l/lO
Comme on reconnaît universellement que l'or est la mesure type des valeurs de ce pays et que l'argent remplit les mêmes fonctions à Hambourg, il devient évident que les tables qui déclarent un pair fixe et invariable ne peuvent être exactes. Le véritable pair doit se transformer avec les fluctuations de la valeur relative des deux métaux.
J'aurais cependant encore quelques objections cà présenter contre la parfaite exactitude des nouvelles tables de M. Mushct.
En premier lieu, il a évalué trop bas le pair de l'argent sur V argent. Il a basé ses calculs sur ses propres informations qui lui disaient que
20 shillings types contenaient autant de métal pur que 54 s. Il 1/4 g.; mais il ressort des tables du docteur Kelly ( BulUon-Report, page 207) que les essais aussi bien que les évaluations donnent à 20 shillings une valeur égale à celle de 35 s. 1 g. Cette différence ne s'élève guère à plus de 3/8 pour cent. Aussi ne l'ai-je indiquée que parce que je regarde comme extrêmement désirable la faculté de déterminer sûrement en tous temps le véritable pair.
Secondement, M. Mushet a évalué la limite des oscillations du change au-dessus ou au-dessous du pair, d'après les prix que lui a fournis la liste du Lloyd. Or, ces prix concernent invariablement des effets à 2 usances 1 /2 ; et comme le pair du change se règle sur la valeur relative des monnaies des deux pays, valeur payable à la même époque et non à un intervalle de 2 mois 1/2 ', il est né cessaire d'accorder, pour cette échéance, un intérêt d'environ 1 pour cent. C'est pourquoi nous devons déduire 1 3/8 pour cent sur la colonne consacrée aux changes favorables à l'Angleterre, dans les tableaux de M. Mushet.
D'autres sources d'erreurs viennent encore influer sur les calculs relatifs au vrai pair du change : j'en citerai quelques-unes. Mais à l'avance, je conclus qu'à moins d'avoir réuni tous les faits, il est impossible de fixer avec une parfaite exactitude la différence qui, à une époque quelconque , a pu exister entre une remise par lingots et une remise par traites.
Je suis prêt à soumettre la vérité du principe actuellement contesté à l'épreuve des nouveaux tableaux de M. Mushet, redressés par les lignes précédentes. 11 paraîtra alors qu'cà aucune époque le change avec Hambourg depuis 1760 n'a été de plus de 7 pour cent en faveur de l'Angleterre. Une seule exception se présente et le lecteur en appréciera naturellement l'origine, quand il saura qu'elle a pour date l'année mémorable de 1798, le lendemain de la suspension des paiements en numéraire à la Banque. A cette époque la masse monétaire du pays s'était trouvée considérablement réduite, et le montant des billets de banque en circulation fut bien moindre
* Il résulte de la déposition de M.... devant la Commission des lingots, que le cours du change de Hambourg avec Londres diffère, dans les temps ordinaires, de 1 shilling de Flandres avec celui de Londres sur Hambourg, afin de compenser les 2 1/2 usances et la commission qu'on alloue sur les effets des deux parts. Quand les difficultés de communication existaient dans toute leur rigueur, on vit même cette différence atteindre 2 sh. flamands.
{OEuv. de Ricardo.) 30
que pendant les dix années précédentes. Au milieu de telles circonstances, le change devait nécessairement devenir favorable à l'Angleterre et provoquer de larges importations des lingots : ces deux phénomènes se trouvent d'ailleurs conformes au principe de la Commission, et consacrent refficacité du remède qu'il proposa. Elle déclarait que les causes de la vilité actuelle du change étaient une grande circulation de papier et une masse monétaire trop abondante. Elle en concluait avec confiance et prédisait qu'une réduction dans cette quantité générale relèverait le change comme en 1797, et par cela même rendrait lucrative l'importation des lingots. On peut prouver surabondamment , par des faits indirects , que cette amélioration du change provoqua en 1797 une immense importation d'or. Le montant de l'or étranger frappé à la monnaie royale fut :
Ed 1795 d'une valeur de liv. 255,721—11 s.— 8 d.
Mais on demandera par quelle étrange anomalie ceux-là qui soutiennent que les changes ne peuvent demeurer longtemps très -favorables ou très-défavorables à un pays, en viennent à reconnaître que le change avec Hambourg s'est constamment maintenu en faveur de l'Angleterre pendant deux ou trois années?
M. Bosanquet observe que ce fut là le fait des années 1797 et 1798 et il affirme que les métaux précieux n'auraient que peu d'inlluence sur l'égalisation du change. Il résulte das tableaux rectifiés de M. Mushet que dans ces années le change fut favorable à l'Angleterre et varia de 5, 6 à 4 et 3 pour cent. Mais je formule le principe en disant : Qu'aucun pays ne peut , pour un taux considérable, avoir un change très- favorable ou très-défavorable. Car cela supposerait tour à tour dans le stock (fonds) de monnaie et de lingots, du pays un accroissement ou une diminution susceptibles de détruire cet équilibre que les valeurs des diverses circulations du globe tendent naturellement à fonder.
