La Providence n'a pas moins fait pour le règne
(1) Paradiso, xm, 14.
(2) Paradiso, x, 34-45; xn, 43-47.
de la justice que pour celui de la vérité. — Le droit est une des formes du bien ; et comme le bien réside en Dieu même, et que Dieu veut par-dessus tout la permanence de son être, il veut le droit. Et parce que tout ce qui est voulu de lui fait une même chose avec sa volonté, il faut conclure que le droit, dans son essence, est la volonté divine. Dans sa réalisation temporelle ici-bas, le droit est la conformité des faits contingents avec sa volonté immuable. Enfin, si Ton accepte le mot dans sa signification la plus restreinte, le droit est l'ensemble des relations réelles et personnelles de l'homme à l'homme, à l'observation desquelles est attaché le maintien de l'ordre social (1).
L'homme, en effet, a été placé aux confins des deux mondes, comme l'horizon qui sépare deux hémisphères : le monde des êtres corruptibles et celui de l'incorruptibilité (2). Coordonné dans un rapport nécessaire avec ces deux mondes, il a donc une double mission. L'une est de réaliser toute la somme
(1) De Monarchiâ, h. Jus cum sit bonum in mente Dei est. Et cum omne quod in mente Dei est , sit Deus, et Deus maxime seipsum velit, sequitur quod jus a Deo,prout in Deo est sit volitum : et cum volitum et voluntas in Deo sit idem, sequitur ulterius quod divina voluntas sit ipsum jus... Et jus in rébus nihil est aliud quam similitudo divinse voluntatis... Jus est realis et personalis hominis ad hominem proportio quœ servata servat societatem. — Cf. S. Thomas, prima secundse, q. 91, 1.
(2) De Monarchiâ, ni. — Cf. de Causis, 2. — S. Bonaventure, Serm. 1, in Hexamer.
de bien-être possible en cette vie; on y parvient par l'accomplissement des préceptes de la philosophie, par la pratique des vertus intellectuelles et morales. L'autre, est d'atteindre à la béatitude éternelle; et l'on y arrive par une adhésion docile aux enseignements de la révélation, par l'exercice des vertus théologiques (1). Toutefois cette admirable économie serait bientôt troublée par les passions rebelles, si un frein ne les contenait, si une main ne les dirigeait, si des circonstances extérieures ne les modifiaient : le frein, c'est la loi ; la main, l'autorité; les circonstances extérieures, la société. Aux deux missions de l'homme correspondent deux sortes de loi, d'autorité, de société ; l'une temporelle, l'autre spirituelle : il en faut considérer de plus près l'organisation (2) .
L'unité du genre humain est un fait placé par toutes les croyances antiques et modernes hors du domaine de la controverse (3). Il n'y a donc pour le genre humain qu'une seule et commune destination terrestre, qui est celle de chaque homme en
(1) De Monarchiâ, ni.
(2) lbid., Pargatorio, xxi.
Onde convenne leggc pcr fren poire :
Convenne regge aver, che discernesse
Délia vera cittade almen la torre...
Le leggi son, ma chi pon mano ad esse?
ConvitO, iv, 9. — Cf. S. Thomas, prima secundo?, q. 95, 1.
(3) Convito, iv, 45.
particulier. C'est de réduire en acte toute la puissance d'intelligence dont il est doué, en se proposant pour objet principal la spéculation, pour objet secondaire la pratique. Telle est la fin suprême de la civilisation tout entière (1). D'un autre côté, si l'homme est nécessairement sociable, si le besoin de vivre en société groupe les individus en familles, les familles en cités, les cités en nations : le même besoin rapproche les nations entre elles. Ce rapprochement, abandonné aux ambitions des princes et aux caprices de la fortune, devient collision : c'est l'origine de la guerre ; et la guerre accuse à la fois l'absence et l'importance d'un ordre légal qui réunisse pacifiquement les nations pour en former une société universelle (2) . La forme inévitable d'une société ainsi conçue sera l'unité; car l'unité constitue l'essence divine à l'image de laquelle la nature humaine fut faite ; elle est la loi qui préside au gouvernement du monde ; elle est la condition de l'existence, de la perfection, de l'harmonie : car
(1) De Monarchiâ, 1... Proprium opus humani generis totaliter accepti est actuare semper totam potentiam intellectus possibilis, per prius ad speculandum et secundario propter hoc ad operandum per suam extensionem...
(2) Paradiso, vin, 40.
..... Sarebbe il peggio
Per 1' uomo in terra, se non fosse cive.
Convito, iv, 4. —Cf. Aristot., Politic, h 2,
encore il faut qu'une seule volonté gouverne pour procurer l'unanimité, par conséquent l'accord et la paix parmi ceux qui obéissent. Élevée à un degré de puissance qui ne laisse plus de place aux désirs ni aux passions, cette volonté unique serait contrainte d'être juste, et contraindrait à son tour celles qui deviendraient perverses. Les rivalités des princes et des peuples s'évanouissant dès lors? une sécurité générale s'établirait, à la faveur de laquelle se développerait l'activité intellectuelle et morale des esprits. Ces inductions du raisonnement, confirmés par l'autorité de l'antiquité savante, d'Àristote et d'Homère, sont encore appuyées des témoignages de l'Écriture sainte. N'en est-ce pas assez pour conclure que la monarchie universelle, c'està-dire la domination d'un seul sur les hommes et sur les choses dans Tordre du temps, est nécessaire au bien-être du monde (1) ?
Mais quel sera le chef de cette monarchie, et qui pourra réclamer le droit de l'imposer aux hommes? En reconnaissant le droit comme la volonté divine, et les pensées invisibles de Dieu comme traduites
(1) Convito, iv, 4. Perché manifestamenie vedcr si puô che a perfezione dell' universale rcligione délia umana spezie, conviene esserc uno quasi nocchiere, che considerando le diverse condizioni del mondo, e li diversi e necessariiufliciiordinando, ahhiadel tutto universale e irrepugnabile ufficio di comaudare. E questo ufficio è per eccelenzia Imperio chiamato... De Monarchiâ, lib. I tout entier. — S. Thomas, de Regim. Princip., lib. I, cap» i, 2.
