‹ Œuvres completesChapitre 90 sur 121 · MONNAYAGE · texte numérisé non relu

MONNAYAGE

Le docteur Smith, quoique favorable à l'établissement d'un léger droit de fabrication sur les monnaies, avait su prévoir tous les inconvénients qui résulteraient d'un seigneuriage élevé.

Les limites au delà desquelles il n'est plus avantageux d'étendre ce droit, sont posées par les dépenses qu'on supporte pour frapper des lingots en coins. Si le seigneuriage excède ces frais inévitables, il offrira un bénéfice réel aux faux monnayeurs, quand bien même ils donneraient à leurs monnaies imitées le poids et le titre voulus par la loi. Mais même dans ce cas, comme l'addition d'unités monétaires, en grossissant la circulation au delà des besoins du commerce, diminue la valeur de la monnaie, l'industrie des faux monnayeurs cessera nécessairement au moment où la valeur des coins ne dépassera plus celle des lingots d'une somme supérieure aux frais de fabrication. Si Ton garantissait le public contre ces additions illégales faites aux agents de circulation, il n'y aurait point de seigneuriage, si élevé qu'il fût, que le gouvernement ne pût établir avantageusement; car la valeur du numéraire excéderait dans le même rapport celle des lingots. Si le droit était de 10 pour cent, le lingot serait nécessairement à 10 pour cent au-dessous du prix à la Monnaie. S'il était de 50 pour cent, la valeur du coin excéderait d'autant celle des lingots. 11 en résulte donc, qu'un poids donné en lingots ne pourra jamais dépasser en valeur le même poids donné en numéraire, mais que celui-ci pourra excéder le poids en lingots d'une somme égale aux frais de seigneuriage. Quelque grands que soient ces frais, cette supériorité subsistera , si d'ailleurs on reste assuré contre la fausse monnaie. Il en résulte aussi, qu'indépendamment de cette sécurité, l'industrie des faux monnayeurs cessera aussitôt qu'ils auront assez ajouté aux signes monétaires pour faire descendre la supériorité de leur valeur sur celle des lingots, à la simple égalité avec les dépenses encou-

rues. L'examen des circonstauces qui donnent la valeur à un billet de banque prouvera la vérité de ces principes. La valeur intrinsèque d'un billet de banque n'est point supérieure à celle du papier sur le quel il est souscrit. On peut le considérer comme un signe monétaire dont le seigneuriage est tellement énorme qu'il s'élève à sa valeur entière. Et cependant, si le pays est convenablement protégé contre un accroissement excessif produit dans ces billets par l'imprudence des créateurs ou par les menées des faux monnayeurs ou des faussaires, ils devront conserver leur valeur dans les opérations ordinaires du commerce.

Tant qu'une monnaie pareille sera contenue dans de certaines limites, il sera facile de lui donner une valeur quelconque comme agent de circulation; 3 1. 17 s. 10 I/*2 d. pourront valoir une once d'or-lingot, ce qui forme le rapport d'émission, ou bien ils pourront être réduits à la valeur d'une 1/2 once. En outre, si la Banque avait le privilège exclusif de faire frapper du numéraire à la Monnaie, .3 1. 17 s. 10 1/2 d. de ses billets pourraient recevoir une valeur égale à 1 , 2, 3, ou tout autre nombre d'onces en lingots d'or.

La valeur d'une telle monnaie repose entièrement sur son abondance; et dans Fhypothèse supposée, la Banque aurait le pouvoir de limiter non seulement la masse du papier, mais encore celle des pièces métalliques.

J'ai déjà essayé de démontrer que les métaux précieux, employés comme monnaie antérieurement à l'établissement des banques, s'étaient nécessairement répartis parmi les différentes nations du monde dans des proportions relatives à leur commerce et aux paiements à effectuer ; que quelle que soit la valeur des lingots ainsi affectés au jeu de la circulation, l'égalité des demandes et des besoins ressentis dans tous les pays ne permettrait point que la part écliue à chacun s'accrût ou diminuât, — si ce n'est dans le cas où de nouveaux rapports commerciaux entre les peuples rendraient une nouvelle répartition nécessaire. J'ai enfin essayé d'établir que l'Angleterre , ou tout autre pays , peut substituer le papier aux lingots , mais que la valeur de ce papier doit se régler sur la valeur intrinsèque des coins, qui eussent alimenté la circulation à défaut du papier.

