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]S MÉL.VMJi:s DE L1TTKI{.\TI KK.
A quelles influences obéissent loules les puissances qui depuis une année ont gouverné l'Europe? Ici la Russie, ce grand empire valétudinaire, ([ui ne s'en appuie pas moins, parce qu'il s'appuie d'un côlé sur la mer de l'Archipel et de l'autre coté sur la grande muraille; là l'Angleterre, cette terre d'égoïstes; la France, cette terre parfois trop généreuse, et tant d'autres, au nombre desquelles comptera peut-être la Pologne, qui jadis se trouva mangée tout entière, lorsque M. de Metlernich rapiéça la Sainle-Allitmce avec les lambeaux du système continental, et du manteau de César lit un habit d'Arlequin.
Maintenant les cardinaux sont en travail d'un })ape : Dieu veuille qu'ils ne l'attendent pas si longtemps que les saints-simoniens une papesse !
Le conclave s'empourpre; les partis s'organisent; celui-là est bien puissant et le plus capable de s'enfler; mais la nièce du cardinal *** se penche un beau soir sur hî rabat de l'Eminence écarlate; elle lui dit à l'oreille : — ce Qui devinera? »
]a\ vérité seule se connaît elle-même; les influences secrètes se révèlent les unes aux autres dans le silence (]v la nuit; Manfred et Larn^ ces deux chefs-d'œuvre d(î la mélancolie humaine, existeraient-ils si le descendant (h's Byron n'avait pas reçu en héritage le pied bot et la pairie? Jl est cruel de sentir que Don Juan boite comme Mé])hist()plH'Oès.
11 a été plaisant jadis de dire que les rois se laissaien'
PHO.IKT l) LM: UKVIK FAINTASTIQUK. 10
gouverner eoinmc les enranis; ecia le redeviendra penlélre à force d'elre usé. L'insj)iralion j)oé(i(jue, celle étincelle lanl recliercliée, se Irouve la plupart du temps dans une bouteille bien cachetée. Goethe buvait du vin du Rhin; Byron du rhum; Hoffmann du punch; iM. de Buffon mettait des gants blancs; Shakspeare nuînait une vie de Falstaff; il appartenait au seul Bonapaite de se réconforter avec des haricots à l'huile.
Mille réflexions semblables nous portent à croire que le chapitre des influences pourrait être curieux; une année vient de mourir, on peut lui faire son procès; que de choses elle a vues ! que de choses elle peut faire croire! Mais on s'attend à tout, depuis qu'on a trouvé un bonnet de coton sur la statue du vainqueur de Waterloo.
Si par la suite le sujet que nous indiquons est traité, ce peu de lignes pourra servir de préface à une série d'observations qui porteraient ce titre : Reçue fantastique,
f, 1111(1 . 10 janvier 1831.
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DE l/iNDIFFÉRENCE EN MATIÈRES [' U lî 1. 1 Q L E S ET PIUVÉES.
On ne saurait se dissimuler qu'un Parisien qui arrive en province, et qui trouve que toutes les femmes ont des maris ou des amants, n'est pas plus cruellement désappointé qu'un écrivain qui s'aperçoit, en prenant sa plume, que tous les sujets ont été traités, et, comme on dit, que tout a été fait. Nous croyons donc nous rendre utiles en indiquant ici un titre convenable qui pourrait figurer sur un tome in-8^
Il y a de jeunes Werther qui lisent tout un roman dans un regard; il doit y avoir de vieux roués qui lisent tout un volume dans un titre; que diraient-ils de celui-ci ?
11 faut nous dépécher de proclamer d'abord qu'aucune mauvaise intention ne se mêle à ces mois lVîudifférence publique on particulière; et encore, contre l'usage de cette douce obscurité que le romantisme importa d'Allemagne, nous allons de notre mieux nous expliquer.
Lorsqu'un événement quelconque se manifeste, il ne saurait produire que trois effets; c'est-à-dire que sur trois hommes, il peut y en avoir un qui dise : a J'en
suis bien aise; » un autre qui dise : «J'en suis fâché; » et le dernier : « Ca m'est é«^al. »
' Il s'agirait de démontrer que ces trois sentiments représentent trois classes d'individus, lesquels composent toute cette espèce que nous nommons humaine. Ces trois classes se grossissant de toute éternité, au détriment les unes des autres; celle-ci diminuant quand les deux autres augmentent; ou celle-là quelquefois s'accroissant toute seule au désavantage des deux autres. L'écrivain, frappé de ces vérités que M. de la Palice eût notées scrupuleusement dans son mémorandum^ pourrait en venir ensuite à prétendre que jamais siècle ne produisit deux moindres masses de fen suis 'bien aise et de fen suis fâcbé^ ni une aussi grande de ra m'est écjal^ que le bon et paisible siècle dans lequel nous vivons par la grâce de Dieu. Il n'y aurait qu'une Ame perverse qui pourrait trouver à cela le moindre mal, car tous les vœux, tous les désirs, toutes les intentions étant en ce moment tournées autant que possible vers la tranquillité, et les partisans du ça m'est égal étant de toute éternité amoureux du repos et du bien-être, tandis que les sectateurs du fen suis bien aise et du fen suis fâché ont toujours été et seront des brouilleurs d'affaires, des entameurs de procès, des déchireurs de traités, et des tueurs de bourgeois, ne doiton pas être regar'dé comme coupable de ne point préférer à tout la première de ces opinions? Ah! sans doute; si \efen suis bien aise pouvait dominer toul
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seul, et mettre à mort son ennemi, nous en serions cent fois plus heureux; mais ne voyez-vous pas que, (lès qu'il se montre et qu'il promène un instant au dehors son visage réjoui et bienveillant, dès qu'il pousse un cri de joie, dès qu'il allume un lampion, le feu iiuû fâché ^orl des entrailles de la terre avec sa physionomie boudeuse et rechignée, et se met incontinent en route pour barbouiller de noir ceux qui rient, crier aux nues qu'on le moleste, et faire avorter les feux d'artifice.
