une fois fabriqué , se vend, et de sa valeur on recommence à acheter de nouvelles denrées dont la production fait travailler de nouveau les producteurs, et le même jeu se renouvelle perpétuellement. Dans ce cas, il ne faut pas dire que le montant de l'impôt entre les mains du gouvernement réclame autant de travaux industriels qu'entre les mains des particuliers. — J.-B. Sav.
surcroît de salaire, l'ouvrier le paierait à son tour au gouvernement, qui, dans le cas supposé, le rendrait à l'entrepreneur de travaux.
On ne doit cependant pas oublier que le produit de l'impôt est souvent dissipé sans fruit, et qu'en diminuant le capital, l'impôt tend à diminuer le fonds réel destiné au soutien des travailleurs , et par conséquent qu'il occasionne une moindre demande de bras. Les impôts donc en général, en tant qu'ils diminuent le capital réel du pays, rendent la demande des bras moindre; par conséquent l'effet probable d'un impôt sur les salaires, quoique cet effet ne soit ni nécessaire ni particulière cet impôt, c'est que, quoique les salaires éprouvent une bausse, elle ne sera cependant pas d'une somme précisément égale à la valeur de l'impôt.
Adam Smith, ainsi que nous l'avons déjà dit, convient pleinement que l'effet d'un impôt sur les salaires serait de les faire monter d'une somme égale au moins à la valeur de l'impôt, et que cet impôt serait en définitive payé par l'entrepreneur de travaux, s'il ne l'était pas immédiatement. Jusque là nous sommes tout à fait d'accord ; mais nous différons essentiellement dans la manière dont chacun de nous envisage l'action postérieure d'un pareil impôt.
« Ainsi, quand même un impôt direct sur les salaires du travail, » dit Adam Smith, serait payé par les mains mêmes de l'ouvrier, on » ne pourrait pas dire proprement qu'il fait l'avance de l'impôt, » du mollis si la demande de travail et le prix moyen des denrées » restaient les mêmes après l'impôt comme auparavant. Dans tous » les cas, la personne qui emploie immédiatement l'ouvrier serait » obligée d'avancer, non - seulement l'impôt, mais quelque chose » de plus que l'impôt. Le paiement définitif retomberait sur des » personnes différentes, selon les circonstances. La hausse que l'im- » pôt occasionnerait dans les salaires des ouvriers de manufac- ' » ture , serait avancée par le maître manufacturier , qui serait » à la fois dans la nécessité et dans le droit de la reporter, avec un » profit, sur le prix de ses marchandises. Ainsi, le paiement défi- « nitif de ce surhaussement de salaires, y compris le profit addition- » nel du maître manufacturier, retomberait sur le consommateur. « La hausse qu'un tel impôt occasionnerait dans les salaires du tra » vail de la campagne, serait avancée par le fermier, qui serait obligé » alors d'employer un plus gros capital pour entretenir le même » nombre de travailleurs qu'auparavant. Pour se rembourser de cet » excédant de capital , ainsi que des profits ordinaires des capitaux , il » serait nécessaire qu'il retînt dans ses mains une plus forte portion.
» OU, ce qui revient au même, la valeur d'une plus grande portion » du produit de la terre, et par conséquent qu'il payât moins de » rente au propriétaire. Ainsi, dans ce cas, le paiement définitif de « ce surhaussement de salaires, en y joignant le profit additionnel » du fermier qui l'aurait avancé, retomberait sur le propriétaire. » Dans tous les cas, un impôt direct sur les salaires du travail doit « nécessairement occasionner, à la longue, une plus forte diminution » dans la rente de la terre; et en même temps une plus forte hausse - dans le pri^ des objets manufacturés que n'en aurait pu occasion- ' ner, d'une part ni de l'autre, l'imposition d'une somme égale au » produit de cet impôt, qui aurait été convenablement assise, par- » tie sur le revenu de la terre, et partie sur les objets de consomma- » tion. » Tome III, page 337.
Smith soutient, dans ce passage, que le surhaussement des salaires payé par les fermiers doit retomber en définitive sur les propriétaires fonciers, qui recevront moins de rente; mais que l'excédant de salaires payé par les manufacturiers à leurs ouvriers occasionnera une hausse dans le prix des ouvrages manufacturés, et que ce surcroit de frais retombera par conséquent sur le consommateur.