La proposition est vraie , si on l'étend au change général d'une nation ; mais elle devient fausse dès qu'on n'apprécie que ses rapports avec un seul pays. Il se peut que sa situation de change avec tel ou tel pays soit constamment défavorable, et cela, par suite d'une demande continuelle de lingots. Mais cette hypothèse ne prouvera la décroissance de son fonds (stock) de numéraire et de lingots que
dans le cas où le change avec tous les pays lui serait également défaYorable. Elle pourra emporter du nord les lingots qu'elle exporte au sud. Elle pourra les puiser dans les pays où ils sont relativement abondants, pour les verser sur les marchés où ils sont relativement rares, ou qui, pour une cause spéciale, en font une demande importante. Mais il n'en résulte nullement comme conséquence irréfutable que la réserve de monnaie doive fléchir au-dessous du niveau naturel. L'Espagne , par exemple , qui est le pays importateur des lingots d'Amérique, ne peut jamais avoir un change défavorable avec les colonies ; et comme elle doit répartir les lingots qu'elle reçoit parmi les différentes nations du globe, elle n'a que rarement un change favorable avec les pays qui se partagent son com-
merce *
Appliquant donc ces principes à l'état de notre change avec Hambourg en 1797 et 1798, nous remarquerons que ce n'est pas sous l'influence de ce qu'on nomme usuellement la balance du „ commerce qu'il est resté constamment favorable à l'Angleterre. Ce n'est pas non plus parce que les commerçants de Hambourg se sont vus obligés de liquider leurs importations et de nous couvrir en lingots d'or et d'argent, mais bien parce que la demande extraordinaire qu'on en faisait en Angleterre , rendait l'exportation de l'or aussi avantageuse que celle de toute autre marchandise. Cette demande procédait de deux causes. Premièrement, de l'exiguité de notre circulation monétaire ; deuxièmement de l'argent que dirigeait sur l'Asie la Compagnie des Indes Orientales.
La première de ces causes jointe à l'immense quantité de guinées que des personnes craintives retirèrent alors de la circulation dans le but de thésauriser , eut pour résultat, nous l'avons déjà vu, de faire frapper en guinées une masse d'or étranger que l'on peut évaluer, pendant ces quelques années, à une somme de 5,200,0001. Ce fut là une demande sans précédents encore dans l'histoire de la monnaie, et dont l'importance seule sufiit à expliquer l'élévation du change et le temps pendant lequel elle se perpétua. Nous y trouvons la consécration pratique d'une théorie très- satisfaisante déjà.
^ M. Huskisson a laissé un habile commentaire sur la rareté (rareté comparative) des opérations sur les lingots. — Il a remarqué que ces transactions se réduisent principalement à distribuer les produits des mines parmi les différents pays oii l'or et l'argent sont en usage.
Toutefois, nous devons encore ajouter à cette cause le besoin de lingots d'argent que provoquèrent les exportations de la Compagnie des Indes Orientales. Il ressort des comptes remis au Buïlion-Commitlec (N" 9) que le montant des monnaies d'argent étrangères exportées par la Compagnie, pour son propre compte ou pour le compte de particuliers, s'élevait :
En 1795 à 151,795 onces.
Depuis cette époque, l'exportation de l'argent aux Indes Orientales s'est considérablement réduite et a presque complètement cessé aujourd'hui. Il paraîtrait donc qu'un change élevé fut immédiatement suivi d'une importation de lingots considérable et qu'aussitôt cette demande éteinte , le change reprit son niveau normal. Une étude plus complète du tableau nous apprendra que le change fléchit en proportion directe de l'accroissement des billets de banque et qu'en 1801 il se cotait à plus de 1 1 pour cent de perte pour l'Angleterre. En même temps le prix des lingots d'or atteignit 4 1. 6 s., — c'est-à-dire plus de 10 pour cent au-dessous du prix à la Monnaie.
On doit avouer que de septembre 1 766 à septembre 1 767 le change fut perpétuellement de 7. 4, à 6. 8 pour cent en faveur de l'Angleterre^, et depuis cette époque jusqu'en septembre 1768 il lui demeura
* Lord King a expliqué d'une manière très -satisfaisante la durée favorable du change entre l'Angleterre et Hambourg. Il l'attribue aux demandes de lingots d'argent que la Compagnie des Indes multipliait pour ses règlements linauciers dans l'Est. M. Rlake commente, dans sa dernière publication, ce qu'il appelle les opinions erronées de lord ls.ing à ce sujet. — Il fait observer « que l'expor- » tation des lingots se trouve affectée, comme celle de toute autre marchandise, " quand les différences de leur prix chez deux nations sont assez grandes pour » eu rendre le transpoit lucratif; circonstance qui se représentera fréquemment » avec un change au pair. » Je dirai, moi, que ces deux circonstances ne peuvent jamais être contemporaines. Qui voudrait, avec un change au pair, s'exposer à subir des frais de 4 et 5 p. 0;0 pour envoyer des lingots de Hambourg à Londres, alors qu'avec une traite il obtiendrait, sans frais, la même quantité de lingots à Londres ?
Je suis heureux de voir M. Bosanquet professer une opinion analogue à la mienne (p. 12). — « Dans l'hypothèse d'une balance de paiement défavorable, » la baisse du change, dit-il, doit nécessairement atteindre cette limite (les dé- » penses du transport et de l'assurance des métaux précieux d'un pays à l'autre), )) avant que la balance puisse être rétablie par l'exportation de l'or. »
RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. i69
généralement favorable de plus de trois pour cent. — Mais il n'est pas nécessaire de rechercher ici les phénomènes européens qui ont fait trouver à l'Angleterre un avantage à puiser à Hambourg l'or qu'elle expédiait sur quelque autre pays. Je suis pleinement convaincu que si toutes les pièces nous étaient communiquées, ce rôl^ d'intermédiaire recevrait une explication satisfaisante.
Mais, expliqué ou non expliqué, il ne prouve rien en faveur de la théorie de M. Bosanquet (car M. Bosanquet aime tout autant la théorie que le Commitiee). 11 prouve seulement qu'on pourra continuer à importer d'un lieu les métaux précieux qu'on reportera vers un autre point. : — ce que non-seulement la théorie de la Commission admet mais exige.
