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CHAPITRE III

EXAMEN DES FAITS ALLEGUES PAR M. BOSANQUET DANS SA PRETENDUE RÉFUTATION DU PRINCIPE SUIVANT : UN EXCEDANT DU PRIX DE MARCHÉ DES LINGOTS SUR LE PRIX A LA MONNAIE EST LA PREUVE DUNE CIRCULATION DÉGRADÉE.

SECTION PREMIERE

Nier cette conclusion , c'est proclamer Fimpossibilité de fondre ou d'exporter toute monnaie anglaise, — et certes personne ne soutiendra une telle assertion.

M. Bosauquet, pour faciliter les attaques qu'il dirige contre la seconde proposition du CommUtee l'a formulée ainsi. « Le prix des lingots d'or ne peut jamais dépasser celui du métal monnayé, à moins que la circulation qui sert à l'acquitter n'ait fléchi au-dessous de la valeur de l'or. > ^îais ce n'est pas là exactement le principe de la commission. Bien compris, ce principe n'indique pas que l'or ne peut dépasser comme marchandise la valeur qu'il a comme signe monétaire, mais que ce phénomène ne peut qu'être accidentel puisque la conversion du numéraire en lingots viendra égaliser leur valeur relative. Les paroles du CommUtee sont celles-ci : « Les membres de votre commission pensent que dans l'état normal de la circulation anglaise dont la base est l'or, aucun accroissement dans les demandes étrangères de ce métal, quelque grand qu'on le suppose et quelque origine qu'on lui attribue, ne pourra produire ici pendant longtemps une hausse importante dans le prix courant de l'or. Pour faire de cette proposition un axiome, il ne reste plus, ce me semble, qu'à admettre l'inefficacité de la loi qui interdit la conversion de T ormonnaie en or-lingots.

Je pouvais m'attendre à voir les adversaires de cette vérité soutenir que la loi a eu réellement la puissance de conduire aux résultats qu'on en attendait. Je pensais qu'ils l'appuieraient sur d'imposantes autorités pour justifier leurs idées. Mais il eût été dilïicile d'invoquer des autorités en faveur d'une telle opinion. Depuis les temps de Locke

on n'a vu nulle part contester cette impuissance de la loi. Tous les écrivains ont affirmé, tous sans distinction , qu'aucune pénalité ne pouvait empêcher de fondre le numéraire quand sa valeur comme lingots est supérieure à sa valeur comme monnaie.

Locke compare la loi qui interdit la fusion et l'exportation du numéraire à celle qui voudrait fixer le vent. Smith remarque « qu'aucune mesure gouvernementale ne peut prévenir ces deux opérations. » Nous pouvons évoquer encore à ce sujet l'assentiment d'hommes pratiques.

Les directeurs de la banque en 1795, époque à laquelle le prix de l'or atteignit 4 1. 3 s. ou 4 1. 4 s. l'once, s'écrièrent après en avoir instruit M. Pitt : <^ L'existence d'un tel prix pour nos guinées, dont la valeur normale est de 3 1. 17 s. 10 1/2 d. l'once, démontre clairement la légitimité de nos craintes. Il suffit de soumettre ces faits au Chancelier de l'Echiquier. «

Maintenant , sur quoi reposaient les frayeurs des directeurs de la banque si ce n'est sur l'imminence d'une invasion qui eût enlevé l'or monnayé de leurs caisses pour le fondre en lingots? Lorsque la commission des lords, en 1797, demandé à M. Newland « si dans l'hypothèse d'un nouveau monnayage il en serait fondu et exporté une grande quantité, » lui aussi répondit « que tout dépendait du prix des lingots. « La même commission demanda à M. Newland « s'il était plus facile de prévenir le faux monnayage ou la fusion et l'exportation des métaux, quand il est avantageux de les exporter ? •> il répondit : « Je suis inhabile à deviner comment on peut prévenir l'un ou l'autre. »

Je n'ai cité qu'une faible partie des opinions qu'on pouvait invoquer à l'appui de ce fait, que les monnaies sont fondues en lingots toutes les fois que le prix des lingots dépasse celui du numéraire. Je concluerai cependant par l'opinion de M. Bosanquet lui-même. En parlant de la commission, il dit : « Les membres ne savent rien relativement au prix des lingots qu'ils supposent sans doute devoir se transformer, quand la banque aura suffisamment influé sur le change ; quoique d'ailleurs M. Locke et tant d'autres écrivains aient

L'expression anglaise est — a law to hedge in ihe cuckoo — Comme toutes les locutions proverbiales, celle-ci puise sa signification dans des circonstances locales qu'il est impossible de transporter dans une langue étrangère. — C'est ainsi que nous avons dû renoncer à traduire, autrement que par un équivalent , cette délicieuse bouffonnerie, tout empreinte de V humour anglaise. A. F.