en caractères visibles dans ses œuvres, il ne restera qu'à chercher par toute l'histoire les signes d'une vocation providentielle qui ait conduit une race privilégiée à l'empire de la terre (1). Des signes prodigieux se rencontrent dans l'histoire du peuple romain ; car il en est des peuples comme des hommes, dont les uns naissent esclaves et les autres rois. Si le pouvoir appartient à la noblesse, et si la noblesse à son origine se confond avec l'héroïsme, quel peuple fut plus héroïque et put vanter une série de plus mâles vertus, depuis les Torquatus, les Cincinnatus, les Décius et les Camille, jusqu'aux Scipion, aux Gaton, aux Pompée? Si la droiture des intentions, la solennité des déclarations, la modération dans la victoire, la sagesse dans le gouvernement, légitiment les conquêtes, où ces conditions se trouvèrent-elles réunies avec plus d'éclat? S'il est besoin de prodiges, les faits de ce genre ne manquent point dans les annales de la cité pour qui des boucliers pleuvaient du ciel, pour qui des oiseaux veillaient quand dormaient ses défenseurs. S'il y a un jugement de Dieu dans le sort des concours et des combats, Rome concourut pour l'empire des nations avec l'Assyrie, l'Egypte, la Perse et la Grèce ; elle les laissa bien loin derrière elle : elle combattit comme en duel judiciaire contre Car- (1) De Monarchie, lib. II, inprinc* — Convito, iv, 4.
thage, les Espagnes, les Gaules et la Germanie, et elle remporta l'honneur du champ clos. Enfin, s'il faut une sanction plus auguste encore, Celui qui était l'attente de la terre et qui attendait lui-même pour paraître que la terre fût prête, Celui qui venait offrir une satisfaction légitime pour les iniquités de tous les temps, et qui ne pouvait l'accomplir qu'en subissant un châtiment légal ; le Fils de Dieu vint à l'heure où la terre se reposait dans une soumission générale à la puissance romaine : il accepta la condamnation, l'autorité d'un juge romain, délégué d'un César. Comme un César avait été le ministre des vengeances divines sur la personne de l'Homme-Dieu, un autre le fut de celles qui éclatèrent sur le peuple déicide (1). De Césars en Cé-
(1) Paradiso, vi, 12-32.
Vedi quanta virtà 1' ha fatto degno
Di riverenza, e cominciô dall' ora
Che Pallante mori per dargli regno...
Onde Torquato e Quintio, che dal cirro
Negletto fu nomato, e Deei e Fahi
Ebher la fama che volentier mirro...
La viva giustizia
Gli concedette
Gloria di far vendetta alla sua ira...
Poscia con Tito a far vendetta corse
Délia vendetta del peccato antico.
Convito, iv, 4. E perocchè più dolce natura signoreggiando, e più forte in sostenendo, e più sottile in acquistando nefu, ne fia che quella délia gente latina... Iddio Y elesse a quelle ufficio, etc. , lbid., cap. v. De Monarchiâ, lib. 11 tout entier. — Cf. S. Thomas, de Regim. Princip., m, A et suiv.
sars la vocation souveraine devait passer jusqu'à Constantin, et de Justinien retourner à Charlemagne : et la monarchie universelle, régénérée par le christianisme, recevant avec un nouveau nom une nouvelle existence, allait devenir le Saint- Empire romain (1).
Or, le Saint-Empire fondé pour le bien-être temporel des hommes, ayant sa raison d'être dans les nécessités sociales, qui, à leur tour, ont leur raison dans les lois correspondantes de la nature physique, remonte ainsi sans intermédiaire à l'Auteur même de la nature. Il a sa place dans le plan de la création, il s'est réalisé par une série d'actes providentiels, il relève de Dieu seul (2).
L'autorité monarchique, dans sa suprême indépendance, a pourtant des limites. L'ordre social n'existe que dans l'intérêt du genre humain : ceux qui obéissent à la loi n'ont point été créés pour le
(1) Paradiso, vi,l-4; 51 :
E quando '1 dente longobardo morse La santa Chiesa, sotto aile sue ali Carlo Magno, vincendo, la soccorse.
Purgatorio, vi, 51.
(2) De Monarchiâ, lib. III. Cumque dispositio mundi hujus dispositionem inhœrentem cœlorum circumlationï sequatur, necesse est, ad hoc ut utilia documenta libertatis et pacis commode applicentur, ista dispensari ab illo curatore qui totalem cœlorum dispositionem prsesenti aliter intuetur. Hic autem est solus Ille qui hanc praeordinavit... Quod si ita est, solus elegit Deus; solus ipse confirmât.
bon plaisir du législateur : le législateur au contraire a été fait pour leur besoin. C'est un axiome incontestable que le monarque est considéré comme le serviteur de tous (1). Dès lors, la puissance publique cesse d'être au service d'un petit nombre d'hommes, de ceux qui prétendent supériorité à titre de noblesse. C'est ce titre qu'il faut discuter. — ■ La noblesse, à les entendre, consiste en une longue suite de riches aïeux. Mais on ne saurait reconnaître un droit dans ces richesses triplement méprisables par les misères attachées à leur possession, les périls de leur accroissement, l'iniquité de leur origine. Cette iniquité, à son tour, est manifeste ; soit que les richesses viennent d'un hasard aveugle, ou qu'elles aient été le prix de manœuvres coupables; soit qu'elles procèdent de travaux intéressés et par conséquent exclusifs de toute pensée généreuse, ou qu'elles dérivent du cours ordinaire des successions. Car l'ordre des successions légales ne saurait se concilier avec l'ordre légitime de la raison, qui ne voudrait appeler à l'hérédité des biens que l'héritier des vertus (2). D'un autre
(1) Ibid., il. Secundum legem viventes non ad legislatorem ordinantur, sed magis ille ad hos... Monarcha minister omnium procul dubio habendus est. — Cf. S. Thomas, prima secundac, q. 96, 4.
(2) Canzone, 3, lib. IV. — Convito, iv, 11, 12, 13.Cosi fosse piaciuto a Dio... che chi non ereda délia bontà perdesse il retaggio deir avère!... — Cf. sur les Richesses, Cicéron, Paradox., 1. — Boëce, lib. II, metr. 2, 5.
côté, si le droit des nobles est dans la longue suite des générations qu'ils invoquent, la raison et la foi reconduisant toutes les générations aux pieds d'un premier père, il faut qu'en lui ait été anoblie toute sa descendance, ou qu'en lui elle ait été frappée d'une perpétuelle roture. Ainsi, l'existence d'une aristocratie héréditaire suppose l'inégalité, la multiplicité primitive des races humaines : elle attente donc au dogme chrétien (1). — La noblesse véritable est pour tous les êtres la perfection qu'ils peuvent atteindre dans les bornes de leur nature : pour l'homme en particulier, c'est cet ensemble d'heureuses dispositions dont la main de Dieu déposa le germe en lui, et qui, cultivées par une volonté laborieuse, deviennent des ornements, des talents, des vertus (2). Celui de qui elles émanent les varie selon la variété même des fonctions nécessaires à la vie sociale : il donne la parole aux uns pour le conseil, aux autres l'énergie pour le commandement, à d'autres le courage aveugle pour l'exécution : de là l'inégalité parmi les hommes. Dieu imprime donc en nous les qualités qu'il lui plaît par le moyen des influences célestes, qui agis-
(1) Convito, iv, 14, 15. Cf. S. Thomas, De Erudit. Princip., i, 4. — S. Bonaventure, Serm.m, Domin. 12 postPentecost.; Serin. i, de S. Martino.