Pour donner le caractère de l'évidence à la théorie de M. Bosanquet il faudrait démontrer que les métaux précieux affluèrent constamment en plus grande quantité qu'ils ne sortirent; et cela, nonseulement sur un point mais encore sur tous, pris collectivement. . Les considérations suivantes rendent compte jusqu'à un certain point des phénomènes qui ont égaré M. Bosanquet. Les tables de M. Mushet ont été calculées d'après un rapport établi entre la valeur de l'argent et celle de l'or en barres. Mais le prix de l'or en barre est de 2 ou 3 s. par once, inférieur à celui de l'or monnayé. C'est pourquoi, si l'or introduit est destiné à la réexportation, le véritable pair différera de 2 à 3 pour cent, suivant que le calcul aura été rédigé relativement à l'or monnayé ou à l'or en barres ^
Si notre propre circulation exigeait du numéraire, je reconnaîtrais la validité du calcul qui recherche le pair véritable du change, au moyen d'une comparaison entre la valeur relative de l'argent étranger et celle des lingots d'or au titre du pays. Mais dans ce cas
• M. Mushet admet, pour ses calculs, que la valeur relative de l'or et de l'argent est la même dans les deux pays, et que l'on y apprécie ces métaux sous une forme pareille, c'est-à-dire en barres. Mais c'est principalement d'après la valeur de l'or monnayé qu'un étranger décide s'il exportera de l'or pour l'Angleterre, ou s'il fera sa remise au moyen d'une lettre de change. Il fera donc entrer le prix de l'or monnayé en Angleterre parmi les cléments de son calcul. Un coup d'oeil sur V Appendice du Biillion- Report, n° 6, nous apprend que les opérations sur l'or, dans le continent, ont principalement pour objet Vor monnaie Pendant les quinze mois, qui finissent en mars 1810, le montant total des ventes d'or en barres, effectuées par l'intermédiaite du bureau des lingots à la Banque, ne dépassèrent pas une valeur de 60,867 liv. tandis que les "entes relatives à l'or monnayé donnèrent pour la même période un total de 683,674 livres.
il faudrait ajouter aux frais nécessités par le transport de l'argent l'intérêt que perdra l'acheteur de l'or, depuis le moment où il l'aura déposé jusqu'à celui où la Monnaie l'aura frappé. La destination naturelle de la majeure partie de V or-lingot le porte dans les ateliers monétaires de l'Europe ; car c'est sous forme de numéraire seulement que l'or fructifie entre les mains de son possesseur. C'est pourquoi, en comparant la valeur de la circulation d'un pays avec celle des lingots d'une autre nation, nous ne devons jamais négliger cette imperceptible supériorité de prix que possède le numéraire sur les lingots. Ainsi, si un marchand de Hambourg, débiteur de 1 liv. ster. envers un marchand anglais, importe en Angleterre assez d'argent pour acheter l'or contenu dans 1 liv., il ne pourra liquider sa dette qu'au moment où l'or aura été monnayé. Dès lors, à ses autres dépenses viendra s'ajouter l'intérêt qu'il paiera à son créancier jusqu'au jour où il recouvrera son or. Il devra faire entrer cet intérêt dans l'arbitrage qu'il calculera entre une remise par traite et une remise en lingots. La Commission des métaux précieux a estimé à 3 pour cent cette perte d'intér3t. Si ces principes sont exacts, il faut déduire dans les tableaux de M. Mushet 1 pour cent de plus que nous ne l'avons fait sur les changes favorables avec Hambouig. Cette déduction se rapporte aux époques où notre circulation elle-même nécessite des lingots. Elle devra s'élever à 2 ou 3 pour cent quand ils sont destinés à la réexportation. Il est nécessaire aussi de remarquer que la valeur relative de l'or à l'argent, qui tend partout à une égalité de niveau, reste cependant soumise à des fluctuations continuelles dans tous les pays, et que la meilleure preuve de la dégradation de notre circulation monétaire réside bien plus dans le haut prix courant des lingots que dans des échanges avilis^.
SECTION DEUXIÈME
Change avec Paris.
Après avoir ainsi apprécié les objections que présente M. Bosan-
• J'ai lu dans un petit traité français Sur l'Institution des principales Banques de l'Europe, qu'une fois la banque de Hambourg fut obligée de suspendre ses paiements pour avoir consenti de trop grandes avances sur des lingots d'or. J'ai fait de vains efforts pour connaître la date de cet événement.— Il est évident qu'il a dû avoir quelque influence sur le change, et on pourrait peut-être le rattacher aux années 1763 — 1767.
RÉPONSE AUX OBSEKVATIOINS DE iM. BOSANQUET. i71
quet contre les conclusions de la Commission, relatives aux changes avec Hambourg, je vais envisager les circonstances qui, dans le résumé des changes de notre pays avec Paris, lui paraissent démentir mes principes.
Le principe sur lequel s'appuient les calculs qui concernent le pair du change avec Hambourg est facile et simple , mais il n'en est pas ainsi avec Paris. La difficulté spéciale résulte ici de ce que la France tomme l'Angleterre a dans sa circulation deux métaux, l'or et l'argent revêtus simultanément du caractère de monnaie légale.
J'ai essayé, dans une précédente publication, de développer les principes qui me paraissaient propres à déterminer l'étalon métrique des valeurs chez une nation qui admet dans sa circulation l'or et l'argent à titre de monnaies légales.
Lord Liverpool suppose qu'une capricieuse préférence fut l'origine du privilège que nous avons attaché à l'or comme mesure mère des valeurs. Mais on peut, je crois, prouver facilement que ce privilège naquit le jour où la valeur de l'argent sur le marché dépassa relativement à l'or les proportions de la monnaie. Ce principe est non-seulement admis sans restrictions ; mais encore fortifié de la manière la plus éclatante par le noble écrivain.
La monnaie frappera avec une once d'or 3 1. 17 s. 10 1/2 d. de monnaie. Elle transformera aussi 15.07 onces d'argent en une valeur égale de monnaie d'argent. Quelle raison peut donc déterminer la Banque, ou un particulier, à confier au balancier de la Monnaie une once d'or plutôt que 15.07 onces d'argent, puisque tous deux sont également admis par la loi à acquitter une dette de 3L 17 s. 10 1/2 d.?
L'intérêt est évidemment leur raison déterminante. Si l'on peut acheter 15.07 onces d'argent avec moins d'une once d'or, l'argent sera monnayé; si au contraire on peut se procurer une once d'or avec moins de 15.07 onces d'argent, c'est l'or qu'on portera à la Monnaie.
