VI. LA NATURE
I. Présence de Dieu à tous les degrés de la création. — Unité et diversité. — Attraction universelle. — Albert le Grand. De causis etprocessu univcrsi, lih. II, tr. iv, cap. i et n.
1. Nous dirons comment la Cause première régit tous les êtres créés, sans se confondre avec eux. Car si quelques-uns de ces derniers semblent en régir
d'autres qui leur sont subordonnés, ils le font en vertu d'une puissance d'emprunt. — Qu'est-ce en efietque régir les êtres, sinon les conduire à cette plénitude d'existence qui est leur fin? Or pour chacun d'eux la plénitude de l'existence consiste dans l'ensemble des conditions sans lesquelles il ne pourrait parvenir à sa perfection relative, accomplir sa destinée, exercer la fonction particulière dont il est capable. Mais conduire un être à la perfection, le faire passer de la puissance à l'acte, c'est l'œuvre du principe générateur qui est en lui, et qui lui imprime sa forme spécifique. Ainsi la puissance informante qui vient du père façonne l'embryon dans les flancs maternels jusqu'à lui donner la forme vivante de l'humanité; puis elle affermit et développe le corps de l'enfant, afin de l'amener aux proportions parfaites de l'âge viril, où l'achèvement des organes permettra l'actior complète des facultés correspondantes... Toujours dans la série des choses celle qui suit s'explique par celle qui précède : la seconde est informée parla première. Toutes se lient entre elles et remontent nécessairement à la Cause souveraine, en qui l'existence et l'essence ne font qu'un, et qui, sans cesse agissant autour d'elle, forme, perfectionne et régit toutes les parties de l'univers... — Or la Cause première agit parce qu'elle est, et non pas en vertu d'une force empruntée. Elle ne se
divise donc pas en deux parties, Tune active et l'autre inerte ; elle ne perd donc point dans son action cette inaltérable unité qui est dans sa nature. 11 n'en est pas ainsi des agents secondaires composés d'existence et d'essence, de puissance et d'acte, par conséquent divisibles... Maisunagent composé ne peut modifier les objets qui lui sont soumis qu'en leur donnant sa forme, en leur faisant part de son existence, bien qu'il retienne en lui son essence tout entière. En effet, l'action suppose le contact, le contact nécessite la communication ; et il ne saurait y avoir d'autre communication que celle de l'existence, car l'essence est incommunicable. Comme donc la Cause première agit par son essence, il en faut conclure qu'elle ne se communique pas, c'est-à-dire qu'elle ne se mêle pas aux cboses qu'elle crée, forme et régit. Donc ces cboses viennent d'elle, mais ne sont pas elle, et l'on accuse avec raison ceux qui étendent aux créatures les attributs divins... Ainsi Dieu, qui est la Cause première, demeure clans son immuable unité sans se confondre avec ses ouvrages. Et cependant il ne les abandonne pas : il les accompagne en quelque sorte et les environne de (ous côtés par l'immensité de son essence, par la présence de sa lumière, par la puissance de son action.