Supposons la société composée de propriétaires fonciers , de manufacturiers, de fermiers et d'ouvriers. On convient que les ouvriers seront dédommagés de ce qu'ils paieront pour l'impôt; mais qui les en dédommagera? qui voudra se charger de payer la portion qui ne retombe pas sur les propriétaires? Les manufacturiers ne pourraient en payer aucune partie ; car, si le prix de leurs marchandises haussait à proportion du surhaussement des salaires qu'ils sont obligés de payer , ils se trouveraient dans une plus belle position après l'impôt qu'auparavant. Si le fabricant de drap, le chapeher, le cordonnier, etc. , pouvaient chacun élever le prix de ses marchandises de 1 0 pour cent , en supposant que ces 1 0 pour cent suffisent complètement pour les indemniser du surcroît de salaires qu'ils paient à leurs ouvriers; si , comme le dit Adam Smith, « ils étaient à la fois dans la nécessité et dans le droit de reporter « ce surcroît de salaires, avec un profit , sur le prix de leurs mar- « chandises, » dans ce cas, chacun d'eux pourrait consommer autant de marchandises des autres marchands que par le passé, et par conséquent ils ne contribueraient en rien à l'impôt. Si le fabricant de draps payait ses chapeaux et ses souliers plus cher , il vendrait aussi son drap à plus haut prix. Ces fabricants achèteraient tous
les ouvrages manufacturés avec autant d'avantage qu'auparavant , et tant que le blé conserverait le même prix, — ce qu'admet le docteur Smith , — et qu'ils auront un surcroît de monnaie pour Tacheter, ils gagneraient, au lieu de perdre, à un tel impôt.
Si donc, ni les cultivateurs ni les manufacturiers ne contribuent à un tel impôt , et si les fermiers s'en dédommagent par la baisse de la rente, il n'y aura que les propriétaires fonciers qui en supporteront tout le fardeau, et ils devront encore fournir au surhaussement des profits du manufacturier. Mais pour effectuer cela , il faut qu'ils consomment tous les ouvrages manufacturés du pays ; car le surcroît de prix réparti sur toute la masse, est à peine supérieur à la valeur de l'impôt levé dans l'origine sur les ouvriers des manufactures.
Or personne ne niera que le fabricant de draps , le chapelier et les autres manufacturiers ne soient tous consommateurs respectifs de leurs marchandises ; tout le monde conviendr a que tout ouvrier consomme du savon , du drap , des souliers , de la chandelle et plusieurs autres denrées : il est donc impossible que tout le fardeau de ces sortes d'impôts tombe uniquement sur les propriétaires.
Mais si les ouvriers ne paient aucune part de l'impôt, et que cependant le prix des ouvrages manufacturés hausse, les salaires doivent hausser, non-seulement pour les indemniser de l'impôt, mais encore à cause du renchérissement des objets manufacturés de première nécessité ; et cette hausse, en tant qu'elle afifecte les travaux de l'agriculture, deviendra une nouvelle cause de la baisse de la rente , tandis qu'elle occasionnera une nouvelle hausse du prix des marchandises manufacturées. Ce surhaussement du prix des marchandises agira à son tour sur les salaires. L'action et la réaction, d'abord des salaires sur les marchandises, et ensuite des marchandises sur les salaires, s'étendra sans qu'on puisse lui assigner des limites. Les arguments sur lesquels repose cette théorie mènent à des conclusions si absurdes, qu'il est aisé de voir du premier coup d'oeil que le principe posé est tout à fait insoutenable.
Toutes les variations qu'éprouvent les profits du capital et les salaires du travail , par la hausse des rentes et par celle des objets de première nécessité , dans le progrès naturel de la société , et la difficulté croissante de la production, seront également occasionnées par l'accroissement de salaires que cause un impôt; et par conséquent les jouissances de l'ouvrier, aussi bien que celles de ceux qui l'emploient,
seront diminuées par l'eifet, non- seulement de Timpèt en question, mais de tout autre moyen servant à prélever la même somme.
L'erreur d'Adam Smith vient d'abord de ee qu'il suppose que tout impôt payé par le fermier doit nécessairement retomber sur le propriétaire, sous la forme d'une réduction de rente. Quant à cet objet , je me suis déjà expliqué dans le plus grand détail , et je me flatte d'avoir démontré , à la satisfaction du lecteur, que puisqu'un capital considérable est employé sur les terres qui ne paient pas de rente, et puisque c'est le résultat obtenu au moyen de ce capital qui règle le prix des produits agricoles, il ne saurait être fait de déduction dans les rentes. Par conséquent, ou il ne sera point accordé de compensation au fermier pour l'indemniser de l'impôt sur les salaires ; ou, s'il en obtient une, ce ne sera qu'au moyen d'un renchérissement des produits agricoles.