Dans le premier cas, l'argent deviendra la mesure des valeurs; dans le second, ce sera l'or.
D'ailleurs, comme la valeur relative de ces métaux sur le marché est soumise à de continuelles fluctuations, ils pourront alternative ment devenir la mesure type des valeurs. Depuis la refonte de l'argent, sous le règne du roi Guillaume, la valeur de l'or a constamment été au-dessous de 15.07 onces d'argent. L'or a dû être conséquemment, depuis cette époque, l'étalon des valeurs dans notre pays. En 1778, une loi prohiba tout monnayage d'argent. L'or
doit nécessairement, sous l'empire d'une telle loi, servir d'étalon métrique^; et cela malgré les variations de la valeur respective des deux métaux.
Quel que soit le métal reconnu comme étalon métrique des valeurs, il aura aussi le privilège de régler le pair du change avec les autres pays ; car ce sera avec ce métal, ou avec la monnaie de papier qui le représente, que s'a(;quitteront les lettres de change.
La circulation monétaire de la France admet aussi deux métaux auxquels est attaché, jusqu'à concurrence de toute somme, le rôle de monnaie légale. — La valeur relative de l'or et de l'argent, dans les monnaies françaises, était, antérieurement à la révolution, : : 1 5 : 1 {BulUon-Report, n° 59); elle est actuellement : : 15 1/2 : P. — Mais
* Le Bullion-Committee^ aussi bien que M. Huskisson, considère l'or comme l'étalon métrique de la valeur, conformément à l'acte 39, Georges III, qui déclare que l'argent ne sera considéré comme monnaie légale que pour des sommes excédant 25 livres, à moins qu'il ne soit offert au poids et à l'évaluation de 5 s. 2 d. l'once. Mais cette loi n'empêche pas le monnayage de l'argent quand il est au-dessous du prix à la Monnaie, et conséquemment au-dessous des proportions officielles qui existent entre sa valeur et celle de l'or. Ainsi, en 1798, à répoque où le prix de l'argent était de 5 s. par once, et sa valeur relative de 15, 57 à 1 sur le marché, on pomait le monnayer avec avantage. Ce métal, issu vierge de la Monnaie, eût alors passé comme monnaie légale, jusqu'à concurrence de toute somme.
^ Ce rapport est descendu aujourd'hui dans le commerce à 15 3/4, quoique la proportion légale soit de 15 1/2. Dans cette grave et délicate question des monnaies, les faits ont prouvé, comme dans tous les autres problèmes d'économie politique, combien est illusoire, insensée, dangereuse même l'intervention de la loi dans le domaine agité des affaires. L'antiquité avait son Protée doubla souplesse prestigieuse échappait à toutes les chaînes : nous avons le nôtre dans les incidents multiples de l'industrie, dans les formes diverses que revêtent les questions sociales. Il est étrange qu'on n'ait pas encore compris cela, après les innombrables démentis donnés par la réalité aux rêves des législateurs. Ainsi, on a renoncé de nos jours — ou du moins on a suspendu jusqu'à nouvel ordre — les lois de maj:wiww? imposées à nos pères par l'héroïsme égaré de la Convention, et par les arrêtés somptuaires du moyen âge. Il fendrait même aller chercher dans les exagérations des écoles socialistes les plus avancées ; il faudrait fouiller dans la charte d'Icara,de la cité du Soleil et des Égaux, pour trouver quelque chose d'analogue aux lois étranges qui décidaient du vêtement que devaient porter nos aïeux, du nombre de fois qu'ils devaient manger de la viande ou du hareng par semaine. Mais si nous nous sommes affranchis de cet excès de ridicule, nous n'en persistons pas moins, à vouloir infliger un taux légal à l'intérêt des capitaux : un tarif légal aux compagnies des chemins de fer, aux boulangers, aux marchands de tabac : un enseignement légal à toutes les cervelles de notre pays,
une lettre de M. Grefulhe au Bullion-Committee, n^ 50, nous rapporte qu'en 1785 on modifia le nombre des louis qu'on frappait dans
absolument comme on prescrit une taille légale aux conscrits qui doivent porter les armes. Or, les usuriers sont là pour protester contre les lois sur l'intérêt : les douaniers pour protester et battre en brèche les lois sur le monopole des marchandises : la famille pour protester contre le nivellement et l'effacement des intelligences ; et, quant à la détermination de la valeur relative des monnaies d'or et d'argent, les oscillations perpétuelles des marchés, le flux et le reflux des masses métalliques que verse l'Amérique , et que se répartissent les autres continents, suffisent pour en démontrer la vanité.
Quelque précieux qu'ils soient ; de quelque adoration irréfléchie que le système mercantile ait entouré l'or et l'argent, ces agents de la circulation générale, ces dénominateurs universels de la valeur n'en sont pas moins soumis aux grandes lois de l'offre et de la demande, vis-à-vis d'eux-mêmes et vis-à-vis de toutes les autres marchandises. S'ils émigrent d'un pays , leur valeur s'y accroît aussitôt : s'ils y affluent, au contraire, leur valeur fléchit, et l'abaissement du change extérieur reflète cette abondance inusitée. Si le diamant est si cher, malgré la parfaite vanité de ses usages , c'est qu'il est rare : si le soleil est gratuit, malgré sa puissance créatrice, c'est que ses rayons inondent l'univers. De même, si l'or est plus cher que l'argent, c'est surtout parce qu'il est produit en quantités bien plus petites. Le rapport de la production est de 1 à 40 de nos jours , après avoir été de 60 à I, au xvip siècle, et de 57 à 1 en 1801. La valeur de l'or devrait donc être et serait, en effet, de 40 à 1 , comme l'indique le chiffre de la production annuelle, si les demandes incessantes du continent, — là où les paiements n'ont pas acquis encore un niveau moyen assez élevé pour exiger l'emploi de l'or; — si, dis-je, ces demandes n'avaient accru l'utilité de l'argent, et par suite s^ valeur. I^e rapport de 15 3/4 est donc le résultat de la rareté de l'or balancé par l'utilité de l'argent. Les gouvernements n'ont rien à voir dans ces proportions créées par la nécessité, et ils auront beau accumuler les décrets, du jour où la balance penchera en faveur de l'argent, le rapport pourra être de 10 à 1, comme au temps qui précéda la découverte de l'Amérique; de 9 à 1 , comme du temps de César, et même de 8 à 4, comme il l'est encore au Japon. Du jour, au contraire, où les besoins de la circulation feront rechercher l'or, on verra grandir peu à peu sa valeur, jusqu'à atteindre même le rapport de i à 17, rapport que nous trouvons en Europe au moyen âge, et que la Chine nous présente encore, suivant les belles recherches de M. Michel Chevalier*. Or, c'est précisément en faveur de l'or que s'opère aujourd'hui la transformation de tous les systèmes monétaires du monde.