Sous ce point de vue, la monnaie de papier d'un pays représente un certain poids de lingots qui ne pourra être augmenté ni diminué, tant que son commerce et ses paiements resteront invariables. Une once d'or pourra valoir 3 1. 17 s. 10 1/2 d., ou, par des règlements

intérieurs, 4 1.13 s. de monnaie métallique ou de papier; mais le montant actuel des lingots ainsi représentés sera éternellement le même, si, d'ailleurs, les circonstances du commerce et des paiements restent aussi les mêmes.

Supposons que la part de l'Angleterre se monte à un million d'onces. Si l'on parvenait à introduire et à maintenir dans la circulation un million et demi d'onces en numéraire, par une loi facile à exécuter et qui empêchât de le fondre et de l'exporter ; ou si le secours d'un MU de rectriction permettait à la Banque de maintenir en circulation une masse de papier représentant un million et demi d'onces en coins d'or, ce million et demi n'y vaudrait pas plus que le million primitif. Par conséquent une once et demie de monnaie d'or ou une quantité de billets représentant cette somme, n'achèterait pas plus de marchandises qu'une once d'or-lingots. Si d'un autre côté le gouvernement prélevait un seigneuriage de 50 pour cent, ou si la Banque, possesseur exclusif du droit de monnayage, limitait ses émissions au point que ses billets ne représentassent pas plus d'un demi million d'onces d'or au prix de la Monnaie, ce demi million circulerait pour une valeur égale au million supposé dans le premier cas, et au million et demi du second.

On peut déduire de ces principes qu'une dépréciation monétaire ne peut naitre que de l'excès des signes. Quelqu'altéré que soit le numéraire, il conservera toujours sa valeur à la Monnaie, en d'autres termes, il passera dans la circulation pour la valeur intrinsèque du métal qu'il devrait contenir, si toutefois il n'est pas trop abondant. C'est donc une fausse théorie que celle qui suppose que desguinées de 5 dwts- 8 g. ne peuvent pas circuler avec des guinées de 5 dwts. ou moins. Comme elles pourraient être assez rares pour valoir chacune 5 dwts. 10 grains dans la circulation, il n'y aurait aucun avantage à les en retirer, tandis qu'il y aurait, au contraire, tentation à les y maintenir. Les pièces les plus lourdes échapperaient, il est vrai, difficilement au creuset du fondeur; mais ce résultat serait entièrement dû à l'accroissement de circulation produit soit par des émissions exagérées de la Banque, soit par le contingent de numéraire que l'industrie des faux monnayeurs jetterait dans la circulation.

Notre monnaie d'argent jouit dans la circulation d'une valeur supérieure à celle qu'elle a comme métal, parce que, malgré le bénéfice réservé aux contrefacteurs, son abondance n'a jamais été suffisante pour réagir sur sa valeur.

C'est dans ce principe que nous devons aussi chercher l'explication du phénomène par lequel le prix des lingots, antérieurement à la refonte de 1696, ne s'éleva jamais aussi haut qu'on aurait dû l'attendre de la composition falsifiée des monnaies à cette époque. La quantité ne s'était pas accrue dans une proportion directe avec l'altération de la qualité.

Il résulte encore de notre système que dans un pays où l'or est la mesure des valeurs, et où les lois sont impuissantes contre l'exportation, le prix des lingots d'or ne dépassera jamais celui de la monnaie; qu'il ne peut lui être inférieur que d'une quotité égale aux dépenses de monnayage ; qu'enfin ces variations naissent entièrement du rapport qui existe entre le commerce du pays et le contingent de numéraire ou de papier -monnaie : eu d'autres termes, que la valeur des lingots ne pourra s'élever à la hauteur même du prix de la Monnaie, que sous l'influence d'un excès de circulation. Si, en effet, on reconnaît dans l'Etat un pouvoir doué du privilège d'accroître capricieusement la monnaie de papier, et ajffranchi en même temps du paiement de ses billets, il ne peut y avoir d'autres limites pour le prix de l'or que la volonté de cette nouvelle dictature.

{OEuv. de Ricardo.) . 33

su OKUVfiES DIVERSES.

Page 1