clairement démontré que le numéraire d'un pays ne peut y être enchaîné que quand la balance générale du commerce et des paiements ne lui est pas défavorable. » Quelle cause dès lors, outre la supériorité de la valeur des monnaies comme lingots, pourra nous les enlever, dans l'hypothèse d'un change avili? Qui s'attacherait à exporter les espèces métalliques si l'on pouvait acheter les lingots au prix de la monnaie? C'est donc la supériorité de leur valeur comme lingots qui est la cause de leur fusion et de leur exportation.

Mais les commissaires nont pas jugé suffisant d'énoncer un principe presque évident par lui-même. Us ont fait un appel aux faits et affirmé très-positivement que pendant un espace de 24 ans depuis la refonte, le prix des lingots d'or en barres types n'avait pas dépassés 1. 17. s. 10 1/2 d. l'once. Une seule exception avait été fournie par l'année de mai 1783 à mai 1784, où l'on vit le prix s élèvera 3 1. 18 s. 1/2 l'once.

11 est vrai qu une lettre des directeurs de la banque à M. Pitt, écrite en ectobre 1795 et admise comme autorité par la commission, nous apprend qu'à cette époque l' or-lingot était a 4 1. 3 s. ou 4 1. 4 s. l'once. De plus, M. Newland déclara positivement au comité des lords, eu 1797, que la banque avait été souvent forcée d'acheter de l'or au-dessus du prix à la Monnaie ; et qu'en une circonstance on l'avait vue payer jusqu'à 4 1. 8 s. une faible quantité d'or achetée par un de ses agents au Portugal*.

^ Il paraît que c'est en 1795, et plus probablement en octobre, que la banque paya l'or 4 liv. 8 s. suivant l'assertion de M. Newland. Lorsque le comité des lords l'interrogea relativement à l'époque, il répondit : « Je pense que ce prix de 4 liv. M 8 s. l'once remonte à près de deux ans. On n agit que sur une petite quantité et » l'exagération du prix lit abandonner l'opération. A la même époque, la ban- » que crut favorable d'importer de l'or de Portugal, et, cet or, son agent ne put » l'obtenir à un prix moindre de 4 liv. 8 s. »

M. Newland parlait ainsi le 28 mai 1797.

Il n'est nullement invraisemblable que la Banque ait fréquemment acheté de l'or étranger au dessus du prix à la Monnaie, lors même qu'elle pouvait acquérir de l'or en barres prohibé à la sortie, à un taux comparativement moindre. Les administrateurs pouvaient espérer qu'en ne s'adressant pas au marché anglais ils diminueraient l'appât offert par la fusion des guinées. D'un autre côté, ils devaient s'efforcer de combler leurs caisses épuisées. Cette opinion sera fortement conlirmée par l'examen de l'appendix joint au Bullio?i- Report, n° 19, d'où il ressort que de 1797 à 1810 le montant de la valeur de l'or frappé à l'Hôtel des Monnaies fut de 9,3^0,338 liv. st. sur lesquels 2,29C,0o6 liv. beulement furent monnayées avec de l'or anglais et le reste, 7,044,282 liv. avec lor étranger. Il

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Mais ce sont là les seuls faits sur lesquels M. Bosanquet s'appuie pour renverser le principe. Et ces prix inconnues au public, que nul tableau ne constate et qu'où voit appuyés par une corporation qui ne brilla jamais par une sage direction de ses affaires, ces prix seraient reconnus comme étant les véritables cours du marché ! Et des exceptions de ce genre seraient destinées à détruire des opinions fondées sur une saine théorie, sanctionnées par des hommes pratiques, et contrôlées par l'expérience !

A-t-on un seul fait qui prouve que ces prix se sont perpétués pendant une semaine seulement? Si nous consultons le tableau des prix, nous trouvons qu'en juillet de cette même année 1795 l'or était coté à 3 1. 17, s. 6d; en décembre, il est encore au même taux de 3 1. 17 6 d. et quant aux quatre mois intermédiaires, aucun prix n'est indiqué. M. Bosanquet croit-il que le prix de l'or ait pu se maintenir à 4 l. 4 s. quand on pouvait facilement l'obtenir à 3 1.17 s. 10 1/2 d. en fondant les monnaies? A-t-il donc une si haute opinion du désintéressement et des vertus de toutes les classes de la société? Et s'il en est ainsi, pourquoi ne s'y confierait-on pas aujourd'hui? Oii sont les raisons qu'on assigne pour ne pas payer en espèces? Dira-t-on que le change actuel et le prix de l'or offrent de tels avantages à la fusion et à l'exportation des monnaies métalliques, qu'on puisse craindre de voir toutes les guinées abandonner le pays ? Mais comme vous affirmez que les lingots n'ont aucun rapport avec le numéraire, « qu'il n'existe aucun point de contact entre l'or anglais et l'or étranger, » on n'a pas à redouter de voir des individus se montrer jaloux de monnaies métalliques; car les banck-notes accomplissent aussi bien, si ce n'est mieux, les simples mouvements de la circulation.