Si l'impôt est trop onéreux pour le fermier, il pourra élever le prix de ses denrées premières , afin de se mettre de niveau avec les autres commerçants ; mais un impôt sur les salaires , qui ne pèserait pas plus sur son commerce que sur celui des autres , ne pourrait ni être rejeté sur ceux-ci , ni compensé par la hausse des produits agricoles; car le même motif qui pourrait l'engager à élever le prix du blé , c'est-à-dire , le désir de se rembourser de l'impôt , déciderait le fabricant de draps à élever le prix de ses étoffes , et lé cordonnier, le chapelier et le tapissier, à augmenter le prix de la chaussure , des chapeaux et des meubles.
S'ils peuvent tous augmenter le prix de leurs marchandises de manière à se rembourser avec profit de l'impôt , puisqu'ils sont tous consommateurs, chacun des marchandises des' autres , il est évident que l'impôt ne serait jamais payé ; car si tout le monde en trouve la compensation , où seraient les contribuables?
J'espère donc avoir réussi à prouver que tout impôt qui peut occasionner une hausse des salaires, sera payé moyennant une diminution des prolits , et par conséquent qu'un impôt sur les salaires n'est réellement qu'un impôt sur les profits.
Ce principe fondamental du partage du produit du travail et du capital, entre les salaires et les profits, que je me suis efforcé d'établir, me paraît si certain , qu'à l'exception de l'effet immédiat , je suis disposé à. croire qu'il importe peu lequel des deux on impose, des profits du capit^î] ou des salaires du travail. En imposant les profits du capital , \ ous changerez probablement le taux d'accroissement progressif des fonds destinés à entretenir les travailleurs, et les
salaires , en haussant trop , se trouveraient hors de proportion avec l'état de ce fonds. En mettant l'impôt sur les salaires, la récompense accordée à l'ouvrier étant trop faible , ne se trouverait pas non plus proportionnée à ce fonds. L'équilibre naturel entre les profits et les salaires se rétablirait, dans un cas, par la baisse, et dans l'autre, par la hausse des salaires en monnaie.
Un impôt sur les salaires ne pèse donc pas sur le propriétaire, mais il porte sur les profits du capital. Il « n'autorise ni n'oblige le »> maître manufacturier à le reporter avec un profit sur le prix de » ses marchandises j » car il ne pourra pas en augmenter le prix, et il doit par conséquent supporter en entier, et sans compensation , tout le fardeau d'un tel impôt ^
Si l'effet des impôts sur les salaires est tel que je viens de le décrire, ces impôts ne méritent point la censure dont le docteur Smith les a frappés. Voici ce qu'il dit au sujet de tels impôts : « On dit » que ces impôts et quelques autres du même genre, en faisant mon- » ter le prix du travail, ont ruiné la plupart des manufactures de » Hollande. Des impôts semblables, quoique pas tout à fait aussi » lourds, ont lieu dans le Milanais, dans les États de Gènes, dans le » duché de Modène^ dans les duchés de Parme, de Plaisance et de ») Guastalla, et dans l'État de l'Église. Un auteur français, de quel- » que réputation, a proposé de réformer les finances de son pays, » en substituant à la plus grande partie des autres impôts , cette » espèce d'impôts, la plus ruineuse de toutes : — Il n'y a rien de si » absurde, dit Gicéron, qui n'ait été avancé par quelque philosophe. » — Dans un autre endroit il dit : « Les impôts sur les choses de né- » cessi té, en faisant monter les salaires du travail, tendent nécessai- » rement à faire monter le prix de tous les objets manufacturés , » et par conséquent à en diminuer la vente et la consommation. »
Ce genre d'impôt ne mériterait point une pareille censure , quand même le principe posé par le docteur Smith serait exact : — à savoir que ces impôts tendent à faire monter le prix des objets manufactu-
* M. Say paraît être imbu de l'opinion générale sur ce point. En parlant du blé, il dit : « De là il résulte encore que son prix influe sur celui de tous les » autres produits. Un chef d'entreprise, fermier, manufacturier, ou négociant, » emploie un certain nombre d'ouvriers, qui tous ont besoin de consommer une » certaine quantité de blé. Si le prix du blé augmente, il est obligé d'aug- » meuterdans la même proportion le prix de ses produits. » Liv. I,chap. xvii.
