‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 170 sur 226 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

BASSANIO

Près d'ici, sur la rive, en un palais demeure Une riche héritière. — Elle est belle, et ses yeux Ont pour moi des discours muets et gracieux.

— Son doux nom est Portia. — Sur elle, ce nom brille Non moins que le beau nom de cette illustre fille

Que Caton accorda pour épouse à Brutus

Et de qui l'univers admira les vertus.

Pour la voir, si parfaite en tout et si jolie,

Tous les princes d'Europe abordent l'Italie;

D'Afrique même, hier, il en est venu deux.

J'ai voulu jusqu'ici concourir avec eux,

Mais je suis épuisé par cette forte lutte;

Ce soir, mes créanciers consommeront ma chute.

Et mon roman pourra s'achever en prison.

— Qu'on me soutienne un jour, et j'ai quelque raison D'espoir. — Pour le succès tout me semble présage.

ANTONIO

Ma fortune est en mer; cependant je m'engage A vous donner, en or, tout ce que vous voudrez; Mon crédit vous suffit, et vous l'épuiserez. Allez, informez-vous, empruntez cette somme. Et je signerai tout quand vous aurez votre homme.

BASSANIO

Merci.

ANTONIO

Point de ce mot; je reviens sur le pont Dans peu de temps. — Adieu.

288 SHYLOCK

BASSANIO, seul.

Ma foi! puisqu'il répond De ma dette nouvelle, il faut que je m'assure De Shylock, le vieux juif passé maître en usure.

Il frappe à la porte; le juif regarde à la fenêtre avec méfiance par une grille et lui ouvre ensuite la porte.

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