L'accroissement sensible et graduel que présente la production de l'argent,
* Voyez surtout sa dernière broctiure intitulée : Des mines d'or et d'argent du Nouveau Monde. La question monétaire n'a jamais été traitée d'une manière plus brillante. Au sein d'une tectinologie aride et d'un grand déploiement de chiffres, l'auteur a su être pittoresque, et il semble même qu'il soit tombé sous sa plume quelques paillettes d'or, dérobées à ce Polose, à cette Fêta madré qu'il connaît si bien. A. F.
i74 ŒUVRKS DIVERSES.
un marc d'or. Ce nombre fut porté de 30 à 32. C'est pourquoi, avant 1785, l'or dut sans doute être évalué à la monnaie de France
joint aux progrès de la fortune publique, tend chaque jour à avilir ce métal , à l'éloigner de la valeur illusoire que lui avaient assignée les législateurs. Plus les paiements d'un pays sont abondants et multiples, plus il faut que l'agent monétaire soit précieux, soit susceptible de représenter sous un petit volume de grandes sommes. Et il serait aussi absurde de vouloir enchaîner l'Angleterre et même la France à la monnaie d'argent que de les condamner au supplice des anciens coches, au milieu de ce tourbillon d'affaires et d'idées qui nous fait déjà songer à remplacer la vapeur, trop lente à nous mener au but. C'est ainsi que les nations sont passées d'elles-mêmes de la monnaie de fer à la monnaie de cuivre, de celle-ci aux espèces en argent. C'est ainsi que l'argent cède graduellement la place à l'or dans les grands foyers industriels et financiers, et qu'enfin l'or lui-même se verra dépossédé au profit de la monnaie de papier. I^' Angleterre a donné Je signal de cette nouvelle évolution : l'argent n'y circule plus guère que comme appoint, et les économistes les plus avancés et les plus pratiques de ce pays, rêvent déjà une circulation conçue sur les plans téméraires de Law, tempérés par la sagacité de Ricardo, de Liverpool et de la célèbre commission de 1810. Sur une circulation totale de près de 1,750 millions, on ne compte dans la Grande-Bretagne que 750 millions de numéraire : le reste se compose de billets de banque, et cette proportion grandit chaque jour.
La France est bien loin de cette perfection : elle fait encore la sourde oreille au progrès, et sous prétexte qu'elle a peur de revenir aux petites filles et aux assignats, elle conserve environ 400 millions de billets de banque contre 2 milliards et demi de monnaie métallique. Mais le mouvement l'entraînera malgré elle, parce qu'on ne tarde pas à rejeter des instruments vieillis et impuissants, et parce que l'argent, s' avilissant chaque jour, menace de n'être plus qu'une sorte de billon. Pas n'est besoin, comme on voit, de recourir pour tout cela à des lois lentement alambiquées et à des prodiges d'équilibre. La circulation d'un pays reflète nécessairement sa situation financière : pauvre, elle est desservie par des métaux d'un ordre inférieur; riche, elle emprunte à Tor et à l'argent leur éclat et leur valeur. Ce qui est monnaie légale aujourd'hui ne pourra donc plus l'être demain : et c'est bien folie que de s'opposer ainsi au libre mouvement des choses, et d'entasser dissertations sur dissertations, théorèmes sur théorèmes, pour chercher un étalon des valeurs qui se fixera de lui-même. L'histoire si connue des Sept-Dormants contient des renseignements curieux à cet égard. Et il est trèsfâcheux que tant d'hommes sérieux n'aient pas su les y découvrir, et sacrifient encore, dans la question des monnaies et des banques, à des idées de réglementation qu'ils rejettent pour tant d'autres faits sociaux. Robert Peel, cet esprit si puissant, si logique, n'a pas su lui-même s'affranchir de ces erreurs, de ces entraves, et sa loi de 1844, si justement critiquée en Angleterre, nous le montre visant à faire de la Banque d'Angleterre un établissement à ressorts, une sorte d'automate destiné à émettre des billets, et rivalisant avec ceux de Vaucanson ou avec l'homme d'airain de Roger Bacon. L'avenir prouvera que la liberté est bonne
dans la proportion de 1 4 à 1 . — Les causes qui transportent alternativement en Angleterre, de l'or à l'argent et de l'argent à l'or, le rôle d'étalon des valeurs, agissent d'une manière analogue en France. Quand la valeur comparative de l'or à l'argent se trouva au-dessous de 14 à 1, l'or devint mesure type des valeurs en France, et conséquemment l'on dut baser le taux du change avec l'Angleterre sur le rapport des monnaies d'or dans les deux pays. Quand cette valeur comparative dépassa 14 sans atteindre toutefois 15.07 à 1, l'or devint l'étalon en Angleterre. En France ce fut l'argent, et l'on cota le change en conséquence ; c'est-à-dire que le pair fut déterminé par le rapport établi entre l'or d'Angleterre et l'argent de France. — Lorsqu'enfm ce rapport dépassa 15.07 à 1, l'argent dut devenir l'étalon métrique dans les deux pays. Le change fut alors coté en argent. Mais après 1785, et au moment où les évaluations des métaux changés à la Monnaie de France se rapprochèrent du taux de l'Angleterre, le pair du change put être coté dans les deux pays indifféremment en or ou en argent.
