‹ Œuvres complètes de A. F. Ozanam (volume 3)Chapitre 2 sur 51 · SIÈCLE · texte numérisé non relu

SIÈCLE

Parvenu à ce terme, si nous regardons derrière nous, nous ne saurons dissimuler l'insuffisance de nos efforts. La Divine Comédie est en quelque sorte le résultat composé de toutes les conceptions du moyen âge, chacune desquelles à son tour résulte d'un lent travail poursuivi à travers les écoles chrétiennes, arabes, alexandrines, latines, grecques, et commencé dans les sanctuaires de l'Orient. Il importerait de suivre cette longue généalogie. Il importerait de savoir combien il faut de siècles et de générations, combien de veilles ignorées, de pensées péniblement obtenues , abandonnées , reprises, transformées, pour rendre possible un tel ouvrage : ce qu'il coûte, et par conséquent ce qu'il vaut. Mais des études de ce genre n'auraient pas de fin. Si Bernardin de Saint-Pierre découvrit un monde d'insectes sur un fraisier, et après vingt jours de méditation se retira confondu devant les merveilles de l'humble plante, est-il étonnant qu'un grand homme, un seul livre de ce grand homme, un seul aspect de ce livre, suffise au labeur de plusieurs années? Mais des années consumées de la sorte seraient-elles sans regret?... Comme notre poëte, pèlerin dans les régions sans bornes de l'histoire, entouré de toutes les figures du passé, il ne nous est

permis qu'un court entretien avec chacune d'elles, sous peine de ne pouvoir aborder les autres. À nous comme à lui, il semble qu'une voix crie « que le temps nous est mesuré, et que des choses inattendues nous restent à voir. »

E già la Lima è sotto i nostri piedi :

Lo tempo è poco ornai che n' è concesso ;

E altro è da veder che tu non credi (1).

(1) Inferno, xxix, 4»

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