{Note de l'Auteur)
rés ; car cet effet ne pourrait être que temporaire, et n'entrainerait pour nous aucun désavantage dans notre commerce étranger. Si une cause quelconque faisait monter le prix de quelques marchandises manufacturées, elle en entraverait ou en empêcherait l'exportation. Mais si cette même cause avait un effet général sur toutes les marchandises, son effet ne serait que nominal ; il n'affecterait pas leur valeur relative , et ne diminuerait en rien l'appât que présente le commerce d'échange. Or, tout commerce extérieur et intérieur n'est réellement autre chose qu'un commerce d'échange ^
J'ai déjà essayé de prouver que , lorsqu'une cause quelconque fait renchérir toutes les denrées en général , ses effets sont presque pareils à ceux qu'occasionne une baisse dans la valeur de la monnaie. Si la monnaie baisse de valeur, toutes les denrées haussent de prix ; et si cet effet se borne à un seul pays, il modifie son commerce étranger de la même manière que le ferait un renchérissement de denrées occasionné par des impôts. Par conséquent, examiner les effets de la dépréciation de la monnaie d'un seul pays , c'est examiner les effets d'un renchérissement des denrées borné à un seul pays. Adam Smith, en effet, était bien persuadé de la parité de ces deux cas; c'est pourquoi il soutient que la dépréciation du numéraire , ou , comme il le dit , de l'argent en Espagne , par suite de la défense de l'exporter, est très-nuisible aux manufactures et au commerce étranger de l'Espagne.
« Mais cette dégradation de la valeur dé l'argent, qui, étant le « résultat ou de la situation particulière d'un pays ou de ses insti- « tutions politiques, n'a lieu que pour ce pays seulement , entraîne » des conséquences tout autres ; et bien loin qu'elle tende à rendre
• Même dans le commerce d'échange et sans faire usage de monnaie, une marchandise peut être chère ou à bon marché. Elle est chère lorsqu'elle est le résultat de beaucoup de frais de production, du service de beaucoup de capitaux ou d'industrie, ou, ce qui revient au même, lorsque beaucoup de capitaux ou d'industrie n'ont donné que peu de marchandise. Lorsque cette marchandise va dans l'étranger, on n'en peut donner que peu en échange de quoi que ce soit ; par conséquent elle ne trouve pas à s'y échanger facilement. C'est ce qu'on appelle ne pas soutenir la concurrence avec les marchandises produites dans ce pays étranger, lesquelles pouvant s'offrir en plus grande abondance dans les échanges, obtiennent la préférence.
C'est une preuve de plus qu'il y a autre chose que des variations relatives dans les prix , comme toute la doctrine de M, Ricardo semble l'établir. — J.-B. Say.
20 i PRINCIPES DE 1 /ÉCONOMIE POLITIQUE.
» personne réellement plus riche, elle tend à rendre chacun réelle- »> lement plus pauvre. La hausse de prix en argent de toutes les » denrées et marchandises, qui, dans ce cas, est une circonstance parv> ticulière à ce pays, tend à y décourager plus ou moins toute espèce » d'industrie au dedans, et à mettre les nations étrangères à portée » de fournir presque toutes les diverses sortes de marchandises pour » moins d'argent que ne le pourraient faire les ouvriers du pays, et, » par là, de les supplanter non-seulement dans les marchés étran- » gers, mais encore dans leur propre marché intérieur. » Liv. IV,
chap. 5.