« S'il arrivait, dit M. Bosanquet, que les demandes d'or étranger fussent très-considérables et qu'à la même époque la loi eût diminué la fusion et l'exportation des guinées , l'or étranger pourrait aller jusqu'à doubler son prix en or anglais, et laisser cependant à nos guinées leur valeur intrinsèque.

Je pourrais appliquer au Si de M. Bosanquet l'observation qu'il

paraît aussi que depuis 1804,)H1 a été frappé avec de l'or étranger 1,402,542 liv. et que l'or anglais n'a pas fourni une seule guinée. Pendant toute cette époque le prix de l'or étranger dépassa sur le marché celui de l'or national. — JN'est-il pas probable alors que la Banque, qui importe seule l'or de la Monnaie, a été guidée par des vues analogues à celles que je lui ai supposées ?

a faite sur le même mot, quand la commission s'en est servi : Votre Si est un grand pacificateur. Mais ce n'est pas le cas ; la loi ne peut-être mise en vigeur. Aussi la remarque n'a-t-elle aucune portée dans la question actuelle.

Si toutefois il était possible d'appliquer la loi, elle aurait le caractère de la plus cruelle injustice. Pourquoi le possesseur d'une once d'or-monnaie n'aurait-il pas, pour accroître la valeur de sa propriété, des droits égaux à ceux dont jouit le détenteur d'une once d'or-lingot? Doit- il rester soumis à toutes les baisses que produisent dans la valeur de l'or l'exploitation de nombreuses mines et tant d'autres circonstances, sans être admis à recueillir les profits qui résultent d'une hausse dans cette valeur? Et cela pour le mince avantage de voir son or revêtu d'une empreinte? Cette injustice faite à des individus ne serait pas compensée par les plus légers bénéfices pour la communauté, car l'exportation du numéraire, quand elle est permise, cessera toujours au moment où la valeur de notre circulation se sera élevée à son prix réel en lingots, et c'est là précisément la valeur à laquelle demeurent fixées toutes les évaluations monétaires du globe.

Telle fut, malgré la loi, la valeur de notre circulation, jusqu'au Mil de restriction de la banque et pendant quelques années après ; telle elle redeviendrait encore inévitablement, si on rapportait un acte aussi hautement impolitique. Elevez la valeur de notre circulation à son véritable niveau, et vous serez sûrs de l'enchaîner. Il ne peut y avoir de plus mauvais système que celui, par exemple, qui retient un million de livres sterling pour des résultats auxquels 800,000 1. s. suffisent complètement.

SECTION DEUXIEME

Conséquences qui résulteraient de l'hypothèse où les circulations monétaires des peuples (l'Angleterre exceptée) seraient diminuées ou accrues de moitié.

Supposons que la circulation de tous les pays soit entièrement desservie par des métaux précieux et que l'Angleterre en possède une fraction égale à un million. Supposons encore qu'au même moment la moitié des monnaies de tous les pays, excepté celles de l'Angleterre, soit tout à coup annulée. Serait-il possible à FAngieterre de conserver alors le million qu'elle possédait primitivement? Sa circulation ne deviendrait-elle pas relativement excessive, en la compa-

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rant avec celle des autres nations? Si, par exemple, un quarter de blé avait eu en France et en Angleterre une valeur égale à une once d'or , n'est-il pas évident que la moitié de cette quantité métallique suffirait actuellement à acheter le même quarter de blé qui, en Angleterre, continuerait à valoir une once ^ ? Des lois promulguées sous l'appui de telles circonstances, pouvaient-elles empêcher d'importer en Angleterre du blé ou toute autre marchandise (car le marché tout entier se trouverait atteint) et pouvaient-elles aussi prévenir l'exportation des monnaies d'or? Si elles avaient cette puissance, et que l'exportation des lingots fût libre, l'or hausserait peut-être de 100 p. O/o, et par la même raison s'il fallait 35 s. de Flandre pour représenter à Hambourg 1 1. st. il n'en faudrait plus que 17 1/2. Les mêmes effets se seraient reproduits dans le cas où la circulation de l'Angleterre aurait seule doublé.