(2) Convito, iv, 16, 19, 20. De Monarchiâ, n. — Cf. S. Bonaventure, loc. cit.
sent sous sa main comme un sceau pour marquer la cire de notre nature. Ces influences, qui visitent, sans les distinguer, les maisons glorieuses ou obscures, corrigent les effets des lois de la génération, qui ferait revivre l'image parfaite du père dans ses enfants; elles interrompent la succession des caractères dans les familles, elles y devraient aussi interrompre la successibilité aux honneurs publics (1). Il a fallu que l'homme ne trouvât point en lui-même des mérites héréditaires, afin qu'il cherchât à s'en faire de nouveaux par le travail, et que par la prière il les demandât (2). Il faudrait aussi que les fonctions fussent personnelles comme les vocations : il faudrait accorder la nature et la fortune, si souvent contraires dans leurs libéralités. A la solution de ce problème est attachée la prospérité du monde (5). — On ne saurait nier toutefois la per-
(1) ParadisOy viu,40.
E puô egli esser, se giù non si v: ve
Diversamentc per diversi ufici ?
No se '1 maestro vostro ben vi scrive
Dunquc esser diverse
Convien de' voslri effetti le radici Perch' un nasce Solonc, ed altro Serse.
Cf. Arîstot., Politic, i, 5, G.
(2) Purgatorio, vu, 41.
(5) Paradiso, vin, 47.
Sempre natura, se fortune truova
Discorde a se, come ogni al Ira semenle Fuor di sua région, l'a niala pruova, etc.
Convito, iv, 11.
sévérance des mêmes vertus dans un petit nombre d'illustres familles. Mais alors c'est l'assemblage des qualités de chacun qui fait l'illustration de tous. La noblesse est comme un manteau que les ciseaux du temps auraient bientôt raccourci, si chaque génération n'y ajoutait quelque chose (1).
La société temporelle conçue de la sorte ne saurait se réaliser complètement ici-bas. Mais le poëte a trouvé le type de ses conceptions dans un monde meilleur. Le ciel s'est ouvert devant lui : il a contemplé les âmes des justes qui jadis furent assis sur des trônes destructibles, réunies maintenant dans une royauté sans fin. 11 les a vues formant de leurs splendeurs, groupées ensemble, ces mots écrits en lettres de feu comme la loi fondamentale des cités politiques : Diligitejustitiam, quijudicatis terrant. Puis la lettre M reste seule et couronnée d'une auréole flamboyante , initiale et symbole de la Monarchie. Et une dernière transformation fait apparaître à sa place l'aigle, l'oiseau de Dieu, l'emblème du saint-empire romain (2).
Parallèlement à la monarchie universelle, où sont
(t) Convito,w, 29. — Paradiso, xvi, 3.
Ben se' tu manto, che tosto raecorce, Si che, se non s' appon di die in die, Lo tempo va d'inlorno con le force.
(2) Paradiso, xvm, 30-37.
réglés les intérêts terrestres, s'élève l'Église universelle, où s'accomplissent les destinées religieuses de Phumanilé. L'Église ne saurait prétendre suzeraineté sur l'Empire; elle n'eut aucune part à son établissement, aucun titre légal ne l'autorise à en revendiquer l'hommage. Elle ne peut se faire un royaume en ce monde sans agir contre sa constitution même, en agissant contre l'exemple du Christ, où elle trouve le type immuable de sa conduite. Un autre empire lui appartient, bien plus digne d'elle, celui de P éternité ; elle est dépositaire des enseignements divins, qui surpassent toutes les œuvres de la raison; elle est enrichie de grâces qui font germer les vertus étrangères à la nature : catholique, elle embrasse plus de nations que nulle société séculière n'en rassembla jamais. Elle est monarchique aussi : car, au milieu d'une telle multitude et d'une si grande variété d'hommes, l'harmonie serait constamment troublée par l'impétuosité des volontés individuelles, sans l'intervention modératrice et directrice du souverain Pontificat (1).
(1) De Monarchiâ,ui... lias igiturconclusiones et média... lui— mana cupiditas prosterneret, nisi homines tanquam ecpii, sua bestialitate vagantes , in chamo et freno compescerentur in via. Propter quod opus fuit homini duplici directivo... Scilicet suuamo Pontifice, qui secundum révéla ta humanum genus pcrduccrct ad vitam ceternam ; et imperatore, qui secundum philosophiea documenta genus humanum ad temporalem fmein dirigeret...
Paradiso, v, 26.
C'est pour préparer un siège à ce pontificat nécessaire que Dieu mit la main à la fondation de Rome et de la puissance romaine (1). Voilà pourquoi la cité de Romulus fut faite un lieu saint ; et les pierres de ses murs, dignes de respect, et le sol sur lequel elle est assise , digne de plus d'honneur que les hommes ne sauraient le dire (2). C'est sur l'horizon des sept collines que durant tant de siècles se levèrent les deux soleils : le soleil impérial, qui éclairait les routes de la vie, et le soleil de la papauté, qui illuminait le chemin du ciel. On a vu ces deux astres, sortis de leur orbite, se heurter l'un contre l'autre, et l'on a cru à leur éclipse (5). On a vu les combats qui attendent
Avete '1 vecchio e '1 nuovo Testamento E '1 Pastor délia Chiesa, che vi guida : Questo vi basti a vostro salvamento.
S. Thomas, prima secundse, q. 112, 2.
(1) ïnferno, n, 8.
La quale, e '1 quale (a voler dir lo vero) Fur stabiliti per lo loco santo, U' siede il successor del maggior Piero.
(2) Convito, iv, 5. Perche più chiedere non si dee a vedere che spezial nascimento e spezial processo da Dio pensato e ordinato fosse quello délia santa città. E certo sono di ferma opinione, che le piètre che nelle mura sue stanno siano degne di reverenzia; e '1 suolo dov' ella siede sia degno oltre che per H uomini e predicato e provalo.
(3) Purgatorio, xvi, 36.
Soleva Roma, che '1 buon mondo feo, Duo soli aver, che 1' una e V altra strada
ici-bas la milice du Christ, et le désordre introduit dans ses rangs, malgré les efforts de son chef immortel pour la rallier autour de lui (1). La cité de Dieu ne saurait donc attendre non plus sa réalisation complète sous les lois du temps. La véritable Rome, dit le poëte, est celle dont le Christ est Romain ; la société typique est celle dont le Christ est le supérieur visible. Qui veut comprendre les vicissitudes de l'Église dans ses luttes présentes la doit considérer d'avance dans son triomphe (2).
