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CHAPITRE IV

ETUDE DES OBJECTIONS PRESENTEES PAR M. BOSANQUET CONTRE CETTE PROPOSITION : LA BALANCE DES PAIEMENTS A ETE FAVORABLE A L'ANGLETERRE

Après avoir examiné tous les faits auxquels M. Bosanquet accorde une si grande importance, comme contredisant à cette formule dans laquelle le comité établit que c'est par la comparaison du prix des lingots sur le marché et à la Monnaie qu'on peut déterminer le discrédit de la circulation ; après avoir, je l'espère, établi jusqu'à l'évidence , qu'aucun autre fait isolé ne peut nous faire juger de la régularité ou de l'imperfection de notre circulation monétaire, j'arrive au développement de la troisième proposition du BulUon- Commitlee. Cette proposition énonce « qu'en n'accordant toutefois qu'une confiance légitime aux conclusions fondées sur les tableaux d'importations et d'exportations de la douane, l'état des changes devrait être particulièrement favorable. »

M. Bosanquet s'est dévoué à consulter de nombreux documents pour prouver que les membres du Committee n'ont pas seulement commis une erreur de 7,500, 000 1. st, dans le calcul de la balance des exportations, mais d'autres encore dont le montant s'élève bien plus haut. Il a voulu démontrer aussi qu'en réalité, loin d'être fondés à dire que le cours du change a dû nous être favorable l'année dernière, ils doivent reconnaître que le montant actuel de la balance des paiements dans le continent a dépassé les limites usuelles.

Comme j'aspire seulement à défendre les principes du comité, et que ces faits ne sont nullement essentiels aux principes eux-mêmes, je ne discuterai pas l'exactitude des différentes évaluations du comité et de M. Bosanquet. Je lui concède tout d'abord , les faits qu'il soutient, quelque difiiculté qu'il puisse éprouver à les faire tous accepter.

On ne peut nier, je l'avoue, que la balance des paiements n'ait été contre l'Angleterre. Le taux du change réel qui indique in-

failli blement le pays d'où l'or se déplace, le prouve d'une manière suffisante. Il eût pourtant été satisfaisant, pour ceux qui désiraient pénétrer clairement ce sujet difficile, de voir exposer par M. Bosanquet les moyens que nous avons de rétablir cette balance qu'il soutient être défavorable. Pense-t-il qu'elle a dû être acquittée de nos jours avec notre propre réserve d'or? Sommes- nous donc habitués à conserver stérile une masse de lingots suffisante pour rétablir de telles balances année par année?

Comme nous ne possédons point de mines en propre, si notre réserve n'égale pas cette somme de lingots , nous devrons l'acheter aux pays étrangers, car les billets de banque ne peuvent servir à cette fonction. Que le prix de l'or en bauk-notes soit de 4 1. ou 10 1. Fonce, il n'ajoutera rien à notre masse de lingots; car cette quantité additionnelle, l'exportation des marchandises seule la donne. Si , par exemple , nous la puisons en Amérique , - c'est avec des marchandises que nous la payons. Dès lors un regard sur le mouvement commercial du pays nous démontre que nous avons dû acquitter notre dette envers l'Europe en exportant des marchandises sur quelque autre point du globe. La balance des paiements , quelque vaste qu'elle soit, devra donc en définitive se solder par le produit du travail national. Les lettres de change n'acquittent jamais la dette d'un pays à un autre. Elles permettent à un créancier de l'Angleterre de recevoir dans le lieu de sa résidence, une certaine somme d'argent d'un débiteur de l'Angleterre. Tous deux accomplissent le transfert, la cession d'une dette, mais ils ne l'acquittent pas. Personne ne niera que des demandes d'or (s'il arrivait jamais que le créancier n'acceptât que de l'or) puissent provoquer une hausse dans sa valeur. C'est pourquoi, si les marchandises baissaient considérablement, il ne faudrait y voir que l'effet naturel d'une telle cause. Mais comment une hausse quelconque dans le prix de l'or évalué en bank-notes en faciliterait-elle l'acquisition dans le cas même où on thésauriserait en Angleterre ?