Renversons l'hypothèse et supposons que toutes les autres circulations restent immobiles pendant que celle de l'Angleterre aura diminué de moitié. Si, d'ailleurs, les limites du monnayage actuel restaient les mêmes, ne verrait-on pas le prix des marchandises arriver par degrés à un avilissement capable de tenter les acheteurs étrangers ? Et cette situation ne se perpétuerait -elle pas jusqu'à ce que les proportions relatives des deux circulations fussent rétablis?

Si tels sont les résultats qui accompagnent un abaissement de la monnaie au-dessous de son niveau normal; et ces résultats, l'œuvre des plus illustres économistes les consacre! comment pourra-t~on soutenir avec raison que l'accroissement ou la diminution de la masse monétaire n'a aucun rapport avec les changes étrangers ou le prix des lingots?

Maintenant, sous l'empire d'une loi contre l'exportation, rigoureusement exécutée, une circulation de papier non conversible en

^ Que le prix des marchandises s'élève ou s'abaisse proportionnellement à l'accroissement et à la réduction des signes monétaires, c'est là un fait que je déclare irrécusable. M.Bosanquet a fait voir, en admettant l'influence immédiate de la découverte d'une mine sur les prix, qu'il ne partage pas à ce sujet les doutes du gouverneur de la banque Quand la commission demanda à cet administrateur « Si une réduction considérable dans la masse des agents de circulation ne ten- » drait pas à accroître dans de certaines limites leur valeur relative comparée » avec celle des marchandises, et si une augmentation considérable des signes mo- » nétaires n'aurait pas pour effet d'élever le prix des marchandises données en » échange ? » Il répondit : Ce sujet a soulevé une telle variété d'opinions que je ne me sens pas apte à donner une réponse positive. »

espèces produit exactement les mêmes effets qu'une circulation métallique.

Supposons dès lors que le premier cas se reproduise en face d'une circulation nationale toute composée de papier, les changes ne tomberaient-ils pas, et les lingots ne s'élèveraient -ils pas, par soumission aux règles que j'ai déjà présentées? De plus, notre circulation ne serait-elle pas dégradée, puisqu'elle n'aurait plus sur les marchés du monde une valeur égale au métal dont elle est le signe représentatif? Rien ne peut démentir le fait de la dégradation d'une monnaie. Et c'est en vain que les directeurs de la Banque pourraient certifier au public qu'ils n'ont jamais admis à l'escompte que des effets solides, dans des opérations bonâ flde. C'est en vain qu'ils affirmeraient n'avoir jamais imposé un billet à la circulation ; que la masse des unités monétaires, constamment égale à celle des époques antérieures, était seulement proportionnelle aux besoins du commerce qui s'était accru et non affaibli^ ; que le prix de l'or, arrivé ici à deux fois sa valeur à la Monnaie, était aussi élevé et même supérieur au dehors, comme on pourrait le prouver, en envoyant une once de métal à Hambourg et se faisant remettre le montant par une lettre de change payable à Londres en bank-notes ; qu'enfin l'accroissement ou la diminution des billets ne pouvait agir sur le change ou sur le prix des lingots. Tous ces faits, excepté le dernier, seraient vrais, qu'on ne trouverait cependant pas un homme qui refusât de reconnaître la dépréciation de notre monnaie. Ces symptômes, que j'ai énumérés, pourra-t-on les faire dériver d'une cause étrangère à l'exubérance relative de notre circulation ? Pourra-t on la ramener à sa valeur en lingots par d'autres voies que celles-ci : Réduire la masse de nos unités monétaires, ce qui en élèverait la valeur au taux de la circula-

1 Les chefs de la Banque n'ont pu appuyer sur leurs propres principes cette opinion si radicalement erronée; ^we le taux de l'intérêt se trouverait affecté par des émissions excessives^ et que par suite il provoquerait des demandes de remboursement de la part des porteurs de billets de banque. Ils ne l'ont pu ; car^ dans le cas supposé où le montant actuel des monnaies du marché était fortement diminué, ils doivent reconnaître que le taux de l'intérêt s'élèvera généralement, et que dès lors ils pourront accroître leurs émissions. Si après l'habile argumentation du docteur Smith, il était nécessaire d'invoquer de nouveaux raisonnements pour prouver que le taux de l'intérêt se règle entièrement par le rapport établi entre la masse du capital et les moyens d'utilisation, et qu'il est entièrement indépendant de l'ahondance ou de la rareté des agents de circulation ce commentaire ferait je l'espère, disparaître tous les doutes.

tion des autres pays; ou bien multiplier les métaux précieux, ce qui réduirait le prix des leurs au niveau des nôtres ?