1 . Au delà des sphères célestes où se poursuivent les révolutions des astres, au delà du neuvième ciel qui enveloppe tous les autres dans son immense tourbillon, se trouve le ciel empyrée, pure lumière, lumière intellectuelle pleine d'amour, amour du bien véritable, source de toute joie, joie qui sur-
Facen vedere, e del mondo, e di Dco.
V un Y altro ha spento
(1) Paradiso, xu, 15.
(2) Purgatorio, xxxn, 34.
. . . Quella Roma, onde Cristo è Romano. Ibid.f xxvi, 42.
chioslro
Nel quale è Cristo abbate del collegio.
passe toute douceur (1). Ce lieu est le séjour commun des âmes épurées par les épreuves de la vie ou par les expiations qui la suivent. Si quelquefois on se les représente à des hauteurs inégales dans les orbes innombrables qui peuplent le firmament, cette image, mesurée à la faiblesse de l'esprit humain, n'a d'autre objet que de faire comprendre l'inégalité de leur récompense proportionnée à l'inégalité de leurs mérites. Elles-mêmes sentent la justice de cette proportion, et la conscience qu'elles en ont devient un élément constitutif de leur félicité. Car l'amour qui les rend heureuses fait entrer leurs volontés dans le cercle de la volonté divine, où elles se perdent comme les eaux dans l'Océan. Ainsi, en des conditions différentes, chacune rencontre le terme de ses désirs, c'est-à-dire la somme de bonheur dont elle est capable : et de la variété même des bienfaits résulte un concert admirable à la louange du Rémunérateur (2).
(1) Paradiso, xxx, 13.
'1 ciel ch' è pura lucc .
Luce intellettual piena d'amore,
Amor di vero ben pien di letizia,
Letizia, che trascende ogni dolzore...
(2) Paradiso, iv, 15; ni, 24.
Frate, la nostra voloalà quiela
Virtù di carità, clic là volerne
Sol quel ch' avemo, e d' altro non ciisseta. Se disiassimo esser più superne,
Foran discordi gli nostri disiri
Dal voler di colui clic qui ne cerne..
2. Selon la loi qui s'accomplit dans les trois royaumes du monde invisible, et qui supplée à l'absence temporaire des corps ? les âmes bienheureuses revêtent des formes sensibles. Mais ces formes resplendissent d'une clarté merveilleuse, et toujours mesurée à la grandeur des vertus qu'elle couronne. Ce n'est d'abord qu'un voile de lumière, ce sont des flambeaux ardents, des astres enflammés ; ce qu'il y a de matériel se spiritualise, pour ainsi dire : ce ne sont plus des ombres, mais des gloires, des vies, des amours (1). — Ici, en effet, les organes ont cessé d'être les serviteurs inévitables de l'intelligence; la pensée s'échange sans le secours du langage, elle ne connaît plus les obstacles que le temps et l'espace mettaient autrefois à ses explorations, l'avenir est pour elle comme le passé : elle s'abaisse aussi sans effort des hauteurs des cieux jusqu'à l'humble globe qu'elle habita (2). — Dès lors les
Anzi è formale ad esso beato esse Tcnersi clentro alla divina voglia, Perch' una fansi le nostre voglic stesse...
E la sua volontadc è nostra pace; Ella è quel mare al quai tutto si muove Ciô ch' ella cria e chc natura face...
Chiaro mi fù allora com' ogni dove In cielo è Paradiso, ctsi la grazia Del somme- ben d' un modo non vi piove.
Convito, m, 15. —Paradiso, vi, 50, 41.
(1) Paradiso, m, 8; v, 36; vm, 7; x, xxi, etc., passim.
(2) Paradiso, xv, 19, 51. S. Thomas, prima, q. 89, 7, 8. — S. Grégoire, Moral., xn, 13.
souvenirs de la terre, et surtout les saintes affections qui s'y étaient formées, ne s'effacent point dans les âmes qui l'ont abandonnée pour un séjour meilleur. Elles laissent tomber sur nous de miséricordieux regards, elles nous servent d'interprètes et de mandataires auprès du Tout-Puissant, qui à son tour en fait ses ministres. Elles sont les canaux par où monte la prière, par où descend la grâce (1).
Mais ce sont là pour ainsi dire les circonstances accessoires de la béatitude : il en faut pénétrer l'essence. — Si la béatitude suppose l'impossibilité de tout désir ultérieur, elle ne peut se rencontrer que dans la perfection et la satisfaction complète des facultés humaines. Or, de ces facultés, la raison est celle qui domine toutes les autres; la raison ne se rassasie que dans la contemplation de la vérité, et toute vérité repose dans l'entendement divin. La béatitude consiste donc dans la vision de Dieu (2). C'est là, dans ce miroir immense, que les élus découvrent en une seule et immuable perspec-
(1) Paradiso, xiv, 22. Intercession des saints, xxi, 21.
(2) Paradiso y xxvui, 36.
Quinci si puô veder corne si fonda
L' esser beato nell' atto che vede,
Non in quel ch? ama, che poscia seconda, E del vedcre e misura mercede...
Convilo, in, 15. Epist. dedic. ad Can. Grand., in fine. — Cf. S. Thomas, prima secundae, q. 3, 4.
tive tout ce qui fut, est ou doit être, la conception même et le désir, avant la parole qui les manifeste et le fait qui les réalise. Leur vue y plonge à des profondeurs d'autant plus grandes qu'ils méritent davantage (1). L'acte par lequel ils voient est donc la base et comme la matière de leur félicité ; l'acte par lequel ils aiment en est la forme : les décrets éternels en se faisant connaître se font accepter et accomplir (2). Comme l'intuition appartient à l'entendement, la délectation appartient à la volonté : ainsi, connaissance et amour, la béatitude est l'état de l'homme élevé à sa plus haute puissance. À un autre point de vue, la béatitude est Dieu même se donnant en possession. L'homme et Dieu, le sujet et l'objet, se touchent, mais ne se confondent pas; le fini subsiste distinct en présence de l'infini.
5. Un jour viendra pourtant interrompre dans son heureuse uniformité l'existence des saints. Ce sera celui où ils reprendront leur vêtement de chair. Leur personne rétablie ainsi dans sa primitive inté-
(1) Vision en Dieu, vin, 31; ix, 21, 25; xi, 7; xv, 21; xxi, 50; xxix, 3. — Connaissance de l'avenir, passim, mais surtout xvn, 5:
Corne veggion le terrene menti
Non capere in triangolo du' ottusi Cosi vedi le cose contingenta
Anzi che sieno in se, mirando il punto A cui tutti li tempi son presenti.
Cf. Cicéron, Somnium Scipionis.
(2) Paradiso, m, 27, ci-dessus.
grité sera plus agréable au Créateur : en retour il leur mesurera sa grâce avec plus d'abondance. La clarté de leur vision s'en accroîtra, en même temps croîtra l'ardeur intérieure qu'elle allume, en même temps l'irradiation extérieure qui en doit résulter. Comme le charbon dans la flamme, ainsi les corps ressuscites apparaîtront dans leurs auréoles (i). Alors, les conviés de l'immortalité ayant pris leurs places, commencera la fête sans lendemain.
