‹ Œuvres complètes de Alfred de VignyChapitre 187 sur 226 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Précédents; PORTIA, LORENZO, BASSANIO et LES Pages reviennent après s'être arrêtés dans la galerie pendant la scène III. L'arrivée très vive de Loren^o, que Von voit au fond du théâtre, fait revenir tout le monde en scène.

GRATIANO

Merci. Mais, Dieu nous garde, on se trouble, on s'agite, Là-bas! Je veux mourir si d'un pas Je vous quitte; Car, s'ils s'étaient brouillés, les nouveaux amoureux. Vous seriez, je crois, femme à vous fâcher comme eux.

PORTIA, à Loren:{o.

Au nom du Ciel, monsieur, dites-moi la nouvelle Que vous apportez.

3l8 SHYLOCK

LORENzo. Il donne une lettre à Bassanio. Mais...

PORTIA

La lettre, que dit-elle?

C'est la mort de quelqu'un, sinon, certainement, Il ne deviendrait point si pâle en un moment. Bassanio, qu'avez-vous? On parle à ceux qu'on aime! Suis-je pas à présent la moitié de vous-même?

BASSANIO, lui serrant la main.

O ma belle Portia! bien triste en vérité.

Bien triste est le récit sur ce papier jeté.

Je vous ai franchement dit que de ma fortune

Il ne me reste rien; de mes terres, aucune;

Que j'ai, pour vous servir et vous plaire, achevé

Le peu d'or qu'en venant au jour j'avais trouvé ;

Que l'unique trésor qui me reste est en somme

Dans mes veines, et c'est un sang de gentilhomme.

Mais je n'ai pas tout dit, et je dois ajouter

Que contre mes rivaux, lorsqu'il fallait lutter.

J'engageai d'un ami la fortune et la vie

Entre les mains d'un juif dont l'implacable envie

Profite d'un malheur. Lisez-donc; en lisant,

Je crois voir chaque mot écrit avec du sang.

« Mon cher Bassanio, mes vaisseaux ont tous péri. Ce n'est encore qu'un bruit vague dans Venise, et déjà mes créanciers deviennent cruels. Je suis réduit à rien. Mon billet sur le juif va échoir dans quelques heures; les trois jours de délai vont expirer, et il ne sera plus temps de le payer;

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