Pourquoi les directeurs de la Banque ne semblent-ils point tenter l'épreuve en réduisant, pour le court espace de trois mois, le montant de leurs billets, de deux ou trois millions? Si l'expérience ne produisait aucun effet sur le prix des lingots et sur le change extérieur, alors il serait permis à leurs amis de proclamer triomphalement que les principes de la commission n'étaient que les rêves bizarres de théoriciens frappés de mysticisme.

SECTION TROISIÈME

La légère hausse da prix de l'or sur le continent est due seulement à une variation dans

le rapport de l'argent à l'or.

Mais, nous dit- on, le prix de l'or a éprouvé sur le continent une hausse encore plus sensible qu'en Angleterre ; car, au moment où il valait 4 1. 12 s. ici, on le payait à Hambourg 4 1. 1 7 s. ; ce qui constituait une différence de 5 1/2 p. O/q. Cet argument si complètement spécieux a été tant de fois reproduit qu'il est peut-être convenable de lui accorder un examen spécial.

A l'époque où une once d'or valait en Angleterre 3 1. 17 s. 10 1/2 et où le rapport de l'or à l'argent était de 1 5.07 à 1 , elle était vendue sur le continent pour une somme à peu près égale, ou 3 1. 17 s. 10 1/2 en monnaie d'argent. A Hambourg, par exemple, on recevait en paiement d'une once d'or 136 shill. de Flandres, 7 grotes, somme monétaire qui contenait une quantité d'argent pur, égale à 3 1. 1 7 s. 10 1/2 d. de nos unités types d'argent.

L'or a haussé depuis de 1 8 p. O/o dans notre pays. Il a atteint 4 1. 12 s. l'once et, toutefois, on assure que les 4 1. 12 s. qui servent à l'acheter ne sont pas dégradés. Maintenant, comme l'or s'est élevé de 5 1/2 p. O/o plus haut à l'étranger qu'ici, il doit y conserver une valeur de 23 1/2 p. O/o plus forte qu'au temps où il se vendait pour 136 sh. 7 gr. Nous serions donc conduits à penser que Hambourg le paierait aujourd'hui à raison de 167 shil. de Flandres. Mais voyons le fait. L'once d'or qu'on nous dit valoir à Hambourg 4 1. 17 s. ne produit pas au delà de 140 shil. 8 gr. C'est donc une bonification de 3 p. O/o seulement, bonification que le vendeur doit à la hausse de la valeur relative de l'or à l'argent qui de 15,07 à I est arrivé à environ 16 : 1. Il est vrai qu'au moment où l'once d'or

se vendait 3 1. 17 s. 10 1/2 d. ou son équivalent 136 sh. 7 gr. à Hambourg, la circulation anglaise n'était pas dépréciée. Ce qui explique comment cette somme ne pouvait servir à acheter qu'une lettre de change de 3 1. 17 s. 10 1/2 payable à Londres en billets de Banque. Mais eu face de notre circulation avilie le change à Hambourg étant tombé à 28 ou 29 shil. flamands, de 37 sh. qui constituaient la valeur réelle d'une once d'or, 140 s. 8 gr. ou 3 O/o de plus que 136 s. 7 g. suffiront pour acheter un effet de 4 1. 17 s., payable en billets de Banque, à Londres. De sorte que l'or n'a pas haussé de plus de 3 p. O/o à Hambourg ; mais la circulation anglaise comparée à celle de Hambourg a fléchi de 23 1/2 p. O/o.

Pour prouver plus complètement la vérité de cette assertion, que For ne s'est pas élevé de 16 ou 18 p. O/o sur le marché général du monde, mais que la circulation de papier, signe représentatif de l'or, a subi une dépréciation; pour le prouver , dis-je , je joins aux développements précédents, le tableau des prix les plus bas que l'or ait atteint à Hambourg, en Hollande et en Angleterre, en 1804, et ses prix les plus élevés, en 1810. Nous pourrons alors mesurer et déterminer la hausse du prix de l'or dans les trois circulations respectives. Ce document a été fourni par M. Greffulhe au Bullion- Committee, et a reçu le numéro 56.

Plus bas prix. Plus haut prix.