Le poète a réuni, pour la retracer, les plus ravissantes et les plus suaves couleurs. Il a vu au milieu de l'empyrée un immense réservoir de lumière s'étendre en forme circulaire, et réfléchir les splendeurs de la gloire divine ; alentour, des trônes brillants s'élèvent en amphithéâtre, où sont assis, couverts de blancs vêtements, les rangs pressés des bienheureux. C'est comme une rose blanche aux feuilles innombrables qui s'épanouit : l'allégresse
(1) Paradiso, xiv, 15.
Corne la carne gloriosa e santa
Fia rivestita, la nostra persona
Più g rata fia per esser tutta quanta. Perche s' accrescerà ciô che ne dona
Di gratuito lume il sommo bene,
Lume ch' a lui veder ne condiziona :
Onde la vision crescer conviene,
Crescer 1' ardore, che di quella s' accende,
Crescer lo raggio, che da esso viene, etc.
Cf. S. Augustin, de Civ. Dei. — S. Thomas, Contr. Gent., iv, 79. — S. Bonaventure, Compendium, vu, 28, 29.
et la louange sont les parfums qui s'échappent de son calice. Des anges aux ailes d'or descendent, pareils à des essaims d'abeilles , dans cette grande fleur, et remontent vers le Soleil éternel, sans que leur foule en intercepte les rayons. Seul, en effet, il satisfait et captive les contemplations et les affections de ces millions d'esprits, astre que jamais aucun nuage ne voila, sans coucher et sans hiver, affranchi des lois de la création que lui-même a fixées (1).
1 . En accompagnant la nature humaine jusqu'à ces hauteurs où elle se transfigure, on est conduit à reconnaître une nature supérieure; et, si l'on admet que les œuvres de Dieu ne puissent être vaincues en magnificence par l'imagination de l'homme, il suffit de concevoir des myriades de créatures spirituelles possibles, pour conclure qu'elles sont (2). Aussi leur existence et leurs fonctions furent-elles pressenties par les hommes de tous les temps, quoique impar-
(1) Paradiso, xxx, 33; xxxi, passim.
0 isplendor di Dio, pcr eu' io vidi
L' alto trionfo del regno veracc,
Dammi virtù a dir com' io lo vidi !
Lumc c lassù, etc
(2) Convito, ii, 5.
faitement démontrées , comme l'éclat du jour qui fait sentir sa présence à des yeux encore fermés. Les païens les nommèrent Dieux ; Platon les appela Idées; dans le langage ordinaire des chrétiens, ce sont les Anges : les philosophes leur donnent plutôt le nom d'Intelligences (1). La foi a déchiré le voile qui nous séparait de ces créatures excellentes. — Semées dans l'univers avec lequel elles naquirent, parce qu'elles y devaient maintenir l'ordre et la vie, leur nombre est grand comme leur perfection (2). Leur entendement, immobile dans la vision constante de la vérité, ne connaît point ces alternatives d'oubli et de réminiscence qui nous sont propres. La grâce illuminante que mérita leur fidélité au jour de la tentation confirme pour jamais leur volonté, qui ne cesse pas d'être libre dans l'habitude de la justice (5) . En elles donc la puissance ne se distingue
(1) Convito, ibid. Echiamale Plato idée, ch'è tanto a dire quanto forme e nature universali. — Cf. Brucker, Hist. critic, in Platone.
(2) Paradiso, xxix, 13, 44. — Cf. S. Dionys. Areopagit., de Cœlesti Hierarch., xiv,
(3) Paradiso, xxix, 20-26.
Perché le viste lor furo esaltate
Con grazia illuminante, e con lor merto,
Si ch' hanno piena e ferma volontate.
Queste sustanzie, poichè fur gioconde
Délia faccia di Dio, non volser viso
Da essa, da cui nulla si nasconde.
Perô non hanno vedere interciso
Da nuovo obbietto, e perô non bisogna
Rimemorar per concetto diviso.
point de l'acte; l'acte pur constitue leur manière d'être; elles sont intelligence, elles sont amour (1). — Inégales néanmoins entre elles, elles se divisent en trois hiérarchies, dont chacune se subdivise en trois ordres. A chaque hiérarchie est attribuée la contemplation spéciale de l'une des trois personnes de la sainte Trinité ; à chaque ordre un point de vue différent , chaque personne divine pouvant être considérée en elle-même ou dans ses rapports avec les deux autres (2). A ces attributions contemplatives correspond un ministère actif. Les neuf chœurs des anges (car ce nombre neuf, carré de trois, a une mystérieuse signification) (5) sont les
Paradiso, xxi, 25.
.... Libero amore in questa corte Basta a sejmir la Provvidenza eterna.
Cf. S. Dionys. Areop., de Divin. Nomin., iv.
(1) Paradiso, xxix, 11.
Quel furon cima
Nel mondo, in che puro atto fu produtto.
Paradiso, xxm, 35.
(2) Paradiso, xxvin, 9-32. Convito, n, 6... Ed è potissima ragione délia loro speculazione, e il numéro in che sono le Gerarchie, e quello in che sono gli Ordini. Che conciossia chè la Maestà divina sia in tre persone che hanno una sustanza, di loro si puo triplicementc contemplare... e ciascuna persona nella divina Trinità tri— plicemenle considerare... — Cf. S. Dionys., de Cœlesti Hierarch., vi-ix. — S. Thomas, prima, q. 108.
(3) Vita ntwva, passim. Dante retrouve ce nombre dans les plus touchantes circonstances de sa jeunesse : neuf ans et dix-huit ans furent les deux époques qui le rapprochèrent de Béatrix : quand il la perdit, il touchait à sa vingt-septième année. — Cf. Hugo à S. Victore, Erudit. didascal, n, 5.
moteurs des neufs sphères des cieux : ils leur communiquent une vitesse proportionnée aux ardeurs dont eux-mêmes sont embrasés : ils interviennent par là dans tous les phénomènes du monde physique (1). Mais leur action s'exerce de préférence dans le monde moral. C'est d'eux que relèvent, et c'est sur le modèle de leurs hiérarchies que se construisent les neuf degrés des sciences humaines (2). C'est par leurs soins que les semences de vertus sont déposées et se développent dans les âmes. Si dans les joies du Paradis ils se confondent avec les bienheureux, ils se montrent en Purgatoire juges, gardiens, consolateurs des justes souffrants. Leurs apparitions redoutables éclairent les ténèbres de l'Enfer lorsqu'ils vont châtier l'audace des démons. Ils rencontrent les mêmes ennemis et les combattent avec des chances plus égales sur la terre, où le salut et la perte des âmes font le sujet de leurs querelles (3). — Les intérêts même passagers de la vie ne sont point abandonnés à ce hasard que suppose notre ignorance. Celui qui créa des esprits pour
(1) Paradiso, n, 42; vm, 13, 29; ix, 21, etc. Convito, n, 5.