Un des désavantages, et, je crois, le seul qui provienne de la dépréciation de l'argent, occasionnée par une abondance forcée, a été très-habilement développé par le docteur Smith. Si le commerce de l'or et de l'argent était libre, « l'or et l'argent qui iraient » au dehors, dit Smith, n'iraient pas pour rien, mais rapporteraient » en retour une valeur égale de marchandises d'une espèce ou d'une » autre. Ces marchandises ne seraient pas non plus toutes en objets » de luxe ou en superfluités destinés à ces gens oisifs qui ne produi- » sent rien en retour de leur consommation. Comme cette expor- « tation extraordinaire d'or et d'argent ne saurait augmenter la ri- » chesse réelle ni le revenu réel de ces gens oisifs, elle ne saurait non « plus apporter une grande augmentation dans leur consommation. » Vraisemblablement la plus grande partie de ces marchandises , et « au moins certainement une partie d'elles consisterait en matières , » outils et vivres destinés à employer et à faire subsister des gens » laborieux, qui reproduiraient avec profit la valeur entière de leur » consommation. Une partie du fonds mort de la société se trou- « verait ainsi convertie en un capital actif, et on mettrait en mou » vement une plus grande somme d'industrie qu'auparavant. >
En empêchant le commerce des métaux précieux d'être libre , quand le prix des denrées hausse ou par l'effet de l'impôt ou par l'afFluence de ces métaux, on empêche qu'une partie du capital mort de la société ne soit convertie en un capital actif, et on empêche une plus grande quantité d'industrie d'être mise en activité. Mais voilà tout le mal , et ce mal n'est jamais ressenti dans les pays où l'exportation du numéraire est permise, ou tolérée.
Le change entre différents pays n'est au pair qu'autant qu'ils ont chacun en circulation la quantité de monnaie qui, dans un état donné de choses, est nécessaire pour le mouvement de leurs produits. Si le commerce des métaux précieux était parfaitement libre , et que
CHAP. XVI. — DES IîSPOTS SUR LES SALAIRES. 20r»
l'on pût exporter du numéraire sans aucuns frais, les changes m pourraient manquer d'être , sur toutes les places , au pair. Si le commerce des métaux précieux était parfaitement libre, s'ils étaient généralement employés comme agents de la circulation , malgré les frais de transport , le change ne pourrait, dans tout pays , dévier du pair que du montant de ces frais. Ces principes sont , je crois , universellement reconnus. Si un pays se servait d'un papier -monnaie qui ne fût pas échangeable contre des espèces métalliques, et qui n'eût par conséquent point de régulateur fixe , les changes d'un tel pays . pourraient s'écarter du pair selon que la monnaie s'y trouverait multipliée au delà de la quantité qui lui serait départie par le commerce de toutes les nations, si le commerce des métaux précieux était libre, et si ces métaux étaient employés comme monnaie et comme régulateur.
Si, par les opérations générales du commerce , la part de l'Angleterre se trouvait être de 10 millions de livres sterling, d'un poids et d'un titre reconnus, et qu'on y substituât 10 millions de papiermonnaie , le change n'éprouverait aucun changement ; mais si , en abusant de la faculté de mettre du papier en circulation , on en faisait une- émission de 1 1 millions , le change serait de 9 pour cent au désavantage de l'Angleterre; si l'émission était de 12 millions, le change baisserait de 1 6 pour cent ; et si elle était de 20 millions , le change serait de 50 pour cent contre l'Angleterre.
Cet effet peut cependant avoir lieu sans l'introduction d'un papiermonnaie. Toute cause qui retient en circulation une quantité de livres sterling plus forte que celle qui aurait circulé si le commerce eût été libre , et que les métaux précieux d'un poids et d'une pureté reconnus, eussent été employés comme numéraire ou comme régulateurs de la monnaie métallique, produirait exactement les mêmes effets. Supposons que, les pièces de monnaie étant rognées, chaque' livre sterling ne renfermât plus la quantité d'or et d'argent déterminée par la loi ; on pourrait, dans ce cas, employer dans la circulation un plus grand nombre de ces livres rognées qu'on n'en aurait employé dans leur état de pureté. Si l'on rognait un dixième sur chaque pièce d'une livre, on pourrait avoir en circulation 1 1 millions de ces pièces au lieu de 10 ; si on enlevait à chacune deux dixièmes, ou pourrait employer 12 millions de pièces d'une livre sterling rognées; et si l'on rognait la moitié du poids , 20 millions de pièces ainsi dégradées.pourraient ne pas être de trop dans la circulation. Si on employait ces 20 millions de pièces d'une livre au lieu de 10 millions, toutes les marchandises,
206 PRINCIPES DK L'ÉCOHOMIE POLITIQUE.
en Angleterre , monteraient du double de leur ancien prix , et le change se trouverait à 50 pour cent au désavantage de l'Angleterre ; mais cela ne dérangerait en rien le commerce étranger, et ne découragerait non plus la fabrication d'aucune marchandise dans l'intérieur. Si le drap, par exemple, haussait en Angleterre de 20 1. à 40 1. par pièce , on pourrait l'exporter tout aussi facilement qu'auparavant ; car le change offrirait à l'acheteur étranger une compensation de 50 pour cent ; en sorte qu'avec 20 1. de son argent , il pourrait acheter une traite moyennant laquelle il serait en état d'acquitter, en Angleterre, une dette de 40 1. De la même manière, si le marchand étranger exporte une marchandise qui coûte chez lui 20 1., et qui se vend en Angleterre 40 L, il ne recevra cependant que 20 1.; car, pour 40 1. en Angleterre, il ne pourra acheter qu'une traite de 20 1. sur l'étranger.