Hambourg- 1804— 973;4--1810— 101 constituant une hausse de 3 1/4 p. 0/0 Hollande « 1804 — 3921/4 « 1810 — 406 7/16 >> 3 5/8 0/0

Angleterre «1804— 41. « 1810— 41.13s. » 16 0/0

A Hambourg et en Hollande où la monnaie courante est l'argent, l'or pourra hausser non- seulement de 3, mais encore de 30 p. O/o sans qu'on y puisse lire la preuve d'une dépréciation monétaire. Ce sera simplement l'indice d'un progrès dans la valeur relative de l'or à l'argent. Mais en Angleterre où le prix de l'or se calcule en coins d'or ou en billets de Banque représentant ces coins ^ une hausse de 1 p. O/o sera la preuve immédiate d'une dépression ^ correspondante dans le numéraire ou le papier. Cette observation peut également s'appliquer à ce fait que, dans une période de deux ans, les variations de l'or à Hambourg n'ont pas été moindres de 8 p. O/o : fait d'ail-

^ Cette expression est signalée par M. Bosanquet comme ultra-théorique, mais je la crois si merveilleusement correcte que j'ai pris la liberté de l'employer après la commission.

leurs mentionné par M. Bosanquet qui, lui-même, semble en avoir été frappé.

Comme il existe une différence avouée entre le prix de l'or en barres au titre légal, et celui des monnaies d'or ramenées à l'étalon anglais, différence qui vient de ce que celles-ci sont une valeur plus facilement négociable sur le continent ; je ne puis admettre les déductions que M. Bosanquet obtient par la comparaison de la note de M. Greffulhe (n° 58), avec celle n° 60 du Rapport. Il serait d'abord nécessaire de vérifier si les prix de l'or, tels qu'ils sont cotés dans ces documents quelquefois contradictoires , s'appliquent à F or-monnaie, ou à l'or sous toute autre forme, et si pour des époques différentes les différents cours de l'or dans ce pays sont toujours relatifs à un métal de qualité identique.

M. Bosanquet fait observer « que les calculs fournis par M. Greffulhe au comité établissent qu'au printemps de 1810 une once d'or au poids légal d'Angleterre valait à Hambourg 4 1. 17 s. sterling; le prix étant alors à 101 et le change à 29 s. » Le lecteur doit se rappeler qu'on entend ici 4 1. 17 s. en bank-notes, ainsi que je l'ai déjà expliqué. Mais je ne puis admettre la parfaite exactitude de cette évaluation. Le spéculateur qui achèterait ici une once d'or au cours de 4 1. 12 s. pour l'exporter, devrait attendre au moins trois mois pour recevoir les 4 1. 17 s. Car aussitôt l'or vendu sur la place de Hambourg, le renvoi s'opère au moyen d'une lettre de change à 2 1/4 usances. De sorte qu'en tenant compte de l'intérêt pendant ce laps de temps son bénéfice se bornerait à 4 1/4 p. O/q. Mais comme les frais nécessaires pour envoyer de l'or à Hambourg sont inévitablement de 7 p. O/o, il en résulte qu'une remise eût été à cette époque de 2 3/4 p. O/o moins onéreuse que tout autre moyen de liquidation.

Cependant, admettons que M. Bosanquet ait été rigoureusement exact dans ses assertions ; que le prix de l'or dans ce pays fut réellement de 4 1. 12 s, pendant les mois de juin, juillet, août, septembre 1809, pendant le printemps de 1810, et que dans toutes ces circonstances ce prix fut relatif à de l'or d'une qualité égale. — Les conclusions par lesquelles il déclare qu'en 1809 ou pouvait réaliser, tous frais couverts, un bénéfice de 5 1/2 p. O/o, n'en seront pas pour cela mieux confirmées par les faits. « Si au cours de 101 et de 29, remarque M. Bosanquet, on pouvait recueillir un bénéfice de 5 1 /4 p. O/o sur l'exportation de l'or à Hambourg, il en résulterait qu'aux taux de 104 1/2 (réalisé à Hambourg, en juin, juillet, août, septem-

bre 1809) et de 28 s., ce profit devait monter à 12 i/2 p. O/o, ou que, déduction faite des frais de transport, Tor acheté à Londres à raison de 4 1. 12 s. l'once, constituait une remise de 5 1/2 p. O/o plus avantageuse qu'un effet au change du jour. » Comme j'ai démontré que quand le change était à 29 et le prix de l'or à Hambourg à 101 , les remises par le moyen de l'or étaient de 2 p. O/o plus chères que par lettres de change ; il s'ensuit qu'aux taux de 28 s. et de 104 1/2 ils n'offraient qu'un avantage de 4 1/4 p. O/o.

Ces faits prouvent qu'en juin, juillet, août et septembre 1809, mois où le change se cotait à Hambourg à raison de 28 sh. et For à 104 1/2, le change réel était en faveur de cette place. Au printemps de 1810, cette supériorité avait tellement diminué qu'elle ne suffisait plus à couvrir les dépenses d'importation de l'or.