— Cf. Platon, Epinomis, limée. — S. Thomas, q. 110, art. 1.
(2) Convito, n, 14, 15. — Cf. S. Bonaventure, Serm. xxn, in Hexamer.
(3) Paradiso, xxxi, yzssim. Pur g atorio, vin, 32; ix, 26etpassim.
— Inferno, ix, 29. — Purgatorio,\, 36. — Cf. S. Thomas, prima, q. 112.
mouvoir les cieux, et faire luire sur tous les points du globe une égale lumière, établit aussi une intelligence dispensatrice des splendeurs temporelles, qui fit passer les biens de ce monde de famille en famille et de nations en nations, en dépit des précautions et des prévisions humaines. Elle pourvoit, juge et gouverne avec la même sagesse que les autres esprits ses pareils; heureuse comme eux, elle roule la sphère qui lui est donnée, et se complaît dans ce mouvement . Elle n'entend pas les blasphèmes de ceux qui devraient la louer, et qui l'injurient du nom de Fortune (1). — Ainsi tous les lieux et tous les êtres et toutes les circonstances de leur existence, et la vie et la mort, toutes choses ont leurs anges représentants de l'omniprésence divine.
2. Un pas reste à faire, et le pèlerinage intellectuel qu'on avait entrepris touche à son terme. Mais ce pas est immense : des dernières hauteurs du fini jusqu'à l'infini, des plus sublimes créatures jusqu'à leur auteur, il y a un abîme : et ce n'est pas trop, ce n'est pas encore assez, des forces
(1) Inferno, vu, 25-32.
Quest' è colei ch' è tanto posta in crocc
Pur da color, clie le dovrian dar Iode,
Dandole biasma a torto e mala voce.
Ma ella s' è beata, e ciô non ode ;
Con V altre prime créature lie ta
Volve la sua spcra c beata si gode.
Cf. Aristot., Physic, h, 4. — Boëce, I. IV, pros. 7.
réunies de la raison et de la foi pour le franchir. Les mondes que nous avons parcourus annoncent l'art admirable qui les fit être. Jusque sur les portes de l'Enfer nous avons vu l'empreinte de la puissance, de la sagesse et de l'amour. Le ciel, en poursuivant sur nos têtes le cours de ses révolutions, nous montre ses beautés éternelles , comme pour nous conviera reconnaître l'ouvrier qui les façonna, Le mouvement universel qui entraîne le firmament, suppose un premier moteur immobile qui agit sur la matière par une attraction morale (1). D'ailleurs, étant donné le plus obscur des êtres de la nature, il faut qu'il ait reçu l'existence de quelque autre; et celui-ci la tiendra à son tour de lui-même ou d'autrui. S'il existe de lui-même, il est le premier principe; sinon, il faut remonter plus haut et multiplier indéfiniment les causes efficientes, ou bien arriver à un principe primordial, seul être qu'on puisse concevoir comme nécessaire, parce que de lui seul, médiatement ou immédiatement, émanent toutes les existences. Dieu se fait donc connaître par des preuves physiques et métaphysiques ; il s'est manifesté plus complètement en répandant la rosée céleste de l'inspiration sur les prophètes, les évangé-
(1) Purgatorio, xiv, 50. Paradiso, i, 25. — Cf. Platon, Loistx. • Aristot., Melaph., xn.
listes et les apôtres (1). — Unique dans sa substance, la Puissance, la Sagesse et l'Amour prennent en lui une triple personnalité, en sorte que le singulier et le pluriel lui appartiennent dans les langues des hommes (2). Il est esprit, il est le centre indivisible où convergent tous les lieux et tous les temps (3). Il est le cercle qui circonscrit le monde, et que rien ne circonscrit (4). Immense, éternel, immuable, il est la vérité première, hors de laquelle il n'y a que ténèbres (5). Dans sa pen-
(1) Paradiso, xxiv, 14?.
Io credo in uno Dio
Solo ed eterno, che tutto '1 ciel muove;
Ben moto, con amore e con disio :
Ed a tal creder non ho io pruove
Fisice e metafisice ; ma dalmi
Anche la verità che quinci piove...
Epist. ad Can. Grand. Ormie quod est aut habet esse a se aut ab aliis. Sed constat quod habere esse a se non convenit nisi uni, scilicet primo, seu principio, qui Deus est. Si ergo accipiatur ultimutn in universo, manifestum est quod id habet esse ab aliquo : et illud a quo habet, habet a se vel ab aliquo. Si a se, sic est primum; si ab aliquo... esset sic procedere in infinitum in causis agentibus : aut crit devenire ad primum, qui Deus est... — Cf. Aristot., Metaph., m.
(2) Inferno, m, 2.— Paradiso, xiv. Ibid., xxiv, 47.
Che soffera congiunto sono ed este.
(5) Paradiso, xxix, 4.
Ove s' appunta ogni ubi ed ogni quando.
(4) Purgatorio, xi, 1. Paradiso, xiv, 10.
Non circonscritto e tutto circonscrive.
— Cf. S. Bonaventure, Compendium, i, 17.
(5) Paradiso, îv, 52; xix, 22; xxxm, 23. — Cf. S. Thomas, prima, q. 16, 5. —Aristot., Metaph., xn.
sée, toutes les créatures se trouvent prévues et coordonnées à leur fin. Les faits même contingents s'y reflètent d'avance, sans devenir par là nécessaires. Ainsi le regard du spectateur placé sur le rivage suit la course du navire sur les eaux, et ne la dirige pas (1 ). Il est aussi la bonté sans bornes ; et, comme souverain bien (2), il est l'invariable objet de sa propre volonté, qui devient dès lors la source et la mesure de toute justice. Mais cette justice a des profondeurs où ne saurait atteindre la courte portée de notre raison , comme le fond de la mer que sonde en vain l'œil impuissant du naulonnier (3). Enfin tous ses attributs, élevés au même degré de perfection souveraine, se maintiennent dans un équilibre
(1) Paradiso, xvn, 13.
La contingenza che fuor del quaderno
Délia vostra materia non si stendc
Tutta è dipinta nel cospetto eterno.
Nécessita perô quindi non prende,
Se non corne dal viso, in che si specchia
Navc, che per correntc giù. discende.
—Cf. Boëce, lib. V, pros. 4, 6.— S. Bonaventure, Compendium, i,31.
(2) Paradiso, xxvi, 6. Convito, iv, 12. — Cf, Platon, Rep., vi. — S. Thomas, prima, q. 6, 4.
(3) Paradiso, xix, 29.