J'ai déjà énoncé que ce n'était pas assez de comparer la quotité des déviations du change avec les dépenses que nécessite l'envoi des métaux précieux d'un pays à l'autre; ce n'était pas assez, dis-je, pour apprécier si un tel commerce était profitable. Il faut encore tenir compte du prix des lingots dans le pays où on les transporte, ou de la somme des frais à supporter pour les faire monnayer. Il n'est prélevé dans notre pays aucun droit de seigneuriage ou de monnayage. — Si on livre à l'administration une once d'or ou d'argent, elle retire une once de métal monnayé. Le seul désavantag e que l'importateur aura donc à subir en recevant des lingots, au lieu d'une monnaie anglaise, sera la durée du dépôt à la Monnaie. Cette perte a été évaluée par la commission des monnaies à 1 p. O/o- Un pour cent représenterait dès lors l'excédant de la valeur des pièc es anglaises sur les lingots ; si toutefois la monnaie n'est pas altérée ou la circulation excessive. Mais le droit de fabrication en France, suivant le docteur Smith, ne s'élevait pas à moins de 8 p. O/o, outre la perte d'intérêt qui naissait du dépôt temporaire à U Monnaie. L'autorité de la science nous prouve qu'il ne résultait aucun inconvénient sensible d'un système qui donnait à la valeur de l'or ou de l'argent
pour le crédit comme pour le commerce, comme pour la pensée, et que dans l'apparent fatalisme du laissez faire, il y a plus de force impulsive et dirigeante que dans toutes les ordonnances créées ou à créer. A. F.
monnayés une supériorité de 8 p. O/o sur celle de l'or ou de l'argent, en lingots ^ 11 résulte de ces faits qu'on n'eût pas importé d'or en France, si le profit de cette opération n'eût égalé non-seulement les dépenses d'importation ; mais encore cette prime de 8 p. O/q. Car on ne calcule pas le pair du change ^ur la valeur actuelle des monnaies dans la circulation , mais sur leur valeur intrinsèque comme lingots^.
Pour rendre cette conclusion plus évidente, supposons avec M. Bo sanquet que le change de 1 767 fût de 8 p. O/o en faveur de la France ; qu'à la même époque il se cotait avec Hambourg à 6 p. O/o de bénéfice pour Londres, et qu'enfin les frais de transport de Hambourg à Paris n'excédaient pas 1 1/2 p. O/o- Ne fera-ton pas alors, s'écrie M. Bosanquet, un bénéfice de 1 1/2 p. O/o, en payant la dette de Paris avec l'or de Hambourg plutôt qu'avec une remise^? Je réponds que non. Car lorsque Tor arrive à Paris , il doit nécessairement être frappé en monnaie ou rendu sous forme de lingots. Si on le fait monnayer il faudra payer 8 p. O/o à l'administration; si on le rend à l'état de lingot, ce sera à 8 p. O/o au-dessous du prix de la monnaie. — En admettant même que tous les autres calculs soient exacts, le profit se trouve nécessairement réduit de 12 1/2 à 4 1/2 p. O/o . Mais ils ne peuvent être exacts, dès qu'ils sont soumis à l'influence multiple des causes que nous avons déjà déterminées'^.
* Depuis que j'ai écrit ces lignes, j'ai examiné un extrait du Moniteur de 1803, qui indique que le seigneuriage en France était :
Eo 1726 de 7 9/16 pour "/<> sur l'or, de 7 4/11 pour "/o sur l'argent.
En 1803 on fixa ce droit à 1 1/3 p. 0;0 pour l'or et 1 1/2 pour l'argent.
' Ce n'est qu'autant que la circulation monétaire de France aura conservé ses limites normales que le prix de l'or pourra rester à 8 p. 0/0 au-dessous du prix de la monnaie. Elle suit ainsi les lois mêmes par lesquelles le prix de l'or en Angleterre s'est établi et perpétué au-dessus du prix de l'administration. La circulation anglaise se trouvait dépasser sensiblement sou niveau moyen, quand l'or était à 3 liv. 17 s. 6 d. ; car 4 d. l'once ne sont pas une compensation suffisante pour le délai du monnayage. C'est pourquoi le principe que je soutiens ne peut avoir force de loi que lorsque la circulation n'est pas exagérée.
3 Comme l'argent est la monnaie de Hambourg, ce serait l'argent, et non l'or, qu'un créancier anglais aurait droit de faire remettre de Hambourg à Paris.
'' En France, on retient pour le monnayage un droit de 8 pour cent qui nonseulement couvre les frais de fabrication, mais encore rapporte un petit revenu au gouvernement. En Angleterre, comme le monnayage ne coûte rien, la monnaie
Si l'on se rattache à ces principes, il en résultera, je pense, que le change avec Paris fut favorable à l'Angleterre pendant une grande partie des années de I764àl768, et pendant toutes les autres périodes mentionnées par M. Bobtinquet.