Quant au renchérissement de l'or à Hambourg, parallèlement à une complète immobilité du change , ce fait dérive d'une hausse correspondante au prix de l'or en Angleterre. A mesure que la circulation anglaise se dégradera relativement à l'or, elle équivaudra à une plus petite quantité de shillings à Hambourg, à moins qu'une hausse dans la valeur de l'or, en rendant les livres sterling plus précieuses, ne vienne compenser sur le marché de Hambourg l'effet de cette dépréciation.

D'un autre côté les changes pourraient réfléchir les fluctuations d'une livre sterling dépréciée, alors même que le prix de l'or resterait invariable à Hambourg.

« n paraît, dit M. Bosanquet, (d'après le compte-rendu du Bureau des lingots — Bullion-Office — à la Banque, n°^ 7 et 8 de l'appendix au Rapport), que le montant total des lingots d'or importés et déposés dans ce bureau en 1809 s'élevait en valeur, seulement à 520,225 1., et que pendant la même période la quantité d'or versée par le Buîlion-Office se montait en valeur à 805,568 liv. sur lesquelles 592 1. seules ne pouvaient être exportées. >

« Le chiffre de l'importation, comparé au montant total des exportations et des importations et à celui des agens de circulation, suffit à justifier l'hypothèse d'une rareté comparative; et l'excédant des remises sur les importations est le tém-oignage évident d'une demande extraordinaire. »

Le fait sur lequel on insiste ici n'a qu'une faible importance dans la question controversée ; mais il me semble que les conclusions de M. Bosanquet ne sont pas sanctionnées par les comptes auxquels il se réfère.

L'excédant des émissions sur les importations n'est nullement le témoignage d'une demande extraordinaire , ainsi que le prouve la note du n** 7, dont on a extrait la plus forte quotité de versement.

Nota. — « Le chiffre ci-dessus désigne le montant de l'or qui a traversé le Biillion-Office par suite de ventes et d'achats effectués dans des spéculations privées ; mais il se peut que ce montant y ait figuré plus d'une fois, car le bureau n'a aucun renseignement sur la provenance de l'or. »

Les importations établies au n® 8 sont actuellement déposées par des spéculateurs étrangers et ne peuvent être reçues qu'une fois. Outre cette objection, ces comptes ne peuvent constituer des termes valables de comparaison ; car le n® 7 a été calculé jusqu'au 1 8 août 1810, et le n° 8 jusqu'au 30 mars 1810. »

« Ce qui fait l'importance de ces faits, continue M. Bosanquet, c'est qu'on met en regard le montant de l'or importé ou remis, et la circulation de papier qu'on suppose être dégradée par cela seul que le prix des lingots s'est accru. L'augmentation de 12 s. par once répartie sur toute la quantité d'or versée dans une année, soit, 200,000 onces, s'élève à 120 ou 130,000 1. On a dès lors prétendu qu'il y avait là un symptôme non équivoque d'une dépréciation de 1 2 ou 1 3 p. O/o, sur les 30 ou 40 millions qui forment toute notre circulation de papier. « — « Nous devons nous attendre bientôt à voir affirmer que la valeur des billets de banque s'est élevée, parce que le papier sur lequel ils sont écrits est un peu plus cher qu'auparavant. »

La valeur d'un bank-note se règle, non par la multiplicité des transactions qui ont pour objet l'achat ou la vente de l'or, mais par la valeur comparative actuelle du billet avec celle du coin dont il est le signe officiel.

Puisqu'il est admis qu'une banque gouvernementale peut donner cours forcé à une circulation de papier, quoique notre Banque ne le puisse, comment M. Bosanquet calculer a-t-il la dépréciation de ces billets forcés, si ce n'est en comparant leur valeur avec celle des lingots? Jugera-t-il nécessaire de rechercher si le montant total des opérations de l'année a été de 100 onces ou d'un million? Si l'or n'a pas un terme pour évaluer une dépréciation, quel est donc ce terme? Tant que ce sera un délit d'acheter des guinées à prime, il n'est pas probable que nous puissions créer les seuls arguments propres à satisfaire ces messieurs, c'est-à-dire deux prix pour les marchandises : un prix en guinées et un autre en billets de banque. Ils affirme-

raient peut-être même, dans ce cas, que c'est la rareté de l'or au dehors qui a ainsi augmenté la valeur de la guinée.

SECTION QUATRIÈME

Défaut attribué à la théorie de M. Locke sur la refonte de 1696.