Le vendeur ne se laissera pas séduire par un accroissement de valeur nominale. Il lui importera peu que son or soit vendu à 3 1. 17 sh. 10 1/2 d. ou à 4 1. 12 s. l'once, pourvu que l'une ou l'autre de ces sommes lui procure les marchandises contre lesquelles il vou lait, en définitive, échanger son or. Si donc on accorde aux billets de banque de 3 1. 1 7 sh. 10 1/2 d. une valeur égale à 4 l. 1 2 s. dans les opérations sur les marchandises qu'on veut acheter, ces deux prix équivaudront à la même quantité d'or. Maintenant peut-on nier [OEuv. deRicardo,) 32

qu'en réduisant le montant des bank-notes on en élève la valeur? Et, s'il en est ainsi, comment la réduction des billets de banque pourra-t-elle nous empêcher d'obtenir au dedans et à l'étranger cette même masse d'or qui nous sert à acquitter notre dette à l'étranger, et que nous obtenons par un prix nominal et fictif?

« Il arriva une époque, dit M. Bosanquet, où nous fûmes contraints à recevoir du blé de nos ennemis eux-mêmes, sans la plus légère stipulation en faveur des producteurs nationaux, et en payant des neutres pour nous l'apporter. Eh bien ! M. Ricardo nous affirme que les exportations de lingots et de marcliandises destinées à payer le blé qu on importait ici, se résumaient entièrement en une question d'intérêt, de lucre, et que lorsque nous donnons, des marchandises en échange de céréales, ce doit être par choix et non par nécessité. Il nous dit que, même en face de la famine, nous n'importerons pas plus de marchandises que nous n'en exporterons, à moins d'une exubérance de circulation monétaire. »

M. Bosanquet parle comme si la nation tout entière, transformée collectivement en un seul corps maîtrisé par la faim , importait du blé et exportait de l'or. Il ne remarque pas que l'importation du blé , même dans l'hypothèse supposée , est un fait isolé dirigé par les mêmes motifs que ceux des autres branches de commerce. Quelle est donc la contrainte mise en œuvre pour nous faire recevoir des blés ennemis? Je pense qu'elle se réduit aux besoins qui sollicitent cette marchandise et en font un article d'importation avantageux. Mais si ce commerce entre deux nations, loin d'être forcé, repose, comme on peut le certifier, sur des conventions volontaires, je maintiens hautement que, même en face d'une famine dévorante, on ne paiera le blé de la France, en or, que dans le cas où l'exportation de ce métal offrira au négociant d'assez grands avantages : c'est-à-dire dans le cas où il pourra vendre son blé en Angleterre pour plus d'or qu'il n'en a consacré à l'acheter.

M. Bosanquet, ou tout autre spéculateur qu'il pourra connaître, voudra-t- il importer du blé contre de l'or à d'autres conditions? — S'il n'en est point qui y consente, comment le blé pénétrera-t-il en Angleterre, si l'or ou quelque autre marchandise n'y est moins chère? Et en nous renfermant dans les questions relatives à ces deux marchandises, n'est- il pas évident que ces opérations indiquent d'une manière également certaine que l'or est plus cher en France et le blé en Angleterre?

Ne voyant rien dans les démonstrations de M. Bosanquet qui puisse

me porter à changer d'opinion, je dois persister à reconnaître que c'est l'intérêt, et l'intérêt seul qui provoque l'exportation de l'or, d'après les mêmes principes qui lui font régler celle de toutes les autres marchandises. M. Bosanquet, avant d'attribuer tant d'extravagance à cette opinion , eût sainement agi en s'armant comme le vulgaire de raisons propres à prouver cette extravagance ; et il n'eût probablement pas nui à sa propre cause s'il eût bien voulu exposer, en 1810, les arguments qui le font appuyer un principe déjà proclamé par M. Thornton en 1802, et dont on contesta l'exactitude en

On n'exportera des lingots que dans le cas où ils auraient été primitivement importés dans ce but, ou bien dans le cas où les mouvements de notre circulation intérieure en auraient diminué pour nous l'utilité et le prix. — Si de nouveaux décrets de Milan, des lois d'embargos, des actes de non-intercoiirse, agissaient sur l'exportation des marchandises, ils influeraient aussi sur leur importation; car une nation ne peut continuer à acheter si elle ne peut en même temps vendre. L'Angleterre le peut moins que toute autre, elle qui, par l'exubérance de son papier, a chassé de la circulation toute trace de métaux précieux.

M. Bosanquet nous dit : < Si la circulation est avilie au-dessous de la valeur de l'or, il y faudra voir un fait absolu et non relatif, qui réagira également sur tous les changes. » Rien de plus vrai. Et c'est pourquoi M. Bosanquet eût victorieusement attaqué l'opinion du Committee^ s'il avait pu démontrer que le change de l'Angleterre avec un pays, quel qu'il soit, dont la circulation n'est ni altérée, ni dégradée, lui a été effectivement favorable.

