De la sédition
L'inévitable effet de la sédition est de pcrter atteinte à l'unité du peuple, de la cité ou de l'empire. Or, si Ton en croit saint Augustin, le peuple, selon la définition des sages, ce n'est pas le rassemblement fortuit d'une multitude quelconque ; c'est une société formée par la reconnaissance d'un mémo droit et par la communauté des mêmes intérêts. Donc c'est l'unité de droit et d'intérêt que la sédition menace de dissoudre. Il s'ensuit que la sédition contraire à la justice et à l'utilité communes, doit être condamnée comme un péché mortel de sa nature, et d'autant plus grave que le bien général est préférable au bien particulier. Or le péché de sédition pèse d'abord sur ceux qui s'en sont rendus les instigateurs; ensuite sur les hommes turbulents qui
en ont été les instruments et les complices. Ceux, au contraire, qui ont opposé résistance et combattu pour le bien public, ne doivent point être flétris du nom de séditieux, non plus qu'on ne saurait appeler querelleurs ceux qui repoussent l'agression d'une querelle injuste.
Mais il faut observer qu'un gouvernement tyrannique, c'est-à-dire qui se propose la satisfaction personnelle du prince, et non la félicité commune des suje's, cesse par là même d'être légitime : ainsi le professe Aristote, au troisième livre de la Morale et au troisième de la Politique. Dès lors, le renversement d'un semblable pouvoir n'a pas le caractère d'une sédition, à moins qu'il ne s'opère avec assez de désordre pour causer plus de maux que la tyrannie elle-même. Dans la rigueur des termes, c'est le tyran qui mérite le nom de séditieux, en nourrissant les dissensions parmi le peuple, afin de se ménager un despotisme plus facile. Car le gouvernement tyrannique est celui qui est calculé dans l'intérêt exclusif du pouvoir, au préjudice universel de la multitude.