M. Bosanquet affirme avec justesse que la théorie de M. Locke était semblable à celle que nous défendons. Ce penseur avait en effet établi qu'une once d'argent monnayé ne pouvait avoir une valeur moindre qu'une once d'argent en lingots, au même titre. Et le comité soutient de nos jours, que dans l'état normal de la circulation anglaise, une once d'or-lingots ne peut avoir pour longtemps une valeur supérieure à 3 1. 17 s. 10 1/2 d. ou à une once d'or-monnaie. Aucune de ces deux opinions n'a été encore réfutée comme incorrecte ; et si les résultats qu'on attendait de la refonte sous le règne de Guillaume, ne se réalisèrent pas, ce n'est point pour avoir appliqué la théorie de M. Locke, mais bien pour l'avoir méconnue. Ce n'est pas davantage parce qu'on ne put le convaincre que la valeur des lingots d'argent avait dépassé le prix légal ou de la monnaie (chose impossible, si ou l'évaluait en monnaie d'argent) , mais bien parce que ses vues ne furent pas adoptées.

M. Locke proposa que la monnaie d'argent fût le seul étalon fixe et légal de la circulation et que les guinées eussent cours dans tous les paiements, pour leur valeur en lingots. D'après ce système, une guinée eût subi toutes les variations de la valeur relative de l'or à l'argent; elle eût tantôt représenté 20 1. et tantôt 25. Mais contrairement au principe de M. Locke, on fixa la guinée à 22 shill. et plus tard à 2 1 s. 6 p. tandis que sa valeur en lingots était considérablement inférieure à cette évaluation ^ . Au même moment, et par cela seul que Tor était coté trop haut, la monnaie d'argent passait dans la circulation pour une valeur moindre que celle des lingots d'argent. On devait dès lors s'attendre à voir conserver les coins d'or, et au contraire disparaître de la circulation toutes les monnaies d'argent. Si l'on eût ramené la valeur des guinées en circulation à

* On peut dire que malgré la loi qui prohibait le cours des guinées à plus de 21 s. 6 d. elles ne furent pas déclarées monnaie légale, avant 1717 ; et que, par conséquent, aucun créancier n'était obligé de les recevoir en acquit d'une dette à ce taux. — Mais en leur accordant cette valeur dans le paiement des taxes, le gouvernement leur concédait un privilège équivalent à celui de monnaie légale.

RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. i95

celle qu'elles avaient réellement sur le marché comparées à l'argent, on eût arrêté immédiatement l'exportation des pièces de ce métal. Ce fut effectivement, du reste, le remède qu'à la fin on adopta. La question ayant été soumise en 1717 àsirl. Newton, alors maître de la Monnaie, il dit : < La cause principale de l'exportation des pièces d'argent consiste en ce qu'une guinée qui circule au taux de 21 s. 6 d. ne vaut généralement pas plus de 20 s. 8 d. suivant le rapport de la valeur de l'or à l'argent sur le marché ; rapport soumis pourtant à des variations accidentelles. » Il proposa alors, < de réduire de 6 d. la valeur de la guinée afin de combattre la tentation d'exporter et de fondre les pièces d'argent. » Il ajoutait que « si l'on voulait restituer à l'or ses proportions relatives avec la monnaie d'argent, telles que ces proportions résultent du mouvement général du commerce et du change en Europe, il faudrait diminuer la guinée de 10 ou 1 2 d ^ » Les mêmes effets se seraient reproduits, sans l'intervention du gouvernement, dans le cas où les valeurs relatives de l'or et de l'argent sur le marché se seraient rapprochées des proportions de la monnaie par des oscillations successives.

Lord Liverpool professe, relativement à la refonte de 1696, une opinion toute différente de celle de M. Bosanquet. Il est si loin de penser que cette mesure a soumis la nation au désappointement et au malaise qui V accablent encore, et à une dépense stérile de près de 3 millions sterlings, qu'il dit : « Quelque lourde qu'ait été cette charge, les pertes que subissaient chaque jour le gouvernement et le peuple entier avant l'opération de la refonte suffisait à justifier toutes les dépenses consacrées à améliorer une telle situation. »

M. Bosanquet échappe à la vérité, lorsqu'il dit, p. 34, que depuis la refonte opérée sous le règne de Guillaume, le prix de l'argent n'a jamais été inférieur à celui de la Monnaie. Il résulte d'un examen des tables de M. Mushet que ce prix avait baissé jusqu'à 5 s. 1 d. en 1793 et 1794, et qu'en 1798 il descendit à 5 s. C'est alors même que fut rendue cette loi déjà signalée , qui prohibait le monnayage de l'argent^.

^ Lettre de iord Liverpool au roi.

* Depuis que ces lignes ont été imprimées, j'ai vu laseconde édition de l'ouvrage de M. Bosanquet, dans laquelle cette inexactitude se trouve corrigée.

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