Je ne puis m' empêcher d'être saisi d'étonnement en pensant qu'un négociant anglais peut descendre à croire qu'on réalisera pendant quatre années de paix , toutes dépenses couvertes d'ailleurs, un bénéfice de 10 1/2 à 12 1/2 sur l'exportation de l'or de Hambourg à Paris. Qu'on sache bien que ce profit , multiplié par la promptitude des opérations, permettrait au spéculateur de réaliser plus de 100 p. O/o par an sur le capital engagé , et cela , dans un commerce inondé par la concurrence et dont les plus légères oscillations sont surveillées par des hommes d'une subtilité proverbiale. Il appartient, du reste, à des écrivains , pour qui les faits absorbent toute théorie, de ne point voir dans l'examen comparatif du change de Hambourg avec celui de Paris que ces cotes sont inexactes, que les faits y diffèrent de la réalité. De tels penseurs peuvent difficilement scruter des faits. Ils sont crédules et fatalement crédules, car ils ne peuvent en appeler à aucun principe. Les deux séries de prétendus faits fournis par la cote de Hambourg d'un côté, et celle de Paris de l'autre, sont complètement faibles* et se contredisent mutuellement. Rien ne prouve d'une manière plus affligeante l'empire des pièges sur les esprits les plus éclairés que de voir opposer de tels faits à une
courante ne peut jamais avoir une valeur très-supérieure à la quantité de métal qu'elle se trouve contenir pour le moment. En France ce qu'on paie pour la fabrication, ajoute à la valeur de la monnaie ce que le travail ajoute à celui de la vaisselle. Par conséquent, une somme de monnaie française contenant un poids quelconque d'argent fin, a plus de valeur qu'une somme de monnaie anglaise d'un poids égal eu argent fin, et il faut plus de métal lingot ou plus de toute autre marchandise pour acheter la première monnaie. Ainsi, quand même la monnaie courante de chacun de ces deux pays se trouverait approcher également' des types de leurs circulations respectives, une somme de monnaie anglaise ne pourrait acheter une somme de monnaie française, riche du même nombre d'onces d'argent fin, ni par conséquent une lettre de change de pareille somme sur la France. Si la somme payée en sus, pour.acheter cette lettre de change, n'était tout juste que ce qu'il faut pour compenser les frais de fabrication de la monnaie française, il se pourrait que le change réel fût au pair entre les deux nations et que leurs dettes et leurs créances se balançassent mutuellement, tandis que les cotes du change seraient considérablement en faveur de la France. Si cette quantité supplémentaire était moindre, il se pourrait que le change réel fût en faveur de l'Angleterre malgré les computations favorables à la France. {RlcheS' ses des nations. — Livre IL — Chap, IIL)
théorie que l'on veut détruire , après en avoir proclamé la haute raison.
SECTION TROISIÈME
Prétendue existence d'une prime sur la monnaie anglaise en Amérique. — Change
favorable avec la Suède.
Le fait subséquent, sur lequel je désire présenter quelques observations est celui que M. Grefulhe a révélé le premier , et que M. Bosanquet allègue aujourd'hui. Je veux parler de la prime qu'on dit être accordée en Amérique, en hard dollars, pour la circulation dépréciée de l'Angleterre. J'ai étudié ce fait avec la plus scrupuleuse attention, et il me paraît évident; 1^ que le prix intitulé prime de 9 p. O/o, qu'on accordait pour un effet sur l'Angleterre, était en réalité un escompte de 3 1/4 p. O/o; 2^ qu'à ce taux, l'escompte était plus favorable que s'il eût fallu exporter les dollars qui avaient servi à acheter la lettre de change.
Le pair du change avec l'Amérique est fixé en dollars. Il est coté à raison de 4 s. 6 d. sterling pour un dollar; conséquemment 444,4 dollars devraient contenir autant d'argent pur que 100 1. st. — Mais tel n'est pas le cas. — Un dollar d'Amérique, conformément aux règlements monétaires du pays doit peser 17 dwt* 8 grains. Il est de 8 1/2 g. plus faible que l'étalon argent en Angleterre. Par conséquent la valeur d'un dollar d'Amérique réduite comparativement à notre type d'argent est de 4 s. 3 3/4 d. D'après cette valeur, le véritable pair entre les dollars d'Amérique et notre monnaie d'argent serait 463.7 dollars pour 100 1. st. Mais nous comparons ainsi les dollars d'Amérique avec la livre sterling d'Angleterre qui est en or, ce qui nous donne pour véritable pair du change rapporté à 100 1. st., d'après la valeur relative des dollars et de l'or, ce qui nous donne, dis-je, pour la période supposée en mai 1809, 500 dollars. — Mais comme on ne paie pas plus de 484 dollars une lettre de change de 100 1. st. achetée sous l'influence du plus haut change de l'année, qui fut de 109, l'opération se fit évidemment à 3 1/4 p. 0/0 au-dessous du pair réeP.
' Abréviation de penny-weight , poids égal à celui de 1,552 gr.
» Suivant la disposition de M. William le poids du dollar d'Amérique ne dépassait pas 17dwt 6 gr : ce qui ferait descendre le véritable pair un peu au-dessous de 4 s. 3 1/2 d. —D'après le traité des monnaies de Ede, le dollar d'Amérique est de 1 1 gr. inférieur à l'étalon, et ne contient pas plus d'argent pur que 4 B. 2/4 d. de l'étalon argent des monnaies anglaises.
On doit se rappeler que les lois de l'époque avaient considérablement accru la rigueur de l'embargo. Les capitaines des paquebots étaient astreints, pour pouvoir entreprendre leur voyage, à jurer qu'ils n'avaient aucun numéraire à bord. L'on vit même un de ces capitaines obligé de décharger les espèces qu'il avait embarquées en contrebande. A la même époque , le taux des assurances était excessif. On payait une prime de 8 pour cent aux rares vaisseaux qui méprisaient l'embargo, et de plus les assureurs étaient aifranchis des pertes qui pouvaient suivre la saisie du navire par le gouvernement Américain. Maintenant, qu'on ajoute à ces 8 pour cent d'assurance, la commission, le port, enfin les 3/4 pour cent ci- dessus, et l'escompte définitif du billet ne serait peut-être pas de beaucoup inférieur à l'agio qui existait alors contre notre circulation de papier. De sorte qu'on n'achetait pas notre papier déprécié à raison d'une prime pour les hard dollars (dollards forts), mais sous condition d'escompte et à sa valeur actuelle.
