SCÈNE III ANTONIO, BASSANIO
ANTONIO, souriant.
Jeunes diseurs de riens!
BASSANIO
Je n'en sais pas ici De plus fort. — Il raconte et dit plus en deux heures Qu'il ne fait en deux ans.
ANTONIO, gravement.
Fort bien!
BASSANIO
Sait les demeures Des femmes.
ANTONIO
C'est fort bien! Mais sachons, mon ami, Cette histoire qu'hier vous fîtes à demi Sur cette jeune femme et ce pèlerinage.
BASSANIO, s'asseyajit à côté d*Antonio.
La voici. — Vous savez qu'à mon dernier voyage, Pour faire bonne mine et briller un moment, Je mis mon patrimoine en grand délabrement. — Je ne m'afflige pas d'avoir peu de fortune,
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Mais des dettes que j'ai la liste m'importune; Vous êtes, Antonio, mon plus fort créancier, Et pourtant Je ne sais à qui me confier Si ce n'est à- vous-même.
ANTONIO
Eh! faites-moi connaître, Bassanio, votre dette et ce qu'elle peut être. Si, comme j'en suis sûr, rien n'est contre l'honneur, A tout engagement je souscris de grand cœur Pour ma bourse, mes biens, ma vie et mon épée.
BASSANIO
Je ne veux pas jouir d'une estime usurpée.
— Tenez! lorsque j'étais encore un écolier Et lorsqu'au jeu de l'arc, venant à m'oublier. J'avais perdu ma flèche en quelque bois sauvage. J'en décochais une autre; et, visant davantage. Je la suivais dans l'air par le même chemin,
Et je les retrouvais toutes deux sous ma main. A vous parler tout franc, c'est ici même affaire.
— Tout ce que je vous dois est perdu. Pour bien faire, Il vous faudrait risquer, quoi qu'il vous ait coûté. Une flèche nouvelle et du même côté.
ANTONIO, lui prenant loi^eille affectueusement.
Ne vous donnez donc pas avec moi tant de peine. Pour nous, la périphrase est ennuyeuse et vaine. Vous me faites du tort, mon cher, en hésitant, Plus que par les périls d'un emprunt important; Dites ce qu'il vous faut, et j'y consens sur Theure.