Les mêmes effets auraient lieu , quelle que fût la cause qui porterait l'agent de la circulation en Angleterre à 20 millions , lorsque 10 eussent suffi à tous les besoins. Si une loi aussi absurde que le serait celle qui prohiberait l'exportation du numéraire, pouvait s'exécuter, et que, par suite de cette prohibition, il se trouvât 1 1 millions au lieu de 1 0 en circulation , le change serait de 9 pour cent contre l'Angleterre ; il serait de 1 6, si la circulation était portée à 1 2 millions, et de 50 pour cent contre l'Angleterre, si, par des moyens également arbitraires, l'agent de la circulation était porté à 20 millions. Cela ne découragerait cependant nullement l'industrie anglaise. Si les marchandises du cru se vendaient cher en Angleterre , celles de l'étranger seraient également à un haut prix. Il importerait peu au négociant étranger que ces prix fussent hauts ou bas ; car, d'un côté, il serait obligé de donner une compensatiou sur le change lorsqu'il vendrait cher ses marchandises , et il recevrait une pareille compensation quand il serait obligé d'acheter des marchandises anglaises à haut prix.
Le seul désavantage qui pourrait résulter pour le pays où l'on retiendrait , par des lois prohibitives , une quantité d'or et d'argent en circulation plus forte que celle qui y circulerait autrement , serait la perte qu'il ferait en employant une partie de son capital d'une manière improductive, au lieu de l'employer productivement. Comme monnaie, ce capital ne saurait rapporter aucun profit; mais converti par échange en matériaux , en machines et en subsistances , il donnerait un revenu , et ajouterait à la richesse et aux ressources du pays.
Je me flatte donc d'avoir démontré d'une manière satisfaisante , qu'un prix comparativement bas des métaux précieux, par suite d'un impôt, ou , en d'autres termes, un prix généralement élevé des denrées, ne peut nuire en rien à un pays, attendu qu'une partie des métaux serait exportée, ce qui, en faisant hausser leur valeur, ferait baisser d'un autre côté le prix des denrées. J'ai démontré de plus, que, si les métaux précieux n'étaient point exportés, et si, par des lois prohibitives, on pouvait les retenir dans le pays, l'effet produit sur le change contre-balancerait celui des hauts prix. Si donc des impôts Sur les objets de première nécessité et sur les salaires, ne peuvent pas avoir l'effet d'élever le prix de toutes les denrées dont la production a exigé l'emploi d'une certaine somme de travail, on aurait tort de condamner ces impôts sur de pareils motifs : et quand même il serait vrai qu'ils produisissent de semblables effets, ils n'en seraient pas, pour cela, plus nuisibles.
Il est incontestable'que « les impôts sur les choses de luxe n'ont
» aucune tendance à faire monter le prix d'aucune autre marchandise
« que de celles qui sont imposées ; » mais il n'est pas vrai « que les
» impôts sur les objets de nécessité, en faisant monter les salaires du
» travail, tendent nécessairement à faire monter le prix de tous les
> objets manufacturés. » Il est vrai « que les impôts sur les choses de
» luxe sont payés, en définitive, par les consommateurs de la chose
» imposée, sans aucune répétition de leur part. Ils tombent indis-
» tinctement sur toutes espèces de revenus, salaires de travail, profits
» de capitaux, et rentes de terre. » Mais il est faux « que les im-
» pots sur les choses de nécessité, pour ce qui pèse sur la classe pau-
» vre et ouvrière, soient payés en définitive, partie par les proprié -
» taires dans le déchet que souffrent les fermages de leurs terres, et
» partie par les riches consommateurs, propriétaires et autres, dans
» le surhaussement de prix des choses manufacturées ; » car, en
tant que ces impôts portent $ur la classe pauvre et ouvrière , ils
seront payés presque en totalité par la diminution des profits du
capital, les travailleurs eux-mêmes n'en payant qu'une très-petite