La prima volontà, ch' è per se buona, Da se ch' è sommo hen, mai non si mosse. Cotanto è giusto quanto a lei consuona.
Inferno, xx, 10. — Paradiso, iv, 25; xix, 20; xxxu, 17. — Convilo,iv, 22. Dionys. Areop., de Div. Nomin. — S. Thomas, prima, q. 21.
indestructible; en sorte qu'empruntant l'idiome des nombres, il est permis de définir Dieu la Première Équation (1).
Ce Dieu, qui se suffisait à lui-même dans la solitude de son essence, devait créer, non pour accroître son bonheur, mais pour que sa gloire, resplendissant dans ses œuvres, se rendît à elle-même témoignage (2). Au sein de l'éternité, en dehors de tous les temps, sans autres lois que son propre vouloir, Celui qui est triple et un entra en action, la Puissance exécuta ce que la Sagesse avait préparé, et l'Amour infini s'ouvrit et se manifesta en de nouveaux amours. Et l'on ne saurait dire qu'avant de créer il demeurait oisif; car ces mots, avant, après, sont bannis du langage des choses divines. La forme et la matière, isolées et réunies, s'élancèrent en même temps, comme d'un seul arc une triple flèche, des profondeurs delà pensée productrice; et avec les substances mêmes fut créé l'ordre qui leur convenait. Celles qui sont formes pures, comme les anges, occupèrent le sommet du monde ; la matière, abandonnée à elle-même, occupa les régions infimes : au milieu, la matière et
(1) Paradiso, xv, 25.
Corne la Prima Egualità v' apparse.
— Cf. Platon, Phédon.
(2) Paradiso } x, 1; vn, 22.
la forme s'entrelacèrent d'un indissoluble lien(l). Les choses créées sont la splendeur de l'idée immuable que le Père engendre et qu'il aime sans fin : idée, raison, Verbe, lumière qui, sans se détacher de celui qui la fait luire, sans sortir de sa propre unité, rayonne de créatures en créatures, de causes en effets, jusqu'à ne plus produire que des phénomènes contingents et passagers : c'est une clarté qui se répète de miroir en miroir, pâlissant à mesure qu'elle s'éloigne (2). Ainsi, dans toute chose il
(1) Paradiso, xxix, 5.
Non per avère a se di bene acquisto, Ch' eeser non puô, ma perche suo splendore Potesse risplendendo dir : sussisto ;
In sua éternité, di tempo fuore,
Fuor d' ogni altro comprender corn' ei piacque S' aperse in nuovi amori 1' eterno amore.
Ne prima quasi torpente si giacque Perche ne prima ne poscia procedette Lo discorrer di Dio sovra quest' acque, etc.
— Cf. Platon, limée. — Thomas, prima, q. 44, 4.
(2) Paradiso, i, 1; xm, 19.
Ciô che non muore e ciô clie puô morire
Non è che lo splendor di quella Idea
Che partorisce amando il nostro Sire ; Che quella viva luce che si mea
Del suo lucente, che non si disuna
Da lui, ne dall' amor, che 'n lor s' intrea, Per sua bontate il suo raggiare aduna
Quasi specchiato in nove sussistenze,
Eternalmenle rimanendosi una.
Quindi discende ail' ultime potenze
Giù d' atto in atto, tanto divinendo,
Che più non fà che brevi contingenze.
Ibid., vin, 35.
E non pur le nature provvedute
y a un élément idéal et incorruptible ; mais , dans toutes celles qui naquirent sujettes à la destruction, il y a aussi un élément périssable et grossier. La matière qui est en elles présente des dispositions et subit des influences diverses qui la rendent plus ou moins diaphane à la lumière divine, qui la font se prêter plus ou moins fidèlement au sceau dont elle doit recevoir l'empreinte. Aussi l'empreinte est toujours obscurcie ou tronquée (1). Et cette imperfection est nécessaire; car Celui dont le compas décrivit les extrémités de l'univers ne pouvait pas ouvrir un cercle assez grand pour que son Verbe s'y contînt. La nature est un espace trop étroit pour renfermer le bien infini, qui est à lui-même sa mesure ; elle ne saurait suffire à réaliser tous les des-
Son nella mente ch' è da se perfetta, Ma esse insieme con la lor salute, etc.
Convito. — Cf. Platon, Parmenîd., Rep., vi, vu. — Boèce, 1. m, metr. 9. — S. Thomas, prima, q. 32, 1. (1) Paradiso, xm, 23.
La cera di costoro e chi la duce
Non stà d' un modo, c perô sotto '1 segno Idéale più e men tralucc.
Convito, m, 6. Epid. ad Can. Grand. Causa secunda ex eo quod recipit a prima infïuit super causatum, admodum recipientis et respicientis radium... Cum virtus sequatur essentiam cujus est virtus, si essentia sit intellectiva,est tota etunius quod causât : et sic, quemadmodum priusquam deveniret, erat ad causam ipsius esse, sic nunc essentice et virtutis. Proptcr quod patet quod omnis essentia et virtus procedit a prima. — Cf. Dionys. Arcop., de Cœl. Hierarch., iv.
seins de l'artiste inépuisable (1). — Enfin, s'il est difficile de comprendre la création des corps par un Dieu pur esprit, il faut prendre garde que l'effet peut être contenu éminemment dans la cause, et que le caractère de cause, c'est-à-dire de force spontanée, ne convient qu'à un être spirituel : et qu'en ce sens on a dit avec raison : Toute intelligence est pleine de formes (2).
Entre ces œuvres innombrables , il en est peu en qui Dieu ait mis plus de complaisance que dans l'homme, dont l'âme libre et immortelle gardait ses traits plus ressemblants, et sollicitait plus vivement sa prédilection. Le péché, en défigurant cette ressemblance, dégrada l'homme du rang qu'il tenait dans les affections de son Auteur. Il n'y pouvait rentrer que par deux voies : par une réparation laborieuse qui vînt de lui-même, ou par une réhabilitation gratuite octroyée de Dieu. Mais l'homme ne pouvait descendre aussi bas par l'humilité de son obéissance, qu'il avait prétendu monter haut par la hardiesse de sa révolte; il demeurait fatalement incapable de satisfaire. Il fallait donc que Dieu lui-même agît en sa faveur ou en faisant miséricorde, ou en faisant tout ensemble miséri-
(1) Paradiso, xix, 14. Epist. ad Can. Grand.
(2) Paradiso, xxxiu, 29. — Cf. de Causis, 9. « Omnis intelligentia plena est formis. »
corde et justice. Il préféra le second moyen , où se manifestait mieux l'union de ses perfections infinies : l'œuvre est d'autant plus chère aux yeux de l'ouvrier, qu'il y reconnaît plus fidèlement sa main. Ce fut chose plus généreuse de se livrer et de subir la peine pour rendre à l'humanité la force de se relever, que de lui remettre sans mérite la peine encourue. Par l'acte seul de son amour immense, le Verbe unit à lui notre nature malade, déchue, proscrite. Cette humiliation donna à la justice inflexible une victime digne d'elle. Jamais , depuis le premier jour jusqu'à la dernière nuit du monde, jamais on ne vit, on ne verra s'accomplir un si profond et si magnifique dessein (1).