Mais on nous dit que le change avec la Suède est en faveur de l'Angleterre et que la banque de ce pays n'admettant plus d'espèce quand le change devient défavorable, la circulation s'y règle d'une manière identique à la nôtre. Nul doute qu'il n'existe un parfait accord entre les deux hypothèses. Aussi sont-elles suivies d'effets analogues et exigent-elles les mêmes remèdes pour la dépréciation des deux systèmes monétaires. Ce remède consiste à diminuer la masse des agents de circulation, soit par l'exportation du numéraire, soit par la réduction du papier de banque. Si le change avec la Suède est effectivement de 24 pour cent en faveur de Londres on en doit con dure seulement qu'en Suède l'excès de monnaie de papier non conversible en espèces est proportionnellement plus grand qu'en Angleterre*.
SECTION QUATRIÈME
Examen d'une décision de la Commission relative au pair du change.
Après avoir étudié chaque fait ou prétendu fait , présenté par
^ Avant de pouvoir reconnaître que le change avec la Suède est de 24 pour cent en faveur de Londres, nous devons savoir si l'or et l'argent sont également monnaies légales en Suède, et s'il en est ainsi, quelle est la valeur relative de ces deux métaux dans les cours de la Monnaie- Je présume qu'une partie de ce change si favorable doit être attribuée à la hausse survenue dans la valeur relative de l'or à l'argent.
M. Bosanquet au sujet de change, dans le but de prouver l'exactitude du principe formulé par la commission en ces termes : Les variations du change avec les pays étrangers ne peuvent jamais excéder pour un laps de temps considérable les dépenses consacrées à transporter et à assurer les métaux précieux ; après avoir démontré que les conclusions auxquelles l'écrivain voudrait nous conduire sont contraires aux faits mêmes qui confirment sans exception le principe du Committee, je dois demander la permission de désigner une erreur du rapport lui-même. Je le dois d'autant plus que M. Bosanquet a basé sur cette erreur l'opinion, qu'on peut sans danger ajourner tout remède.
* Ainsi donc, dit M. Bosanquet, il résultera qu'en admettant tous les principes adoptés par la commission et les appliquant à la situation actuelle, les changes étaient au moment où le rapport fut présenté, et même trois mois avant, de 2 pour cent au-dessous de la limite naturelle de leur dépression. »
« On pensera certainement que la situation est tout à fait calme, quant à son caractère pratique et à son importance nationale. Tout au moins dira -t- on qu'il n'y a aucune nécessité à adopter des remèdes précipités, alors même qu'une investigation laborieuse aurait permis d'accueillir l'exactitude des raisonnements généraux de la Commission. »
Au moment même où l'avilissement excessif du change fut avéré, on nous dit qu'obliger la Banque à payer en espèces, ce serait créer tout un cortège de conséquences dangereuses, et qu'il faut attendre le moment où le change s'améliorera. Puis, lorsqu'il semble avoir dépassé d'environ 2 pour cent ses limites naturelles , on nous crie encore d'attendre, parce que la question n'a déjà plus une importance nationale. Avec un tel système d'argumentation, il serait facile de trouver des motifs pour refuser ad infinilnm la reprise des paiements de la Banque. J'ai le ferme espoir que nous saurons repousser d'aussi spécieux raisonnements ; que nous ouvrirons enfin nos yeux aux dangers qui nous assiègent et que nous examinerons froidement pour que notre décision soit virile.
Le principe d'après lequel M. Mushet a construit des tableaux perfectionnés, a été constamment accueilli par la commission qui Fa fixé dans le Bapport (page 10) avec une exactitude et une concision remarquables.
« Si un pays emploie l'or comme type principal des valeurs tandis qu'un autre a départi ce rôle à l'argent, on ne pourra évaluer le pair
de ces deux nations à une époque déterminée, sans tenir compte de la valeur relative de l'or et de l'argent à cette même époque. «
Le Committee a de plus, constamment obéi à ce principe dans les efiforts qu'il a faits pour découvrir le véritable pair du change entre notre pays et Hambourg; c'est ce qui ressortira des questions adressés à M*** (Rapport, p. 73). M. M**'' admettait aussi ce principe dans toute son étendue, et cependant quand on le sollicita « d'indiquer comment il appliquerait ses idées générales sur la détermination du pair au change d'Angleterre avec Hambourg, » il répondit : « Prenant l'or au prix monnayé de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. et à Hambourg à ce qu'on appelle le pair, qui est de 96 stivers banco pour un ducat ; puis ramenant 55 onces d'or étalon à l'égalité de 459 ducats on obtient une parité de change de 34 s. 3 1/2 gr. flamands pour 1 1. st. Le ducat est au titre de 23 1/2 carats de fin. >»
Mais cette réponse n'a rien de relatif à la valeur comparative de l'or à l'argent sur le marché, et le seul renseignement qu'on en puisse recueillir est que 34 s. 3 l/2 gr. flamands en monnaie d'or égalent 1 1. d'or ; — calcul qui reproduit à 1/2 gros près celui du docteur Kelly. (Rep. n"59.)
Si l'acquéreur d'un effet de 34 s. 3 gros à Londres pouvait obtenir à Hambourg 34 s. 3 gros en monnaie d'or, ce serait là un véritable pair; mais il n'obtiendra ces 34 s. 3 gros qu'en argent dont la valeur est de 8 pour cent au-dessous de 34 s. 3 gros d'or. La question posée par la commission tendait à savoir la quantité de monnaie de Hambourg susceptible de contenir autant d'argent pur qu'en peut acheter une livre sterling en or.
A l'époque où le rapport fut rédigé la réponse eût été 37 s. 3 gros de Flandre. D'où résulte que 37 s. 3 gros étaient alors le véritable pair du change, gi les membres de la commission avaient pris cette évaluation pour base, au lieu des 34 s. 3 gros, ils n'auraient pas énoncé que le change avec Hambourg n'était pas de plus de 9/0 défavorable à l'Angleterre. Hs eussent dit 17 0/0 et M. Bosanquet n'eût pas trouvé l'occasion de prétendre qu'en s' attachant au raisonnement de la commission, le mal ne présente pas une telle gravité qu'on ne puisse ajourner toute intervention.
{OEuv. deRicardo.) ^' 31
482 œUVRES DIVERSES.