‹ Œuvres complètes de A. F. Ozanam (volume 4)Chapitre 11 sur 49 · CHAPELLE PAPALE AU QUIRINAL · texte numérisé non relu

CHAPELLE PAPALE AU QUIRINAL

Rome, 2 février 1847, jour de la Présentation.

C'est la première fois que j'ai vu la Papauté dans tout l'éclat de ses pompes, et dans la personne du nouveau pontife qui la rend si respectable et si populaire. Ce qu'il y a d'insolite pour nous dans ce cérémonial, cette chaise gestatoire, ces éventails de plumes de paon, ce dais, ces degrés du trône couverts d'officiers ecclésiastiques et civils, tous ces détails d'une étiquette qu'on est tenté de blâmer quand on ne la comprend pas, prennent un grand intérêt historique lorsqu'on y reconnaît les derniers vestiges du cérémonial romain sous les empereurs. C'est à la fabuleuse donation de Constantin qu'on faisait remonter le droit qu'avaient les papes de s'attribuer les insignes impériaux, la couronne, la chaise, les plumes, etc. Si la donation est apocryphe, les souverains pontifes n'en ont pas moins légitimement recueilli l'héritage de l'ancien empire. Ils ont sauvé Rome, ils l'ont arrachée, interdite

aux barbares. Ils ont continué la conquête civilisatrice. Ils n'ont pas cessé de faire la loi, de rendre la justice, de mettre la paix parmi les hommes. . . pacisque importer e morem. Ils ont conservé la langue, les formes législatives, les arts de l'antiquité. Il était naturel qu'ils en retinssent les usages publics. Ainsi c'est peu de chose que cette faible représentation du Sénat de Rome, et cependant c'est beaucoup d'avoir maintenu au moins le nom du corps sénatorial, qui est comme le premier noyau de la municipalité romaine et de toutes les communes européennes. Le prince assistant au trône rappelle l'alliance du clergé et des laïques, d'où résulte l'harmonie de l'Eglise. Quoi de plus beau que ces deux évêques Grec et Aménien dans leurs costumes nationaux, témoins de l'antique unité de l'Orient et de l'Occident, témoins de cette admirable tolérance romaine qui, en maintenant une même foi, consacre la diversité des rites ? Ils sont là pour montrer qu'une longue infidélité n'a point lassé l'espoir de Rome, et qu'elle compte toujours sur le retour des Eglises séparées. De même les pénitenciers de Saint-Pierre représentent toutes les langues de l'Europe, et l'éducation commune que reçurent les peuples réunis en une seule croyance et en un seul culte.

Voici les généraux d'ordres religieux : Bénédictin,

Franciscain, Dominicain, Jésuite, chacun rappelle un grand siècle de l'histoire ecclésiastique, une puissance mise au service de Dieu et de l'humanité. Si cependant vous craignez que ce pontife entouré d'un si imposant cortège, porté si haut, au milieu des hommages publics de la chrétienté, ne finisse par oublier qu'il est homme, qu'il est pécheur, attendez que la procession solennelle rentre dans le chœur; vous verrez le pape descendre de sa chaise triomphale, s'agenouiller devant l'autel comme le dernier des chrétiens, et réciter avec le cardinal qui dira la messe, le Confiteor en se frappant la poitrine; il semble qu'il n'ait attiré à lui tant d'honneurs, qu'il n'ait réuni dans sa personne toutes les grandeurs humaines, que pour les humilier et les anéantir devant Dieu.

D'abord je n'apercevais le pape que de loin, sur son trône, où il distribuait les cierges de la Chandeleur. Mais quand la procession s'est rapprochée, quand j'ai pu contempler de près les traits du Vicaire de Jésus-Christ, j'ai été touché jusqu'aux larmes ; j'ai vu cette figure si douce et si sainte, ces yeux et cette bouche qui expriment tant de charité, cette tête qui commence à blanchir, non pas sous les années, mais sous les peines du pontificat. Au moment où il rentrait dans le chœur, je lisais ces paroles de Y Introït de la messe, pour le

jour de la Présentation, ces paroles qui furent dites du Sauveur et qui s'appliquent si bien à Pie IX : Veniet desideratus cunctis gentibus, et implebo domum istam gloria l. Oui, cette vieille maison du Quirinal si calomniée, si impuissante, disait-on, commence à se remplir de gloire, et tous les peuples regardent de ce côté.

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