Mais la rédemption ne s'achève que par le perfectionnement successif des générations qui traversent la terre , et par leur couronnement dans la gloire. C'est l'objet de cette Providence particulière qui ne cesse pas d'être incompréhensible, soit qu'elle prédestine les élus, soit qu'elle les dote de dons inégaux , soit qu'elle fasse servir le mal au
(l) Paradiso, vu, 58-50.
N<\ tra Y ultima notto, c '1 primo die
Si alto e si magnifico processo
0 per T uno, o per 1' altro fue o fie. Chè più largo fn Dio a dar su stesso
lu Car 1' îiomo sufficiente a rilevarsi,
Ghe s' egli avesse sol da se dimesso.
— Cf. S. ÎJonaventure, Compendium, iv, 6.
triomphe du bien, soit qu'inébranlable en ses arrêts elle se laisse néanmoins toucher par la prière et par le mérite de la vertu (1), soit qu'elle-même attire h soi nos intelligences et nos volontés, dont elle veut concentrer tous les efforts. Car l'alpha est en même temps l'oméga : le Dieu qui s'est révélé comme Créateur s'est engagé comme Rémunérateur : il est la cause, il sera la fin (2).
Ici le poëte semblait devoir s'arrêter, infidèle à son procédé systématique, où chaque série de conceptions se réfléchit dans une vision correspondante : il semblait que l'image ne pouvait plus qu'appesantir la pensée. Mais le génie accepta le défi ; et jamais peut-être, ni avant, ni depuis, l'expression poétique ne s'éleva à une pureté plus parfaite avec une plus audacieuse énergie. — Le ciel était ouvert : un point lumineux apparut , qui rayonnait d'une clarté insoutenable à l'œil. De toutes les étoiles, celle qui d'ici-bas nous paraît la moindre semblerait pareille à la lune, comparée à ce point indivisible. Environ à la même distance où l'auréole aux sept couleurs se forme à Tentour de l'astre dont elle réfléchit les rayons, autour de
(i) Paradiso, xx, 45; xxi, 52; xxxti, 22. Purgatorio, vi, 41 . Paradiso, ix, 36; xx, 35.
(2) Paradiso, i, 5; iv, 42; xxxiii, 1G. — Cf. Boëce, lib. m, pros. 10.
ce point immobile, un cercle de feu tournait si rapide, qu'il surpassait en vitesse la rotation des cieux. D'autres cercles concentriques entouraient celui-ci jusqu'au nombre de neuf, toujours plus vastes dans leurs dimensions, mais moins prompts dans leur course, moins purs dans leur éclat. Or, comme à ce spectacle le poëte demeurait suspendu entre l'étonnement et le doute, il lui fut dit : « Dece point dépend le ciel et toute nature. » C'était Dieu. Et, dans ces cercles qui mutuellement s'attiraient vers leur centre, il reconnut les neuf ordres de créatures spirituelles, qui, entraînées par l'amour, entraînent elles-mêmes le monde entier : c'étaient les anges (1). Puis, quand sa vue miraculeusement affermie put pénétrer le point qui l'avait éblouie d'abord, il y vit rassemblé en un seul fais-
(1) Paradiso, xxvm, 6-14.
Un punto vidi, clie raggiava lume
Acuto si, che 'I viso, ch' egli affuoca,
Chiuder conviensi per lo forte acume.
E quale Stella par quinci più poca
Parrebbe luna locata con esso,
Corne Stella con Stella si colloca.
Forse cotanto, quanto parc appresso
Halo cigncr la lucc che '1 dipigne,
Quando 'l vapor che '1 porta più è spesso, Distante intorno al punto un cerchio d' igné
Si girava
Da quai punto
Dépende il cielo e tutta la natura.
— Cf. S. Dionys. Areop., de Cœlest. Hierarch. — S. Bonaventure, Compendium, h, 15. — Aristot., Metaph,,xn.
ceau, et réduit à l'état d'une simple lumière, tout ce qui se déploie dans l'univers, substance, mode, accident : c'étaient les idées typiques de la création. Dans le même point, à une profondeur plus grande , trois cercles se montrèrent à lui , égaux en mesure, divers en couleurs ; et le second était comme la splendeur du premier, et le troisième comme une vapeur émanée des deux autres. Ainsi se manifestait la Trinité. Le deuxième cercle, attentivement considéré, sans perdre sa couleur primitive, semblait se peindre d'une effigie humaine, symbole de l'Incarnation du Verbe (1). Et, tandis qu'il cherchait à comprendre ce prodigieux specta-
(\) Paradiso, xxxnr, 29.
Nel suo profonde» vidi che s' interna
Legato con amore in un volume
Ciô che per Y universo si squaderna :
Sustanzia, ed accidente, e lor costume,
Tutti confïati insieme per tal modo,
Che ciô ch' io dico, è un simplice lume... Nella profonda e chiara sussistenza :
Dell' alto lume parvenu tre giri
Di tre colori e d' una continenza :
E P un dalF altro corne Iri da Iri
Parea riflesso, e '1 terzo parea fuoeo,
Che quinci e quindi igualmente si spiri... Quella circulazion che si concetta
Pareva in te, corne lume riflesso,
Dagli occhi miei alquanto circonspetta, Dentro da se del suo colore stesso
Ma parve pinta délia nostra effîge :
Perché '1 mio viso in lei tutto era messo.
— Cf. Platon, limée, Epinomis. — S. Bonaventure, Compendiiim, i, 25, — S. Thomas, prima, q. 15.
cle, le poëte ressentit la joie d'avoir compris ; il se sentit devenu tel, qu'il lui était impossible de détourner les yeux de ce point où tout le bonheur auquel le désir humain peut aspirer était réuni ; et sa volonté doucement attirée entrait dans l'harmonieux mouvement de l'ordre universel. L'œuvre de la sanctification lui devenait sensible. Tous les mystères lui étaient dévoilés dans une intuition immédiate. C'était une pensée sans effort, et qui par conséquent excluait le raisonnement et le souvenir ; c'était un état de l'intelligence qui n'a pas de nom parmi les hommes ; c'était une complète participation à cette philosophie, la seule véritable, qui est celle des saints et des anges, qui est en Dieu même, amour infini d'une sagesse infinie (1).
(1) Paradûo, xxxiii, 49. — Convito, m, 13. E cosi si vede corne questa donna (Filosofia) è primieramente di Dio, secondamente délie altre inielligenzie separate, per continuo sguardare...