Quedis-je! n'y eût-il plus un médecin tant ph sur la terre; quand la plus solide des chartes et le meilleur des rois nous auraient donné le plus sage, le plus doux des gouvernements possibles; quand les abus seraient noyés; quand le vin serait gratis; quand toutes les sangsues auraient lâché prise ; quand toute honnête fille serait assurée d'un mari, et tout honnête homme d'un dîner; quand l'Océan, la terre et le soleil seraient d'accord avec le centre gauche pour faire prospérer et fleurir une tranquillité tant désirable, hélas! et tant de fois désirée! quand tout cela serait (ce que chacun j)eut souhaiter sans se compromettre), même dans ce bienheureux état de choses, il suffirait, oui, il suffirait qu'une seule voix laissât échapper, je ne dis pas un feu suis bien ane^ mais sim))lement un je n'en mn pa^ fâché ^ pour (pi'aussitot mille voix s'écriassent avec amertume et avec rage : ,Ven suis fâché! f en mis mille fus (lèses Itéré!
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Puisque Dieu l'a voulu aiusi, (;l. quil le veut encore, quoi de préférable à un médium tempéré, à un mezza termine convenable? Entre ces deux physionomies si diverses, l'une radieuse, l'autre déconfite, le m m'eU égal s'avance d'un pas nonchalant, les bras croisés; il n'est ni trop gras, ni trop maigre; il est bien plus savant que ceux qui se contentent d'adopter pour règle de conduite de tout approuver; il approuve avec ceux qui louent, il blâme avec ceux qui blàmenl ; mais il sait où est le bien et il tourne constamment vers cette étoile polaire sa face impassible.
C'est un homme qui a tout vu ; il a pour lui l'expérience du passé; il pense à l'avenir, il jouit {[\\ présent; il ne fait pas de dettes, sans être sûr de les payer; il ne bat pas son voisin; mais il a pour ferme principe que son voisin ne le batte pas non plus. Il sait que ceux qui jouent à croix ou pile sont bien heureux s'ils gagnent; mais il ajoute immédiatement qu'ils sont bien à plaindre s'ils perdent. Il connaît les douceurs de l'aristocratie, les charmes de la gloire; mais il a entenchi dire à des hommes qui le savaient, que la misère du peuple et la ruine de l'Etat sont un pitoyable spectacle. Je crois qu'il voterait pour l'abolition de la peine de mort; en un mot, c'est ce qu'on appelait jadis un enragé de modéré.
Ce ne serait pas être de bonne foi que de ne point vouloir convenir que notre siècle ait de ces idées-là. M. de Lamennais a fait un beau titre de livre; c'est de
t>4 MLLA-NCES l)K IJTTI'U.VTI HK.
n II différence en religion; il aurai 1 du ajoiiler comme ce savant : de omnibus rébus et quibusdam aliis.
Du temps de Charlemagne, les forts disaient : «Tant mieux ; » les faibles disaient : «Tant pis ; » personne ne disait : « Ca m'est é^al. »
Sous Charles VI, les nobles disaient : a Tant mieux; » c( Tant pis, » murmuraient les vilains; il y avait quelques bons gros moines qui disaient : «Ça m'est égal. »
Sous Louis XI, les nobles disaient : « Tant pis ; >) les vilains : « Tant mieux; » le roi : «Ça m'est égal. »
Sous Louis XIV, les nobles disaient : «Ça m'est égal ; » le roi disait : « Tant mieux ; » les vilains disaient : « Tant pis, tant pis. »
Le jour où tout le peuple à son tour en vint à dire : « Tant mieux, » il n'y eut plus qu'une voix qui lui répondit : « Hélas ! »
Maintenant que la fièvre est passée, quand l'univers s'ébranlerait autour de lui, qu'on dise : tant mieux ^ tant pis^ il a ce qu'il lui faut, il aura ce qu'il lui faudra, il répondra toujours : «Ça m'est égal. »
Tel est notre siècle, ce fils blasé d'un père fiévreux, cet enfant réservé d'un père un tant soit peu rodomont. Si c'est un bonheur d'être désabusé, il est heureux. Où va-t-il? Chaque homme est-il une libre, chaque peuple un membre d'un élre organisé, vivanl, qu'on nomme Y humanité? ou l'humanité n'est-elle (ju'un cadavre dont les membres et les fibres sont livrés à la corruption, en attendant qu'ils le soienl au néant?
C'est ce que décideronl ceux qui onl les poumons assez pourvus (le vent pour raisonner sur la perfectibilité !
Que ce soit une autopsie ou une revue, nous avons indiqué aux gens oisifs un oisif sujet. Quel est le fou «qui nie l'indifférence? Les jeunes gens ne dansent plus; Napoléon ne fait plus d'argent; vous-même, o Wellington, lorsque votre voiture traverse les rues de Londres, c'est à peine si vous entendez frapper dans vos glaces quelques pommes cuites!
Quelqu'un disait que l'Europe était une femme de quarante-cinq ans. Si cela était vrai, il serait temps que la comète de 1852 vînt réchauffer nos vins et nos têtes; mais elle passera à quelques millions de lieues trop loin.
Lundi, 7 février 1831