Des devoirs du prince (I
La société ne peut atteindre à la fin suprême qui lui est assignée sans le concours de trois sortes de moyens, savoir : ioS vertus, les lumières, les biens
extérieurs. — Le prince doit donc premièrement veiller avec une sage sollicitude à faire fleurir dans ses Etats la culture des lettres, afin d'y multiplier le nombre des savants et des habiles. Car, où fleurit la science, où jaillissent les sources de l'étude, là, tôt ou tard, l'instruction se répandra dans la foule. Donc, pour dissiper les ténèbres de l'ignorance, qui envelopperaient honteusement la face du royaume, il importe au roi d'encourager les lettres par une favorable attention. Bien plus, s'il refusait l'encouragement nécessaire, s'il ne voulait pas que ses sujets fussent instruits, il cesserait d'être roi, il deviendrait tyran. — En second lieu, il faut au peuple des mœurs pures et des vertus. Car c'est peu que de connaître la fin de la vie humaine par la lumière de l'entendement, si, par la force de la volonté, on ne discipline les appétits désordonnés pour les ramener vers le but. Il est donc du devoir du prince d'entretenir parmi ses sujets des dispositions vertueuses. — Enfin, les biens extérieurs peuvent servir d'instruments pour procurer le bonheur de la vie civile. Et par conséquent il convient que les rois et les princes gouvernent
(1) Ce fragment n'appartient pas à S. Thomas cTAqnin; il est extrait du livre de Regimine principam (lib. III, p. 2, c. vin), écrit par leB. Egidius Coionna, cardinal, archevêque de Bourges, et disciple du Docteur angélique.
leurs États et leurs cités de manière à leur procurer l'abondance de ces richesses, qui contribuent au bien général.