Des écrivains versés dans cette matière ont dernièrement , ce me semble, jeté des vues erronées sur l'exportation des monnaies, et sur les effets que déterminait, dans le prix des lingots, un accroissement de circulation produite par des émissions de papier.

M. Blake l'examine ainsi : « Tous les écrivains économistes qui me sont connus paraissent persuadés que toutes les fois que le taux du change s'écarte du pair d'une quotité supérieure aux frais de transport des lingots, ces lingots émigrent. Cette erreur vient de n'avoir pas suffisamment distingué les effets du change réel et du change nominal. » L'auteur a consacré un grand nombre de pages à prouver que toute addition faite; à la monnaie de papier, alors nièiiie qu'une grande partie de la circulation est desservie par les métaux précieux, aura pour effet de renchérir les lingots dans une propoi'tion

SÔO ŒUVRES DIVERSES.

égale vis-à-vis des autres marchandises. De plus, le change étranger se trouvant avili nominalement au même degré, il n'y aura aucun avantage à exporter des lingots.

La même opinion a été soutenue par M. Huskisson, p. 27.

Si la circulation monétaire d'un pays reposait en partie sur l'or, en partie sur le papier, et si Ton en doublait la masse par de nouvelles émissions de papier, on verrait se reproduire sur les prix les mêmes effets que dans le cas précédent (celui d'une hausse dans le prix des marchandises). « Mais ces émissions n'augmentant pas plus l'abondance de l'or en ce pays que dans les autres parties du monde, sa valeur comme marchandise^ relativement à celle des autres marchandises, restera la même; comme marchandise^ encore son prix s élèverait dans la même proportion que le prix des autres objets ; quoique, à 1 état de coin, et revêtu d'une dénomination lé ^ gale, il ne put avoir cours que conformément à son empreinte.

C'est pourquoi l'exportation des monnaies d'or accompagne dans tous les pays cet accroissement de papier , — non parce que l'or, comme marchandise, y fût devenu plus abondant et moins précieux relativement aux autres objets; mais par cela que sa valeur comme monnaie reste la même, tandis que son prix s'est élevé simultanément avec celui de tous les autres objets par rapport à cette monnaie elle-même.

Si la circulation se composait exclusivement de papier, je me réunirais à ces écrivains pour les fluctuations qu'ils ont assignées à la valeur de l'or comme marchandise ; mais tant que la circulation sera entièrement métallique ou dévolue simultanément à l'or et au papier , une surémission de monnaie de papier ne pourra jamais provoquer une hausse dans le prix des lingots.

Si l'on introduisait dans une circulation monétaire d'or et de papier une quantité additionnelle de monnaie de papier, la valeur de la circulation totale serait diminuée; ou, en d'autres termes, le prix des denrées hausserait, que ce prix fût évalué en pièces d'or ou en papier. La même marchandise, après Taugmentation du papier, achèterait une plus grande quantité d'onces d'or, parce qu'elle équivaudrait à une plus forte quantité d'unités monétaires. Mais ces messieurs ne contestent pas lu possibilité de convertir le numéraire en lingots, malgré les lois qui l'interdisent. JN'en résulte-t-il pas alors que la valeur de ïor-monnaie et la valeur de l'or- /in^oKendront rapidement à une parfaite égalité? Si donc une marchandise, par suite d'une surémission de papier, s'échangeait contre plus d'or-mon-

RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M BOSANQITET. 5(n

naie, elle s'échangerait aussi contre plus d'or en lingots. C'est pourquoi il n'est pas exact de dire que la valeur relative des lingots d'or et des marchandises serait la même après qu'avant la multiplication du papier.

La dépréciation qu'occasionnent, dans la valeur de l'or comparé aux marchandises, les émissions de papier faites en un pays où l'or est partie constituante de la circulation, se trouve tout d'ahord limitée cà ce seul pays. Si l'on isolait ce pays pour anéantir ensuite son commerce avec tous les autres peuples, cette diminution de la valeur de l'or se perpétuerait jusqu'au moment où les besoins du travail manufacturier enlèveraient toutes les unités monétaires d'or à la circulation. Alors, et alors seulement, pourrait-on découvrir une dépréciation sensible dans la valeur du papier comparé à l'or , quelle que soit d'ailleurs la masse de la circulation.

Dès que l'or aura complètement disparu de la circulation, les demandes permanentes des manufactures élèveront sa valeur au-dessus du papier, et il retrouvera promptement la valeur qu'il avait relativement aux autres marchandises, avant qu'on n'eut accru la circulation par des émissions de papier. Les mines fourniraient alors la quantité d'or nécessaire, et la monnaie de papier continuerait à rester dépréciée. Pendant tout cet intervalle, si le pays possède des mines, il en aura dû suspendre l'exploitation ; car l'avilissement du prix de l'or aura réduit les bénéfices du capital engagé dans les mines a un taux inférieur au niveau général des profits du commerce. Aussitôt cet équilibre rétabli, la production de l'or reprendrait toute sa régularité. Telles seraient les conséquences d'une surémission de papier pour un pays qui n'aurait aucun commerce avec le reste du globe.

Mais si le pays supposé étendait , comme l'Angleterre , son commerce sur tous les points du monde, l'excès de sa circulation serait balancé par une exportation d'espèces. Et si cet excès ne dépassait pas le montant du numéraire en circulation, la facilité avec laquelle ceux qui éludent les lois sauraient l'accaparer préviendrait toute dépréciation possible.

Supposons que l'Angleterre possède 1000 onces d'or à l'état de lingots et 1 000 onces à l'état de înonnaie, et admettons qu'en même temps le change soit au pair avec les pays étrangers ; c'est-à-dire, que la valeur de l'or étant au dehors précisément égale à la nôtre, il ne puisse y avoir profit à l'exporter ou à l'importer ;

Supposons encore qu'à la même époque, la Banque émette une

somme supplémentaire et repréhentative de 1 000 onces d'or en billets non remboursables en espèces. Si ses lingots conservaient, après l'émission, leur valeur première (ce qui serait le principe qu'on affirme), comment exporterait-on une seule guinée? Quel spéculateur s'exposerait aux soucis et aux risques d'expédier des guinées sur le Continent, pour les y vendre comme lingots, si la valeur des lingots continuait à être aussi élevée en Angleterre ? — Ne fondraiton pas la monnaie pour la vendre comme lingots à l'intérieur, ♦jsqu'au moment où leur valeur, relativement à ceux des autres pays , ou au prix des autres marchandises , aura baissé d'une quantité suffisante pour couvrir les dépenses de transport; en d'autres termes, jusqu'à ce que le change soit descendu au taux qui peut défrayer ces dépenses? Cette limite atteinte, les 1000 onces disparaîtraient tout à coup; ou si on en conservait une partie, elle aurait une valeur égale à celle d'un même poids d'or en lingots. J'ai constamment envisagé comme impuissante la loi qui interdit l'exportation. Et si l'on affirmait que cette loi peut être strictement exécutée , l'argument s'appliquerait aussi juste ment au cas où l'on aurait employé les coins d'or au lieu du papier pour accroître la circulation.

Il paraît dès lors évident ;

Premièrement, qu'une addition à la masse de papier, dans une circulation que l'or et le papier se partagent, n'a pas nécessairement pour effet de hausser les lingots d'or dans la même proportion que les autres marchandises; — secondement, qu'une telle augmentation n'abaissera pas le change nominal, mais le change réel et, conséquemment, déterminera l'exportation de l'or.

Mais, pour en revenir à M. Bosanquet, il déclare « que les trois pro- » positions ( celles que je viens de commenter ) paraissent avoir été " énoncées par le Commillee et par les auteurs dont les théories ont » servi de base au rapport, pour faire envisager la dépréciation du » papier- monnaie de ce pays comme la conséquence nécessaire de » l'impossibilité que l'on éprouve à expliquer par d'autres causes » l'avilissement des changes et renchérissement des lingots. On peut » les appeler des arguments négatifs. »

Quant à ce qui me concerne ici, comme étant l'un des auteurs inculpés, M. Bosanquet est inexact. La troisième de ces propositions n'a dans aucune circonstance été produite par moi. L'hypothèse d'une balance des paiements favorable ou contraire à notre pays importe fort peu, suivant moi, à l'évidence de la théorie que je soutiens.

Que l'or constitue une partie de nos exportations ou une partie de nos importations, il n'y a rien là qui puisse influer sur cette vérité surabondante que notre circulation n'est estimée ni par les étrangers, ni par nous-mêmes, à sa valeur en lingots. — Mais pourquoi notre circulation serait-elle descendue plus bas que celles d'Amérique, de France, de Hambourg, de Hollande, etc. ? La réponse est qu'aucun de ces pays n'a une monnaie de papier non conversible en espèces à la volonté du porteur.

SOi œUVRES DIVERSES.

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